Afrique de l'Est

Daratt (2006)
Mahamat-Saleh Haroun
Tchad
92′
Peut-il y avoir réconciliation sans reconnaissance de l'autre? Non, bien sûr, et c'est ce que DARATT raconte avec brio. Mais cette reconnaissance ne vient qu'avec le temps qu'on se donne. Les nombreuses commissions «justice et réconciliation» africaines ont pour but que soient enfin brisés les cycles de violences. Réconciliation signifie reconnaissance de l'autre justice, que la faute soit reconnue. Tels sont les thèmes de DARATT. Et ce sera une des réussites du film de Mahamat Haroun Saleh que d'avoir su donner au temps l'«espace» nécessaire, en limitant les dialogues d'une sobriété toute bressonienne. L'absence de musique fait aussi partie de cette trame toute tournée vers la relation du jeune Atim avec Nasarra, le bourreau de son père. Il y a, enfin, ce ballet silencieux des corps au travail, qui marchent ou qui courent, mais qu'on sent toujours en attente. C'est donc une mise en scène superbe parce qu'intelligente et pertinente. Pour en arriver là, il fallait une maîtrise du discours. Mahamat Haroun Saleh est tchadien. Son pays est déchiré par les guerres civiles. Il sait donc de quoi il parle, mais il a surtout su approfondir une réflexion sur la situation de son pays. Pour faire comprendre, ou au moins saisir, ce que vivent ses compatriotes, il lui fallait dépasser les slogans faciles pour aller à la rencontre des hommes qui sont faits de chair, qui vivent avec leurs sentiments. DARATT est une belle histoire car elle nous parle de l'humanité à partir d'un homme. Mahamat Harou Saleh est un grand cinéaste car il sait nous raconter cette belle histoire.
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Gabriel and the Mountain (2017)
Fellipe Barbosa
Tanzanie, République-Unie de
131′
Gabriel est sur le point de clore un an de voyage à travers l’Asie puis l’Afrique de l’Est. Périple qu’il s’était promis de réaliser avant de poursuivre ses études dans une prestigieuse université californienne. A la fois témoignage plein de vie et hommage émouvant rendu à un ami disparu, Gabriel and the Mountain est un magnifique road-movie africain. Un globe-trotter brésilien En fait, Gabriel and the Mountain pourrait être considéré comme une suite du premier film de Fellipe Barbosa, Casa grande, dont le héros essayait déjà de surmonter les barrières sociales dans une école huppée de Rio. C’est d’ailleurs dans cette école que le réalisateur et Gabriel se sont rencontrés pour la première fois. Le temps a passé depuis et Gabriel, avant de poursuivre ses études aux Etats-Unis, a voulu découvrir le monde. Sur le point de terminer son périple, Gabriel débarque au Kenya où il ne veut pas être un touriste, mais un globe-trotter en contact étroit avec les gens du cru. Cet état d’esprit suscitera de belles rencontres - dont le spectateur profitera par la même occasion. L’ambiance changera quelque peu avec l’arrivée de son amie Cristina, venue le rejoindre pour quelques jours en Tanzanie, avant de connaître la Zambie, puis le Malawi. Fellipe Barbosa retrace le plus fidèlement possible les derniers jours de son ami Gabriel Buchmann. Pour cela, aux côtés des deux seuls acteurs professionnels João Pedro Zappa (Gabriel) et Caroline Abras (Cristina), ce sont les personnes réelles, qui ont rencontré le jeune Brésilien, qui jouent leur propre personnage, évoquant parfois en voix off leur expérience avec Gabriel. L’enthousiasme de Zappa à incarner Gabriel, la vivacité qu’il donne à son personnage, emporte l’adhésion et nous pousse même à oublier la fin tragique du héros, annoncée pourtant dès la première séquence. La richesse du récit et des rencontres tient aussi à l’ambivalence du personnage qui ne veut pas être un touriste, mais se comporte parfois comme tel. Et c’est peut-être la conscience de ce fait qui rend Gabriel plus fébrile et pressé de sortir des sentiers battus. Comme tous les road-movies réussis, c’est aussi à un cheminement intime que nous invite le film. Martial Knaebel
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Gito, l'ingrat (1992)
Léonce Ngabo
Burundi
87′
Gito est un étudiant burundais qui vit à Paris. Après ses études, il rentre au pays et promet à sa compagne parisienne de la faire venir dès qu'il sera devenu ministre. Mais de retour au pays, il ne trouve pas de travail et se remet à fréquenter son amour d'enfance. Les deux femmes se rencontreront et décideront de donner une leçon à Gito.
