Septième art

La tortue rouge
Michael Dudok de Wit
France
81′
A travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, « La Tortue Rouge » raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain. Michael Dudok de Wit a reçu le Prix Spécial « Un Certain Regard » du Festival de Cannes 2016.
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W. - Was von der Lüge bleibt
Rolando Colla
Suisse
111′
Le livre «Bruchstücke. Aus einer Kindheit 1939–1948» a fait grand bruit au niveau international. Bruno Wilkomirski a décrit son enfance dans un camp de concentration. Après avoir appris qu'il avait passé toute son enfance en Suisse, il a d'abord insisté sur l'exactitude de ses souvenirs. Puis il s'est retiré et ne s'est pas exprimé publiquement - jusqu'à présent.
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Teheran Taboo
Ali Soozandeh
Iran
92′
Téhéran : une société schizophrène dans laquelle le sexe, la corruption et la prostitution coexistent avec les interdits religieux. Dans cette métropole grouillante, trois femmes de caractère et un jeune musicien tentent de s’émanciper en brisant les tabous.
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Loving Vincent
Dorota Kobiela
Pologne
91′
Le premier long métrage entièrement peint à la main en huile. Grâce au film, les toiles de Vincent Van Gogh prennent vie. Chacun des 62 450 plans est une huile peinte à la main par plus de 90 artistes professionnels venus de toute l’Europe, et même du monde entier, pour participer à ce projet aux studios Loving Vincent, situés en Pologne et en Grèce. La vie passionnée et funeste de Van Gogh – comme sa mort mystérieuse – sont aussi remarquables que son oeuvre.
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Janosch – Komm, wir finden einen Schatz
Irina Probost
Allemagne
70′
Tigre et Ours ont trouvé une carte au trésor dans une vieille boîte. Ils demandent alors à leur ami Lapin de les accompagner. Commence ainsi une aventure passionnante pour les trois compères. Malheureusement, ils ne sont pas les seuls à vouloir trouver le trésor. L'ingénieux détective Gokatz et le chien "Kurt qui grogne" sont aussi dans la quête.
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La freccia azzurra (1996)
Enzo D'Alò
Suisse
93′
Comme chaque année, le soir de l'Epiphanie, la fée Befana distribue des cadeaux aux enfants les plus sages. Une année, la fée tombe malade et ne peut assurer sa tournée. Elle confie cette tâche au machiavélique docteur Scarafoni, qui n'a aucunement l'intention de distribuer les cadeaux. Les jouets décident alors d'aller eux-mêmes à la rencontre des enfants. Inspiré du roman de Gianni Rodari, La Flèche Bleue est le premier film d'Enzo d'Alo. Il réalisera plus tard La Mouette et le Chat, Opopomoz et Pinocchio.
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Meine Freundin Conni - Geheimnis um Kater Mau (version allemande)
Ansgar Niebuhr
Allemagne
79′
Ce film est disponible uniquement en allemand --- Lorsque Conni voyage avec son groupe de maternelle, elle découvre que son matou Mau est arrivé comme passager clandestin. Comme les animaux de compagnie sont interdits au «Schloss Funkelstein», Conni doit cacher le matou. Une folle aventure commence.
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Chris the Swiss
Anja Kofmel
Suisse
90′
Croatie, janvier 1992. En plein conflit yougoslave, Chris, jeune journaliste suisse, est retrouvé assassiné dans de mystérieuses circonstances. Il était vêtu de l’uniforme d’une milice étrangère. Anja Kofmel était sa cousine. Petite, elle admirait ce jeune homme ténébreux. Devenue adulte, elle décide d'enquêter pour découvrir ce qui s’est passé et comprendre l'implication réelle de Chris dans un conflit manipulé par des intérêts souvent inavoués.
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Liyana
Aaron & Amanda Kopp
Swaziland
76′
Une fille du Swaziland entreprend une mission dangereuse pour sauver ses deux jeunes frères jumeaux. Ce conte africain d’animation est né de l'imagination de 5 enfants orphelins qui, ensemble, racontent une histoire de persévérance tirée de leurs souvenirs les plus sombres et de leurs rêves les plus fous. Le parcours de leur personnage de fiction est ponctué de scènes documentaires poétiques qui défient le genre et célèbrent la narration collective.
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Anina
Alfredo Soderguit
Uruguay
78′
Anina Yatay Salas est une petite rouquine rêveuse qui n'aime vraiment pas son nom dont chaque partie est un palindrome, c'est-à-dire qu'on peut lire indifféremment par le début ou par la fin. Ses camarades de classe la taquinent toujours à ce propos, particulièrement l'ennemie jurée d'Anina, Yisel. Lorsque les deux se mettent à se battre sur le terrain de jeux, elles sont envoyées chez la directrice de l'école qui veut les discipliner avec une punition qui mettra leurs nerfs à l'épreuve: celle-ci est scellée dans une enveloppe noire fermée qu'elles reçoivent chacune et qu'elles n'ont pas le droit d'ouvrir avant une semaine. Pour Anina, c'est cauchemardesque, avec ces journées qui n'en finissent pas. Elle essaie bien, avec sa meilleure amie, curieuse elle aussi, de trouver toutes sortes de moyens pour savoir ce que contient l'enveloppe, sans succès. Petit à petit, Anina réalise que Yisel ne fait pas que partager son sort: elle est confrontée à des problèmes bien plus importants qu'Anina. Les deux rivales apprennent ainsi à se connaître, non sans hésitation. Vu avec les yeux de l'héroïne, le monde des adultes prend parfois des dimensions fantastiques dans cette histoire à la fois ludique et joyeuse dans sa façon de rappeler quelques vérités.
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Die Pazifistin: Gertrud Woker - eine vergessene Heldin
Fabian Chiquet
Suisse
76′
Injustement effacé de la mémoire historique : Gertrud Woker a été l’une des premières femmes professeurs d’Europe à plaider sans relâche en faveur des droits des femmes et de la paix. Au mépris de la discrimination sexuelle et de l’esprit de guerre, elle a défié les conventions de son époque et est devenue une source d’inspiration pour les femmes autodéterminées, à l’époque comme aujourd’hui. « A travail égal, salaire égal », Gertrud Woker a réclamé dès 1917 l’égalité des droits pour les femmes. Elle a été une pionnière du mouvement pour la paix et les femmes et l’une des premières femmes professeurs en Europe. Par ses recherches et ses critiques sur l’utilisation des gaz toxiques, la scientifique naturelle est rapidement entrée en conflit avec l’élite à motivation militaire. Néanmoins, elle s’est battue sans relâche jusqu’à un âge avancé pour la paix et la justice ainsi que contre l’utilisation abusive de la science. Qualifiée de malade mentale, la pacifiste a finalement passé les dernières années de sa vie dans une psychiatrie. Ainsi, injustement, mais peut-être pas accidentellement, elle a disparu de la mémoire historique. Le documentaire d’animation LA PACIFISTE raconte la vie et les accomplissements de cette femme fascinante à la manière d’un collage. À travers les entrées du journal intime, les rapports scientifiques et les poèmes de Gertrud Woker elle-même, le film est touchant par sa proximité et son honnêteté. LA PACIFISTE est à la fois une biographie et une documentation sur les événements de l’époque, qu’elle éclaire du point de vue d’une femme courageuse qui n’a pu être réduite au silence de son vivant.
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The Seven Samurai - Shichinin no samurai (1954)
Akira Kurosawa
Japon
201′
Nous présentons ce grand classique en version intégrale restaurée. A chaque automne, un petit village est pillé par des bandits. Dans la détresse, les paysans se décident à engager des hommes d'armes. Malgré le maigre salaire de trois repas par jour, ils recrutent sept samouraïs pour défendre leur village. Parmi eux, il y a aussi un fils de paysans (Toshiro Mifune) qui se bat généreusement. Un classique, souvent copié, jamais égalé.
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National Gallery
Frederick Wiseman
France
173′
La National Gallery est l'un des plus grands musée du monde, comptant 2400 peintures couvrant la période du 13ème à la fin du 19ème siècle. Toutes les expériences humaines sont représentées dans les œuvres qu’elle abrite. Le film nous montre visiteurs, guides, conservateurs, chercheurs et commissaires d'exposition à l'œuvre. Il explore la relation entre peinture des siècles passés et narration filmique d’aujourd’hui et évoque le beau, le sublime et la conservation.
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La Flor
Mariano Llinás
Argentine
835′
4 femmes, 6 épisodes, 6 genres, 14 heures de cinéma: un film qui, avec six épisodes inspirés de différents genres, rend hommage à l'histoire du cinéma. Soutenu par l'excellent quatuor d'actrices «Piel de Lava», une troupe de théâtre composée de Pilar Gamboa, Elisa Carricajo, Laura Paredes et Valeria Correa. Episode 1: Série B (80 minutes) Au milieu de nulle part, une précieuse momie est livrée à un laboratoire d'archéologie. Peu de temps après, des choses étranges se produisent. Episode 2: La comédie musicale (133 minutes) Un duo de renommée mondiale va enregistrer une nouvelle chanson. Ils sont un couple depuis des années - mais les apparences sont trompeuses, leur relation est en miettes. Episode 3: Le thriller d'espionnage (344 minutes) Les quatre femmes incarnent quatre espionnes et tueuses à gages. Elles sont censées emmener le professeur Dreyfuss dans un aéroport abandonné, mais les choses tournent mal. Au cours du film, nous en apprenons davantage sur les histoires de chacune - toutes sont tombées en disgrâce à un moment donné et ont dû se cacher. Les voici sous la responsabilité du mystérieux patron Casterman, qui veut en fait les mettre à l'abri... Prodigieusement captivant! Episode 4: Making-of (239 minutes) Un réalisateur un peu confus et très colérique (Mariano Llinás) en a assez des femmes et du long tournage, il aimerait pour une fois se consacrer aux arbres - après quoi les femmes prennent l'histoire en main. Episode 5: Film muet (41 minutes) Le seul épisode avec d'autres interprètes. Un remake de «Partie de campagne» de Jean Renoir (1946), un merveilleux classique du cinéma français. Episode 6: Les prisonnières (22 minutes) Dans le dernier récit, Mariano Llinás nous ramène au 19e siècle et au cœur de l'évasion de quatre femmes qui, après dix ans de captivité dans le désert, ont réussi à échapper à leurs bourreaux.
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Ex Libris –The New York Public Library
Frederick Wiseman
États-Unis
197′
Frederick Wiseman investit une grande institution du savoir et la révèle comme un lieu d’apprentissage, d’accueil et d’échange. La New York Public Library incite à la lecture, à l’approfondissement des connaissances et est fortement impliquée auprès de ses lecteurs.
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Drive My Car
Ryusuke Hamaguchi
Japon
179′
Oscar 2022: Meilleur film international. - Le metteur en scène Yusuke Kafuku est à Hiroshima pour jouer «Oncle Vanya» lors d'un festival. La jeune Misaki lui est assignée en tant que chauffeur. Alors qu'ils voyagent ensemble, la sincérité de leurs conversations l'oblige à affronter son passé.
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The Wild Pear Tree
Nuri Bilge Ceylan
Turquie
188′
A la fin de ses études, Sinan rentre chez lui, en province, bien décidé à publier son premier roman. Cependant, en financer la publication se révèle plus difficile que prévu. Après Winter Sleep, c’est un nouveau chef-d’oeuvre que nous offre le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan avec ce Poirier sauvage (The Wild Pear Tree), poème magnifique et élégiaque, un récit sublime qui se développe directement sous nos yeux. L’homme derrière les mots Que faire quand on habite la province à la fin de ses études? Sinan n’a pas trop de choix, entre passer un concours d’enseignants et tâcher d’avoir le meilleur résultat possible et éviter ainsi d’être envoyé dans des régions troublées «à l’est», ou faire l’armée - en fait, à l’est certainement aussi. Mais, pour l’instant, Sinan est surtout pressé de faire imprimer son premier roman. Et cela coûte de l’argent qu’il n’a pas et ne peut pas espérer trouver auprès de la famille avec son père endetté jusqu’au cou. Et ses démarches pour en obtenir ne le mènent qu’à ses propres contradictions: que veut-il au juste et est-il si différent des autres? Sublime. Tout simplement sublime, ce récit qui se développe sous nos yeux. Nuri Bilge Ceylan continue dans la veine de sa palme d’or, Winter Sleep, scrutant la société turque - ici, provinciale -, au gré de dialogues superbement menés, qui nous entraînent dans des débats politiques, philosophiques ou littéraires. Rien d’ennuyeux dans ces joutes oratoires car chacune est à la fois claire et porteuse, en plus de sens, d’un suspens qui retient avec aisance l’attention du spectateur. L’image filme avec finesse les tensions sur les visages, suscitées par ces paroles. Ce sont alors véritables moments de cinéma auxquels on assiste, tels qu’on se surprend parfois à regretter qu’ils s’arrêtent. Pourtant, le réalisateur fait bien attention à ne favoriser aucun de ses personnages. Chacun laisse voir ses défauts et sa propension à faire les choix les plus faciles sans vraiment oser les assumer. Ainsi en est-il de Sinan, de son père et d’autres rencontrés au cours du film ... Il n’empêche qu’ils restent sympathiques: chez Ceylan, les mots sont importants, en ce qu’ils nous montrent l’humanité des gens qui s’abritent derrière eux. Martial Knaebel
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avec bonus
Le voyage des comédiens - O Thiasos (1975)
Theo Angelopoulos
Grèce
232′
De 1939 à 1952, une troupe de comédiens itinérante présente un spectacle à travers la Grèce. En Grèce, à l'aube de la seconde guerre mondiale, une troupe de comédiens balade de village en village une pièce gentillette et fanée, Golfo la bergère. Lorsque la guerre éclate, le pays tombe sous le joug de l'occupation et la pâle comédie vire à la tragédie … Entièrement tourné en plansséquences, Le Voyage des comédiens est le chef-d'œuvre d’un réalisateur qui a donné au cinéma grec une stature internationale. Cette histoire de résistance et d'oppression, de bruit et de fureur, de silence et de chansons, convoque la tragédie antique et laisse exploser la violence pour réveiller les heures les plus sombres de la Grèce. En fournissant à la censure un faux scénario, Theo Angelopoulos est parvenu à tourner l’essentiel du film sous la dictature des colonels. Après la chute du régime, le gouvernement grec de l'époque refusera de laisser le film concourir en compétition officielle au Festival de Cannes.
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Le regard d'Ulysse - To vlemma tou Odyssea (1995)
Theo Angelopoulos
Grèce
169′
Un cinéaste grec exilé aux États-Unis revient chez lui pour la projection de son dernier film. C'est l'occasion d'un voyage initiatique à la recherche du mythique premier film à avoir jamais été tourné en Grèce.
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A Touch Of Zen (1971)
King Hu
Taiwan
179′
Le jeune Ku Shen Chai, artiste dans la Chine de la dynastie Ming, vit près d'une forteresse abandonnée qui semble être hantée. Des sons mystérieux l'y attirent et il rencontre la belle Yang Hui Ching, qui vit là avec sa mère. Ce film féérique est le chef-d'œuvre fondateur du genre Wuxia. Il a inspiré des succès tels que «Crouching Tiger, Hidden Dragon» de Ang Lee.
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Nuestro Tiempo
Carlos Reygadas
Mexique
177′
La campagne mexicaine. Une famille élève des taureaux de combat. Esther est en charge de la gestion du ranch, tandis que son mari Juan, poète de renommée mondiale, s’occupe des bêtes. Lorsqu’Esther s’éprend du dresseur de chevaux, Juan se révèle alors incapable de rester fidèle à ses convictions.
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So Long, My Son
Xiaoshuai Wang
Chine
185′
Yaojun et sa femme Liyun vivent dans un petit port du sud de la Chine. Manifestement, ils portent le souvenir d’une douleur profonde que le temps n’a pas atténuée. Wang Xiaoshuai embrasse les quarante dernières années qui ont marqué la Chine à la suite de ce vieux couple toujours en deuil de son enfant disparu. La petite histoire pour mieux comprendre la grande, et vice-versa.
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Drive My Car
Ryusuke Hamaguchi
Japon
179′
Oscar 2022: Meilleur film international. - Le metteur en scène Yusuke Kafuku est à Hiroshima pour jouer «Oncle Vanya» lors d'un festival. La jeune Misaki lui est assignée en tant que chauffeur. Alors qu'ils voyagent ensemble, la sincérité de leurs conversations l'oblige à affronter son passé.
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Amour
Michael Haneke
France
127′
Georges et Anne sont octogénaires, ce sont des gens cultivés, professeurs de musique à la retraite. leur fille, également musicienne, vit à l'étranger avec sa famille. Un jour, Anne est victime d'un accident. L'amour qui unit ce couple va être mis à rude épreuve.
