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Cinema's Choice: CINELUX Genève

POST TENEBRAS... CINÉLUX! Passez un moment convivial à la lumière d'un film dans votre cinéma de quartier préféré! Le Cinélux est une salle intime à l'accueil chaleureux assuré par des passionnés de cinéma. Sa riche programmation – premières visions, festivals, évènements ponctuels suivis de discussions – contribue à élargir le spectre de l’offre culturelle genevoise ainsi qu'à dynamiser la vie du quartier par ses collaborations avec moult associations locales. L'équipe du Cinélux vous propose sa sélection.

Gabriel and the Mountain (2017)
Fellipe Barbosa
Tanzanie, République-Unie de
131′
Gabriel est sur le point de clore un an de voyage à travers l’Asie puis l’Afrique de l’Est. Périple qu’il s’était promis de réaliser avant de poursuivre ses études dans une prestigieuse université californienne. A la fois témoignage plein de vie et hommage émouvant rendu à un ami disparu, Gabriel and the Mountain est un magnifique road-movie africain. Un globe-trotter brésilien En fait, Gabriel and the Mountain pourrait être considéré comme une suite du premier film de Fellipe Barbosa, Casa grande, dont le héros essayait déjà de surmonter les barrières sociales dans une école huppée de Rio. C’est d’ailleurs dans cette école que le réalisateur et Gabriel se sont rencontrés pour la première fois. Le temps a passé depuis et Gabriel, avant de poursuivre ses études aux Etats-Unis, a voulu découvrir le monde. Sur le point de terminer son périple, Gabriel débarque au Kenya où il ne veut pas être un touriste, mais un globe-trotter en contact étroit avec les gens du cru. Cet état d’esprit suscitera de belles rencontres - dont le spectateur profitera par la même occasion. L’ambiance changera quelque peu avec l’arrivée de son amie Cristina, venue le rejoindre pour quelques jours en Tanzanie, avant de connaître la Zambie, puis le Malawi. Fellipe Barbosa retrace le plus fidèlement possible les derniers jours de son ami Gabriel Buchmann. Pour cela, aux côtés des deux seuls acteurs professionnels João Pedro Zappa (Gabriel) et Caroline Abras (Cristina), ce sont les personnes réelles, qui ont rencontré le jeune Brésilien, qui jouent leur propre personnage, évoquant parfois en voix off leur expérience avec Gabriel. L’enthousiasme de Zappa à incarner Gabriel, la vivacité qu’il donne à son personnage, emporte l’adhésion et nous pousse même à oublier la fin tragique du héros, annoncée pourtant dès la première séquence. La richesse du récit et des rencontres tient aussi à l’ambivalence du personnage qui ne veut pas être un touriste, mais se comporte parfois comme tel. Et c’est peut-être la conscience de ce fait qui rend Gabriel plus fébrile et pressé de sortir des sentiers battus. Comme tous les road-movies réussis, c’est aussi à un cheminement intime que nous invite le film. Martial Knaebel
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«Une personne qui visite un autre pays que le sien doit-elle d'emblée être considérée toujours comme un touriste ? En mettant en scène les dernières semaines de la vie de son ami Gabriel, le réalisateur Felipe Barbosa s’interroge sur le thème du touriste-voyageur, en en soulignant ses possibles contradictions intrinsèques. Mêlant acteurs et personnages réels, le film est une ode à la relation entre l'être humain et la nature, en ligne directe avec l'œuvre de Werner Herzog !»
I am Not Your Negro (2016)
Raoul Peck
France
93′
À travers les propos et les écrits de l’écrivain noir américain James Baldwin, Raoul Peck propose un film qui revisite les luttes sociales et politiques des Afro-Américains au cours de ces dernières décennies.
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«Un regard sur l’Amérique par les yeux consternés et compatissants de James Baldwin. Un dialogue éloquent entre les archives et le présent. Raoul Peck affiche l’art du tissage cinématographique en superposant interviews, conférences, références filmiques, blues et extraits de poésie. Le résultat est impressionnant ! Un film à voir et revoir pour ses qualités narratives.»
Pelo Malo (2013)
Mariana Rondon
Venezuela
93′
Junior a 9 ans. Il vit à Caracas avec sa mère et son frère de 2 ans. Junior a les cheveux frisés de son père. Il voudrait avoir les cheveux lisses de sa mère. Junior adore chanter, danser avec sa grand-mère et se coiffer devant la glace. Mais pour sa mère, Junior est l’homme de la famille. C’est comme ça qu’elle l’aime...
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«Une petite histoire de rejet et de besoin d'affection. Opposant les rêves fantaisistes d'un petit garçon à la suspicion que son comportement suscite chez sa mère, le propos du film est magnifié par l'arrière-plan de la cité. Marianna Rondon y articule la contrainte sociale à la question du genre dans l'enfance. Laissez vous toucher par l'interprétation du jeune protagoniste !»
«Comment aborder la thématique de l'Aïd el-Kébir sur un ton décalé ? Avec un film sur le quotidien de... moutons et de leurs propriétaires: tel est le parti pris de Karim Sayad. Un récit constitué de métaphores sur les rêves d'une jeunesse et les vicissitudes du fonctionnement social des hommes. L'humour est au rendez-vous, sourires garantis.»