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Harvest - 3000 Years (1976)
Haile Gerima
Ethiopie
132′
Une famille de paysans se battent pour leur survie dans une ferme d'un riche gros propriétaire. Le fils et la fille du paysan contestent les rôles sociaux traditionnels et féodaux de chacun et se confrontent au pouvoir tyrannique du propriétaire. Dans le même temps, l'idiiot du village «rêve» de révolution et annonce les temps révolutionnaires. La moisson des trois mille ans est un docu-drama en noir et blanc, une fresque épique sur la dure réalité de la vie paysanne en Ethiopie rurale. Il décrit la lutte et la résistance d’un peuple contre l’oppression des propriétaires. «Faire un film est toujours difficile, mais tourner un film dans un pays sous-développé pendant une période de troubles, à propos de et pour une population qui aura peu de chances de le voir un jour, relève quasiment de l’impossible. Le grand réalisateur éthiopien Haile Gerima est venu à UCLA pour étudier la cinématographie au début des années 70, et c’est là qu’il conçut Harvest: 3000 Years. Le film fut tourné en 16mm noir et blanc pendant les deux semaines des vacances d’été de Gerima, avec des acteurs amateurs parlant l’ahmarique, pendant les guerres civiles. Il a été fait en toute vitesse, juste après le renversement d’Haile Selassié et juste avant l’installation de la dictature militaire. C’est l’histoire de tout un peuple, de sa soif collective de justice et de bonne foi. Une épopée non pas à l’échelle, mais dans sa dimension émotionnelle et politique ». Martin Scorsese
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Lamb (2015)
Yared Zeleke
Ethiopie
94′
Pour échapper à la sécheresse, le père d’Ephraïm décide de chercher du travail à la ville. Il confie alors son fils à un cousin éloigné, habitant une zone épargnée par le désastre. Pour le jeune garçon, une nouvelle vie commence qu’il n’aime pas et il fera tout pour repartir dans sa région natale. Premier film de Yared Zeleke, Lamb nous fait découvrir la vie des cam-pagnes éthiopiennes au travers du regard d’un enfant. Ephraïm et son père pleurent la mère qui vient de mourir, une parmi les milliers de victimes de la sécheresse. Chuni, le mouton du gamin reçoit ses confidences et, pour lui, Ephraïm va jusqu’à voler quelques épis de maïs. Le père, à bout de ressources, décide de chercher du travail à la ville. En chemin, il confie son fils à la famille de Solomon, un cousin éloigné, en attendant son retour. Ephraïm a du mal à s’intégrer dans cette nouvelle famille où il semble ne rien faire correctement: les travaux des hommes (les champs) ne l’attirent pas, alors qu’il montre un talent certain pour la cuisine, ce qui choque Salomon. Pour cou-ronner le tout, ce dernier veut sacrifier Chuni, le mouton, pour les prochaines fêtes. Ephraïm décide alors de trouver un moyen de s’enfuir avec Chuni son seul ami.Yared Zeleke et sa caméra adoptent le point de vue du jeune héros. Le jeune réalisateur avoue d’ailleurs volontiers que son premier film, par bien des aspects, a des côtés autobiographiques. Cependant, les ambitions de Zeleke vont bien au-delà: les rencontres et les aventures d’Ephraïm lui offrent l’occasion de traiter des défis et des espoirs auxquels est confronté l’Ethiopie. On ne peut alors s’empêcher de penser à La moisson des trois mille ans, le chef d’oeuvre de Haile Gerima, qui se déroulait lui aussi dans les mêmes décors majestueux. Les points de comparaison possibles sont en effet assez nombreux, bien que les époques ne soient plus les mêmes. Zeleke a ainsi changé le discours révolution-naire par des arguments liés à aujourd’hui: combattre la sécheresse comme première étape d’un progrès social. C’est quelques fois simplement exprimé, puisque c’est le gamin qui parle ou à qui on parle, et cette fausse naïveté donne une certaine légèreté au récit dont la leçon est encore une fois que la femme reste l’avenir de l’homme. Martial Knaebel