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La ballade de Narayama (1982)
Shohei IMAMURA
Japon
130′
Inspirée d'un texte de Fukazwa Shichirò écrit en 1956, "La ballade de Narayama" est probablement le plus beau film du maître japonais Shohei Imamura, une histoire émouvante sur les questions primordiales de l'existence, mise en scène dans un paysage d'une extraordinaire beauté, dans une nature à laquelle l'homme appartient. Si le vieux maître japonais Shohei Imamura a situé son film dans le passé, c'est afin de souligner que notre société actuelle perd, ou a perdu en partie depuis longtemps déjà les vraies valeur de la vie. La ballade de Narayama est un livre d'images opulent, venu d'une époque où l'existence se rattachait à la terre, où la nature dominait chaque événement, de l'ivresse amoureuse à la mort. Nous pénétrons dès les premières images dans le paysage hivernal d'une vallée de montagne retirée, aspirant à la chaleur que promettent les petites cabanes nichées en son creux. Bientôt le printemps fera fondre la neige, et la vie se déploiera dans toute sa munificence. C'est dans le temps compris entre deux hivers que s'accomplit cette ballade, dont l'histoire est la vie même, dans la profusion de ses manifestations. Au cours de la narration, on verra peu à peu se détacher une figure centrale, celle de la grand-mère Orin. Nous la suivrons en automne dans la montagne, où selon la tradition elle se rend pour mourir. En paix avec elle-même, son existence terrestre achevée dans une sérénité reconnaissante, la septuagénaire se fait porter par son fils sur le mont de la mort et on ne peut guère imaginer évocation plus saisissante prend congé de la vie. Venir et partir en sont deux des composantes, et c'est d'elles que traite le film, de ces deux pôles entre lesquels se dessine l'existence. Walter Ruggle
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Uncle Boonmee Who Can Recall his Past Lives
Apichatpong Weerasethakul
Thailand
109′
Boonmee vit aux confins de la Thaïlande, près du Laos, où il exploite une ferme apicole avec ses ouvriers laotiens. Jenjira, sa soeur, vient lui rendre visite, ayant appris qu’il a dû séjourner à l’hôpital. Arrivée sur place, avec son neveu, elle verra un homme physiquement diminué, mais étonnamment paisible. Ils seront rejoints le soir par la femme de Boonmee, décédée depuis 19 ans, et leur fils, disparu peu après, devenu singe-homme. Boonmee ne semble pas surpris de ces invités inattendus venus de l’au-delà pour l’accompagner. Œuvre dense et poétique, d’une beauté plastique époustouflante, d’une simplicité extrême, le dernier film du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul est une ode paisible à l’attente de la mort, acclamée et récompensée par une palme d’Or au festival de Cannes. * * * * * * Venu de l’art contemporain - ses installations vidéos ont déjà fait le tour du monde - Apichatpong Weerasethakul, qui n’a pas encore 40 ans, a développé dans le même temps une filmographie singulière, à la fois profondément ancrée dans la réalité sociale de son pays, et, simultanément, perpétuellement en recherche de nouvelles formes esthétiques de narration, convoquant le fantastique et la mythologie de cette partie de l’Asie. Ce mélange, à première vue étrange, du surnaturel et du réalisme se retrouve encore une fois dans Uncle Boonmee, porté par une photographie merveilleuse d’une émouvante beauté. On aura d’ailleurs rarement vu la nuit et son cortège d’ombres filmées avec une telle maestria, capable de saisir à la fois les frémissements de la forêt, les bruissements de la vie qui l’habite, et de trouver autant de nuances dans les tons et les détails de l’ombre. Film épuré et silencieux - il n’y a que les sons de la nature à se faire entendre -, Uncle Boonmee, nous laisse le temps de suivre chaque geste de chaque personnage. Ou, plutôt, le film répond au voeux du réalisateur de laisser l’entière liberté au spectateur dans son appréhension des images qu’il voit. D’y trouver, et d’en faire, ce qu’il en veut, en fonction de sa propre vie ou, plus simplement de ce qu’il attend du cinéma. Il n’y rien de prétentieux là-dedans. Il s’agit, au contraire, d’une modestie, bien réelle, affichée par le réalisateur qui n’a que le désir de partager avec le plus grand nombre ce qu’il sait voir à travers l’oeil de sa caméra. Il nous permet ainsi d’approcher une philosophie asiatique qui nous est peu connue - que l’on qualifie vaguement en parlant d’animisme ou de chamanisme - dans son rapport avec le monde vivant. Cependant, il peut aussi bien, tout simplement, être vu comme une observation poétique des richesses contenues dans la nature qui nous entoure. C’est d’ailleurs cette modestie de Weerasethakul qui donne à son oeuvre une dimension en quelque sorte universelle, où chacun peut retrouver son environnement. Environnement physique, avec la nature, mais aussi social, avec les personnages. C’est ainsi qu’il faut prendre ce qui se dit dans le film à propos des étrangers, ou qu’il faut voir ces images de soldats, ou de jeunes gens, qui apparaissent dans la deuxième partie du film. Car, si Uncle Boonmee semble une oeuvre hors du temps, elle est aussi fortement ancrée dans le présent. Martial Knaebel
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Entre les murs - la classe (2008)
Laurent Cantet
France
129′
François enseigne dans une école de la banlieue parisienne où les cultures les plus diverses s’affrontent. Au lieu de suivre sagement le programme d’études, il veut aller à la rencontre des jeunes sur un pied d’égalité. Lauréat de la Palme d’or, le film est disponible pour la première fois en numérique, offrant un aperçu à la fois humoristique et incroyablement authentique du microcosme de l’école.
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L'éternité et un jour (1998)
Theo Angelopoulos
Grèce
133′
Écrivain renommé, Alexandre retrouve une lettre de sa femme Anna alors qu'il est sur le point de quitter la maison dans laquelle il a toujours vécu. Lui reviennent alors en mémoire des souvenirs, des bonheurs, des moments à côté desquels il pense parfois être passés et qu'il aimerait faire revivre pour l'éternité.
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Quand passent les cigognes (1957)
Michail Kalatosow
Russie
91′
Dans l'ex-Union Soviétique, il y avait un cinéma d'Etat qui se perdait parfois dans l'ennui de la propagande et du sur-mesure. À la fin des années 1950, cependant, une production cinématographique indépendante s'est développée dans le cadre de la production étatique grâce à un climat culturel plus tard appelé «dégel». Le meilleur exemple en est ce film pionnier et légendaire qui s'élève de manière convaincante contre la guerre.
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Solaris (1972)
Andrei Tarkowski
Russie
166′
Un ingenieur est envoyé en mission sur Solaris, station intersidérale, après le suicide de son predécesseur.
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Il était une fois en Anatolie
Nuri Bilge Ceylan
Turquie
157′
Dans le noir, au loin, de petites lueurs apparaissent. Quelques secondes et on s’aperçoit qu’il s’agit d’une colonne de trois voitures. Policiers, gendarmes et procureur sont à la recherche du corps d’une victime d’un meurtre. Plusieurs haltes, plusieurs explorations seront nécessaires pour enfin trouver le cadavre dans un petit matin blême. Le temps pour le spectateur de faire connaissance avec les membres de ce cortège officiel: commissaire, procureur, médecin, plus ou moins loquaces sur leurs vies et leurs drames personnels. Il suffit à Nuri Bilge Ceylan de quelques phrases, de quelques plans même pas rapprochés, pour que ses personnages prennent corps et nous révèlent tout de leurs vies. Il était une fois en Anatolie représente une magistrale mise en scène de la comédie humaine, turque sûrement, universelle, tout aussi bien. * * * De l’ombre à la lumière Il était une fois... Cela sonne comme un conte ou comme une histoire vraie, que l’un des protagonistes nous relate. Et comme toutes les histoires qu’on raconte, Il était une fois en Anatolie est faite de digressions apparentes qui enrichissent, en fait, le récit par strates successives. Ici, la trame est composée de deux parties bien distinctes - on pourrait presque parler des deux actes d’une pièce classique, l’unité de temps, d’action et de lieux étant scrupuleusement respectée: la recherche la nuit dans la campagne, et le rapport le matin à l’hôpital. Entre-temps, nous aurons eu l’occasion de faire connaissance avec chacun: le commissaire de police dont l’enfant est malade chronique, le jeune médecin divorcé et le procureur d’Ankara pas très futé, à moins qu’il ne se cache la réalité à lui-même... Nous aurons eu aussi le temps de faire la connaissance de la région - pourtant plongée dans une nuit noire! On se rend alors compte de la magie du cinéma de Nuri Bilge Ceylan, dont les images et les dialogues suggestifs nous en disent bien plus qu’il n’y paraît. Ainsi, aucune nuit n’est totalement aveugle, avec le temps, nos yeux s’accommodent de l’obscurité la plus totale et les détails du paysage se révèlent. Et la caméra de Gökhan Tiryaki - qui semble être devenu le chef opérateur attitré du réalisateur - prend son temps, ou plutôt nous laisse prendre le nôtre à distinguer les lignes et les courbes d’une campagne bien moins monotone qu’elle n’en a l’air, réservant même quelques fois des surprises et des sursauts. De la même manière, les paroles ou les phrases suspenduesdans le silence de la nuit se laissent ingurgiter tranquillement. Là aussi, des phrases anodines que les personnages se disent, mais qui se révèlent détenir un double sens ou un secret qui se dévoile petit à petit, au détour d’un mot, d’un point de suspension. Au lever du jour, de retour à la bourgade, les visages blêmes et fatigués se révèlent, un peu des âmes aussi, le procureur perd de son assurance, le commissaire ne cache plus ses sentiments, alors que le jeune médecin semble prendre la direction des opérations. L’économie des gestes et des mots préside toujours à la narration et la mise en scène, mais, encore une fois, avec des moments surprenants, parce qu’inattendus : finalement, les personnages sont-ils bien ceux qu’ils montrent? La magie du cinéma de Nuri Bilge Ceylan tient à cette faculté qu’il a de sonder, au sens premier du terme, une communauté, des individus, des sentiments et des attitudes, et d’en enregistrer les échos, puis de nous les mettre en scène, avec la virtuosité, le rendu des nuances et des tonalités, qui donnent le relief à son récit. Martial Knaebel
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Le regard d'Ulysse - To vlemma tou Odyssea (1995)
Theo Angelopoulos
Grèce
169′
Un cinéaste grec exilé aux États-Unis revient chez lui pour la projection de son dernier film. C'est l'occasion d'un voyage initiatique à la recherche du mythique premier film à avoir jamais été tourné en Grèce.
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Offret - Sacrifice (1986)
Andrei Tarkowski
Russie
149′
Dans Le Sacrifice, dernier film du réalisateur soviétique Andreï Tarkovski, une catastrophe nucléaire apocalyptique interrompt la fête d'anniversaire d'un comédien. Alexandre, ancien acteur célèbre (Erland Josephson), a réuni sa famille et quelques amis dans sa maison sur une île de la côte suédoise. C'est une belle journée jusqu'à ce que la radio annonce le nouvelle d'un désastre qui menace le monde entier. Pour que tout redevienne comme avant, Alexandre va faire un sacrifice, mais sera-t-il utile?
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L'Homme sans passé (2002)
Aki Kaurismäki
Finlande
97′
En débarquant à Helsinki, un homme se fait voler et frapper à mort. Lorsqu'il reprend conscience, il a perdu la mémoire. Sans argent et sans identité, il est aidé par les SDF de la ville.
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Un homme qui crie
Mahamat-Saleh Haroun
Tchad
87′
Adam, ancien champion de natation, est maître nageur à l’hôtel international de la ville. Son fils, Abdel, le seconde dans sa tâche. La guerre civile fait rage dans le pays et se rapproche de la ville. L’armée a besoin d’hommes et d’argent. Adam est harcelé par un «ami», membre du parti au pouvoir, qui attend de lui qu’il paie son écot à l’effort de guerre. La pression se fait plus forte alors que l’hôtel est privatisé, et que la nouvelle direction «rationalise». ****************************** Un reflet du monde Le réalisateur de Daratt revient avec une oeuvre dont le récit est, d’une part, fortement ancré dans la réalité de son pays, le Tchad, subissant toujours une guerre civile larvée, et souligne d’autre part le destin difficile des employés souffrant une autre guerre, économique celle-là, dont ils sont les premières victimes dans le monde entier. En liant ainsi privatisation de l’économie, accompagnée de son cortège de «rationalisations», et effort de guerre, où les pauvres sont encore une fois victimes, Mahamat-Saleh Haroun plante un décor parfait pour une tragédie du théâtre classique où le père n’aurait d’autre choix que de sacrifier son fils, pour porter, à jamais, le poids de cette douleur et de cette culpabilité. Cependant, il ne s’agit plus de questions d’honneur ou d’orgueil mal placées, mais de situations plus prosaïques, et les personnages ne sont pas des héros, mais des gens tout ce qu’il y a de plus ordinaire car chacun se doit de trouver une issue pour survivre au présent ou préparer son avenir. Un homme qui crie est donc fait de ce mélange subtil qui font les grandes oeuvres de cinéma en ayant une action dramatique qui nous tient en haleine durant toute sa durée à laquelle vient s’intégrer l’histoire contemporaine qui lui donne toute sa force. Surtout, Haroun a ce talent, en toute simplicité, sans effet autre que les silences et les pauses, de donner à ses personnages, eux-mêmes simples, une dimension universelle à partir de leur destin «local». Le personnage d’Adam, petit à petit, grandit et devient avec force la personnification de tous ces parents dont les fils sont partis à la guerre, et n’en sont pas revenus. Enfin, ce mélange subtil ne pourrait exister s’il n’était soutenu par une image paisible et un rythme qui permet la respiration, des personnages et du spectateur. Oui, Un homme qui crie se déroule peut-être en Afrique, mais c’est un film qui nous parle également de nous. Martial Knaebel
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I, Daniel Blake
Ken Loach
Royaume-Uni
100′
Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au “job center”, Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450 km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider… Grâce à ce film touchant, Ken Loach a gagné pour la deuxième fois, après « The Wind that Shakes the Barley », la Palme d’or de Cannes. Mais ce « Moi, Daniel Blake » a aussi gagné les coeurs et le Prix du public à Locarno. Cette histoire, basée sur un scénario de Paul Laverty, compagnon de longue date de Loach, raconte sans fard le combat quotidien de personnes victimes du système social malgré elles. « Moi, Daniel Blake » est un film au casting brillant, nourri d’une dignité toute particulière, honnête et profondément émouvant.
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Tel père, tel fils
Hirokazu KORE-EDA
Japon
120′
Deux bébés ont été intervertis à la maternité à leur naissance. Les parents l’apprennent 6 ans plus tard. Le père de Keita est un architecte dur et ambitieux, au travail comme à la maison. Le père de Ryusei, est un petit quincaillier de banlieue, faisant passer sa famille avant le travail. A partir de cette trame simple, Hirokazu Kore-Eda laisse son sens poétique nous offrir une oeuvre d’une infinie douceur justement récompensée au festival de Cannes. «C’est donc ça ...» C’est ainsi que Ryoata accueille la nouvelle de l’interversion des bébés à la maternité, exprimant ainsi sa déception de voir son fils Keita aussi peu combatif à l’école, aussi peu enclin à être le meilleur, alors que lui-même fait passer son ambition avant toute chose. A l’inverse, Yoko, l’autre père plus modeste, viveur un rien fainéant, mais adorant sa vie de famille, se dit qu’il pourrait récupérer de l’argent de cette erreur de l’hôpital. Deux milieux sociaux, deux conceptions de la vie que tout oppose. Il y avait déjà là de quoi tirer une trame simplement dramatique. Ce n’est pas ce que Hirokazu Kore-Eda recherche. Like Father, Like Son (Tel père, tel fils) va plus loin et plus profond, changeant de direction au moment où croit avoir trouvé le noeud de l’intrigue, au moment où on croit avoir découvert les tréfonds des personnages. Ce n’est pas le contraste social entre les deux familles, ni le bouleversement au sein du couple de Ryoata, ni la façon dont les deux enfants réagissent aux atermoiements de leurs parents respectifs. Cela pourrait être l’enfer psychologique dans lequel s’enferre Ryoata alors que quasiment toutes ses valeurs s’effritent autour de lui, pour le laisser désarmé et vaincu. En fait, Tel père, tel fils est tout cela à la fois car Kore-Eda n’est pas du genre à laisser un personnage sur le bord du chemin. S’il fallait à tout prix chercher une trame centrale se serait du côté des codes de la culture japonaise qui semblent être les premiers responsables des drames qui se déroulent sous nos yeux, qui s’imposent aux protagonistes. Cependant la douceur du regard de Kore-Eda, sa profonde empathie pour ses personnages, son envie de tous les aimer, de tous les sauver, qu’il nous fait partager. On reste alors surpris par la dimension universelle de ce film si profondément japonais. Martial Knaebel
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Les Misérables
Ladj Ly
France
104′
Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux « bacqueux » d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes. Le réalisateur Ladj Ly nous emmène dans le creuset bouillonnant de vie de la ville de Montfermeil près de Paris où il a grandi lui-même. Un lieu bruyant, coloré, sauvage et brut. C’est ici que Victor Hugo a situé en 1862 son roman « Les Misérables ». Pour survivre ici, il faut maîtriser les règles de la rue. Ladj Ly les maîtrise, on le sent dès la première scène de son film. Au Festival de Cannes, il a remporté le Prix du Jury ; la France l’a sélectionné pour concourir aux Oscars 2020. « Les Misérables » est l’un des films français les plus forts depuis « La Haine » : un thriller qui vibre de haute-tension et d’urgence – authentique, poignant, marquant.
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Capharnaüm
Nadine Labaki
Liban
126′
Les parents de Zain étaient trop pauvres pour enregistrer sa naissance. Ne possédant pas de papiers, il est privé de tous les droits. Mais c’est un battant. Adroitement, il se faufile à travers les rues de Beyrouth. Pour nourrir ses nombreux frères et sœurs, il porte de lourdes livraisons pour l’épicerie d’Assadd, l’impitoyable propriétaire de la chambre qu’ils louent. Et c’est avec ce type que doit se marier sa sœur Sahar âgée de onze ans. Zain fait tout pour empêcher ce mariage, en vain. Pour finir, il s’enfuit. Dans un parc d’attractions, il rencontre Rahil. Elle propose de lui offrir le gîte, si en échange, il garde son fils d’un an. Quand un soir, Rahil ne rentre plus, Zain prend soin du bébé avec beaucoup d’amour. Avec un regard empathique, la réalisatrice Nadine Labaki montre le monde caché des enfants de la rue, les personnages principaux de son film. Ce sont notamment les extraordinaires performances des acteurs non-professionnels qui font la qualité de ce film profondément humain. Au Festival de Cannes, «Capharnaüm» a remporté le prestigieux Prix du jury.
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Cold War
Paweł Pawlikowski
Pologne
88′
Une histoire d’amour éternelle: Wiktor rencontre Zula lors d’une audition de chant. Sans trop réfléchir, il embauche la jeune femme à la voix divine. Un amour fou embrase immédiatement ces deux cœurs, et aucune limite ne semble pouvoir atténuer leur passion ardente. Mais le groupe de Wiktor subit de plus en plus les turbulences politiques et au début des années 50, lors d’un concert à Berlin Est, il saute sur l’occasion pour passer à l’Ouest. Tandis que Wiktor découvre le Jazz à Paris, Zula, restée en Pologne, poursuit sa propre carrière. Pourtant, même séparés, ils ne s’oublient pas. Que ce soit à Varsovie, à Paris ou à Split, la vie fait se croiser les chemins de ces deux amoureux, pour quelques heures ou un peu plus longtemps… Pawel Pawlikowski avait reçu un Oscar en 2015 pour son précédent film « Ida ». Dans « Cold War » il raconte l’histoire d’un amour impossible à une époque impossible. Tout semble les séparer : leur passé, leur tempérament, leur caractère, leurs idées politiques, les imperfections de chacun et les inévitables coups du sort, et pourtant, ils sont fatalement condamnés à être ensemble. Au Festival de Cannes, « Cold War » a gagné le Prix de la mise en scène 2018. Un film magnifique avec une musique fascinante et des images d’une rare beauté.
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Antonio das mortes (1969)
Glauber Rocha
Brésil
99′
Antonio das Mortes est un célèbre tueur de cangaceiros. Il est chargé par un colonel propriétaire terrien de tuer un de ces rebelles, vivant sur ses terres au milieu des beatos, communauté mystique de paysans. Antonio le tue, puis prend la défense des beatos contre des tueurs à gages, les Jacungos, engagés par le colonel.
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Nostalghia (1983)
Andrei Tarkowski
Italie
126′
Andrei Gortchakov, un écrivain russe, voyage à travers l'Italie sur les traces d'un compatriote compositeur, pour écrire sa biographie. Avec beaucoup de sensibilité pour les émotions de celui qui est loin de son pays, Andrei Tarkovski, soutenu par son co-scénariste italien Tonino Guerra, dessine une rencontre des cultures et des époques.
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Nuestras madres
César Díaz
Guatemala
76′
Ernesto est anthropologue auprès d’une fondation privée médico-légale: il donne un nom à des squelettes déterrés, pour les remettre à des familles en deuil. Il est des films qui arrivent à point. Nuestras Madres est de ceux-là, qui nous remet en mémoire le drame immense qu’a vécu le Guatemala lors d’une guerre civile meurtrière surtout pour les populations indigènes et qui a duré 30 ans. Le Soir écrivait: «Un bouleversant travail de mémoire.»
