2017 dans les cinémas suisses

Anna Karenina (2017)
Karen Schachnasarow - Shakhnazarov
Russie
138′
L’adaptation cinématographique d’une oeuvre littéraire aussi monumentale que «Anna Karénine» de Léon Tolstoï se révèle toujours un exercice difficile. Le maître russe Karen Shakhnazarov a choisi de reprendre le récit à partir d’un point de vue original et iconoclaste: celui de l’amant de l’héroïne, le comte Vronski. Un hôpital de campagne, en 1904, en Mandchourie, en pleine guerre russo-japonaise. On amène un officier blessé au médecin commandant l’unité sanitaire, Sergueï Karénine. Celui-ci reconnaît le colonel Vronski qui fut l’amant de sa mère, Anna Karénine. Lorsque son malade est ranimé, Sergueï ne peut s’empêcher de lui demander des explications sur la mort de sa mère. Vronski raconte l’éclosion d’une passion amoureuse que rien ne pouvait empêcher, puis son étiolement inéluctable dans un monde qui les avait mis au ban. Tolstoï avait entrepris de décrire la société russe de son temps. Il développait aussi une réflexion sur la morale et la religion. Il ne recherchait pas les effets de style, mais s’attachait à décrire les situations de la façon la plus réaliste possible. Son récit s’appuyait en fait sur le traitement de plusieurs couples antinomiques. Karen Shakhnazarov s’est, lui, concentré sur la passion de Karénine et Vronski. Il a ainsi épuré sa mise en scène et, procédant par sauts dans le temps, a pu observer avec soin l’évolution de la relation entre les deux amants, et particulièrement les changements dans l’attitude de la jeune femme, se laissant aller à sa passion, mais se sachant en même temps coupable d’infidélité vis-à-vis de son mari. «Anna Karénine - L’histoire de Vronski» est ainsi une superbe étude de caractères placés dans une société figée et décadente. Martial Knaebel
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La belle et la meute (2017)
Kaouther Ben Hania
Tunisie
100′
Mariam, jeune étudiante à l’université de Tunis, est violée au sortir d’une fête organisée dans un hôtel. Elle veut porter plainte, mais elle se heurte à la suspicion, voire au déni, quand ce ne sont pas carrément des menaces. Kaouther Ben Hania s’inspire d’un fait réel et d'un livre pour filmer, caméra au poing, les démarches d’une jeune femme qui réclame justice. Et la réalisatrice tunisienne frappe fort. Kaouther Ben Hania n’est pas une inconnue pour ceux qui s’intéressent au cinéma tunisien. On doit en effet à la jeune réalisatrice cet objet filmique non identifié, Le Challat de Tunis, mi-documentaire, mi-fiction, qui s’essayait à enquêter sur une légende urbaine d’un jeune Tunisois balafrant les fesses des jeunes femmes. Avec La belle et la meute, Kaouther Ben Hania, paradoxalement, entre résolument dans la fiction pour mieux s’approcher de la réalité. C’est une Mariam hagarde, courant et trébuchant dans la rue, que nous retrouvons après la fête après l’avoir quittée au bas des marches de la salle de danse. Mais cette fois-ci, la caméra ne la quittera plus, se collant à elle, épousant ses moindres gestes, ses moindres faux-pas, donnant le sentiment de suivre chaque plan-séquence en temps réel. La réalisatrice place également des balises, marquant autant de stations du «chemin de croix» de Mariam, donnant à chaque chapitre sa propre tension, sa propre force. Hôpital, poste de police, hôpital de nouveau. Mariam Al Ferjani (Mariam) donne à son personnage une présence immense, sa détresse nous atteint sans crier gare, les regards de commisération, de mépris, menaçants que lui jettent les femmes et les hommes qu’elle doit croiser à l’hôpital ou au commissariat de police, ont de quoi ébranler le spectateur le plus endurci. En ne montrant aucune violence physique et uniquement la détresse de la jeune femme, Kaouther Ben Hania la décuple et fait de chaque coin de couloir le lieu d’une nouvelle embuscade et maintient ainsi une tension qui ne se libérera qu’à la dernière séquence. Véritable thriller politique, La belle et la meute livre un instantané, presque allégorique, d’un pays et d’une société sur le fil du rasoir auquel s’ajoute un superbe portrait de femme. Martial Knaebel
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Félicité (2017)
Alain Gomis
Congo, La République Démocratique du
124′
