Director's Choice: Teona Strugar Mitevska

«Une bouffée d'air frais, un film politiquement engagé sur une passion que rien ne peut arrêter. J'en savoure l'imagination et l'inattendu.»
La Couleur de la grenade (1969)
Sergej Paradschanow
Arménie
80′
Un captivant portrait du poète arménien du 18e siècle Sayat-Nova, débordant de métaphores et de rêves. Parajanov a créé un melting-pot basé sur les traditions culturelles arméniennes et géorgiennes avec leur riche symbolisme religieux et sur les puissances expressives du cinéma, l'art populaire moderniste du 20e siècle.
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««La couleur de la grenade» est poésie en mouvement – c'est en le voyant que j'ai compris que je voulais moi-même réaliser des films.»
Banshun - Printemps tardif (1949)
Yasujiro OZU
Japon
109′
Noriko approche de la trentaine et vit toujours avec son père, le Professeur Sonomiya, un universitaire sur le point de terminer un manuscrit avec son assistant Hattori. Sonomiya s'inquiète pour sa fille qu'il aimerait bien voir mariée. Mais Noriko ne veut rien savoir: sa vie avec son père la comble et elle ne voudrait pas le laisser seul. Le père use alors d'un subterfuge, annonçant que lui-même va se remarier et insistant pour que Noriko réponde aux avance de M. Satake, qui ne laisse pas la jeune femme indifférente. «Banshun se contente de décrire en détail les sentiments contradictoires et subtils qui existent entre les deux personnages dont la vie n'est troublée par aucun élément extérieur. Aucune autre œuvre d'art n'a mieux exprimé, quatre ans après la défaite, le retour à la paix, à l'ordre et à la tradition. À l'époque, même si les périodes de trouble et de privation sont enfin terminées, la population n'a toujours pas repris confiance en ses institutions. C'est dans ce contexte que sort le film qui évoque le déroulement paisible de la vie quotidienne à Kita-Kamakura: cérémonie du thé et nô, pèlerinage de temple en temple dans un Kyoto encore à l'abri du tourisme. Ainsi. dans ce cadre traditionnel. voit-on exprimées de manière subtile et délicate les préoccupations d'un père pour sa fille qui tarde à se marier et d'une fille qui se demande comment son père, veuf, pourra se débrouiller pour vivre si elle se marie. L 'esthétique épurée du réalisateur atteint son apogée dans ce film.» Tadao Sato
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«J'aime l'utilisation des textures dans le travail de Ozu à tous les niveaux, à la fois visuellement dans l'image et dans la manière dont il représente ses personnages.»
Zama (2017)
Lucrecia Martel
Argentine
115′
Magistrat subalterne de la couronne d’Espagne, Don Diego de Zama exerce sa fonction dans une colonie lointaine d’Amérique latine. Chaque année, il espère une mutation qui le rapprocherait de sa famille. Mais cet ordre ne vient pas. La réalisatrice argentine Lucrecia Martel revient avec une adaptation d’un chef-d’œuvre éponyme de la littérature latino-américaine. Il n’y a pas de véritable linéarité dans le récit de Lucrecia Martel, mais une succession de scènes décrivant le héros Don Diego de Zama servant le roi d’Espagne sans grande célérité, ni avec beaucoup de compétence. Ses journées, il les passe surtout à épier les femmes autour de lui, qu’elles soient esclaves ou comtesse. Il les fixe, espérant un regard en retour qui ne vient jamais, ou alors il n’est qu’ironique, comme celui de la comtesse espagnole, ou même méprisant venant des jeunes esclaves qui se moquent de lui. Les gouverneurs se succèdent, mais l’édit royal tant espéré, annonçant son transfert, n’arrive toujours pas. De guerre lasse, Zama se porte volontaire pour partir à la chasse du brigand Vicuña Porto. Film d’époque, Zama ne doit pas être vu comme un film historique. Lucrecia Martel le reconnaît volontiers: elle a pris des libertés avec l’Histoire. Sans aucun remords, car celle-ci fut écrite par des mâles blancs déniant toute qualité aux autochtones... et aux femmes. Cela étant, la réalisatrice crée un monde dystopique qui reflète pourtant bien l’atmosphère des colonies espagnoles d’Amérique latine au XVIIIe siècle, où les hommes peinent à conserver leur identité d’Européens qui reste leur dernière fierté, quand tout le reste n’est que déchéance. Zama est une symphonie picturale phénoménale mise en image par le chef opérateur portugais Rui Poças qui fait de chaque scène un tableau avec ses choix de couleurs tourmentées, de cadres saisissant gestes et regards avec une proximité sidérante. La bande son est habitée par le même esprit fantasmagorique, trouvant des tonalités lancinantes et des bruitages mystérieux. Zama demande à se laisser emporter, une fois cela accepté par le spectateur, l’expérience est inoubliable. Martial Knaebel
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«Je suis une grande admiratrice de tout son travail, mais ce film m'a littéralement emportée. Il arrive rarement qu'on vole en sortant d'un cinéma, eh bien j'ai volé après avoir vu Zama.»