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Ilo Ilo
Anthony Chen
Singapur
99′
Parce que leur fils Jiale est intenable, aussi bien à l’école qu’à la maison, Keng Teck Lim et sa femme Hwee Leng décident d’engager une «nanny» pour s’occuper du ménage et de leur fils. Ce sera Teresa, venue des Philippines. Mais Jiale refuse celle qu’il considère une intruse. Teresa saura pourtant conquérir le cœur du garçon. Auréolé de la Caméra d’or au dernier festival de Cannes, Anthony Chen mise en toute simplicité sur ce qui fait le bon cinéma: l’humour, l’émotion et le suspens.
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La tierra y la sombra
Acevedo César Augusto
Colombie
98′
Alfonso est un vieux paysan qui revient au pays pour se porter au chevet de son fils malade. Il retrouve son ancienne maison, où vivent encore celle qui fut sa femme, sa belle-fille et son petit-fils. Il découvre un paysage apocalyptique. Le foyer est cerné par d'immenses plantations de cannes à sucre dont l’exploitation provoque une pluie de cendres continue. 17 ans après avoir abandonné les siens, Alfonso va tenter de retrouver sa place et de sauver sa famille.
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Nobody Knows (2004)
Hirokazu KORE-EDA
Japon
141′
En plein Tokyo, quatre enfants, tous de pères différents, vivent seuls dans l'attente du retour improbable de leur mère. Pas un parent, pas un voisin ne s'en inquiète, car personne ne soupçonne leur existence. Aucun ne va à l'école. Seul l'aîné a la permission de sortir, pour aller faire les courses, subvenir aux besoins de la famille. Lorsque la mère disparaît pour de bon, laissant derrière elle un peu d'argent, les enfants s'amusent tout d'abord de cette situation incongrue: les interdits s'écroulent, la maison devient terrain de jeu, le supermarché un parc d'attraction, et la rue le lieu de toutes les aventures. Puis, livrés à eux-mêmes, forcés de se comporter en adultes dans un environnement de plus en plus hostile, ils glissent peu à peu, de manière presque imperceptible mais néanmoins inexorable, dans un état de délabrement physique et moral. Le récit est inspiré d'un fait divers réel, où le sensationnel le dispute au sordide, "l'affaire des quatre enfants abandonnés de Nishi-Sugamo ", qui bouleversa le Japon en 1988. Toutefois, "Nobody Knows" n'est pas un mélodrame. Le regard tendre porté par le réalisateur sur cette famille orpheline, qu'il a regardée vivre et évoluer physiquement pendant une année entière, empêche le film de tomber dans le pathos ou le misérabilisme, même si la noirceur de l'histoire n'est pas occultée. "Ce fait divers a suscité en moi diverses questions. La vie de ces enfants ne pouvait pas être que négative. Il devait y avoir une richesse autre que matérielle, basée sur des moments de complicité, de joie, de tristesse et d'espoir. Je ne voulais donc pas montrer "l'enfer" vu de l'extérieur, mais "la richesse" de leur vie, vue de l'intérieur ", explique-t-il. Suivant une ligne proche du documentaire, déjà présente dans "After Life", Kore-eda ne laisse certes planer aucun suspense, aucun espoir de happy end: il ne s'agit pas de savoir si les enfants vont s'en sortir, mais plutôt combien de temps ils vont tenir. Point de manichéisme non plus dans le portrait nuancé de cette mère, égoïste bien sûr, mais surtout d'une incroyable inconscience qui, lorsqu'elle apparaît à l'écran, est toujours aimante, chaleureuse et protectrice. Il reste de l'histoire originale le récit d'un équilibre précaire en train de s'effondrer, petit à petit, au fil des saisons. Extraits des dialogues: AKIRA (12 ans) : Quand nous laisseras-tu aller à l'école? LA MERE : Encore cette histoire d'école! Tu n'as pas besoin d'y aller! Il y a des tas de gens qui sont devenus célèbres et qui ne sont jamais allés à l'école. AKIRA : Qui ça? LA MERE : J'en sais rien, mais je suis sûre qu'il y en a plein. AKIRA : Tu es vraiment égoïste, maman. LA MERE : Tu as vu comment tu me parles? Tu veux savoir qui est le plus égoïste? Eh bien, c'est ton père qui est parti en me laissant toute seule.
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Trois visages
Jafar Panahi
Iran
101′
Une célèbre actrice iranienne reçoit la troublante vidéo d'une jeune fille implorant son aide pour échapper à sa famille conservatrice... Elle demande alors à son ami, le réalisateur Jafar Panahi, de l'aider à comprendre s'il s'agit d'une manipulation. Ensemble, ils prennent la route en direction du village de la jeune fille, dans les montagnes reculées du Nord-Ouest où les traditions ancestrales continuent de dicter la vie locale.
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Le voyage à Cythère - Taxidi sta Kythira (1984)
Theo Angelopoulos
Grèce
139′
La rentrée de Spiros Alexandre, metteur en scène, accueille son père Spiros, ancien résistant, de retour d’URSS après 32 années d’exil forcé. Spiros retrouve son village, sa maison et quelques anciens camarades. Mais il a beaucoup de mal à comprendre le temps écoulé. L’idée même du retour qu’il a chérie durant 32 ans est devenue intangible. Un chef d'oeuvre sur la lutte pour un pays, l'abscence et la seule chose qui reste: L'amour.
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Heureux comme Lazzaro
Alice Rohrwacher
Italie
127′
Lazzaro a bon cœur et il offre généreusement son aide, à tel point qu’il semble venir d’une autre planète. Il vit et travaille avec d’autres dans la communauté rurale d’Inviolata. Propriétaire sans scrupules, Marchesa de Luna gouverne le domaine d’une main de fer, et tout le personnel est sous sa coupe. Son fils Tancredi, doté d’une imagination débordante, arrive un beau jour à Inviolata et doit également faire ses quatre volontés. Tancredi demande à Lazzaro de l’aider à feindre son enlèvement. Une amitié naît entre ces deux jeunes hommes. Elle se solidifiera et durera malgré la découverte d’une grande tromperie qui fera voler en éclats la communauté d’Inviolata et mènera Lazzaro jusqu’en ville à la recherche de Tancredi. Après son film « Le meraviglie », la réalisatrice Alice Rohrwacher confirme à nouveau sa place singulière et significative dans le cinéma italien. Lauréat du Prix du scénario à Cannes, « Heureux comme Lazzaro » est une trouvaille d’une merveilleuse beauté, comme un vestige d’une période disparue du cinéma, tout en restant d’actualité à chaque instant. Du réalisme magique et de la modernité dramatique qui fusionnent pour former une histoire saisissante racontée avec humour et élégance – une perle cinématographique rare et enchanteresse.
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Soleil de plomb
Dalibor Matanic
Croatie
123′
Du déclenchement de la guerre en 1991 jusqu’au retour à la normalité vingt ans plus tard, dans un village à la frontière entre la Croatie et la Serbie, vont se dérouler trois histoires d’amour où se mêlent la passion et la haine, la crainte et le désir. Un film intense et sensuel, d’une belle originalité narrative, lumineux, esthétique.
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Snow - neige (2008)
Aida Begic
Bosnie et Herzegovina
100′
"La neige ne tombe pas pour couvrir la colline, mais pour que chaque animal laisse une trace de son passage." Six femmes, un grand-père, quatre petites filles et un garçon vivent à Slavno, village isolé et dévasté par la guerre. Leurs familles et amis ont été tués et leurs corps n’ont jamais été retrouvés. Les premières neiges vont les couper du monde et risquent de mettre la vie des villageois en danger. Tandis que la menace se rapproche, les villageois, menés par Alma, tentent d’échapper à la misère en vendant des confitures, des fruits et des légumes, qui ont fait la réputation du village. Un jour, deux hommes d’affaires débarquent à Slavno en leur demandant d’abandonner leurs maisons en échange d'une certaine somme d’argent. Les villageois se trouvent face à un dilemme: doivent-ils accepter une offre qui pourrait leur sauver la vie, mais leur prendre leur âme? Une tempête soudaine piège les visiteurs dans le village, les contraignant à affronter un problème plus grave encore, la vérité. Premiers flocons L’histoire se déroule au coeur d’un petit village isolé de l’Est de la Bosnie, largement marqué par la guerre. Dans cet endroit figé par le temps, où toute trace de modernité semble n’avoir jamais existé, la jeune réalisatrice bosniaque Aida Begic' dresse les portraits de femmes vivant sans hommes, survivantes d’un proche passé douloureusement chargé. Entourées d’un vieil imam et d’un petit garçon mutique dont la chevelure repousse étrangement vite, elles sont les dernières rescapées du village. A la fin du conflit, elles ont dû s’organiser, pour continuer à vivre. Couture, confection de tissus, culture de fruits et légumes, fabrication de savoureuses compotes de prunes. Leur quotidien est rythmé par de nouvelles activités. Alma, par exemple, est convaincue qu’il est possible de redonner un peu de prospérité au village en vendant des pots de confiture au bord de la route. Sabrina, elle, est amoureuse d’un étranger et rêve de quitter cet endroit et l’isolement qui le caractérise. Malgré leurs multiples différences, cette petite communauté reste pourtant unie par un lien particulièrement fort: ils sont les gardiens de la mémoire du passé. Entre tristesse et furtifs instants de joie, les relations sont intenses et contrastées. L’illusion et le doute nourrissent encore l’espoir que l’être cher pourrait réapparaître, le deuil n’est pas envisageable. L’arrivée au village de deux hommes va venir accélérer la tournure des événements. Comme le dit le proverbe, la neige ne tombe pas pour couvrir la colline, mais pour que chaque animal laisse une trace de son passage... Après plusieurs années de recherches et de travail, Aida Begic' propose un film touchant, engagé, poétique et empreint de réalisme, soutenu par une photographie ample et pure.
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El abrazo de la serpiente
Ciro Guerra
Colombie
124′
Au début du XXe siècle, un ethnologue allemand s’enfonce dans la forêt amazonienne à la recherche d’une plante mythique, la yakruna. Il sera guidé par Karamakate, un jeune mais puissant chaman amazonien. 40 ans plus tard, c’est un Etats-Unien qui retrouve Karamakate pour la même recherche. Ciro Guerra nous propose une antithèse éloquente aux discours sur l’apport de la «civilisation» dans ces contrées perdues. Inverser les rôles Theo explore l’Amazonie depuis des années et il a entendu parler d’une plante miracle, la yakruna. Maintenant qu’il est malade et affaibli, la nécessité de la trouver se fait pressante. Son guide l’amène chez Karamakate, un jeune chaman seul capable, selon lui, de trouver le lieu mythique. Mais Karamakate ne voit en Theo que le complice des massacreurs de son peuple dont il est le seul survivant. Il accepte de les guider, mais à contre-coeur. Quarante ans plus tard, Evan rencontre un Karamakate âgé, lui demandant aussi de l’aider à retrouver cette yakruna et les traces de Theo disparu. Mais Karamakate ne se souvient plus bien. Qui donc va alors guider qui? El abrazo de la serpiente reprend le flambeau d’une tradition qui a longtemps défini le cinéma latinoaméricain: le réalisme magique, onirique, cher aux Fernando Solanas, Glauber Rocha et autres Fernando Birri. Alors ça foisonne de trouvailles esthétiques, de situations allant jusqu’au burlesque, cela joue aussi avec le temps et l’espace, car les deux époques se croisent et en quelque sorte se répondent. Evans suit les pas de Theodor, mais ce sont deux mondes qui n’ont rien de commun qu’ils visitent. Le chaos engendré par la présence envahissante des Blancs aura tout bouleversé - et pas pour le meilleur. Au détour d’une scène Ciro Guerra se moque ironiquement du Fitzcarraldo de Werner Herzog et du colonel Kurtz d’Apocalypse Now. On l’aura compris Ciro Guerra a voulu inverser le regard, tenté de d’imaginer un récit d’une expédition non pas raconté du point de vue de l’explorateur comme il est d’habitude, au contraire c’est le regard des «explorés» que veut transmettre la caméra et le film. Cette inversion pertinente et nécessaire des rôles donne une tonalité rafraîchissante et légère à un propos tout ce qu’il y a de plus sérieux. Martial Knaebel
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Wolf And Sheep
Shahrbanoo Sadat
Afghanistan
87′
Un petit hameau perdu dans les montagnes afghanes. Les enfants gardent les chèvres et les moutons et les protègent des loups qui rôdent aux alentours. Les garçons s’entraînent à la fronde, les filles imaginent leurs mariages. La jeune Sediqa est, quant à elle, tenue à l’écart parce qu’elle aurait le mauvais oeil. Toute jeune réalisatrice, Shahrbanoo Sadat nous propose une chronique villageoise d’une beauté confondante. On ne sait pas trop quoi admirer le plus dans Wolf and Sheep, entre l’âpre beauté des paysages, celle, délicate, de ces enfants qui en ont fait leur royaume, ou encore la maîtrise à diriger ces derniers dont fait preuve une réalisatrice dont c’est pourtant le tout premier long-métrage. Pour autant, Shahrbanoo Sadat ne nous décrit pas une communauté villageoise idyllique. Les relations entre les habitants sont faites de conflits et de ragots, la vie, pauvre, est dure et chaque jour amène son lot de problèmes. La chronique débute par les obsèques d’un homme mort d’un cancer. Pour survivre, sa veuve devra se remarier avec un homme bien plus vieux qu’elle. Ce qui vaudra à Qodrat, son fils de 11 ans, les quolibets de ses camarades de jeu. Il préférera alors la présence de Sediqa, rejetée par les filles parce qu’elle serait celle qui porterait malheur. Si la population est musulmane, les légendes et les croyances traditionnelles sont encore bien vivaces, comme celle du loup Kashmiri se tenant sur deux pattes et venant hanter le village. Cependant, la grande menace, bien réelle celle-ci, ce sont les loups qui s’attaquent aux troupeaux et que les enfants n’arrivent pas à chasser. Il en est une autre, qui surgira soudainement et jettera toute la population sur la route: la guerre, qui n’en finit pas de frapper les plus faibles. Shahrbanoo Sadat s’est initiée au cinéma à Kaboul après avoir vécu une partie de son enfance dans un village tel que celui qu’elle décrit dans Wolf and Sheep.
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Un homme intègre
Mohammad Rasoulof
Iran
118′
Reza et sa femme se sont installés en province, espérant échapper à la corruption de la capitale. Lui a créé une pisciculture, elle enseigne. Las, une compagnie convoite le terrain où se situe leur ferme. Mais Reza refuse toujours la compromission, seul face à tout un système. Le récit de Mohammad Rasoulof est, lui aussi, sans concession qui nous plonge dans un thriller politique à portée universelle. Mohammad Rasoulof n’attend pas, dès les premières images, on perçoit quelle sera l’intrigue. Reza, en face d’une banque, est avec un des employés lui expliquant comment contourner les règles et ne pas rembourser ses dettes. On imagine le courage qu’il a fallu à toute l’équipe de tournage - techniciens et acteurs y compris - pour se lancer dans la réalisation d’un tel brûlot politique. Car dans Un homme intègre, on appelle un chat un chat. La corruption qui gangrène quasiment toute la population de cette province y est décrite sans ambiguïté aucune. Ce franc-parler a l’immense mérite de rendre l’intrigue fluide et intelligible même pour un public qui ne serait pas au fait de la politique iranienne. Cependant, Rasoulof ne se contente pas de ce constat politico-social. Ses personnages sont faits de chair et de sang, ils ne peuvent pas être simplement tout d’une pièce. Comment peuvent-ils réagir et se défendre face aux attaques multiples auxquelles ils font face? Les drames intimes se mêlent alors aux conflits économiques. Voici alors une autre qualité qui fait de Un homme intègre un vrai film à suspens où les protagonistes se démènent pour survivre. Le récit est porté par une image très naturaliste, une bande son ultra-minimaliste qui ne garde que les bruits de la nature qui laissent au spectateur le temps de se concentrer sur l’intrigue elle-même. Il ne fait aucun doute que le film est destiné avant tout au public de son pays. Profondément enraciné dans la vie iranienne, le film développe pourtant une réflexion plus universelle : jusqu’à quel point un homme peut-il conserver son intégrité en luttant contre un système corrompu? Martial Knaebel
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Tokyo Sonata (2008)
Kiyoshi Kurosawa
Japon
120′
Tokyo Sonata dresse le portrait d'une famille japonaise ordinaire. Le père, licencié sans préavis, le cache à sa famille. Le fils aîné est de plus en plus absent. Le plus jeune prend des leçons de piano en secret. Et la mère, impuissante, ne peut que constater qu’une faille invisible est en train de détruire sa famille.
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La vie invisible d'Eurídice Gusmão
Karim Aïnouz
Brésil
139′
Deux soeurs inséparables et pourtant séparées. Tel fut le destin de Guida et Eurídice, coupées l’une de l’autre par une société patriarcale et un père autoritaire et conservateur. Bien que l’histoire se situe dans les années cinquante, Karim Aïnouz offre une oeuvre profondément contemporaine, riche en émotions, avec ces héroïnes dignes, au courage jamais pris en défaut.
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Paterson
Jim Jarmusch
États-Unis
118′
Paterson vit à Paterson, New Jersey, ville des poètes - de William Carlos Williams à Allan Ginsberg, aujourd'hui en décrépitude. Chauffeur de bus d'une trentaine d'années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura, qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme et de Marvin, son bouledogue anglais. Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte pas...
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Pour Sama
Waad al-Kateab et Edward Watts
Syrie
96′
Waad al-Kateab est à Alep pour étudier l’économie au moment où la population descend dans la rue pour réclamer plus de liberté. C’est au cours de ces démonstrations qu’elle rencontre Hamza avec qui elle se mariera et donnera naissance à Sama, leur fille. Munie d’une caméra vidéo, Waad al-Kateab va filmer d’abord la joie et l’espoir, puis l’enfer des bombardements. Le journal Times a écrit: «One of the most important films you will ever see in your life.»
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La cordillère des songes
Patricio Guzmán
Chili
85′
Au Chili, quand le soleil se lève, il a dû gravir des collines, des parois, des sommets avant d’atteindre la dernière pierre des Andes. Dans ce pays, la cordillère est partout mais pour les Chiliens, c’est une terre inconnue. Après être allé au nord pour «Nostalgie de la lumière» et au sud pour «Le bouton de nacre», Patricio Guzmán a voulu filmer de près cette immense colonne vertébrale pour en dévoiler les mystères, révélateurs puissants de l’Histoire.