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Rafiki (2018)
Wanuri Kahiu
Kenya
82′
Toutes deux collégiennes, Kena et Ziki ont souvent l’occasion de se croiser bien que ne venant pas du même milieu. Toutes leurs différences n’empêchent pas que les deux filles ressentent une forte attirance l’une vers l’autre. Délicatesse, simplicité et, surtout, sincérité, telle est l’approche qu’a choisie Wanuri Kahiu pour traiter d’un sujet tabou dans son pays. Portrait d’une jeunesse pop Kena se verrait bien infirmière dans le futur, bien que ses notes pourraient lui laisser espérer une entrée à l’université. Travailleuse, elle aide son père dans son échoppe. Celuici est candidat progressiste aux élections municipales dans lesquelles il est opposé au père de Ziki, homme d’affaires fortuné. Les regards que s’échangent les deux adolescentes ne laissent place à aucun doute sur les sentiments et l’attirance qu’elles éprouvent l’une pour l’autre. Comment vont-elles faire face à leur famille, leur voisinage, dans un pays où l’homosexualité est punie de prison? Tirée de la nouvelle «Jambula Tree», de l’Ougandaise Monica Arac de Nyeko, Rafiki - qui signifie ami, ou amie, en swahili -, se déroule à Nairobi, dans un quartier d’habitations de classe moyenne où la vie se passe surtout à l’extérieur. Kena y circule en skateboard, joue au foot avec les garçons. Les jeunes se retrouvent à des buvettes à même la rue. C’est dans ces moments de convivialité adolescente que Kena et Ziki croisent les regards. Si le sujet du film est bien cette relation entre les deux filles, et l’opposition qu’elle rencontre, la réalisatrice n’oublie pas de soigner l’environnement du récit. Nairobi et son effervescence y sont vivantes grâce à la caméra de Christopher Wessels, et aussi aux personnages annexes qui sont tous parfaitement ébauchés et incarnés par des acteurs plus que convaincants. Il y a aussi de quoi être touché par la délicatesse dont fait preuve la réalisatrice pour nous raconter cette histoire d’amour: on sent très bien l’envie, non pas de choquer, mais de pousser le spectateur à l’accepter telle qu’elle est. Et ces filles telles qu’elles sont. Couleurs pop, musique pop, en fait Rafiki déborde de la joie de vivre de l’adolescence. Envers et contre tout. Martial Knaebel
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Something Necessary (2013)
Judy Kibinge
Kenya
85′
Anne se réveille à l'hôpital. Pendant les émeutes qui ont suivi les élections de 2007 au Kenya, sa ferme a été incendiée, son mari y a perdu la vie et son fils est dans le coma. Face aux décombres de ce qui faisait toute son existence, la jeune femme décide de se battre pour retrouver ce qui faisait toute sa vie. L'espoir renaît lorsque son fils reprend conscience. Mais les choses ne seront pas si simples car elle doit trouver de l'argent pour reconstruire sa ferme et son salaire d'infirmière ne suffit évidemment pas. Joseph, quant à lui, a fait partie du groupe des incendiaires. Il est poursuivi par les remords et voudrait quitter la ville avec sa fiancée. Mais son chef ne l'entend pas de cette oreille, d'autant que les politiciens instigateurs des troubles ont toujours besoin d'hommes de main pour mener à bien leurs petites affaires. Deux histoires en parallèle qui nous replongent dans les troubles sanglants qui ont agité le Kenya durant les années 2007 et 2008, avec en fond sonore la couverture des travaux d'une commission d'enquête sur les événements appelant la population à témoigner pour que les coupables soient condamnés. Après «Nairobi Half Life», le deuxième projet, cette fois-ci d'une toute jeune cinéaste, soutenu par l'initiative One Fine Day et le producteur allemand Tom Tykwer.