Félicité, libre et fière, est chanteuse le soir dans un bar de Kinshasa. Sa vie bascule quand son fils de 14 ans est victime d’un accident de moto. Pour le sauver et régler les coûts de l’hôpital, elle se lance dans une course effrénée à travers les rues d’une Kinshasa électrique, un monde de musique et de rêves. Ses chemins croisent ceux de Tabu. Primé avec le Grand Prix du Jury au Festival de Berlin, ce film fait plonger dans la pleine vie. Alain Gomis à propos de Félicité «J’ai le sentiment qu’un film se construit sur des années, en convoquant une multitude de choses différentes. À l’origine de celui-ci, il y a des personnages existants, des femmes dont je suis proche, au Sénégal principalement. Des femmes fortes. Qui n’acceptent pas la compromission, qui prennent tout de plein fouet et ne plient pas sous les coups. J’avais une admiration certaine pour cette droiture, tout en m’interrogeant sur le fait de vouloir à tout prix plier la vie à sa volonté. J’étais donc intéressé par cette dialectique de la lutte et de l’acceptation qui est une idée qui traverse mes films. Sur cela est venu se greffer l’accident d’un jeune cousin très proche qui a perdu sa jambe, après qu’elle ait été mal soignée. Je me souviendrai toujours de son regard de gosse de 17 ans qui a perdu la légèreté, pour qui la vie est comme finie. Son histoire était aussi liée à celle de sa mère que l’on soupçonnait de pratiques obscures. Cette réalité simple qui confronte l’invisible au quotidien est à la base du film. J’avais alors envisagé une sorte de Faust ... et puis j’ai rencontré la musique du Kasai Allstars qui contenait tout cela. Tshanda, qui joue Félicité, me disait que c’était une femme à moitié en vie, à moitié morte. Toute sa vie, elle s’était tenue droite, affrontant le monde, et avec l’accident de son fils arrivait la défaite. Tout ce qu’elle avait tenu à bout de bras jusque-là s’écroulait. Pour elle, la question était est-ce que cette vie vaut le coup, est-ce que je reste là ou est-ce que je repars là d’où je viens? C’est un personnage qui se tient à la frontière de ces deux options. Il était évident que Tshanda comprenait absolument cette possibilité de renoncement. Ensuite, moi je ne dis pas grand-chose du personnage à un comédien, j’essaie de rester très concret sur la situation, mais c’était cette espèce de ligne-là qu’on avait définie.»
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Western (2017)
Valeska Grisebach
Bulgarie
120′
Un groupe d’ouvriers allemands travaille sur un chantier au fin fond de la Bulgarie. Barrière de la langue, fossé culturel, les relations avec la population du village alentour se révèlent difficiles, voire conflictuelles. C’est un véritable western, que nous propose Valeska Grisebach, avec ses codes et ses archétypes que la réalisatrice revisite avec une maîtrise et un bonheur certains. Un Western, mais pas seulement. Une équipe d’ouvriers allemands débarque sur un chantier aux confins de la Bulgarie, proche de la frontière avec la Grèce. Ils sont un peu perdus, loin de chez eux, évitant d’abord les contacts avec la population locale, avant de devenir quelque peu agressifs. Parmi eux, Meinhard, peu disert, ira découvrir la vallée en solitaire et essayer de briser l’obstacle de la langue. Un cheval, trouvé paissant seul dans un pré, lui servira de lien avec les habitants du village voisin. Au début, on pourrait se croire dans un documentaire suivant une équipe d’ouvriers. La caméra garde ses distances, observant le groupe dans son installation, dans son travail sur le chantier, avec des dialogues simplement utilitaires. Puis deux hommes émergent du groupe: Vincent, le contremaître, et surtout Meinhard, homme taciturne qui reste à l’écart des autres. Les deux ont un point commun: l’envie d’entrer en contact avec les gens du coin, mais le premier s’y prend mal, au contraire du second. Et, de fait, l’intrigue tourne autour de cette envie et des relations entre deux populations qui ne se comprennent pas. Les situations conflictuelles ne manquent pas, difficiles à dénouer quand les préjugés dominent et qu’on ne parle pas la même langue. Il est sûr qu’on retrouve beaucoup d’éléments dramatiques, dans Western, qui font référence au genre: une vallée isolée, des «Indiens» (les villageois bulgares), des «pionniers» (les ouvriers allemands) sûrs d’apporter le progrès et un «héros cow-boy» solitaire (Meinhard). Cependant, on pourrait, et on devrait, surtout voir dans ce film une allégorie de l’Europe d’aujourd’hui qui, avec ses cohortes d’ouvriers détachés, est bien loin de la construction idéale annoncée. Vision pessimiste? Pas forcément, nous dit Western. Martial Knaebel
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The Train of Salt and Sugar (2016)
Licínio Azevedo
Mozambique
92′