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Bab el-oued City (1994)
Merzak Allouache
Algérie
92′
Nous sommes à Bab el-Oued, quartier historique et populaire d'Alger. Boualem est employé dans une boulangerie du quartier. Il travaille dur la nuit et dort le jour. Un après-midi, alors qu'il se repose après une nuit de labeur, la voix amplifiée du prêche de l'imam Rabah, diffusée par un haut-parleur au volume sonore maximal, réveille Boualem en sursaut. Celui-ci, dans un accès de colère incontrôlable, grimpe sur la terrasse, arrache le haut-parleur, l'emporte et le jette à la mer. Ce geste, que Boualem ne peut expliquer véritablement, va mettre le quartier en émoi. Un groupe de jeunes, dirigé par Saïd, se met à la recherche du coupable pour lui infliger une punition exemplaire pour son acte provocateur. Ces péripéties nous font découvrir un quartier, Bab el-Oued, avec ses ambiances populaires, parfois attachantes et drôles. Il y a les femmes, vivant avec dérision leur quotidien routinier. Il y a les jeunes dans les rues, sans espoir ni travail, partagés entre la drogue et l'embrigadement, il y a les souvenirs nostalgiques d'une splendeur passée. Il y a l'amour, enfin, entre Boualem et Yamina, la jeune sceur de Saïd... Portrait d'une jeunesse perdue, à l'avenir obscurci par une crise économique et une montée de l'extrémisme. «Bab el-Oued City» donne une image universelle d'une génération. Les rêves de la jeunesse algéroise sont les mêmes que ceux de la jeunesse européenne, ce sont les mêmes que la jeunesse du monde entier. Comme partout, le désespoir et l'exclusion sont le terreau idéal pour les fondamentalismes de tout bord.
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In the Fog
Sergei Loznitsa
Belarus
123′
Sushenya n’a pas été exécuté avec ses compagnons, accusés de sabotage par l’occupant allemand. La résistance l’accuse alors de collaboration et le condamne à mort, refusant d’envisager l’éventualité d’un guet-apens. Lorsque deux partisans viennent le chercher pour l’exécuter, ils seront effectivement attaqués par la police.. Une mise en scène sobre pour une sublime apologie de ce qui reste de dignité dans l’homme confronté aux tragédies de l’Histoire. Sushenya est un humble cheminot, travaillant aux chemins de fer biélorusses. Le pays est occupé par larmée allemande. Les collègues de Sushenya sabotent les rails, plus par rancœur contre leur chef que par esprit patriotique. Ils seront pris et exécutés. Cependant lofficier allemand épargne Sushenya, lui proposant de collaborer. Celui-ci refuse, non par courage, simplement parce quil ne le pourrait pas. Pour la résistance, sa vie sauve ne peut que venir de sa trahison et elle envoie deux partisans pour lexécuter, ne voulant pas comprendre quil pouvait sagir dun piège. Les trois hommes seront effectivement interceptés par la police au moment fatidique, blessant un des résistants. Au lieu de senfuir, Sushenya prend soin du blessé, alors que le troisième va chercher du secours, quil ne trouvera pas car ils sont perdus dans la forêt immense. Véritable tragédie, au sens le plus classique du terme, Dans la brume nous montre des personnages impuissants à empêcher lenchaînement implacable dun destin décidé par une force immanente. Pour Serguei Loznitsa, le réalisateur, personne ne peut sortir indemne dune guerre qui broie autant les âmes que les chairs. Laction héroïque ne peut se situer que dans lintime. La grandeur du personnage de Sushenya tient justement à la compréhension de ce fait terrible dans sa simplicité: il sait, ou il pressent, quil ne peut échapper à la mort. Il ne lui reste alors quà lutter pour que limage quil laissera derrière lui, à ses enfants et à sa femme, soit celle dun homme digne. Loznitsa magnifie ce combat intérieur par une mise en scène épurée de tout effet inutile: musique absente, présence imposante dune nature indifférente au drame qui sy déroule, filmée avec une précision extraordinaire. Il se dégage alors de chaque plan une beauté transcendante et prodigieuse. Martial Knaebel
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Viendra Le Feu (O Que Arde)
Oliver Laxe
Espagne
82′
Amador Coro a été condamné pour avoir provoqué un incendie. Lorsqu’il sort de prison, personne ne l’attend. Il retourne dans son village niché dans les montagnes de la Galice où vivent sa mère, Benedicta, et leurs trois vaches. Leurs vies s’écoulent lentement, au rythme apaisé de la nature. Jusqu’au jour où un feu vient à dévaster la région.
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Burning
Chang-dong Lee
Corée du Sud
148′
«À présent, dites la vérité.» Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier, tombe par hasard sur Haemi, une jeune fille qui habitait auparavant son quartier. Elle lui demande de s’occuper de son chat pendant un voyage en Afrique. À son retour, Haemi lui présente Ben, un homme mystérieux qu’elle a rencontré là-bas. Un jour, Ben révèle à Jongsu un bien étrange passe-temps…
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Intervention divine (2002)
Elia Suleiman
Palestine
89′
A Nazareth, sous l'apparence d'une banale normalité, la ville est prise de folie. Alors que son entreprise périclite, un homme tente de prendre les choses en main pour briser le cercle des petites querelles. Il ne parvient qu'à se détruire lui-même. Cet homme est le père de E.S. Pendant ce temps, une histoire d'amour se déroule entre un Palestinien qui vit à Jérusalem et une Palestinienne de Ramallah. L'homme, - E.S. - , évolue entre son père malade et cet amour, en s'efforçant de maintenir en vie l'un et l'autre. Du fait de la situation politique, la liberté de mouvement de la femme s'arrête au poste de contrôle militaire israélien situé entre les deux villes. Il est interdit aux amants de le passer, et ils ne peuvent trouver d'intimité que dans un parking désert, juste à côté du check point. Dans l'incapacité d'échapper à la réalité de l'occupation, leur désir complice va engendrer des répercussions violentes. Contre toute attente, leurs cœurs blessés ripostent par des fantasmes qui se traduisent en prouesses étourdissantes.
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La tortue rouge
Michael Dudok de Wit
France
81′
A travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, « La Tortue Rouge » raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain. Michael Dudok de Wit a reçu le Prix Spécial « Un Certain Regard » du Festival de Cannes 2016.
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Manuscripts Don’t Burn
Mohammad Rasoulof
Iran
122′
Khosrow est un tueur à gage. Sous l'autorité de Morteza, ils partent tous deux en mission pour un assassinat commandité. Le meurtre doit être mis en scène pour faire croire à un suicide. Les deux tueurs doivent changer leur plan initial au dernier moment…
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Dogman
Matteo Garrone
Italie
99′
Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce...
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Mise à mort du cerf sacré
Yorgos Lanthimos
Irlande
121′
Steven, brillant chirurgien, est marié à Anna, ophtalmologue respectée. Ils vivent heureux avec leurs deux enfants Kim, 14 ans et Bob, 12 ans. Depuis quelques temps, Steven a pris sous son aile Martin, un jeune garçon qui a perdu son père. Mais ce dernier s’immisce progressivement au sein de la famille et devient de plus en plus menaçant, jusqu’à conduire Steven à un impensable sacrifice.
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L'invitation (1973)
Claude Goretta
Suisse
95′
Ils sont neuf, dans un bureau. Rémy Placet, un gratte-papier minable, invite ses collègues pour fêter un héritage. Il organise une réception dans la maison de campagne, qu'il vient d'acquérir, trop grande et trop luxueuse où il vient d'installer sa vie ratée de célibataire complexé. Les masques tombent. Tous ces employés médiocres aux pales intrigues, aux relations mesquines, aux petites manies, vont, peu à peu, se laisser aller dans la liberté du grand parc, la chaleur des boissons et l'ombre des grandes pièces aidant.
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La dentellière (1977)
Claude Goretta
Suisse
103′
En vacances en Normandie, Pomme, jeune fille timide (Isabelle Huppert), fait la connaissance de François, étudiant en philosophie. C’est son premier amant et elle s’installe chez lui. Follement amoureux, le jeune couple inexpérimenté regagne Paris plein de rêves. Mais les différences sociales et culturelles font obstacle à leur bonheur. La rencontre pour laquelle Pomme se réservait inconsciemment n’aura pas lieu et François la détruira sans le vouloir.
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Un prophète (2009)
Jacques Audiard
France
149′
Condamné à six ans de prison, Malik El Djebena ne sait ni lire, ni écrire. À son arrivée en Centrale, seul au monde, il paraît plus jeune, plus fragile que les autres détenus. Il a 19 ans. D’emblée, il tombe sous la coupe d’un groupe de prisonniers corses qui fait régner sa loi dans la prison. Le jeune homme apprend vite. Au fil des “missions”, il s’endurcit et gagne la confiance des Corses. Mais, très vite, Malik utilise toute son intelligence pour développer discrètement son propre réseau...
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A Touch of sin
Zhangke Jia
Chine
130′
Dahai reproche à son patron de s’enrichir sans vergogne sur le dos de ses employés. Puisqu’il n’arrive pas à se faire entendre, cet ouvrier mineur décide de se faire justice lui-même. Yo est hôtesse d’accueil dans un sauna d’une mégapole chinoise. Elle a une liaison avec un homme marié qui lui promet sans cesse de se séparer de sa femme. Quand un client du sauna la drague avec un peu trop d’insistance, la frustration de Yo explose avec violence. Tout comme Dahai et Yo, San, aux finances précaires, et l’ouvrier Hui, chahuté d’un boulot à l’autre, sont contraints d’employer des moyens extrêmes pour défendre leur dignité. En Chine, l’industrie et l’économie connaissent un formidable essor dans certaines régions. De nombreux hommes et femmes quittent leur foyer pour trouver du travail ailleurs dans le pays. Les liens sociaux s’en retrouvent pulvérisés. C’est dans ce contexte que le réalisateur Jia Zhangke (lauréat en 2006 du Lion d’Or au Festival de Venise pour «Still Life») a créé son nouveau film. Les histoires vraies de ses quatre protagonistes forment une œuvre étonnamment critique pour la Chine. Jia Zhangke dénonce les dysfonctionnements sociaux avec hargne et beaucoup d’humour noir. Le réalisateur a remporté le prix du scénario au festival de Cannes pour son film «A Touch of Sin» audacieux et aux images fortes.
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Delwende (2005)
S. Pierre Yameogo
Burkina Faso
86′
Au Burkina Faso, les coutumes ancestrales font souvent force de loi, dans un état confronté à la misère et au poids des traditions. Dans les campagnes, en effet certaines morts inexpliquées sont attribuées à des mangeuses d'âmes, c'est-à-dire des femmes qui en raison de leurs pouvoirs occultes et maléfiques sont selon les villageois responsables de ces disparitions. Ces femmes sont alors marginalisées et deviennent les boucs émissaires de toute une société.
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Les Bêtes du sud sauvage
Benh Zeitlin
États-Unis
93′
La vie d'une petite fille est radicalement transformée quand son père est victime d'une étrange maladie, alors même que le monde subit un déclin brutal. La hausse des températures entraine une montée des eaux et libère des créatures préhistoriques. L'enfant décide alors de partir à la recherche de sa mère.
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Trois singes (2008)
Nuri Bilge Ceylan
Turquie
109′
Une famille disloquée à force de petits secrets devenus de gros mensonges, tente désespérément de rester unie en refusant d’affronter la Vérité. Pour ne pas avoir à endurer des épreuves et des responsabilités trop lourdes, elle choisit de nier cette Vérité, en refusant de la voir, de l'entendre ou d’en parler, comme dans la fable des "trois singes". Mais jouer aux trois singes suffit-il à effacer toute vérité?
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Uzak (2002)
Nuri Bilge Ceylan
Turquie
110′
Un photographe, hanté par un sentiment de vide entre sa vie et ses idéaux, se trouve obligé d’accueillir chez lui un jeune parent qui a quitté son village à la recherche d’un travail sur un bateau pour partir à l’étranger. Un film obsédant sur les changements d’une personne, ses valeurs et ses relations à travers la vie dans la grande ville.
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Les climates (2006)
Nuri Bilge Ceylan
Turquie
98′
L’homme est fait pour être heureux pour des raisons simples et malheureux pour des raisons encore plus simples – tout comme il est né pour des raisons simples et qu’il meurt pour des raisons plus simples encore. Isa et Bahar sont deux êtres seuls, entraînés par les climats changeants de leur vie intérieure, à la poursuite d’un bonheur qui ne leur appartient plus.
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Chambre 212
Christophe Honoré
France
84′
Après 20 ans de mariage, Maria (Chiara Mastroianni) décide de quitter le domicile conjugal. Une nuit, elle part s’installer dans la chambre 212 de l’hôtel d’en face. De là, Maria a une vue plongeante sur son appartement, son mari, son mariage. Elle se demande si elle a pris la bonne décision. Bien des personnages de sa vie ont une idée sur la question, et ils comptent le lui faire savoir. «Chambre 212» est un film splendide sur les tumultes de l’amour.
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Bad Luck Banging or Loony Porn
Radu Jude
Roumanie
106′
Provocante, cette comédie du Roumain taquin Radu Jude s’ouvre sur une séquence pornographique : un couple filme ses ébats. Lesquels, pas de chance pour madame, vont atterrir sur Internet par la faute de monsieur. Le début des ennuis pour la professeure d’histoire au si sage tailleur gris, sommée d’aller s’expliquer avec les parents d’élèves de l’école huppée où elle enseigne…
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There Is No Evil
Mohammad Rasoulof
Iran
151′
Heshmat, Pouya, Javad et Bahram, quatre hommes, dans quatre histoires, qui ont dû faire un choix qui engagea leur existence entière et celle de leurs proches. Quatre histoires où Mohammad Rasoulof persévère dans sa démarche qui scrute la morale dans la démocratie autoritaire qui régit l’Iran son pays et dont les autorités lui dénient le droit de pratiquer son métier.
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Ondine
Christian Petzold
Allemagne
89′
L’eau est son élément. Historienne et experte en urbanisme, Ondine habite à Berlin. Sa vie est un long fleuve tranquille jusqu’au jour où son copain la quitte sans crier gare. L’amour d’Ondine étant trahi, elle doit, selon une vieille légende, tuer l’homme infidèle et retourner à l’eau d’où elle était sortie jadis. Mais Ondine ne veut rien de tout cela, elle ne veut pas s’en aller. Elle rencontre Christoph, plongeur, qui travaille dans le mystérieux monde subaquatique d’un lac. Ils tombent amoureux – mais Christoph a comme un pressentiment : un secret entoure Ondine… La légende d’Ondine a inspiré les artistes depuis toujours, parmi eux Friedrich de la Motte-Fouqué, Piotr Tchaïkovski ou Ingeborg Bachmann. Avec un doigté poétique certain, le réalisateur Christian Petzold adapte le récit au cinéma. Son film « Ondine » est une nouvelle interprétation fascinante et contemporaine du mythe de la mystérieuse femme aquatique. Comme dans son dernier film « Transit », Paula Beer (« Frantz », « Bad Banks ») et Franz Rogowski (« Happy End ») interprètent les premiers rôles avec brio. Un conte de fées enchanteur et moderne dans un monde désenchanté, du cinéma onirique avec des images pleines de magie.
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Taxi Teheran
Jafar Panahi
Iran
81′
Un taxi roule dans les rues animées et bigarrées de Téhéran. Les gens les plus variés y montent. Le conducteur parle avec les passagers qui disent ouvertement ce qu'ils pensent. Comme ce pirate du web qui vend des films censurés en Iran. Ou cet homme qui a trop peur pour déposer plainte, ou ces deux dames superstitieuses qui doivent de toute urgence amener le contenu d'un bocal à poisson rouge vers une source afin d'éviter qu'un malheur ne les touche personnellement. Pendant les trajets tantôt drôles, tantôt dramatiques à travers la ville, le ton est soit à la blague soit au discours politique. Au volant, rien de moins que le réalisateur Jafar Panahi en personne. Il est frappé depuis des années par le régime iranien d'une interdiction d'exercer son métier et de voyager. Mais Jafar Panahi ne se décourage pas. Il réalise ses films en secret et les fait transporter hors du pays en contrebande. Avec beaucoup d'humanité et d'humour, il capte l'ambiance qui règne dans la société iranienne. «Taxi Téhéran», un film vibrant et dévoilant de multiples facettes, a remporté le prix principal du Festival de Berlin, l'Ours d'or.
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A Separation
Asghar Farhadi
Iran
123′
Simin voudrait quitter l’Iran avec son mari Nader et leur fille Termeh. Elle a entrepris toutes les démarches nécessaires et tout réglé en prévision de leur départ. C’est alors que son mari lui fait part de ses scrupules : il ne veut pas abandonner son père qui souffre de la maladie d’Alzheimer. Nader annule le voyage. Simin dépose alors une requête de divorce auprès du tribunal des affaires familiales. Sa requête étant rejetée, elle quitte le domicile conjugal et retourne vivre chez ses parents. La petite Termeh décide de rester avec son père tout en espérant que sa mère reviendra bientôt à la maison. Confronté aux nouvelles circonstances, Nader a du mal à se débrouiller, ne serait-ce que par manque de temps. Il engage alors une jeune femme pour s’occuper de son père malade. Razieh est enceinte et elle accepte cet emploi sans en informer son mari. Un jour, en rentrant du travail, Nader trouve son père tout seul à la maison ; le vieil homme déficient est en outre attaché à une table. Quand Razieh est de retour, la réaction de Nader a des conséquences tragiques qui bouleversent non seulement sa propre existence mais affectent aussi l’image que sa fille avait jusqu’alors de lui.