Snow - neige (2008)
Aida Begic
Bosnie et Herzegovina
100′
"La neige ne tombe pas pour couvrir la colline, mais pour que chaque animal laisse une trace de son passage." Six femmes, un grand-père, quatre petites filles et un garçon vivent à Slavno, village isolé et dévasté par la guerre. Leurs familles et amis ont été tués et leurs corps n’ont jamais été retrouvés. Les premières neiges vont les couper du monde et risquent de mettre la vie des villageois en danger. Tandis que la menace se rapproche, les villageois, menés par Alma, tentent d’échapper à la misère en vendant des confitures, des fruits et des légumes, qui ont fait la réputation du village. Un jour, deux hommes d’affaires débarquent à Slavno en leur demandant d’abandonner leurs maisons en échange d'une certaine somme d’argent. Les villageois se trouvent face à un dilemme: doivent-ils accepter une offre qui pourrait leur sauver la vie, mais leur prendre leur âme? Une tempête soudaine piège les visiteurs dans le village, les contraignant à affronter un problème plus grave encore, la vérité. Premiers flocons L’histoire se déroule au coeur d’un petit village isolé de l’Est de la Bosnie, largement marqué par la guerre. Dans cet endroit figé par le temps, où toute trace de modernité semble n’avoir jamais existé, la jeune réalisatrice bosniaque Aida Begic' dresse les portraits de femmes vivant sans hommes, survivantes d’un proche passé douloureusement chargé. Entourées d’un vieil imam et d’un petit garçon mutique dont la chevelure repousse étrangement vite, elles sont les dernières rescapées du village. A la fin du conflit, elles ont dû s’organiser, pour continuer à vivre. Couture, confection de tissus, culture de fruits et légumes, fabrication de savoureuses compotes de prunes. Leur quotidien est rythmé par de nouvelles activités. Alma, par exemple, est convaincue qu’il est possible de redonner un peu de prospérité au village en vendant des pots de confiture au bord de la route. Sabrina, elle, est amoureuse d’un étranger et rêve de quitter cet endroit et l’isolement qui le caractérise. Malgré leurs multiples différences, cette petite communauté reste pourtant unie par un lien particulièrement fort: ils sont les gardiens de la mémoire du passé. Entre tristesse et furtifs instants de joie, les relations sont intenses et contrastées. L’illusion et le doute nourrissent encore l’espoir que l’être cher pourrait réapparaître, le deuil n’est pas envisageable. L’arrivée au village de deux hommes va venir accélérer la tournure des événements. Comme le dit le proverbe, la neige ne tombe pas pour couvrir la colline, mais pour que chaque animal laisse une trace de son passage... Après plusieurs années de recherches et de travail, Aida Begic' propose un film touchant, engagé, poétique et empreint de réalisme, soutenu par une photographie ample et pure.
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«Aucune image n'est le fruit du hasard. J'admire le développement de l'histoire, le traitement du temps réalisé avec beaucoup de patience et de soin.»
Winter Sleep (2014)
Nuri Bilge Ceylan
Turquie
195′
Autrefois acteur de théâtre, Aydin est retourné dans son village natal dans le but d’écrire une histoire du théâtre turc. Là, il vit en compagnie de sa jeune femme et de sa soeur dans le petit hôtel Othello, qu’ils gèrent. L’hiver s’installe, les derniers clients s’en vont et le confinement obligé exacerbe un malaise diffus entre les trois personnages, alors qu’à l’extérieur les tensions sociales latentes obligent, elles aussi, le maître des lieux à sortir de son splendide isolement. Nuri Bilge Ceylan nous offre son oeuvre la plus achevée à ce jour, qui impressionne autant par sa mise en scène dans des décors superbes et sa mise en abyme des sentiments, que par les thèmes qu’elle aborde. Splendeur et violence Méditation sur les relations humaines, chronique sociale d’une région reculée marquée par un paysage accidenté et magnifique, il y a de tout cela dans Sommeil d’hiver. Nuri Bilge Ceylan reconnaît volontiers l’influence qu’exerce sur lui l’oeuvre d’Anton Tchekov dont les nouvelles furent d’une précision extrême dans la description de la vie provinciale russe à l’orée du 20e siècle. On retrouve ici ce même souci du détail lorsqu’il s’agit pour Ceylan de dépeindre - le mot est choisi ici à dessein, tant cadre, lumière et couleurs font de chaque plan de véritables tableaux - les rapports de classe qui lient Aydin, petit hobereau, et ses locataires et employés, et leur violence sous-jacente. Une violence d’autant plus poignante et ressentie qu’elle ne s’exprime que par les attitudes, les regards et les mots, avec un Aydin éludant en plus ses devoirs de propriétaire et de patron, qu’il délègue à son fidèle factotum. On retrouve la même tension, la même brutalité, au sein de la famille d’où suent les frustrations et le mépris pour les autres. Les dialogues que s’échangent Aydin et sa soeur Necla, ou sa jeune femme Nihal sont, eux aussi, d’une richesse et d’une netteté limpides dans leur expression des états d’âme des protagonistes. Là encore la mise en scène et le déroulement du récit font merveille. On découvre petit à petit le réel personnage qu’est l’écrivain Aydin, usant de casuistique pour réfuter tous les reproches - qu’on pourrait lui faire - et aussi pour fuir ses responsabilités aussi bien sociales que familiales avec la suffisance des gens de bien qui ont réponse à tout. Une assurance qu’on verra se craqueler dans une sorte de coup de théâtre final. En face de lui, Nihal, fragile, confond charité et justice sociale, alors que Necla s’enfonce dans la rancoeur d’une vie qu’elle croit avoir ratée. Nuri Bilge Ceylan montre ici une virtuosité sidérante, sublimant l’art du dialogue et du cadre, osant les citations théâtrales tout en réalisant du vrai cinéma. A tout cela s’ajoute un regard d’une profonde humanité sur ses semblables et un souci de ne pas laisser un seul protagoniste au bord du chemin. Sommeil d’hiver serait long? Et alors? Puisque cela fait en tout cas vraiment trois heures de bonheur.