Un train s’apprête à quitter Nampula, au Nord du Mozambique, pour rejoindre le Malawi. En 1989, la guerre civile sévit dans le pays et entamer ce voyage signifie risquer sa vie, car le train entrera en zone rebelle. C’est ce convoi que prend Rosa pour rejoindre son hôpital. Elle y rencontre le lieutenant Taia, chargé de l’escorte militaire. Quittant le documentaire, Licínio Azevedo raconte toujours la réalité que vivent les Mozambicains. L’action se déroule dans des paysages grandioses qui n’ont rien à envier à la fameuse Monument Valley que prisait tant John Ford. Un train en guise de diligence, et voilà planté le décor. Mais les références au Western ne s’arrêtent pas là. Le réalisateur Azevedo avoue aimer le genre, citant John Ford et Georges Stevens. Et, effectivement, les références ne manquent pas tout au long du film de La charge héroïque à Il était une fois la révolution de Sergio Leone. Cependant, au-delà de l’aspect purement esthétique, on se rend compte que le genre permet d’évoquer avec précision cette lutte sanglante que fut la guerre civile opposant la Renamo au Frelimo et de lui donner une signification très concrète. Le soin apporté aux détails rend toute l’action parfaitement crédible, ce qui n’a rien d’étonnant: le réalisateur Licinio Azevedo ayant lui-même accompli plusieurs fois ce trajet à haut risque, encore aujourd’hui. En effet, la situation politique actuelle au Mozambique est redevenue instable, des foyers de guérilla pouvant apparaître à nouveau à tout moment parmi une population qui se sent délaissée par les administrations de la capitale, parfois prise en otage aussi bien par les rebelles que par les militaires censés les protéger. En outre «The Train of Salt and Sugar» (Convoi de sel et de sucre) trouve aussi son inspiration dans les légendes animistes africaines où les hommes initiés peuvent se changer en lion ou en singe, être invincibles aux balles, se relever après avoir été laissés pour morts. Et le spectateur trouve cela normal, car, comme le dit Azevedo lui-même, avec la magie, il n’y a plus de règle qui s’applique. Au cinéma, par contre, il y en a une à laquelle on n’échappe pas : maintenir le spectateur en haleine et de ce point de vue «The Train of Salt and Sugar» est une réussite. Martial Knaebel
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Worlds Apart (2015)
Christopher Papakaliatis
Grèce
105′
Trois récits parallèles, chacun suivant une histoire d'amour entre un étranger et un Grec. Trois générations tombent amoureuses dans la période de crise socio-économique qui domine l'Europe du Sud dans son ensemble. Leurs histoires se rejoignent à la fn du flm et montrent que même en cette époque diffcile, il reste de la place en Grèce pour la beauté et l'humanité. Et que l'amour peut y naître même dans les pires moments. Daphne échappe in extremis à un viol grâce à l’intervention de Farris, un réfugié syrien. Ils se reverront et s’aimeront. Giorgos vit mal ses problèmes de couple et sa situation professionnelle. Une rencontre fortuite dans un bar, et voilà la passion qui semble renaître. Sebastian, retraité allemand installé récemment en Grèce, rencontre Maria, une femme au foyer. Il lui parle d’Eros et de la riche culture grecque, elle lui répond bouches à nourrir. Trois émouvantes histoires d’amour situées dans la Grèce d’aujourd’hui. Quand on n’a que l’amour Il n’y a pas si longtemps encore, la Grèce faisait la une des journaux quasiment chaque jour. Désastre économique, crise sociale et politique, saignée imposée par l’Union Européenne nous étaient décrits dans le détail. Plus récemment, c’était l’afflux des réfugiés qui venait encore alourdir les difficultés du pays. Le grand mérite de Worlds Apart - littéralement Mondes séparés - est de rendre concrètes et réelles les conséquences de l’application des abstractions théoriques des économistes bruxellois. De fait, les trois histoires traitent, la première, de cet afflux des réfugiés, la deuxième d’une restructuration dans une entreprise, imposée de l’étranger. Le dernier épisode, de la misère qui s’installe dans les ménages et les familles. Pourtant, le film n’a rien de didactique, au contraire. Ce serait même paradoxalement presque un «feel good movie», tant ses personnages qui rencontrent l’amour y sont décrits avec tendresse, tant les images et les récits rendent leurs vies palpables et vraies, même si la cruauté des situations n’est pas évacuée. Cruauté rendue encore plus évidente lorsque la caméra sursaute, comme nous, avec l’explosion soudaine des violences. Mais, pour le réalisateur Christopher Papakaliatis, l’amour est aussi un facteur d’espoir car il accentue l’humanité chez chacun. D’où l’importance du professeur dissertant avec chaleur et poésie sur les apports de la culture grecque à l’histoire du monde. D’où l’importance aussi de ce choix d’interrompre abruptement chaque histoire dans un moment dramatique, puis de les rassembler dans un final étonnant.