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La teta asustada (2009)
Claudia Llosa
Pérou
94′
A la mort de sa mère, la jeune et belle Fausta se retrouve seule pour affronter les peurs qui lui ont été léguées d’un passé de guerre civile dans les Andes, théâtre d’une lutte sanguinaire de l’armée et la police péruviennes contre la guérilla du Sentier lumineux. Pour répondre au vœu de sa mère d’être enterrée dans son village, Fausta doit trouver rapidement de l’argent permettant de payer le voyage et le cercueil car son oncle ne veut pas d’un cadavre dans la maison au moment des noces de sa propre fille sur le point de se marier. Après le succès de son premier film, Madeinusa, la jeune réalisatrice péruvienne Claudia Llosa reprend les éléments fantastiques de croyances populaires pour nous livrer une parabole émouvante par la modestie apparente d’une mise en scène, pourtant toute en finesse, qui lui valut l’Ours d’Or de la 59e Berlinale. ******************** Les indiens sont toujours là Claudia Llosa a su trouver le ton juste, dans une mise en scène foisonnante de trouvail-les, qui ne cessent de nous surprendre tout au long des 100 minutes que dure son film. En refusant de sombrer dans un pathétique convenu, la réalisatrice joue, au contraire, sur les oppositions de caractères ou le regard décalé. Elle ne lâche rien pourtant sur l’âpreté des situations, sur la tragédie vécue par la jeune héroïne, sur la dureté des rapports sociaux et de la vie de ces laissés pour compte de la société péruvienne. Car ce film reflète bien ce qu’est le Pérou d’aujourd’hui, où une riche minorité continue d’accaparer, où les Indiens sont toujours méprisés et exploités, au mieux oubliés. Et pourtant, ce deuxième film, qui est un miracle d’équilibres audacieux, va bien au-delà de la simple dénonciation sociale. Les échappées scénaristiques y prennent, à chaque fois, le spectateur à contre-pied, naviguant sur la poésie des émotions, jouant du physique de ses personnages - en particulier d’une Magaly Solier imposante dans sa façon d’exprimer, ou plutôt de réprimer, les états d’âmes de Fausta. A l’image de sa façon de chantonner, psalmodier, la chanson que lui a apprise sa mère, d’une voix rauque, rugueuse, dont la mélodie faussement monotone finit par vous prendre aux tripes. Paradoxalement, ce drame, avant tout intérieur, nous paraît ainsi très « physique ». Un sentiment encore accentué par des dialogues presque monosyllabiques, qui prennent parfois la forme de coups de poing, pour rappeler les personnages à leur réalité. Bref, La teta asustada est une véritable œuvre de cinéma dont le souffle nous remue et nous interpelle et dont le style effronté ne peut qu’enchanter le cinéphile. Martial Knaebel
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avec bonus
Bal - miel
Semih Kaplanoglu
Turquie
100′
Le père du petit Yusuf est apiculteur. Il dépose ses ruches dans les branches hautes des arbres les plus grands de la forêt qui dévale de la montagne. Pour Yusuf, c'est un endroit empli de mystères où il aime suivre son père dans son travail. Lorsqu'il veut raconter son rêve à celui-ci, il est rembarré, car il ne faut jamais dire son rêve à voix haute, lui dit son père. Lorsque les abeilles se mettent à disparaître de manière incompréhensible, Yacup décide de porter ses ruches plus haut dans la montagne. Le petit Yusuf, lui, commence à bégayer à l'école, pour finalement garder le silence. Entre le père qui ne revient pas et le mutisme de Yusuf, l'inquiétude de la mère grandit. Ours d'Or 2010 au festival de Berlin, Bal (miel) est une plongée dans le monde de l'enfance où la beauté de la nature ne peut être que fantastique et mystérieuse. **** Dans la nature fantastique de l'enfance Il faut retrouver son âme d'enfant pour pleinement apprécier Bal, le cinquième film du jeune réalisateur Semih Kaplanoglu. Il faut la retrouver, car le film nous plonge dans le monde d'un petit garçon à l'imagination fertile, car la nature et les hommes sont filmés par le prisme du regard, des sentiments, de l'humeur et du moral du petit Yusuf. A cette condition, on pourra se laisser emporter par l'atmosphère magique que dégagent les images de ces montagnes turques, et de leurs habitants, aux abords de la Mer Noire. Celles-ci expriment aussi bien ce que Yusuf voit que ce qu'il ressent, donnant aux objets et aux personnages des dimensions parfois surhumaines, proches du fantastique des contes pour enfants. Et le jeune acteur Bora Altas - tout jeune puisqu'il a le même âge que Yusuf, 7 ans - a ainsi une présence imposante à l'écran, rarement vue pour un enfant, dans un registre où les sentiments peuvent apparaître dans toutes leurs nuances, qui nous renvoie à nos propres souvenirs, nous rappellent le monde que nous pouvions voir et ressentir quand nous étions enfants nous aussi. Cependant, il ne s'agit pas que de l'enfance, dans Bal. C'est aussi une ode à la nature, qui n'a rien à voir avec la nostalgie d'un monde perdu, mais au contraire d'un monde bien réel, où le destin des hommes et des plantes sont liés, où les méfaits des uns entraînant une réactions des autres. Une nature pourtant, dont la beauté rejaillit sur les êtres humains, sur le père Yacup, sur la mère, Zehra, et sur leurs gestes magnifiés. On a alors des couleurs intimistes de l'école hollandaise. Puis les plans, plus larges, s'emparent de la forêt, prennent l'ampleur de tableaux immenses, à la fois sonores et picturaux, où le peintre aurait su placer toutes les nuances du vert imaginables et qui habitent la nature, en fixer les mouvements les plus subtils et en saisir les moindres bruissements, jusqu'aux odeurs humides qui atteindraient nos narines. En ce sens, à l'image d'un Pourquoi Bodhi Dharma est-il parti vers l'Orient?, Bal est proche d'une expérience sensuelle totale. Exactement de celles que l'on pouvait avoir enfant.
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Favolacce
Damiano D'Innocenzo et Fabio D'Innocenzo
Italie
99′
La chaleur de l'été annonce les vacances prochaines pour les familles de cette paisible banlieue pavillonnaire des environs de Rome. Des familles joyeuses, qui parviennent à créer l'illusion de vraies vacances malgré leurs faibles moyens. Des familles normales. Enfin presque. Car leurs enfants vont bientôt pulvériser le fragile vernis des apparences…
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Grâce à dieu
François Ozon
France
138′
Ils sont courageux, intelligents et se battent avec beaucoup de détermination et d’imagination pour leur cause. Parmi eux, Alexandre qui conjugue vie de famille épanouie et réussite professionnelle. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui quand il était petit garçon officie toujours auprès d’enfants. Toutes ses démarches pour le démettre de ses fonctions restent vaines : l’Eglise ne fera rien. C’est seulement quand d’autres personnes touchées rejoignent Alexandre, brisent le sceau du silence et se concertent pour planifier leur action que le vent commence à tourner… François Ozon est un réalisateur aux divers talents qui varie les genres avec bonheur. Sa filmographie comprend des comédies jubilatoires comme « Potiche », des drames poignants comme « Frantz » ou des polars haletants comme « Dans la maison ». Jamais à court d’idées surprenantes, il s’est inspiré pour son nouveau film d’un fait réel : le cas du prêtre Preynat, qui occupe actuellement tant la justice que les médias en France. Ozon n’a pas l’Eglise en tant qu’institution dans son viseur, il se focalise plutôt sur la perspective des victimes. « Grâce à Dieu » est un film émouvant aux multiples facettes et magnifiquement interprété, qui montre comment faire bouger un système ankylosé : en collectif, avec du courage et de la force.
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So Long, My Son
Xiaoshuai Wang
Chine
185′
Yaojun et sa femme Liyun vivent dans un petit port du sud de la Chine. Manifestement, ils portent le souvenir d’une douleur profonde que le temps n’a pas atténuée. Wang Xiaoshuai embrasse les quarante dernières années qui ont marqué la Chine à la suite de ce vieux couple toujours en deuil de son enfant disparu. La petite histoire pour mieux comprendre la grande, et vice-versa.
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avec bonus
Félicité
Alain Gomis
Congo, La République Démocratique du
124′
Félicité, libre et fière, est chanteuse le soir dans un bar de Kinshasa. Sa vie bascule quand son fils de 14 ans est victime d’un accident de moto. Pour le sauver et régler les coûts de l’hôpital, elle se lance dans une course effrénée à travers les rues d’une Kinshasa électrique, un monde de musique et de rêves. Ses chemins croisent ceux de Tabu. Primé avec le Grand Prix du Jury au Festival de Berlin, ce film fait plonger dans la pleine vie. Alain Gomis à propos de Félicité «J’ai le sentiment qu’un film se construit sur des années, en convoquant une multitude de choses différentes. À l’origine de celui-ci, il y a des personnages existants, des femmes dont je suis proche, au Sénégal principalement. Des femmes fortes. Qui n’acceptent pas la compromission, qui prennent tout de plein fouet et ne plient pas sous les coups. J’avais une admiration certaine pour cette droiture, tout en m’interrogeant sur le fait de vouloir à tout prix plier la vie à sa volonté. J’étais donc intéressé par cette dialectique de la lutte et de l’acceptation qui est une idée qui traverse mes films. Sur cela est venu se greffer l’accident d’un jeune cousin très proche qui a perdu sa jambe, après qu’elle ait été mal soignée. Je me souviendrai toujours de son regard de gosse de 17 ans qui a perdu la légèreté, pour qui la vie est comme finie. Son histoire était aussi liée à celle de sa mère que l’on soupçonnait de pratiques obscures. Cette réalité simple qui confronte l’invisible au quotidien est à la base du film. J’avais alors envisagé une sorte de Faust ... et puis j’ai rencontré la musique du Kasai Allstars qui contenait tout cela. Tshanda, qui joue Félicité, me disait que c’était une femme à moitié en vie, à moitié morte. Toute sa vie, elle s’était tenue droite, affrontant le monde, et avec l’accident de son fils arrivait la défaite. Tout ce qu’elle avait tenu à bout de bras jusque-là s’écroulait. Pour elle, la question était est-ce que cette vie vaut le coup, est-ce que je reste là ou est-ce que je repars là d’où je viens? C’est un personnage qui se tient à la frontière de ces deux options. Il était évident que Tshanda comprenait absolument cette possibilité de renoncement. Ensuite, moi je ne dis pas grand-chose du personnage à un comédien, j’essaie de rester très concret sur la situation, mais c’était cette espèce de ligne-là qu’on avait définie.»
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Rara
Pepa San Martin
Chili
86′
Sara a 13 ans. Avec sa sœur, Catalina, elle vit avec sa mère Paula et sa partenaire Lia. Son père n’apprécie pas cette promiscuité et aimerait que ses filles aient une vie de famille «normale». Mais Sara a bien d’autres soucis, entre son premier amour et son corps qui se transforme. Une comédie légère, mais incisive, pour ausculter une société encore conservatrice. Sara aime les garçons, bien qu’elles les trouvent bêtes le plus souvent. Elle a aussi une amie à qui elle dit tout, mais elle lui cache aussi des choses. Sara est une petite fille au seuil de l’adolescence qui pense qu’elle mène la vie normale d’une fille à son âge. Ce n’est pas l’avis de son père, ni de son entourage. En cause, le fait que sa mère Paula - chez qui vivent les deux enfants - vit avec une femme et non un homme. À la suite d’une petite dispute futile avec sa mère, Sara quitte la maison pour aller vers son père. Ce dernier saute sur l’occasion pour tenter de récupérer ses filles. Toute l’histoire nous est racontée du point de vue de Sara, campée par une prodigieuse Julia Lübbert qui crève l’écran avec un naturel et une vivacité dignes de tous les éloges. Ce choix scénaristique a permis à la jeune réalisatrice Pepa San Martin d’éluder tout ce qui aurait pu alourdir son récit et donne un film au ton léger, tissant ses fils sans qu’on y prenne garde pour arriver à une conclusion (presque) inattendue. Rara, c’est une histoire de petits riens - de ces événements à première vue sans importance, qui font la vie de tous les jours. Cependant, un mot de trop, ou mal placé, et tout prend des proportions qu’on n’attend pas, ouvrant la porte à de nouveaux développements - à la merci eux aussi d’autres réparties, apportant de nouvelles petites surprises. Ne se départant pas du regard de Sara, le récit ne prépare pas, si ce n’est par quelques allusions, au dénouement final. C’est d’ailleurs cette subtilité du scénario, coécrit avec Alicia Scherson (Play, Turistas), ajoutée au soin apporté à la crédibilité des personnages, incarnés par des acteurs hors-pairs, qui donne à l’ensemble un naturel à la fois léger et sérieux, drôle et émouvant. Martial Knaebel
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Ixcanul Volcano
Jayro Bustamante
Guatemala
91′
María est promise à Ignacio, le contremaître de la plantation de café. Pour la famille, c’est l’assurance d’un logement et d’un travail pour le père. Mais pour la jeune fille, tout juste sortie de l’adolescence, cela signifierait la fin d’un rêve: celui d’aller voir au-delà du volcan. Le jeune réalisateur Jayro Bustamante est revenu sur sa terre natale filmer une histoire profondément enracinée dans les traditions mayas tout en étant radicalement d’actualité. María est belle, elle le sait. A 17 ans, elle voudrait aussi pouvoir embrasser le monde, celui qui se trouve derrière le volcan. Pepe, un jeune ouvrier qui ne pense qu’à partir aux Etats-Unis où se trouvent argent, voitures et maisons. En séduisant Pepe, María espère donc pouvoir partir avec lui vers le Nord. Mais le jeune homme partira sans elle et María, enceinte, n’aura plus que ses parents vers qui se tourner. Et ceux-ci, malgré cette tocade qui risque de les mettre tous sur la paille, vont montrer une solidarité sans faille. Mais la leçon pour María sera terrible.Les premiers plans nous montrent en détail les traditions mayas qui perdurent dans cette région du Guatemala, d’où Jayro Bustamante est lui-même originaire. On aurait tort pour-tant de confiner cette œuvre à son côté ethnologique, déjà passionnant, car il en déborde très vite pour mettre en scène les rapports de classe existant dans le Guatemala rural. Ce seront eux qui seront le moteur de la deuxième partie du récit. Traitement de l’image et montage s’allient pour exprimer la dureté implacable des relations entre les Mayas et les métis ou les blancs - passant de plans le plus souvent fixes, presque tranquilles, à des images de plus en plus mouvementées, caméra presque collée aux protagonistes. On réalise alors la misère dans laquelle sont maintenus les Indiens: logement et travail dépendant du bon vouloir du maître - et du contremaître, pas de scolarité pour les enfants, entraînant l’impossibilité de se faire comprendre, donc de se défendre, car ne parlant pas l’espagnol, langue de l’admini-stration. Et celle-ci, face à la mère de María, ne se souciant pas de la comprendre quand elle essaie de s’expliquer. Ils ne l’écoutent pas et voilà le drame des familles comme celle de María. Pour le pouvoir, elles n’existent pas. Le grand mérite de Ixcanul: elles vivent devant nous grâce à lui. Martial Knaebel
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Body
Malgorzata Szumowska
Pologne
92′
Janusz est un homme qui ne se choque pas facilement. Médecin légiste, il procède à des fouilles précises, analysant les lieux de crimes dans des rapports détaillés. En dépit des situations extrêmes auxquelles il est confronté, il travaille dur. Peut-être trop. Mais face à sa fille Olga, anorexique et toujours en deuil de sa mère, Janusz se trouve désarmé. Affolé à l’idée qu’elle pourrait se suicider, il l’inscrit dans une clinique où travaille la psychologue Anna. Des années auparavant, Anna a perdu son enfant dans une mort subite du nourrisson. Maintenant, elle se claquemure, avec son grand chien, dans un appartement lourdement barricadé et appelle les esprits qui communiquent avec les vivants au-delà de la mort. Malgorzata Szumowska use de la comédie noire pour parler des difficultés que rencontrent les gens à surmonter la perte d’êtres aimés. Le film explore la peur, en même temps le désir, de l’intimité, l’automutilation en raison de l’angoisse mentale et l’évasion dans l’ésotérisme. Une méditation complexe sur la solitude du coeur et le conflit entre le rationnel et la croyance en un univers surnaturel.
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El boton de nacar
Patricio Guzmán
Chili
82′
Avec Nostalgia de la luz, Patricio Guzmán, nous emmenait dans le désert d’Atacama, à l’extrême nord du Chili. Là-bas, il y sondait le cosmos pour scruter les rocs et les sables du désert. El botón de nacár nous emporte, lui, à l’extrême sud du pays, 4000 km plus bas où c’est maintenant l’eau qu’on trouve dans les étoiles. Mais c’est encore sur l’histoire des hommes et de leur mémoire que revient Patricio Guzmán. Ces deux films, Nostalgie de la lumière et Le bouton de nacre, forment bien un diptyque cohérent. Au premier, illuminé par la lumière si pure et la sécheresse du désert du nord, répond le ciel chargé et la froide humidité de l’archipel du sud. Ici, ce sont l’eau et le froid qui ont formé les hommes et les civilisations. Car ces îles innombrables étaient habitées, bien avant que les colons n’arrivent et massacrent - ils étaient encore 8000 au 18e siècle, ils ne sont plus que 20 descendants directs aujourd’hui. C’est la première idéeforce: l’existence d’une civilisation capable de survivre dans des conditions extrêmes, de traverser le Cap en petit canoë, de compositions musicales sophistiquées. La deuxième idée-force: faire ressentir par le spectateur, physiquement, la géographie bizarre de ce pays qu’est le Chili - tout en longueur, ouvert sur la mer qui est sa plus grande frontière, et pourtant profondément terrien. Un pays si long, qu’on ne peut le représenter en un seul morceau. Enfin, il y a la mémoire de l’eau. Celle qui vient du cosmos - qui se compte en millions d’années - et celle, plus macabre et contemporaine, qui vient de l’océan - car ici, comme au nord, les militaires ont essayé d’effacer les traces de leurs crimes. Ces trois idées-forces sont exprimées dans de véritables mises en scène de cinéma qui offrent des moments sublimes: la musique jouée par le musicologue Claudio Mercado, ou la leçon de vocabulaire de Christina Calderon, descendante des Yagán. Emma Malig, artiste, déroule une étrange et longue bande de papier froissé, le Chili, en un seul morceau. Enfin, se déroule sous nos yeux la reconstitution du «travail» fastidieux et minutieux qu’impliquait cette volonté des militaires d’effacer des milliers d’individus des mémoires. C’était sans compter ce bouton de nacre ramené à la surface. Martial Knaebel
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An Episode in the Life of an Iron Picker
Danis Tanović
Bosnie et Herzegovina
74′
Nazif, rentrant de son travail, voit sa femme Senada se tordre de douleur. Le médecin leur apprend que l'enfant à naître est mort et qu'elle doit absolument se faire opérer de toute urgence. Mais la clinique de la région refuse de pratiquer l'opération car le couple n'a ni argent, ni assurance. Lorsque Danis Tanovic lit un reportage sur cette histoire, il est emporté par l'indignation et décide d'en faire un film. Ainsi est né An Episode in the Life of an Iron Picker. Tanovic avait le choix de monter une véritable production, mais cela aurait pris du temps, au minimum une ou deux années. Au lieu de cela, le réalisateur se rappelle qu'il fut d'abord documentariste durant la guerre des Balkans. Ils contacte alors Nazif et Senada, leur proposant, et arrivant à les convaincre, de revivre, devant la caméra, les événements dramatiques qu'ils ont vécus. Avec eux, tous les témoins et les protagonistes des événements rejoueront leurs rôles. A l'exception notable - et on n'a aucune peine à comprendre pourquoi -, des médecins qui ont refusé de soigner Senada. Tanovic a donc pu tourner tout de suite, en neuf jours, avec une équipe restreinte, une caméra Canon toute simple. Il en ressort une énergie, et une émotion aussi, toute brutes qui emportent tout.
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About Elly (2009)
Asghar Farhadi
Iran
114′
Ahmad, qui vit depuis longtemps en Allemagne, est de retour en Iran pour un bref séjour et ses anciens amis d’université décident de passer trois jours de vacances ensemble au bord de la mer Caspienne. Sepideh, une des femmes du groupe, de caractère très enjoué, a pris en charge l’organisation du séjour. Elle a également convié au voyage Elly, l’institutrice de sa fille qui est en maternelle, et ceci à l’insu des autres participants. Ahmad, qui sort d’un mariage malheureux avec une Allemande, est désireux de refaire sa vie avec une Iranienne et les amis se rendent compte peu à peu de la raison pour laquelle Sepideh a invité Elly. Elle va désormais capter toute leur attention, les uns et les autres lui trouvant mille qualités. Le second jour, alors que tout se passe bien et que la joie et l’harmonie sont au rendez-vous, un incident survient au cours duquel Elly s’éclipse dans la nature. L’ambiance joyeuse disparaît d’un seul coup et l’harmonie fait place aux diverses spéculations des amis sur le pourquoi et le comment de la disparition d’Elly. Ils contactent sa famille qui ne leur apprend rien de neuf ; l’inquiétude se transforme en panique. Les amis analysent alors de façon critique les entretiens du premier jour et les conversations téléphoniques avec la famille d’Elly. Finalement, Sepideh est même mise en cause pour avoir invité Elly, ce qui a perturbé leurs vacances. En deux jours, le jugement du groupe vis-à-vis d’Elly a viré du tout au tout - jusqu’au dernier jour de vacances où la réalité se révèle.