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Teza (2008)
Haile Gerima
Ethiopie
133′
Anberber revient dans son Ethiopie natale. C'est un homme blessé qui écoute et parcourt en claudiquant une campagne qu'il ne reconnaît plus, saignée par la guerre. Son enfance est bien loin. Entre-temps, il y a eu ses études de biologie en Europe et les espoirs levés par la chute du Négus, puis douchés par une autre dictature. Haïlé Gerima convoque l'Histoire dans une fresque émouvante superbement filmée. Teza met en scène un épisode de l'histoire de son pays, l'Ethiopie, dans une présentation analytique remarquable, au point que le récit ne paraisse jamais anecdotique. Au contraire, l'esprit analytique qui le sous-tend lui donne une dimension universelle. Il ne s'agit plus seulement du drame de la jeunesse éthiopienne des années 70 que nous avons sous les yeux, mais de tous ceux qui, dans le monde entier, étaient portés par l'espoir d'un monde nouveau en devenir. Anberber devient ainsi le personnage emblématique de cette époque, écrasé par un pouvoir trop vite oublieux des idéaux qui l'animait. Ce personnage, on pourrait le placer ailleurs en Afrique, en Asie, en Amérique latine, même en Europe, perdu par un échec qu'il cherche à comprendre, dévasté par les blessures, dans sa chair et son esprit. Le regard jeté sur cette époque par Haile Gerima est crû, sans concession aucune, mais il est aussi empreint d'une profonde humanité car il est fait de chair et de senti-ments et il nous montre aussi un Anberber qui saura réagir et reprendre vie. En faisant ainsi oeuvre de mémoire, Teza est un film qui se révèlera bien vite indispensable. Paradoxale-ment, on aura rarement éprouvé autant ce sentiment d'urgence, cette volonté catharti-que, à raconter l'Histoire. Mais cet aspect ne doit pas nous faire oublier que Gerima est avant tout, un cinéaste. Sa maîtrise de l'image et de la direction d'acteurs font ici merveille, où les plans majestueux sont capables de saisir à la fois la poésie des espaces de la cam-pagne éthiopienne et le drame des sentiments que vivent les personnages qui l'habitent. La tragédie d'Anberber, de ses amis et de sa famille prend ainsi, par la magie d'une mise en scène généreuse, la dimension de l'épopée émouvante de toute une génération. Martial Knaebel
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The Harvesters (2018)
Etienne Kallos
Afrique du Sud
106′
Afrique du Sud, Free State, bastion d’une communauté blanche isolée, les Afrikaners. Dans ce monde rural et conservateur où la force et la masculinité sont les maîtres-mots, Janno est un garçon à part, frêle et réservé. Un jour, sa mère, fervente chrétienne, ramène chez eux Pieter, un orphelin des rues qu’elle a décidé de sauver, et demande à Janno de l’accepter comme un frère. Les deux garçons engagent une lutte pour le pouvoir, l’héritage et l’amour parental.
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The Train of Salt and Sugar (2016)
Licínio Azevedo
Mozambique
92′
Un train s’apprête à quitter Nampula, au Nord du Mozambique, pour rejoindre le Malawi. En 1989, la guerre civile sévit dans le pays et entamer ce voyage signifie risquer sa vie, car le train entrera en zone rebelle. C’est ce convoi que prend Rosa pour rejoindre son hôpital. Elle y rencontre le lieutenant Taia, chargé de l’escorte militaire. Quittant le documentaire, Licínio Azevedo raconte toujours la réalité que vivent les Mozambicains. L’action se déroule dans des paysages grandioses qui n’ont rien à envier à la fameuse Monument Valley que prisait tant John Ford. Un train en guise de diligence, et voilà planté le décor. Mais les références au Western ne s’arrêtent pas là. Le réalisateur Azevedo avoue aimer le genre, citant John Ford et Georges Stevens. Et, effectivement, les références ne manquent pas tout au long du film de La charge héroïque à Il était une fois la révolution de Sergio Leone. Cependant, au-delà de l’aspect purement esthétique, on se rend compte que le genre permet d’évoquer avec précision cette lutte sanglante que fut la guerre civile opposant la Renamo au Frelimo et de lui donner une signification très concrète. Le soin apporté aux détails rend toute l’action parfaitement crédible, ce qui n’a rien d’étonnant: le réalisateur Licinio Azevedo ayant lui-même accompli plusieurs fois ce trajet à haut risque, encore aujourd’hui. En effet, la situation politique actuelle au Mozambique est redevenue instable, des foyers de guérilla pouvant apparaître à nouveau à tout moment parmi une population qui se sent délaissée par les administrations de la capitale, parfois prise en otage aussi bien par les rebelles que par les militaires censés les protéger. En outre «The Train of Salt and Sugar» (Convoi de sel et de sucre) trouve aussi son inspiration dans les légendes animistes africaines où les hommes initiés peuvent se changer en lion ou en singe, être invincibles aux balles, se relever après avoir été laissés pour morts. Et le spectateur trouve cela normal, car, comme le dit Azevedo lui-même, avec la magie, il n’y a plus de règle qui s’applique. Au cinéma, par contre, il y en a une à laquelle on n’échappe pas : maintenir le spectateur en haleine et de ce point de vue «The Train of Salt and Sugar» est une réussite. Martial Knaebel
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Un homme qui crie (2010)
Mahamat-Saleh Haroun
Tchad
87′
Adam, ancien champion de natation, est maître nageur à l’hôtel international de la ville. Son fils, Abdel, le seconde dans sa tâche. La guerre civile fait rage dans le pays et se rapproche de la ville. L’armée a besoin d’hommes et d’argent. Adam est harcelé par un «ami», membre du parti au pouvoir, qui attend de lui qu’il paie son écot à l’effort de guerre. La pression se fait plus forte alors que l’hôtel est privatisé, et que la nouvelle direction «rationalise». ****************************** Un reflet du monde Le réalisateur de Daratt revient avec une oeuvre dont le récit est, d’une part, fortement ancré dans la réalité de son pays, le Tchad, subissant toujours une guerre civile larvée, et souligne d’autre part le destin difficile des employés souffrant une autre guerre, économique celle-là, dont ils sont les premières victimes dans le monde entier. En liant ainsi privatisation de l’économie, accompagnée de son cortège de «rationalisations», et effort de guerre, où les pauvres sont encore une fois victimes, Mahamat-Saleh Haroun plante un décor parfait pour une tragédie du théâtre classique où le père n’aurait d’autre choix que de sacrifier son fils, pour porter, à jamais, le poids de cette douleur et de cette culpabilité. Cependant, il ne s’agit plus de questions d’honneur ou d’orgueil mal placées, mais de situations plus prosaïques, et les personnages ne sont pas des héros, mais des gens tout ce qu’il y a de plus ordinaire car chacun se doit de trouver une issue pour survivre au présent ou préparer son avenir. Un homme qui crie est donc fait de ce mélange subtil qui font les grandes oeuvres de cinéma en ayant une action dramatique qui nous tient en haleine durant toute sa durée à laquelle vient s’intégrer l’histoire contemporaine qui lui donne toute sa force. Surtout, Haroun a ce talent, en toute simplicité, sans effet autre que les silences et les pauses, de donner à ses personnages, eux-mêmes simples, une dimension universelle à partir de leur destin «local». Le personnage d’Adam, petit à petit, grandit et devient avec force la personnification de tous ces parents dont les fils sont partis à la guerre, et n’en sont pas revenus. Enfin, ce mélange subtil ne pourrait exister s’il n’était soutenu par une image paisible et un rythme qui permet la respiration, des personnages et du spectateur. Oui, Un homme qui crie se déroule peut-être en Afrique, mais c’est un film qui nous parle également de nous. Martial Knaebel
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Virgem Margarida (2012)
Licínio Azevedo
Mozambique
87′
1975. Le Mozambique fête son indépendance. La jeune révolution veut éradiquer les méfaits de la colonisation, dont la prostitution. Les rues de Maputo, la capitale, sont alors débarrassée des prostituées envoyées en camp de rééducation loin dans la savane pour en faire des femmes "nouvelles". Margarida, une adolescente campagnarde de 16 ans est prise par erreur et n'arrive pas à faire reconnaître sa bonne foi. Voici son histoire et celle de femmes inexorablement liées à l'adversité.
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