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The Death And Life of Otto Bloom (2016)
Cris Jones
Australie
83′
Qui est donc cet Otto Bloom surgi de nulle part, qui possède une mémoire du futur et n’en a aucune du passé? Est-il un extraterrestre, ou un charlatan? Un homme malade ou un génie? A partir de cette trame fantastique, le réalisateur Cris Jones nous propose une réflexion sur la relativité du temps et des choses, illustrée par une émouvante histoire d’amour. Cris Jones, voici un nom qu’il faudra retenir. Pour son tout premier film, après à peine deux courts métrages, ce jeune réalisateur australien y est allé au culot. En effet, plutôt que de chercher les effets spéciaux, du côté fantastique et extraordinaire de l’intrigue, Cris Jones choisit le faux documentaire pour insister sur l’aspect humain de l’aventure et du personnage-titre du film. Celui-ci est donc structuré autour d’interviews de personnages, s’adressant directement à la caméra et aux spectateurs, qui vont essayer de cerner Otto Bloom, de raconter son histoire et tenter de percer son mystère. Ces séquences neutres sont illustrées par une série d’images d’archives - fausses, bien entendu, mais plus vraies que nature - et de coupures de presse (tout aussi fausses) des quotidiens les plus prestigieux de la planète, se posant tous la même question: cet Otto Bloom est-il un phénomène ou un imposteur? Questions auxquelles des universitaires, un policier, tentent en vain de répondre face à la caméra.Décrit tel quel, The Death and Life of Otto Bloom pourrait donner l’idée d’un objet froid et austère. On en est loin, grâce à celle qui se trouve être au centre de cette histoire étrange, Ada, le grand amour d’Otto Bloom, celle aussi qui l’a examiné en premier - elle est neurologiste. Mais comment peut-on aimer lorsque la mémoire du passé n’existe pas? Ada, âgée, vit avec sa mémoire des moments heureux passés avec un homme qui les oubliait l’instant d’après. Et c’est une deuxième idée de génie de Cris Jones: point d’artifices et de maquillage ridicule pour exprimer le vieillissement d’Ada: Ada au passé est incarnée par la propre fille de l’actrice Rachel Ward, qui joue Ada au présent. Matilda Bloom est tout aussi émouvante et formidable que sa mère. The Death and Life of Otto Bloom, une très belle histoire sur les mystères de l’amour. Martial Knaebel
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Centaure (2017)
Aktan Abdykalykow - Arym Kubat
Kirghizistan
89′
Projectionniste dans un village des environs de Bichkek, la capitale du Kirghizistan, Centaur tente de s’opposer à ce qu’il estime être une perte des valeurs morales engendrée par le développement d’une société d’économie libérale. Aktan Arym Kubat propose encore une fois, après Le voleur de lumière, une émouvante élégie, hommage à une culture confrontée à une mutation paraissant irréversible. Centaur vit avec sa jeune femme sourde et muette et leur fils dans un village des en‑virons de Bichkek, la capitale du Kirghizistan. A Nurberdi, son fils, il raconte les légendes du temps passé, où les chevaux et les hommes ne faisaient qu’un, les premiers donnant des ailes aux seconds. Ailleurs dans le village, un mystérieux voleur s’introduit dans les écuries, y volant des chevaux, justement, pour leur rendre leur liberté. Ce geste va au-delà de la compréhension de Karabay, le riche parvenu du coin, pour qui le cheval n’a plus d’autre valeur que marchande... Qu’on ne s’y trompe pas, l’intrigue de Centaur ne tourne pas