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Las Herederas
Marcelo Martinessi
Paraguay
98′
Chela et Chiquita, toutes deux issus de riches familles du Paraguay, sont ensemble depuis plus de 30 ans. Suite à la détérioration de leur situation financière, les deux femmes sont contraintes de vendre leurs biens de famille. Lorsque Chiquita doit aller en prison pour fraude et dettes, Chela est forcée de faire face à une nouvelle réalité. Conduisant pour la première fois depuis des années, elle commence ainsi à offrir ses services comme chauffeuse de taxi à un groupe de dames riches et âgées. Alors que Chela s‘installe dans sa nouvelle vie, elle rencontre Angy, une femme plus jeune et dynamique avec laquelle elle développe une relation fraîche et vivifiante. Chela commence enfin à sortir du silence et de la tristesse dans lesquelles elle s’était murée pour s’engager dans de grands changements personnels. Récompensé à la Berlinale 2018 par différents prix dont l’Ours d’Argent de la meilleure actrice, ce film dresse de manière intime et délicate le portrait d’une femme complètement secouée dans ses habitudes quotidiennes par de profonds bouleversements.
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L'empire des sens (1976)
Nagisa Oshima
Japon
102′
1936, dans les quartiers bourgeois de Tokyo. Sada Abe, ancienne prostituée devenue domestique, aime épier les ébats amoureux de ses maîtres et soulager de temps à autre les vieillards vicieux. Son patron Kichizo, bien que marié, va bientôt manifester son attirance pour elle et va l'entraîner dans une escalade érotique qui ne connaîtra plus de bornes. Kichizo a désormais deux maisons : celle qu'il partage avec son épouse et celle qu'il partage avec Sada. Les rapports amoureux et sexuels entre Sada et Kichizo sont désormais épicés par des relations annexes, qui sont pour eux autant de célébrations initiatiques. Progressivement, ils vont avoir de plus en plus de mal à se passer l'un de l'autre, et Sada va de moins en moins tolérer l'idée qu'il puisse y avoir une autre femme dans la vie de son compagnon. Kichizo demande finalement à Sada, pendant un de leurs rapports sexuels, de l'étrangler sans s'arrêter, quitte à le tuer. Sada accepte, l'étrangle jusqu'à ce qu'il meure, avant de l'émasculer, dans un geste ultime de mortification ; puis elle écrit sur la poitrine de Kichizo, avec le sang de ce dernier : «Sada et Kichi, maintenant unis».
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Ema y Gastón
Pablo Larraín
Chili
107′
Pablo Larraín est l'un des plus grands réalisateurs du cinéma latino-américain. Sans compromis, il suit sa propre voie et réalise des films qui explorent et sondent les possibilités d'expression visuelle. Le dernier long-métrage de Larraín, Ema y Gastón, est un éblouissement. Le réalisateur n'y raconte pas simplement une histoire d'amour, non: il plonge dans une mer d'images, de sons et de mouvements et nous entraîne dans le maelström de ce qui s'appelle amour et comporte beaucoup d'éléments imprévisibles et inexplicables.
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Mise à mort du cerf sacré
Yorgos Lanthimos
Irlande
121′
Steven, brillant chirurgien, est marié à Anna, ophtalmologue respectée. Ils vivent heureux avec leurs deux enfants Kim, 14 ans et Bob, 12 ans. Depuis quelques temps, Steven a pris sous son aile Martin, un jeune garçon qui a perdu son père. Mais ce dernier s’immisce progressivement au sein de la famille et devient de plus en plus menaçant, jusqu’à conduire Steven à un impensable sacrifice.
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Alps
Yorgos Lanthimos
Grèce
93′
Une infirmière, un conducteur d'ambulance, une gymnaste et son entraîneur ont créé un service de location. Sur rendez-vous, ils remplacent des personnes décédées à la demande de proches, d'amis ou de collègues du défunt. La société est baptisée Alps alors que leur chef, le conducteur d'ambulance, se fait appeler Mont Blanc. Il dirige sa troupe d'une main de fer. Mais l'infirmière lui résiste.
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L'enfance d'Ivan (1962)
Andrei Tarkowski
Russie
95′
Témoin de l'exécution de ses parents par les troupes allemandes, Ivan, encore gamin, veut se battre. Il développe un talent certain pour se glisser au travers des lignes ennemies et glaner des informations. Mais l'état-major veut le transférer à l'arrière pour qu'il rejoigne l'académie militaire. Ivan refuse et part rejoindre les partisans... Le premier film de Andreï Tarkovski, tout juste sorti diplômé du VGIK, fut mondialement salué comme un chef d'oeuvre. Il reçut le lion d'or de Venise, ainsi que de nombreux prix dans le monde entier. On y retrouve déjà l'écriture du maître, mêlant le réalisme objectif à la contemplation subjective. Malgré son succès mondial, le film fut mis au placard en URSS pour des raisons de politiques internes qui tenaient à la version officielle de la deuxième guerre mondiale de l'époque. A l'inverse de «Requiem pour un massacre» d'Elem Klimov (1985), mettant en scène lui aussi un enfant, mais qui montra la guerre en Biélorussie avec un réalisme quasi insoutenable, Tarkovski laisse une grande place aux rêves d'Ivan, mondes poétiques de son enfance et de sa famille perdues, qui s'opposent à la réalité crue de la guerre et à son désir de vengeance qui conduira Ivan à la mort.
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Charles mort ou vif (1969)
Alain Tanner
Suisse
91′
Le film fait le portrait d’un vieil homme qui décide de quitter sa vie confortable de patron bourgeois pour mener une vie retirée auprès d’un couple de bohèmes: là, il retrouve sa liberté de pensée et le goût de vivre.
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Rashomon (1951)
Akira Kurosawa
Japon
88′
Trois hommes s'abritent à l'un des portails menant à Kyoto, attendant que la pluie cesse. Nous sommes sous l'ère Heian (IXe - XIIe siècles). Pour passer le temps, ils discutent d'un événement qui s'est déroulé récemment: la découverte du cadavre d'un samouraï, vraisemblablement tué par le bandit Tajomaru. Les trois hommes ont été en fait appelés à témoigner lors du procès. Ils relatent chacun ce qu'ils ont dit au procès, et ce qu'ils ont vu. Quatre versions s'opposent, la veuve - qui aurait été violée par le bandit - ayant aussi la sienne. Que s'est-il donc passé? «Les êtres humains sont incapables d'être honnêtes avec eux-mêmes sur eux-mêmes. Ils ne peuvent pas parler d'eux-mêmes sans broder. Le scénario décrit de telles personnes - le genre qui ne peut survivre sans mentir pour se sentir meilleur qu'il n'est en réalité. Il montre même ce besoin coupable de flatter le mensonge jusqu'au-delà de la tombe - même le personnage qui meurt ne peut arrêter de mentir lorsqu'il parle aux vivants à travers un médium. L'égoïsme est un péché que l'être humain porte avec lui depuis la naissance; il est le plus difficile à racheter. Ce film est comme un étrange défilement d'images qui est déroulé et étalé par l'ego. Vous dites que vous ne pouvez pas du tout comprendre ce scénario, mais c'est parce que le cœur humain lui-même est impossible à comprendre. Si vous vous concentrez sur l'impossibilité de vraiment comprendre la psychologie humaine et que vous relisez encore une fois le scénario, je pense que vous en saisirez l'essentiel» Akira Kurosawa à propos de Rashomon.
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Mère (1926)
Wsewolod Pudowkin
Russie
72′
Durant l'hiver 1905, lors de la Révolution russe, une femme - la Mère -, forcée de prendre parti lors d'une grève, doit choisir entre la fidélité qu'elle éprouve pour son mari, corrompu par les patrons afin d'obtenir son soutien, et son fils bien-aimé, un travailleur qui sympathise pour la cause des grévistes.
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Banshun - Printemps tardif (1949)
Yasujiro OZU
Japon
108′
Noriko approche de la trentaine et vit toujours avec son père, le Professeur Sonomiya, un universitaire sur le point de terminer un manuscrit avec son assistant Hattori. Sonomiya s'inquiète pour sa fille qu'il aimerait bien voir mariée. Mais Noriko ne veut rien savoir: sa vie avec son père la comble et elle ne voudrait pas le laisser seul. Le père use alors d'un subterfuge, annonçant que lui-même va se remarier et insistant pour que Noriko réponde aux avance de M. Satake, qui ne laisse pas la jeune femme indifférente. «Banshun se contente de décrire en détail les sentiments contradictoires et subtils qui existent entre les deux personnages dont la vie n'est troublée par aucun élément extérieur. Aucune autre œuvre d'art n'a mieux exprimé, quatre ans après la défaite, le retour à la paix, à l'ordre et à la tradition. À l'époque, même si les périodes de trouble et de privation sont enfin terminées, la population n'a toujours pas repris confiance en ses institutions. C'est dans ce contexte que sort le film qui évoque le déroulement paisible de la vie quotidienne à Kita-Kamakura: cérémonie du thé et nô, pèlerinage de temple en temple dans un Kyoto encore à l'abri du tourisme. Ainsi. dans ce cadre traditionnel. voit-on exprimées de manière subtile et délicate les préoccupations d'un père pour sa fille qui tarde à se marier et d'une fille qui se demande comment son père, veuf, pourra se débrouiller pour vivre si elle se marie. L 'esthétique épurée du réalisateur atteint son apogée dans ce film.» Tadao Sato
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Shiraz (1928)
Franz Osten
Inde
106′
Qui ne connaît le Taj Mahal, ce splendide édifice construit dans la cité indienne d’Agra sur ordre de l’empereur moghol Shah Jahan en hommage à son épouse. Franz Osten s’inspire de cette histoire pour réaliser un superbe drame romantique. Tourné en 1928, restauré, Shiraz n’a rien perdu de sa beauté et sa mise en scène n’a pris aucune ride. Au 17e siècle, en Inde, la petite princesse Arjumand échappe à la mort quand sa caravane est attaquée par des bandits. Elle est recueillie par un modeste potier et élevée aux côtés de son fils Shiraz. Ignorant son ascendance royale, il lui donne le nom de Selima. Les années passent et Shiraz, jeune homme, est fou amoureux de la jeune femme. Celle-ci se fera enlever par des marchands d’esclaves qui la vendront au prince Khuram, futur héritier du trône. Lui aussi éprouve bien vite de la passion pour la jeune femme, au grand dam de Dalia, courtisane ambitieuse rêvant de la couronne. Shiraz, quant à lui, rôde autour du palais dans l’espoir de voir son aimée. Il y a de quoi être époustouflé par cette production indienne du temps du muet. D’abord par l’ampleur et la maîtrise de certaines scènes engageant des centaines de figurants. Par le fait, ensuite, qu’aucune séquence n’ait été tournée en studio, pour respecter la lumière naturelle. Enfin, comparé aux films muets occidentaux de la même époque, les acteurs de Shiraz ont un jeu tout en finesse, sans les mimiques excessives habituelles pour exprimer les sentiments des personnages. Le film préfigure bien ce cinéma à grand spectacle, aux idylles romantiques, qui fera la réputation des studios de Bombay - Bollywood. Par ailleurs, si le film a été dirigé par un réalisateur allemand, Franz Osten, on n’y trouve rien de caricatural dans sa description de la culture indienne. De ce point de vue, Shiraz tient bien la comparaison avec Chang: a Drama of the Wilderness, chef d’œuvre de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack - auteurs du fameux King Kong -, tourné au Siam un an plus tôt. La musique, composée et jouée par Anoushka Shankar, fille du célèbre sitariste Ravi Shankar, illustre avec maestria ce superbe hommage rendu au Taj Mahal. Martial Knaebel
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Stray Dog (1949)
Akira Kurosawa
Japon
122′
Il est encore jeune, l'acteur qui va être connu dans le monde entier avec des chefs-d'œuvre tels que "Rashomon" ou "The Seven Samurai", celui qui va rester l'acteur d'Akira Kurosawa jusqu'à "Doctor Rotbart". Le voici dans un film policier sur fond du récent passé de la guerre japonaise, un passé de loin pas encore digéré dont parlent de nombreux personnages, qu'ils soient féminins ou masculins. «Stray Dog» (Chien enragé) se déroule à Tokyo pendant l'été étouffant de 1949. Dans un bus bondé, le tout jeune et totalement inexpérimenté inspecteur Murakami (Toshiro Mifune) se fait voler dans la poche de sa veste son arme de service chargée. Murakami est hors de lui. Il craint les pires conséquences sur sa carrière naissante. Avec son collègue Sato du service des vols, il part à la recherche du malfaiteur. Ce qui nous emmène dans la vie quotidienne du Japon de l'après-guerre, tandis que Murakami accumule les expériences et que Sato, le vieux renard, lui apprend comment garder son calme. Même des femmes impliquées dans ce qui s'est passé le traitent comme un blanc-bec. Une saisissante étude de milieu avec laquelle le maître Akira Kurosawa fait ses preuves dans le film de genre et nous montre de quoi il est capable en matière de narration, d'atmosphère et d'image. Walter Ruggle
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Shizukanaru Ketto - Le duel silencieux (1949)
Akira Kurosawa
Japon
95′
1944, dans un hôpital de l'armée : Par une nuit pluvieuse, le jeune docteur Kyoji Fujisaki (Toshiro Mifune) opère un soldat touché d'une balle dans le ventre. Débordé par son travail, et ayant retiré ses gants durant l'opération, il se coupe au doigt avec un scalpel. Le lendemain, il apprend que son patient était atteint de la syphilis, et des examens confirment qu'il est lui aussi atteint par la maladie. 2 ans plus tard, de retour à Tokyo, il rejette par conscience morale la femme qu'il devait épouser. L'arrivée dans la clinique du soldat, maintenant civil, qui ne s'est pas soigné et a contaminé sa femme enceinte, le mettra face à une responsabilité encore plus grande. Considéré jusque dans les années 60 comme un dramatique fléau social, la syphilis n'est ici qu'un épiphénomène du questionnement cinématographique d'Akira Korosava qui pose en fait les incontournables et cruciales interrogations sur le désir et la morale, l'égoïsme et la compassion, le souhait de fonder une famille et l'intégrité physique de l'autre. D'une pertinente intelligence réflexive, ouverte à bien d'autres situations conflictuelles, cette œuvre qui fut rarement distribuée est une adaptation rigoureuse d'une pièce de théâtre à succès.
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Scandal (1950)
Akira Kurosawa
Japon
105′
Au cours d'une excursion à la montagne, un peintre. Ichiro Aoye, rencontre par hasard une jeune chanteuse à la mode, Miyako Saijo, et, après un violent orage, ils partagent une chambre dans une auberge voisine -, mais des photographes d'un journal à scandales avaient suivi Miyako, et le journal en question (ironiquement intitulé " Amour ") publie des photos du couple comme s'il s'agissait d'une " idylle secrète". Furieux du scandale créé, le peintre décide de poursuivre le journal en justice, mais l'avocat qu'on leur a indiqué, Hiruta, se laisse " acheter " par l'éditeur du journal pour payer les frais de maladie de sa fille Masako, atteinte de tuberculose. Scandale a longtemps souffert de sa proximité avec l'un des chefs d’œuvre de Kurosawa. Il fut en effet tourné la même année que Rashomon. On aurait pourtant tort de le considérer comme un film mineur dans la filmographie du maître. D'abord par la manière subtile qu'il a eu de contourner la censure de l'occupation américaine de l'immédiate après-guerre, ensuite par l'écho qu'il trouve encore aujourd'hui si l'on se réfère au scandale récent impliquant l'empire médiatique de Rupert Murdoch. Sans oublier, enfin, la passion qu'avait Kurosawa lui-même pour la peinture qui donne au personnage d'Ichiro une dimension très personnelle.
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Le cuirassé Potemkine (1925)
Sergej M. Eisenstein
Russie
49′
Le film révolutionnaire par excellence. Celui qui déclare que Le cuirassé Potemkine est le «meilleur film de tous les temps» ne doit pas oublier que ce «classique» se distingue aussi en restant une œuvre de renversement politique et d'enthousiasme.
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Ikiru - vivre (1952)
Akira Kurosawa
Japon
137′
Kanji Watanabe, chef de la "Section des Citoyens" dans une administration publique, découvre qu'il est atteint d'un cancer et qu'il n'a que trois mois à vivre. Il décide alors de lutter contre la bureaucratie dont il est issu, et de financer et réaliser un projet d'aménagement pour un terrain de jeux dans un quartier déshérité. Malgré l'inertie des administrations, qui se renvoient toutes le projet sur le dos, il y parvient et viendra mourir sur une balançoire du parc à jeux, sous la neige, en chantant une vieille chanson. «Ikiru est l'expression cinématographique de la pensée existentialiste moderne. Il consiste dans l'affirmation mesurée dans un contexte de négation géante. Ce qu'il dit avec une frappante lucidité, c'est que la 'vie' n'a plus de sens lorsque tout est dit et fait; en même temps la vie d'un homme prend du sens quand il entreprend d'accomplir une certaine tâche qui, pour lui, a de la signification. Ce que pense quiconque de la vie de cet homme est complètement hors de propos, même ridicule. Le sens de sa vie, c'est ce qu'il s'engage à ce que sa vie ait un sens. Rien d'autre.» Richard Brown
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Ugetsu monogatari - Les Contes de la lune vague après la pluie (1953)
Kenji Mizoguchi
Japon
97′
Genjuro est un potier qui vit dans un petit village de campagne, Ohmi, au temps du Moyen Âge japonais. Un jour, il part vendre ses pots à la ville en compagnie de Tobeï. Quand Genjuro revient à Ohmi, il a gagné beaucoup d'argent car la guerre avec l'armée Shibata fait monter les prix. Tobeï, quant à lui, s'est engagé avec des samouraïs, mais il rentrera bien vite chez lui, humilié par de vrais guerriers. Genjuro veut augmenter sa productivité pour gagner encore plus d'argent. Il part pour la ville avec Tobeï et la femme de celui-ci. En ville, Genjuro tombe amoureux de dame Wakasa, Tobeï devient un vrai samouraï grâce à l'argent de la vente qu'il a volé, et la femme de Tobeï devient prostituée après avoir été violée en le poursuivant. Cependant, un prêtre dit a Genjuro que la femme qu'il aime est en fait un fantôme, et que son âme est manipulée par des esprits malfaisants ; il rentre alors au village. Tobeï et sa femme se rencontrent par hasard ; Tobeï abandonne son métier de samouraï et rentre lui aussi au village avec sa femme. Mais la femme de Genjuro, Miyagi, est morte entre-temps en voulant retourner au village. Quant à ce dernier, il ne lui reste que son fils.
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Voyage à Tokyo (1953)
Yasujiro OZU
Japon
137′
Shukichi et Tomi Hirayama, un vieux couple ayant vécu depuis toujours avec sa fille Kyoko dans le petit port d'Onomichi au sud du Japon, se rend à Tokyo pour visiter ses enfants. C'est un très long voyage et c'est sans doute la dernière fois de leur vie qu'ils peuvent l'entreprendre. "A travers l'évolution des parents et des enfants, j'ai montré, a déclaré Ozu, comment le système familial japonais commençait à se désintégrer".