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«C'est une histoire shakespearienne sur la complexité de l'âme humaine et des relations. J'ai été totalement plongée dans la vie intime des personnages, en tant que spectatrice j'étais eux et c'est une grande réussite.»
Quand passent les cigognes (1957)
Michail Kalatosow
Russie
94′
Dans l'ex-Union Soviétique, il y avait un cinéma d'Etat qui se perdait parfois dans l'ennui de la propagande et du sur-mesure. À la fin des années 1950, cependant, une production cinématographique indépendante s'est développée dans le cadre de la production étatique grâce à un climat culturel plus tard appelé «dégel». Le meilleur exemple en est ce film pionnier et légendaire qui s'élève de manière convaincante contre la guerre.
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«La scène des escaliers reste profondément gravée dans ma conscience, c'est un bel exemple de la façon dont un lieu peut contribuer à la construction dramatique de ce qui est à venir.»
«J'aime la liberté qu'il exerce lorsqu'il crée ses films, tant dans la narration que dans l'utilisation de la forme cinématographique. Reygadas est essentiellement un lyriciste des images.»
Wolf And Sheep (2016)
Shahrbanoo Sadat
Afghanistan
86′
Un petit hameau perdu dans les montagnes afghanes. Les enfants gardent les chèvres et les moutons et les protègent des loups qui rôdent aux alentours. Les garçons s’entraînent à la fronde, les filles imaginent leurs mariages. La jeune Sediqa est, quant à elle, tenue à l’écart parce qu’elle aurait le mauvais oeil. Toute jeune réalisatrice, Shahrbanoo Sadat nous propose une chronique villageoise d’une beauté confondante. On ne sait pas trop quoi admirer le plus dans Wolf and Sheep, entre l’âpre beauté des paysages, celle, délicate, de ces enfants qui en ont fait leur royaume, ou encore la maîtrise à diriger ces derniers dont fait preuve une réalisatrice dont c’est pourtant le tout premier long-métrage. Pour autant, Shahrbanoo Sadat ne nous décrit pas une communauté villageoise idyllique. Les relations entre les habitants sont faites de conflits et de ragots, la vie, pauvre, est dure et chaque jour amène son lot de problèmes. La chronique débute par les obsèques d’un homme mort d’un cancer. Pour survivre, sa veuve devra se remarier avec un homme bien plus vieux qu’elle. Ce qui vaudra à Qodrat, son fils de 11 ans, les quolibets de ses camarades de jeu. Il préférera alors la présence de Sediqa, rejetée par les filles parce qu’elle serait celle qui porterait malheur. Si la population est musulmane, les légendes et les croyances traditionnelles sont encore bien vivaces, comme celle du loup Kashmiri se tenant sur deux pattes et venant hanter le village. Cependant, la grande menace, bien réelle celle-ci, ce sont les loups qui s’attaquent aux troupeaux et que les enfants n’arrivent pas à chasser. Il en est une autre, qui surgira soudainement et jettera toute la population sur la route: la guerre, qui n’en finit pas de frapper les plus faibles. Shahrbanoo Sadat s’est initiée au cinéma à Kaboul après avoir vécu une partie de son enfance dans un village tel que celui qu’elle décrit dans Wolf and Sheep.
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«J'apprécie la poésie et la grâce de la forme aussi bien que le récit. Les personnages sont filmés avec patience, beauté et vigueur.»

Le pur plaisir du cinéma, où que vous soyez: filmingo propose une sélection de films d'auteur en streaming par abonnement ou en location individuelle. Géré par la fondation suisse trigon-film.

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