autour d’une simple opposition entre tradition, forcément bonne, et modernité, forcément mauvaise. Le propos de Arym Kubat est plus subtil, comme le sont sa mise en scène et les parcours de ses protagonistes. Centaur est lui-même projectionniste, il n’est pas fermé à la technique apportée par le progrès, sa femme est russe et Karabay, le nouveau riche, n’est pas insensible au discours de son frère de sang. Le film doit plutôt être pris comme un instantané poétique, évitant les clichés exotiques, traçant le portrait d’une société en pleine mutation, subissant des influences multiples dans une région du monde secouée par la guerre - en Afghanistan tout proche - où un Islam rigoriste tente de s’imposer. Le sérieux du propos n’empêche pourtant pas l’humour de s’immiscer dans le récit, lui donnant une légèreté bienvenue. En fait, Centaur, tourné au Kirghizistan, narrant une histoire caractéristique de la culture et de la situation politique kirghizes, développe une intrigue à la portée universelle menée de main de maître par un réalisateur qui s’impose aussi - encore une fois - comme un acteur de talent. Martial Knaebel
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White Sun (2016)
Deepak Rauniyar
Nepal
88′
Raconter le Népal aujourd’hui, avec toutes ses contradictions et les défis que le pays doit relever. Cependant, le raconter de façon à ce que ceux qui ne connaissent pas le pays puissent saisir la complexité de la situation sans que ce soit un pensum mais un film aisé à suivre, avec son lot de surprises et de suspens. C’est la gageure qu’a osée et réussie le jeune réalisateur Deepak Rauniyar, associant avec finesse grande et petite histoire. Chandra retourne dans son village natal après dix ans de guerre dans les rangs de la guérilla maoïste. Il doit participer aux obsèques de son père, fervent royaliste comme l’est son frère Surja. Selon la tradition, strictement observée dans le village, seuls les hommes peuvent porter la dépouille jusqu’au lieu de crémation, au bord de la rivière. Mais le village n’est plus habité que de vieillards et le chemin est escarpé. La tâche incombera donc aux deux frères dont l’antagonisme éclatera violemment en cours de route. Chandra devra alors chercher de l’aide dans les villages voisins. Ce n’est que récemment que le Népal jouit d’une paix fragile. Le terrible séisme qui frappa le pays en 2015 obligea les différentes composantes politiques à s’entendre et à travailler encore une fois à l’élaboration d’une constitution qui soit acceptée par tous. Pour autant, les antagonismes n’ont pas disparu et les disparités sociales perdurent. Et c’est ce que nous montre Deepak Rauniyar dans cette fiction à l’action limpide, sans aucun temps mort. On peut louer le montage, suffisamment rythmé pour accrocher le spectateur. Les acteurs, quasiment tous non professionnels, habitent leur personnage avec un talent fou, que ce soit les gosses Pooja et Badri, à la recherche d’un père (sans lui, pas de papier, donc pas d’école), ou la jeune mère Durga bravant le sexisme obtus et fermé de la société traditionnelle. White Sun est ainsi une formidable allégorie, relatant avec simplicité, et subtilité, la situation actuelle au Népal, réalisée sans aucun didactisme, ni aucune lourdeur. Constat lucide, qu’on pourrait croire pessimiste. On est d’autant plus surpris par une chute inattendue à l’opposé, porteuse d’espoir. À l’image de cette dépouille, le pays est à une croisée où tout est encore possible. Une bien belle histoire.