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Sansho Dayu - L'intendant Sansho (1954)
Kenji Mizoguchi
Japon
124′
Tamaki traverse la forêt avec son fils Zushio de 13 ans et sa fille Anju, 8 ans. Son mari, gouverneur de la région de Putsu, a été exilé pour avoir pris la défense des paysans pressurés par des taxes qu'ils ne pouvaient pas payer. Enlevés par des marchands d'esclaves, mère et enfants seront séparés. La première vendue comme courtisane sur une île lointaine, les deux enfants comme esclaves à l'intendant Sansho, un homme cruel et impitoyable. Lorsque Zushio entend parler, par une esclave arrivant de l'île de Sado, d'une courtisane qui chante sans cesse une complainte où les noms de Zushio et Anju reviennent toujours. Le garçon décide de s'enfuir avec sa sœur. Au contraire de la plupart des films du maître, celui-ci ne met pas en avant le sort des femmes. L'oppression subie touche autant les hommes que les femmes, autant les enfants que les adultes. Mizoguchi décrit ici une époque où les valeurs morales de justice ne sont pas encore objectives, mais au contraire subjectives, dépendant du bon vouloir et du parti pris par quelques uns, dont le père de Zushio, qui peuvent en être punis.
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Quand passent les cigognes (1957)
Michail Kalatosow
Russie
91′
Dans l'ex-Union Soviétique, il y avait un cinéma d'Etat qui se perdait parfois dans l'ennui de la propagande et du sur-mesure. À la fin des années 1950, cependant, une production cinématographique indépendante s'est développée dans le cadre de la production étatique grâce à un climat culturel plus tard appelé «dégel». Le meilleur exemple en est ce film pionnier et légendaire qui s'élève de manière convaincante contre la guerre.
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avec bonus
Cairo Station (1958)
Youssef Chahine
Egypte
73′
C'est avec Bab al-Hadid , son troisième film que Youssef Chahine frappera un grand coup, jetant aux orties toutes les conventions du cinéma populaire pour présenter un drame social dont le lieu unique sera la gare centrale du Caire et de ses dépendances. Un film dans la plus pure veine du néoréalisme, tourné en noir et blanc, dont le héros, qu'il interprètera lui-même, est un pauvre hère, Kenawi, recueilli par le tenancier du kiosque de la gare. Mais LE personnage principal en sera la gare, sa vie trépidante, chaotique, éclatée, ces foules qui la traversent, qui y travaillent pour une misère. 1958, date de la sortie du film, cela fait six ans que le roi Farouk a été déposé par le Mouvement des Officiers Libres composé de jeunes militaires emmené par Gamal Abn El Nasser, quatre ans que ce dernier a renversé le président en exercice, le général Naguib, pour gouverner sans partage. L'enthousiasme des jeunes progressistes, dont on peut dire que Youssef Chahine faisait partie, s'est assez vite refroidi, car beaucoup de travers qui caractérisaient la société égyptienne tardaient à disparaître. Bab al-Hadid exprime sans beaucoup d’ambiguïté que le réalisateur prend déjà ses distances par rapport au régime. La gare est en effet racontée comme le microcosme d'une société, où la corruption, le clientélisme et le mépris pour les plus faibles font office de «gouvernance». La gare, donc, c'est là où toutes sortes de gens essaient de glaner quelques pièces pour vivre. Il y a l'accorte et belle Hanouna qui vend des limonades à la sauvette aux voyageurs, sur les quais, dans les trains. Elle et ses compagnes doivent se cacher de la police et du gérant du buffet. Les formes généreuses de la belle attirent les regards, et elle sait en user pour accrocher le chaland. Le pauvre Kenawi, sale, difforme et boîteux, devenu vendeur de journaux à la criée, prisonnier de sa solitude, en tombera follement amoureux. Mais elle n'a d'yeux que pour le fort et beau Abou Serih, un porteur parlant haut et cherchant à fédérer ses camarades pour fonder un syndicat afin que cesse leur dépendance envers une espèce de maffia qui les sous-paie. Fou d'amour et de jalousie, Kenawi, voyant qu'elle lui échappe voudra la tuer. Tout ceci se déroule au milieu d'un maelström de scènes de la vie quotidienne trépidante de la gare, où nos personnages se fondent, où quelques fois le spectateur se noie, emporté par les courants qui se croisent, se bousculent sur les quais, au guichet. Avec Bab al-Hadid, Chahine a mis le cinéma égyptien cul par-dessus tête, se libérant de toutes les conventions régissant la mise en scène cairote de l'époque, la caméra s'attardant sur les formes généreuses d'Hanouna, osant parler de sexe sans fard, montrant que le Nassérisme n'avait rien réglé, en fait filmant la réalité telle qu'elle était - le film a d'ailleurs était tourné intégralement dans la gare et ses alentours. Le film a été d'abord rejeté dans son pays, mais la vitalité quasi explosive qui en jaillit, la capacité du cinéaste de diriger une mise en scène polyphonique, auront assis sa réputation internationale. Version restaurée.
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The Street of Love and Hope (1959)
Nagisa Oshima
Japon
62′
A la mort de son père, Masao doit travailler pour aider sa mère. Il est cireur dans la rue et il vend un pigeon à Kyoko, une jeune collégienne aisée touchée par la misère de la famille du garçon. Mademoiselle Akiyama, la professeure d’anglais du garçon voudrait aussi l’aider car il est intelligent et devrait poursuivre ses études. Seulement, Masao vend toujours le même pigeon, qui retourne chaque fois à son pigeonnier et il est imperméable aux avances de la jeune fille. Par contre Mlle Akiyama fera la connaissance du frère de Kyoko... Ce même frère qui abattra le pigeon de Masao sur ordre de Kyoko... Premier long métrage de Nagisha Oshima, qui lui fut confié par la Shochiku, est déjà un manifeste de tout ce que sera l’œuvre du cinéaste : regard cru et sans concession sur la société japonaise, pessimisme (plutôt que cynisme) quant à son évolution future, absence totale de respect vis-à-vis des valeurs traditionnelles. Le film, dont le titre fut imposé par les studios, montre combien la société japonaise est divisée entre riches et pauvres, les possibilités de relations entre les deux quasi-nulles. Les dialogues explicites, la conclusion en forme d’impasse (les pigeons, qui permettaient à Masao et à sa famille de survivre, abattus par ceux-là mêmes qui prétendaient l’aider), valurent à Oshima une mise au purgatoire de six mois. Ce qui ne l’empêchera pas d’aller encore plus loin avec son deuxième film «Contes cruels de la jeunesse».
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Les salauds dorment en paix (1960)
Akira Kurosawa
Japon
151′
Le mariage du secrétaire Nishi (Toshiro Mifune) avec Yoshiko, la fille de son patron, n'est pas placé sous une bonne étoile: les journalistes assiègent l'entreprise à cause d'un scandale de corruption, les policiers arrêtent le maître de cérémonie et pour couronner le tout, un mystérieux second gâteau de mariage surgit de nulle part. Il a la forme d'un bâtiment duquel un employé de l'entreprise s'est suicidé quelques années plus tôt en sautant dans le vide.
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Yojimbo (1961)
Akira Kurosawa
Japon
110′
Au milieu du XIXe siècle le samouraï Sanjuro loue ses services à une des bandes qui règnent sur un village au détriment des villageois. Voyant qu'on veut se débarrasser de lui après qu'il eut accompli la salle besogne, Sanjuro va décimer les deux bandes qui se déchirent le village. Ce film a notamment influencé Sergio Leone pour son film "Pour une poignée de dollars". "Yojimbo" est en quelque sorte le premier western spaghetti japonais. Excellent, tout simplement.
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L'as de pique (1963)
Milos Forman
République Tchèque
90′
Même si la Nouvelle Vague de la République socialiste tchécoslovaque (CSSR) a vraiment commencé dans la partie slovaque avec Slnko v sieti (Le Soleil dans le filet, 1962) de Štefan Uher, le plus célèbre de tous les «nouveaux cinémas» d'Europe centrale et orientale n'est devenu un phénomène international que grâce à des contributions tchèques, surtout les premières œuvres de Miloš Forman. L'As de pique (Černý Petr), son deuxième long métrage, est le travail le plus libre et le plus fluide de Forman: des moments de la vie quotidienne d'un jeune homme qui se débat avec les injustices de son environnement ainsi qu'avec les embûches de son âge auxquelles il est en général soumis, mais qui garde le sourire. La devise du film pourrait être: chaque nuit de beuverie est suivie d'une matinée gueule de bois. La scène dans laquelle, imbibé de bière, il s'agit de dire oiil! (salut!), est absolument fantastique, source d'une dynamique et d'une énergie complètement absurdes - il ne s'agit de rien de plus, mais avec une ardeur qui pourrait déplacer les montagnes. (Filmmuseum Wien)
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I Pugni in Tasca (1965)
Marco Bellocchio
Italie
108′
Le film «I Pugni in Tasca» de Marco Bellocchio est considéré comme l'une des plus fortes premières oeuvres de l'histoire du cinéma. Il raconte la vie d'une veuve aveugle et mère qui vit avec ses quatre enfants adultes dans une villa en Italie. Trois des enfants souffrent de troubles physiques et psychiques.
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Trains étroitement surveillés (1966)
Jiri Menzel
République Tchèque
89′
Milos est un jeune garçon sympathique, mais qui n'a pas l'air très dégourdi. Surtout avec son uniforme des chemins de fer, où il vient d'entrer pour y tenir son premier emploi dans une petite gare de province. Il n'a pas beaucoup de travail car c'est la guerre et seuls quelques trains militaires allemands passent par là. Alors Milos a le temps de penser à Masa, cheminote comme lui mais nettement plus éveillée. Et celle-ci voudrait bien que le benêt lui prouve sa flamme. Mais c'est aussi la première expérience amoureuse du garçon qui ne prouve que sa maladresse à la jeune fille. Milos se croit impuissant et tente de se suicider. Sauvé in extremis, il revient à la gare. Le médecin l'a rassuré sur sa virilité mais il lui reste à la démontrer. D'autant que Masa insiste... Une occasion inattendue va lui être offerte d'apprendre l'amour avec une inconnue qui passait par là avec le projet de faire sauter un train allemand. C'est le sous-chef de gare qui devait accomplir cette délicate mission mais, au matin du jour de l'attentat, il est interpellé par ses supérieurs pour avoir décoré les fesses et les cuisses de la télégraphiste de la station avec tous les tampons du bureau. Aussi Milos, maintenant plein de confiance après la nuit passée avec la résistante, se substitue-t-il au fonctionnaire lubrique et, maladroit une dernière fois, saute avec le train. Masa ne saura donc jamais quel homme était devenu son petit ami.
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Downpour (1972)
Bahram Beyzaie
Iran
130′
Le premier long métrage de Bahram Beyzaie sur un instituteur bien intentionné de Téhéran assailli par les revers de fortune a connu un énorme succès en son temps, mais était tombé dans l'oubli dans l'Iran post-révolutionnaire. Cette version présente le film tel qu'il a été restauré en 2011 par la World Cinema Foundation de la Fondazione Cineteca di Bologna / Laboratoire L'immagine Ritrovata, avec la participation de Bahram Beyzaie lui-même.
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Al asfour - Le moineau (1972)
Youssef Chahine
Egypte
102′
Un peu plus de quinze ans après Gare centrale, en 1974, Youssef Chahine réalise Al Asfour (Le moineau). Il y pousse à l'extrême une mise en scène éclatée qui semble partir dans tous les sens, où de multiples histoires débutent chaque fois qu'un nouveau personnage apparaît, où la compréhension de l'ensemble semble n'apparaître qu'à la fin. Il ne s'agit pas pour autant d'un film «à se prendre la tête», car Chahine n'abandonne pas son regard affectueux vis-à-vis des petites gens. Le récit se déroule au printemps 1967, le jeune officier Raouf est envoyé dans la campagne pour arrêter un voleur, Abou Kehder, qui se révèle n'être qu'un sous-fifre employé par un réseau mafieux dont les ramifications vont jusque dans les hautes sphères du pouvoir. Mais Raouf est un poète qui se pose des questions. Il veut arrêter le bandit alors que tout le monde veut le voir mort, dont Cheikh Ahmed qui veut venger la mort de son frère. Lorsqu'il rentre au Caire, sans avoir pu empêcher la mort de Kehder, la guerre des Six jours a commencé. Ces quelques ne reflètent pas l'ensemble de l'intrigue foisonnante, où les développements multiples donnent un aperçu presque documentaire, au-delà de la fiction, de l'atmosphère qui régnait à ce moment-là dans la population égyptienne, fière de son armée, sûre de pouvoir se défendre victorieusement contre l'ennemi israélien. Et c'est dans cette atmosphère et celle qui a frappé le peuple à l'annonce de la défaite, qu'on pourrait voir le personnage principal du film. Dans un très beau texte, le critique de cinéma tunisien Tahar Chikhaoui, évoque, à propos d'Al Asfour, d'une «esthétique de la défaite» découverte par Chahine. Une forme esthétique qui permette de rendre compte, et de porter à l'écran, des sentiments, et de la réalité, de cette défaite qui a consterné les populations du monde arabe. Le moment-clé du film, à la fin, quand la voix de Nasser annonçant sa démission (il s'agissait là de l'enregistrement véritable qu'on entendait) s'est tue. La caméra se promène dans un silence intégral dans les rues du Caire. Puis, un cri, celui d'une femme, et voici la rue qui se remplit, la rumeur qui enfle pour ne devenir qu'un cri: «Non!». Le peuple est dans la rue et refuse la démission du Raïs. Non par idolâtrie, ou par peur, simplement parce que, comme le disait Chahine dans une interview (qu'on trouvera dans le bonus du DVD), «après une telle défaite, on ne peut pas partir comme ça et simplement démissionner pour laisser le peuple tout seul». En raison de sa mise en cause directe du pouvoir dans la responsabilité de la défaite de 67, le film fut interdit et ne put être présenté qu'après la fin de la guerre d'octobre 73. Martial Knaebel
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La rivière Titash (1973)
Ritwik Ghatak
Inde
157′
La rivière en tant qu'allégorie, en tant que source de toute forme de vie. Par ses innombrables affluents et ramifications, c'est elle qui unit - et sépare - les hommes. Aussi, le rythme lyrique et poétique du film est-il ponctué par le courant de la rivière, le flux et le reflux, les inondations et la sécheresse. C'est par des images d'une force épique prodigieuse que Ghatak dépeint le destin d'un village de pêcheurs. Il nous montre des êtres humains qui, en raison du dessèchement lent mais constant du lit de la rivière, perdent non seulement leur source de vie, mais encore leur identité culturelle. Ainsi, ils tombent sous le joug des représentants de l'Etat qui veulent transformer cette nouvelle terre en rizières. La façon dont Ghatak essaie, par une espèce d'élégie, d'assimiler son profond abattement face à la perte des valeurs traditionnelles et de leurs formes, témoigne de sa souffrance et de son désespoir à la suite de la séparation imposée en 1947 au peuple bengali. Son coeur, en effet, était profondément enraciné dans la partie du Bengale déclarée étrangère. La lutte de tout un peuple pour sa survie constitue le thème de cette oeuvre qui se consacre comme nulle autre à la misère et aux espoirs des Bengalis. Une femme de pêcheur mourante, dans un lit de rivière désertique, cherche de l'eau en creusant un trou dans le sable: une image qui prouve que si la mort est inévitable, la vie finit toujours par avoir le dessus. Chaque fin est à la fois un nouveau commencement.
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Muna moto (1975)
Jean-Pierre Dikongué-Pipa
Cameroun
90′
N'Dome aime Ngando. Mais le jeune homme ne parvient pas à réunir la dot nécessaire au mariage et demande l'aide de son oncle. Mais celui-ci s'éprend de la jeune femme qui lui donnera, espère-t-il, l'enfant qu'il attend vainement de ses premières épouses. Il paie donc la dot, mais pour lui-même. De désespoir, la jeune femme se donne alors à l'homme qu'elle aime, mais ce geste ne décourage nullement l'oncle qui l'épousera en la sachant enceinte. Le vrai père, N’Dome, viendra, trois ans plus tard, reprendre son enfant. Voilà la trame de ce qui aurait pu donner un drame bien mélo. Les nombreuses récompenses obtenues par MUNA MOTO dans des manifestations internationales montrent qu’on trouvait là une mise en scène particulièrement originale pour l’époque. En effet, point de récit linéaire puisque le film commence à l'avant-dernière scène de l'histoire, quand le père enlève son enfant, en pleine fête du N'Gondo à Douala. Puis tout est construit en de multiples flash-back qui s'emboîtent les uns dans les autres, mêlés de projections oniriques sur un rythme très lent, de sorte que le spectateur passe de la réalité à l'imaginaire sans perdre le fil. Davantage évocation que récit épique MUNA MOTO donne une grande vérité à cette relation, ce qui stigmatise encore plus l'égoïsme et la bassesse de certains protagonistes et l'usage malveillant de certaines traditions. Cependant, MUNA MOTO ne se limite pas au thème étroit du couple ou de la dot. C'est toute une société qui se voit ; en particulier sont visés ceux qui, s'appuyant sur l'argent, exercent le pouvoir à quelque niveau qu'ils soient.
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Calamari Union (1985)
Aki Kaurismäki
Finlande
81′
À l'issue d'une réunion, un groupe d'hommes, qui se prénomment tous Frank à l'exception d'un seul (Pekka), décide d'abandonner Kallio, leur quartier oppressant, pour rejoindre une terre mythique, Eira, qui se situerait quelque part en bordure maritime d'Helsinki. Ils attaquent un métro pour gagner le centre ville et se dispersent pour augmenter les chances de réussite de l'opération. Beaucoup s'égarent et meurent en route…
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Hamlet Goes Business (1987)
Aki Kaurismäki
Finlande
89′
Une interprétation très personnelle de "Hamlet" qui transforme la tragédie de Shakespeare en tragi-comédie avec pour cadre une grande entreprise familiale.
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La Vie de Bohème (1992)
Aki Kaurismäki
Finlande
103′
Adaptation contemporaine du célébre roman de Murger qui évoque les grandeurs et les misères de la vie de bohème.
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Tatjana, tiens ton foulard (1994)
Aki Kaurismäki
Finlande
62′
Reino est un mécano miteux, alcoolique et rocker mythomane dans une bourgade perdue de Finlande. Son pote Valto est couturier à domicile, accroché au café et dominé par sa mère. Tous deux partent en virée dans une Volga et rencontrent deux citoyennes soviétiques : Klaudia, une Russe assez délurée, et Tatiana, une Estonienne plus discrète mais qui parle le finnois. Les uns se comprendront, les autres pas. Aki Kaurismäki invente sa Finlande des années soixante, tout à la fois réelle et idéalisée.
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Juha (1998)
Aki Kaurismäki
Finlande
77′
Juha est fermier. Malgré l'opposition de sa mère, il élève la jeune Marja et l'épouse. C'est le drame lorsqu'un jour un commercant se présente à la ferme et entreprend de faire la court à la belle maitresse de maison.