Mr. Kaplan (2014)
Álvaro Brechner
Uruguay
98′
Du sommet d’un plongeoir, un vieil homme au crépuscule de sa vie se demande en quoi son existence a pu être d’une quelconque utilité pour l’humanité. C’est le point de départ d’une comédie subtile et jouant sur les paradoxes que nous propose Alvaro Brechner, où un vieillard approchant de la sénilité se donne pour mission de dévoiler le passé nazi du tenancier d’une modeste buvette d’une plage proche de Montevideo. Jacobo Kaplan est arrivé d’Europe dans les années trente. Il a laissé là-bas toute sa famille. Aujourd’hui, octogénaire, les réminiscences de son passé lui reviennent, dont l’injonction de son père à son départ de Pologne: «Tu es très spécial. Maintenant, va et prouve-le». Et justement, il n’y a rien eu de marquant dans sa vie qui méritât de passer à la postérité. Deux événements fortuits, sans lien entre eux, vont lui permettre, pense-t-il, d’accomplir une mission extraordinaire: d’abord un reportage sur un ancien nazi démasqué en Argentine, ensuite une phrase anodine de sa petite-fille mentionnant un allemand que les jeunes surnomment le «nazi» vu souvent sur une plage qu’ils fréquentent. Pour Jacobo, pas de doute, 1+1 font un et pas deux, il a trouvé sa mission et embarque avec lui Wilson, un ancien policier pas très net. Avec Mr Kaplan, Alvaro Brechner développe plusieurs thèmes. On y voit la vieillesse, la perception de l’histoire passée dans le présent et la recherche de l’estime de soi. Pour les aborder, Brechner use d’un traitement au ton mi-figue, mi-raisin, à la fois sérieux - car les sujets le sont, et plaisant, voire parfois carrément comique - car les situations s’y prêtent. On admirera, de ce point de vue, le superbe travail de montage de Nacho Ruiz Capillas assisté de Brechner lui-même. Bien vite, on réalise que l’intrigue est cousue de fil blanc, et on se doute bien que Kaplan ne fait que prendre ses désirs pour des réalités. Pourtant, si le suspens s’évente, on n’est jamais au bout des surprises que nous réservent ces deux personnages à la recherche de moulins à vent. On peut d’ailleurs d’autant mieux apprécier les aventures de Don Quichotte-Kaplan, suivi de son Panza-Wilson, qu’on n’a plus à se soucier du résultat de leurs investigations... qui ne sera tout de même pas celui qu’on attend. Martial Knaebel
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«Avec des personnages en plein questionnement existentiel et infiniment attachants, un scénario faisant habilement la part belle aux fantômes du passé et... aux insolations ! Mr. Kaplan est un film décalé, plein d’humour noir, comme savent délicieusement l’être les comédies uruguayennes. Drôle et touchant.»
El boton de nacar (2015)
Patricio Guzmán
Chili
82′
Avec Nostalgia de la luz, Patricio Guzmán, nous emmenait dans le désert d’Atacama, à l’extrême nord du Chili. Là-bas, il y sondait le cosmos pour scruter les rocs et les sables du désert. El botón de nacár nous emporte, lui, à l’extrême sud du pays, 4000 km plus bas où c’est maintenant l’eau qu’on trouve dans les étoiles. Mais c’est encore sur l’histoire des hommes et de leur mémoire que revient Patricio Guzmán. Ces deux films, Nostalgie de la lumière et Le bouton de nacre, forment bien un diptyque cohérent. Au premier, illuminé par la lumière si pure et la sécheresse du désert du nord, répond le ciel chargé et la froide humidité de l’archipel du sud. Ici, ce sont l’eau et le froid qui ont formé les hommes et les civilisations. Car ces îles innombrables étaient habitées, bien avant que les colons n’arrivent et massacrent - ils étaient encore 8000 au 18e siècle, ils ne sont plus que 20 descendants directs aujourd’hui. C’est la première idéeforce: l’existence d’une civilisation capable de survivre dans des conditions extrêmes, de traverser le Cap en petit canoë, de compositions musicales sophistiquées. La deuxième idée-force: faire ressentir par le spectateur, physiquement, la géographie bizarre de ce pays qu’est le Chili - tout en longueur, ouvert sur la mer qui est sa plus grande frontière, et pourtant profondément terrien. Un pays si long, qu’on ne peut le représenter en un seul morceau. Enfin, il y a la mémoire de l’eau. Celle qui vient du cosmos - qui se compte en millions d’années - et celle, plus macabre et contemporaine, qui vient de l’océan - car ici, comme au nord, les militaires ont essayé d’effacer les traces de leurs crimes. Ces trois idées-forces sont exprimées dans de véritables mises en scène de cinéma qui offrent des moments sublimes: la musique jouée par le musicologue Claudio Mercado, ou la leçon de vocabulaire de Christina Calderon, descendante des Yagán. Emma Malig, artiste, déroule une étrange et longue bande de papier froissé, le Chili, en un seul morceau. Enfin, se déroule sous nos yeux la reconstitution du «travail» fastidieux et minutieux qu’impliquait cette volonté des militaires d’effacer des milliers d’individus des mémoires. C’était sans compter ce bouton de nacre ramené à la surface. Martial Knaebel
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«A travers des images d’une poésie quasi hypnotique, bercé par le langage de l’eau et la voix douce et posée de Patricio Guzmán, Le bouton de nacre réussit à aborder les pans les plus sombres de l’histoire chilienne, à relater l’incompréhensible sans chercher à donner de réponses. Un travail de mémoire d’une beauté et d’une délicatesse infinie, qui atteint par moments une dimension métaphysique. Inoubliable.»