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Banana Pancakes and the Lonely Planet (2015)
Daan Veldhuizen
Lao, République Démocratique Populaire
96′
Muang Ngoi, paisible petit village situé au nord du Laos, n’est pas encore envahi par un flot de touristes, mais ils commencent à venir - depuis que la bourgade est évoquée par le fameux guide des globe-trotters, the Lonely Planet. Le réalisateur néerlandais Daan Veldhuizen, routard lui-même, y est venu filmer les touristes vus par les habitants. Authenticité ou électricité? Muang Ngoi est un petit village isolé au bord de la rivière Ou. Celle-ci est la seule possibilité d’accès plus ou moins rapide et aisé à la bourgade. Routard lui-même, Daan Veldhuizen l’a découvert lors d’une de ses expéditions. Les touristes qui y viennent lors de la saison sèche sont encore peu nombreux et le réalisateur s’est intéressé aux interactions entre les autochtones, assoiffés de modernité, et les visiteurs à la recherche de traditions encore vierges et d’authenticité des modes de vie. Le voyage que nous propose le réalisateur va se dérouler en trois étapes. On arrive tout d’abord à Muang Ngoi durant la saison des pluies, et le spectateur fait la connaissance des deux personnages qui vont en quelque sorte le guider à travers le village et sa population. Shai a fait des études à la ville et rêve de faire fortune en commerçant avec les touristes. Khao est avant tout un paysan qui ne pense qu’à faire vivre sa famille. Ces jours d’observation sont interrompus par l’arrivée de la saison sèche et des touristes. À partir de là, la caméra semble se placer derrière les habitants du village, regardant les nouveaux arrivants depuis leur point de vue. Dans une évolution quasi naturelle, les habitants ignorent de moins en moins cette caméra, l’invitant à participer aux conversations, offrant à boire au cameraman. «Je voulais faire un documentaire où c’est le touriste qui est regardé par les gens du cru et non l’inverse», confiait le cinéaste. En procédant ainsi, son récit acquiert en fluidité, il mène à des situations et des dialogues parfois vraiment cocasses. Il nous montre aussi une population heureuse d’accueillir ces gens «bizarres» qui préfèrent le riz gluant alors qu’ils s’échinent à leur cuisiner des pancakes à la banane. Veldhuizen nous offre ainsi une observation légère et savoureuse des contradictions de chacun. Martial Knaebel
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Ultimos dias en La Habana (2016)
Fernando Pérez
Cuba
93′
L’instabilité du monde actuel est une évidence, particulièrement à Cuba dont les relations avec son grand voisin sont dépendantes des tenants du pouvoir aux Etats-Unis. C’est dire qu’un instantané d’aujourd’hui ne peut que représenter une situation éphémère. Le dernier film de Fernando Pérez, Últimos días en La Habana est donc particulièrement bienvenu, d’autant plus que récit et mise en scène collent au plus près de la réalité. Diego et Miguel vivent dans un appartement délabré dans un immeuble qui l’est tout autant dans le centre de La Havane. Diego est cloué au lit par son SIDA et rêve de vivre. Miguel lave la vaisselle dans un restaurant privé de la capitale et rêve de fuir aux Etats-Unis. Diego libère toute l’énergie qui lui reste dans la parole et affirme haut et fort son homosexualité alors que Miguel semble n’avoir plus aucun désir et se mure dans le silence. Dissemblables au possible, une amitié profonde, secrète, les lie pourtant et Miguel soigne, nourrit Diego, essayant de satisfaire ses moindres désirs. Le réalisateur cubain Fernando Pérez est un incorrigible optimiste. Il suffit de se pencher sur son oeuvre pour s’en persuader. Et ce n’est pas Últimos días en La Habana qui pourrait nous faire changer d’avis. Pourtant La Havane qu’il nous dépeint n’a rien d’un paradis sur terre. On n’y siffle plus depuis longtemps. Une crise économique qui n’en finit pas, au contraire, quand le principal et dernier soutien, le Venezuela, est confronté lui-même à d’énormes difficultés économiques et politiques. A cela s’ajoute une profonde crise morale à Cuba où la corruption s’étend après avoir été longtemps contenue. Alors, où va-t-il donc chercher son optimisme ce cher Fernando? Eh bien, tout simplement dans les vieux immeubles décrépis de la ville où s’entasse une population hétéroclite et bigarrée, où une solidarité certaine survit malgré toutes les difficultés quotidiennes. Documentariste à ses débuts, Fernando Pérez possède un réel talent pour portraiturer ses personnages et leur donner une humanité qui suscite adhésion et émotion. L’amour et l’empathie du réalisateur pour sa ville et ses compatriotes éclatent à chaque instant. C’est ce qui rend ses films inoubliables. Celui-ci aussi. Martial Knaebel
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