«Des plans fixes aux allures de tableaux emprunts de nostalgie, un air d’accordéon mélangé au son des sirènes… bien que fortement ancrée dans la réalité contemporaine, Le Havre comporte une dimension atemporelle, presque enchantée. Telle une fable humaniste implantée dans le décor industriel du Nord de la France. Par sa simplicité, Aki Kaurismäki réussit, comme dans chacun de ses films, à toucher à quelque chose d’essentiel en nous. Sans oublier un bon coup de blues-rock local (signé Little Bob) ! Un coup de cœur absolu.»
Styx (2018)
Wolfgang Fischer
Allemagne
95′
Rike est médecin urgentiste à Cologne. Pour ses vacances, elle s’offre une croisière en solitaire, depuis Gibraltar vers l’île d’Asuncion au milieu de l’Atlantique. Au large de la Mauritanie, elle est tirée de sa solitude par des appels de détresse d’un chalutier débordant de passagers. Wolfgang Fischer délaisse l’accessoire pour montrer la réalité des «sauvetages» en mer. Électrochoc garanti. Styx débute de la plus étrange des manières, suivant un couple de singes habitant le rocher de Gibraltar sur fond d’une musique méditative. Images paisibles et poétiques qui vont vite laisser la place à celles d’un accident en plein Cologne. Une femme médecin organise les secours et suit le blessé dans son parcours vers l’hôpital. Changement de décor, la même femme organise une croisière en voilier vers l’île d’Asuncion. Cette première partie a beau avoir l’aspect sec d’un documentaire, on ne peut s’empêcher d’être fasciné par la précision, la méticulosité, de chaque geste de Rike, comme médecin, comme marin. Tout est organisé et rangé à sa place sur le voilier et même une tempête n’arrive pas à déstabiliser la jeune femme qui savoure déjà dans des livres son futur séjour sur Asuncion. L’atmosphère change du tout au tout lorsque Rike aperçoit un chalutier au large. La proximité acquise auparavant vis-à-vis du personnage, dans l’espace confiné du voilier, produit alors son effet, l’identification à la jeune femme est quasi totale. Et comme elle, face au drame qu’on voit se dérouler sous nos yeux, on a le sentiment de perdre nos repères. La tension dramatique atteint un paroxysme qui va s’installer pour ne plus lâcher le spectateur. Non pas qu’il y ait un véritable suspens sur l’issue finale, mais plutôt les multiples irrésolutions, hésitations, indécisions, de notre protagoniste ne sachant plus trop comment répondre à la situation. Suzanne Wolff a une présence extraordinaire, le fait qu’elle soit elle-même un marin confirmé, ajouté à son talent d’actrice, y est pour beaucoup. Avec elle, Rike devient un personnage de référence. Le jeune Kényan Gedion Oduor Wekesa, qui joue le seul réfugié atteignant le voilier, crève aussi l’écran. Les deux font de Styx un film d’action, une fiction peut-être, mais qui a valeur de témoignage. Martial Knaebel
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«Les mouvements migratoires des pays en fuite pour différentes raisons et à tout prix, mettent en lumière les problèmes qui se posent dans le monde actuel. Il y a une multitude de tragédies et de crises humanitaires et ce film met en perspective les problèmes auxquels nous devons faire face. Styx nous montre précisément un grand dilemme, celui de savoir quoi faire lorsque nos convictions et nos sentiments humains s'opposent à des ordres auxquels il faut obéir. Que ferions-nous dans une situation similaire? Écouter notre instinct ou nous soumettre aux règles dictées par les dirigeants?»
So Long, My Son (2019)
Xiaoshuai Wang
Chine
185′
Yaojun et sa femme Liyun vivent dans un petit port du sud de la Chine. Manifestement, ils portent le souvenir d’une douleur profonde que le temps n’a pas atténuée. Wang Xiaoshuai embrasse les quarante dernières années qui ont marqué la Chine à la suite de ce vieux couple toujours en deuil de son enfant disparu. La petite histoire pour mieux comprendre la grande, et vice-versa.
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«Les relations humaines et l'évolution d'un pays tout entier se dévoilent ici intimement liées : à travers les douleurs tues de ses personnages, So Long, My Son figure les traumatismes de la Chine moderne. Un merveilleux drame familial, une fresque à la construction complexe, emplie d’ellipses et de flash-back, aux personnages se chargeant de densité au fur et à mesure de l'intrigue. Une histoire impressionnante qui ne laissera aucun spectateur indifférent. Virtuose et magistral !»

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