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El abrazo de la serpiente
Ciro Guerra
Colombie
124′
Au début du XXe siècle, un ethnologue allemand s’enfonce dans la forêt amazonienne à la recherche d’une plante mythique, la yakruna. Il sera guidé par Karamakate, un jeune mais puissant chaman amazonien. 40 ans plus tard, c’est un Etats-Unien qui retrouve Karamakate pour la même recherche. Ciro Guerra nous propose une antithèse éloquente aux discours sur l’apport de la «civilisation» dans ces contrées perdues. Inverser les rôles Theo explore l’Amazonie depuis des années et il a entendu parler d’une plante miracle, la yakruna. Maintenant qu’il est malade et affaibli, la nécessité de la trouver se fait pressante. Son guide l’amène chez Karamakate, un jeune chaman seul capable, selon lui, de trouver le lieu mythique. Mais Karamakate ne voit en Theo que le complice des massacreurs de son peuple dont il est le seul survivant. Il accepte de les guider, mais à contre-coeur. Quarante ans plus tard, Evan rencontre un Karamakate âgé, lui demandant aussi de l’aider à retrouver cette yakruna et les traces de Theo disparu. Mais Karamakate ne se souvient plus bien. Qui donc va alors guider qui? El abrazo de la serpiente reprend le flambeau d’une tradition qui a longtemps défini le cinéma latinoaméricain: le réalisme magique, onirique, cher aux Fernando Solanas, Glauber Rocha et autres Fernando Birri. Alors ça foisonne de trouvailles esthétiques, de situations allant jusqu’au burlesque, cela joue aussi avec le temps et l’espace, car les deux époques se croisent et en quelque sorte se répondent. Evans suit les pas de Theodor, mais ce sont deux mondes qui n’ont rien de commun qu’ils visitent. Le chaos engendré par la présence envahissante des Blancs aura tout bouleversé - et pas pour le meilleur. Au détour d’une scène Ciro Guerra se moque ironiquement du Fitzcarraldo de Werner Herzog et du colonel Kurtz d’Apocalypse Now. On l’aura compris Ciro Guerra a voulu inverser le regard, tenté de d’imaginer un récit d’une expédition non pas raconté du point de vue de l’explorateur comme il est d’habitude, au contraire c’est le regard des «explorés» que veut transmettre la caméra et le film. Cette inversion pertinente et nécessaire des rôles donne une tonalité rafraîchissante et légère à un propos tout ce qu’il y a de plus sérieux. Martial Knaebel
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Lumière! L'aventure commence
Thierry Fremaux
France
90′
En 1895, les frères Lumière inventent le Cinématographe et tournent parmi les tout premiers films de l'histoire du cinéma. Mise en scène, travelling, trucage ou remake, ils inventent aussi l'art de filmer. Chefs-d'oeuvre mondialement célèbres ou pépites méconnues, cette sélection de films restaurés offre un voyage aux origines du cinéma. Ces images inoubliables sont un regard unique sur la France et le Monde qui s'ouvrent au 20e siècle. Lumière, l'aventure du cinéma commence !
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The Party
Sally Potter
Royaume-Uni
71′
Janet s’est battue pour arriver au top: elle est nommée Ministre de la santé. Un succès qui mérite une fête, avec son mari Bill et ses amis les plus proches. À peine les invités sont-ils tous arrivés que Bill dévoile deux secrets très bien gardés jusqu’ici. Ce déballage bouleverse sérieusement l’existence de Janet et bien d’autres choses encore. La petite fête connaît bientôt quelques dérapages incontrôlés. Amours, amitiés, convictions politiques, projets de vie – tout vole en éclats. Sous la lisse surface cultivée aux valeurs d’une gauche libérale, colères et furies grondent, et dans les échanges d’amabilités acerbes, on n’hésite pas à sortir l’artillerie lourde – littéralement… Le post-féminisme, l’ésotérisme, le système de santé publique, la virilité – rien n’est à l’abri du regard caustique de Sally Potter qui manie avec bonheur un humour précis et implacable. Au cours de leur fête, Janet, Bill et leurs invités n’ont cure de sauver les apparences, une vérité après l’autre fuse, faisant des ravages. Le film « The Party » de Sally Potter est un feu d’artifices cinématographique, servi par des dialogues endiablés et une brochette d’interprètes au sommet de leur art, dont Kristin Scott Thomas, Bruno Ganz et Timothy Spall.
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Grain
Semih Kaplanoglu
Turquie
128′
Dans un avenir proche, les récoltes permettant de nourrir les populations de villes ultra-protégées dépendent de semences OGM produites par des conglomérats privés. Mais ces graines ont un dramatique problème de reproduction. Pour tenter de le résoudre le professeur Erol Erin veut retrouver le généticien Cemil Akman, dont la thèse avançait une explication à cette énigme et fut pourtant censurée par les autorités. Pour le rencontrer, Erin devra quitter la ville protectrice pour les Terres Mortes. Après avoir remonté le temps avec sa trilogie de Yusuf magistralement conclue avec Bal (Miel, 2010, Ours d’or à Berlin), Semih Kaplanoglu s’aventure cette fois-ci dans le futur. Et, même si nous sommes loin des films catastrophes à la sauce Hollywood, cet avenir n’a rien d’engageant. D’autant plus que Kaplanoglu ne s’éloigne que de très peu de ce que vivent déjà certaines parties du monde. Cela est d’ailleurs si «vrai» que les décors choisis par le réalisateur sont directement filmés de la réalité: la ville en ruine, c’est Detroit. La barrière électrique, c’est celle dont rêvent certains hommes politiques. Cependant, là où le matérialisme occidental cherche des solutions techniques face à la destruction de la planète, Kaplanoglu préfère explorer des voies plus philosophiques. Comme l’avait fait avant lui Andreï Tarkovsky avec son Stalker. Dans ce film aussi, deux hommes pénètrent dans un no man’s land pollué et supposé mortel pour l’homme. C’est cette recherche philosophique - certains diront même mystique en pensant au cinéaste russe - qui intéresse Semih Kaplanoglu, qui guidera ses choix esthétiques. Comme le noir et blanc qui imprime une beauté austère aux images, qui souligne aussi le vide de ces plans larges, déserts de dunes ou de béton. La particule humaine est ainsi un film d’aventure - car de l’action, il y a - où le progrès scientifique est confronté à une barrière techniquement infranchissable, essaie de nous dire Kaplanoglu qui semble chercher une clé dans la philosophie soufie. Une pensée et des images nous semblent alors familières : Nacer Khemir, avec son instituteur dans Les Baliseurs du désert, cherchait lui aussi une réponse parmi les dunes d’une terre hostile. Martial Knaebel
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Cold War
Paweł Pawlikowski
Pologne
88′
Une histoire d’amour éternelle: Wiktor rencontre Zula lors d’une audition de chant. Sans trop réfléchir, il embauche la jeune femme à la voix divine. Un amour fou embrase immédiatement ces deux cœurs, et aucune limite ne semble pouvoir atténuer leur passion ardente. Mais le groupe de Wiktor subit de plus en plus les turbulences politiques et au début des années 50, lors d’un concert à Berlin Est, il saute sur l’occasion pour passer à l’Ouest. Tandis que Wiktor découvre le Jazz à Paris, Zula, restée en Pologne, poursuit sa propre carrière. Pourtant, même séparés, ils ne s’oublient pas. Que ce soit à Varsovie, à Paris ou à Split, la vie fait se croiser les chemins de ces deux amoureux, pour quelques heures ou un peu plus longtemps… Pawel Pawlikowski avait reçu un Oscar en 2015 pour son précédent film « Ida ». Dans « Cold War » il raconte l’histoire d’un amour impossible à une époque impossible. Tout semble les séparer : leur passé, leur tempérament, leur caractère, leurs idées politiques, les imperfections de chacun et les inévitables coups du sort, et pourtant, ils sont fatalement condamnés à être ensemble. Au Festival de Cannes, « Cold War » a gagné le Prix de la mise en scène 2018. Un film magnifique avec une musique fascinante et des images d’une rare beauté.
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La muerte de un burócrata (1966)
Tomás Gutiérrez Alea
Cuba
84′
Paco, un ouvrier cubain émérite, meurt broyé par sa machine à fabriquer des bustes mortuaires. Selon ses voeux, on l'enterre avec son livret de travail. Malheureusement, sa veuve, pour recevoir sa pension, est obligée de fournir ce fameux livret. Le neveu du défunt entreprend alors les démarches nécessaires pour le récupérer. Une comédie sur la logique kafkaienne des bureaucrates.
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I Am Truly a Drop of Sun on Earth
Elene Naveriani
Géorgie
60′
April se prostitue à Tbilissi. Lors d’une nuit d’attente, elle aborde un nouveau client, Dije. Le jeune Nigérian est lui aussi piégé dans une Géorgie hostile, sans perspective d’avenir. Entre ces deux êtres, une relation atypique se construit dans l’ombre d’une société suffocante.
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La troupe de cirque ambulant (1992)
Viêt Linh Nguyen
Vietnam
75′
Dans un village perdu des montagnes vietnamiennes, les habitants voient avec angoisse la sécheresse détruire leur espoir d'une bonne récolte. Ils sont aussi chercheurs d'or, mais que faire de ce métal dans cette région désertique? Sur ces entrefaites, arrive une petite troupe de cirque. Les villageois n'ont que faire de tours de passe-passe, ils ont d'autres soucis en tête et s'ennuient pendant la représentation. Le lendemain, les baladins proposent un nouveau tour: ils font apparaître du riz au fond d'un panier. Les gosses du village sont enthousiastes, le petit Dat veut à tout prix percer le secret de ce miracle pour aider son grand-père, sans succès. Cette magie éloigne les gens des travaux des champs malgré les avertissements des anciens et du chef du village. Lors de sa présentation au dernier festival de Fribourg, un critique bien connu a comparé l'impressionnant «Troupe de cirque ambulant» à la «Strada» de Fellini par sa forme, sa sensibilité etson humanité. Un sentiment partagé par le jury international qui lui décerna le grand Prix pour «la profondeur de l'allégorie, la maîtrise de la mise en scène et la force du regard». En effet, le parti pris de la simplicité, l'utilisation du noir et blanc, accentue encore la profonde atmosphère qui se dégage du film. Les petits héros, de jeunes enfants, laissent aller leur imagination. Leur fraîcheur est celle de «Troupe de cirque ambulant» qui allie avec une rare légèreté le rêve de l'enfance et le réalisme «naturaliste». La morale de l'histoire, enfin, est universelle: sur les illusions idéologiques et les peuples qui se laissent aveugler par de fausses promesses.
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Canción sin nombre
Melina León
Pérou
97′
Pérou, au plus fort de la crise politique des années 80. Georgina attend son premier enfant. Sans ressources, elle répond à l’annonce d’une clinique qui propose des soins gratuits aux femmes enceintes. Mais après l’accouchement, on refuse de lui dire où est son bébé. Décidée à retrouver sa fille, elle sollicite l’aide du journaliste Pedro Campos qui accepte de mener l’enquête.
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Leto - L' Été
Kirill Serebrennikov
Russie
128′
Leningrad, un été du début des années 80. Tandis que les vinyles de Lou Reed et de Bowie s'échangent sous le manteau, une scène rock émerge en amont de la Perestroïka. Mike s’y est déjà fait un nom quand lui et sa belle Natacha rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Ensemble, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union soviétique.
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Uli le valet de ferme (1954)
Franz Schnyder
Suisse
111′
Le valet de ferme Uli s’intéresse plus à l’alcool et aux femmes qu’à son travail. Un jour il décide de changer de vie : il était dragueur et picoleur, il devient maître-valet, s’applique au travail et reprend la ferme Glungge en grande difficulté. Uli parviendra-t-il à la remettre à flot ? En plus, il tombe amoureux de la belle Vreneli. L’adaptation du roman de Gotthelf est l’un des films suisses les plus connus et a fait de Hannes Schmidhauser et Liselotte Pulver des stars du grand écran.
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Un amor
Paula Hernández
Argentine
100′
Lisa surgit dans la vie de Bruno, un scénariste de télévision à succès, après trente ans d'absence. Les souvenirs d'adolescence reviennent, lorsque lui et son meilleur ami, Lalo, tombèrent amoureux de Lisa, venue de nulle part, dans la chaleur étouffante d'un été de vacances dans la province argentine. Dans son troisième film, la jeune réalisatrice Paula Hernandez continue d'explorer, avec une belle subtilité, la psyché de ses personnages et confirme une maîtrise de la mise en scène peu commune. Bruno est un adolescent timide et romantique, tout le contraire de Lalo, expansif et prenant les choses comme elles viennent. Ce qui ne les empêche pas dêtre les meilleurs amis du monde. L'apparition de Lisa, au cours des vacances, n'arrivera pas à détruire cette amitié, bien que les sentiments des deux adolescents pour elle deviennent de plus en plus clairs, comme ceux de la jeune fille d'ailleurs. Lisa disparaîtra comme elle est apparue, sans crier gare. Et trente ans plus tard, la voilà à Buenos Aires, toujours imprévisible, sur le pas de la porte d'un Bruno marié et père de famille. Elle lui propose de contacter Lalo, perdu de vue lui aussi depuis longtemps. Le passé et le présent sentrechoquent, les sentiments, que Bruno croyait enterrés à jamais, remontent à la surface. Lalo, lui, n’avait pas oublié, mais il a du mal à croire à ce retour. Il est un moment de la vie, quand on approche de la cinquantaine, où on réalise que l’on a moins de futur que de passé, où la mémoire est encore douloureuse des regrets de l’adolescence, mais où on peut aussi encore espérer changer le cours des choses. C’est cette crise de la cinquantaine, la prise de conscience de la perte définitive de la jeunesse, que Paula Hernandez met en scène avec une justesse de style étonnante, s’inspirant d’une nouvelle, «Un amor para toda la vida», de l’écrivain poète Sergio Bizzio auteur déjà de nombreux scénarios à succès en Argentine. Les images évoquent superbement le passage du temps - tons plus chaleureux, et grain plus grossier pour les années 70, couleurs plus dures et plus sombres pour le temps présent. Jouant sur les non-dits, évitant les effets faciles, Paula Hernandez s’appuie aussi sur les prestations époustouflantes de ses acteurs, rendant perceptibles en quelques mots, regards ou gestes, le maelstrom des émotions qui les transperce.
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Félicité
Alain Gomis
Congo, La République Démocratique du
124′
Félicité, libre et fière, est chanteuse le soir dans un bar de Kinshasa. Sa vie bascule quand son fils de 14 ans est victime d’un accident de moto. Pour le sauver et régler les coûts de l’hôpital, elle se lance dans une course effrénée à travers les rues d’une Kinshasa électrique, un monde de musique et de rêves. Ses chemins croisent ceux de Tabu. Primé avec le Grand Prix du Jury au Festival de Berlin, ce film fait plonger dans la pleine vie. Alain Gomis à propos de Félicité «J’ai le sentiment qu’un film se construit sur des années, en convoquant une multitude de choses différentes. À l’origine de celui-ci, il y a des personnages existants, des femmes dont je suis proche, au Sénégal principalement. Des femmes fortes. Qui n’acceptent pas la compromission, qui prennent tout de plein fouet et ne plient pas sous les coups. J’avais une admiration certaine pour cette droiture, tout en m’interrogeant sur le fait de vouloir à tout prix plier la vie à sa volonté. J’étais donc intéressé par cette dialectique de la lutte et de l’acceptation qui est une idée qui traverse mes films. Sur cela est venu se greffer l’accident d’un jeune cousin très proche qui a perdu sa jambe, après qu’elle ait été mal soignée. Je me souviendrai toujours de son regard de gosse de 17 ans qui a perdu la légèreté, pour qui la vie est comme finie. Son histoire était aussi liée à celle de sa mère que l’on soupçonnait de pratiques obscures. Cette réalité simple qui confronte l’invisible au quotidien est à la base du film. J’avais alors envisagé une sorte de Faust ... et puis j’ai rencontré la musique du Kasai Allstars qui contenait tout cela. Tshanda, qui joue Félicité, me disait que c’était une femme à moitié en vie, à moitié morte. Toute sa vie, elle s’était tenue droite, affrontant le monde, et avec l’accident de son fils arrivait la défaite. Tout ce qu’elle avait tenu à bout de bras jusque-là s’écroulait. Pour elle, la question était est-ce que cette vie vaut le coup, est-ce que je reste là ou est-ce que je repars là d’où je viens? C’est un personnage qui se tient à la frontière de ces deux options. Il était évident que Tshanda comprenait absolument cette possibilité de renoncement. Ensuite, moi je ne dis pas grand-chose du personnage à un comédien, j’essaie de rester très concret sur la situation, mais c’était cette espèce de ligne-là qu’on avait définie.»
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Shanghai, Shimen Road
Haolun Shu
Chine
84′
La trame de ce premier film se passe à la fin des années 1980, à Shanghai. Dans cette ville tentaculaire, un garçon de 16 ans, Xiaoli dont la mère a émigré aux Etats-Unis, vit apparemment en paix, entouré de son voisinage et de son grand-père. Et surtout de sa meilleure amie, Lanmi qui travaille en usine. Très proche d'elle, Xiaoli commence à souffrir lorsqu'il prend conscience que Lanmi dérive loin de lui, attirée par les possibilités nouvelles de la Chine qui s'ouvre à la culture occidentale, aux produits et biens étrangers, et aux milieux des affaires. Alors qu'il rêve de rejoindre sa mère, il se rapproche de sa camarade de classe Lili. Et le pays qui change très vite va vivre les évènements de 1989, qui forcent alors Xiaoli à grandir et à quitter le monde de l'adolescence et les rêves qui le parsèment. No. 89 Shimen road se révèle à la fois un film générationnel et universel/initiatique. Un film sur une jeunesse léthargique perdue dans une ville gigantesque, une jeunesse à l'avenir incertain, témoin de la naissance d'une nouvelle Chine. Un film sur une génération troublée, qui essaie de trouver sa propre voie mais pour laquelle le processus de croissance et la sortie de l'adolescence sont parfois difficiles.
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The Death And Life of Otto Bloom
Cris Jones
Australie
83′
Qui est donc cet Otto Bloom surgi de nulle part, qui possède une mémoire du futur et n’en a aucune du passé? Est-il un extraterrestre, ou un charlatan? Un homme malade ou un génie? A partir de cette trame fantastique, le réalisateur Cris Jones nous propose une réflexion sur la relativité du temps et des choses, illustrée par une émouvante histoire d’amour. Cris Jones, voici un nom qu’il faudra retenir. Pour son tout premier film, après à peine deux courts métrages, ce jeune réalisateur australien y est allé au culot. En effet, plutôt que de chercher les effets spéciaux, du côté fantastique et extraordinaire de l’intrigue, Cris Jones choisit le faux documentaire pour insister sur l’aspect humain de l’aventure et du personnage-titre du film. Celui-ci est donc structuré autour d’interviews de personnages, s’adressant directement à la caméra et aux spectateurs, qui vont essayer de cerner Otto Bloom, de raconter son histoire et tenter de percer son mystère. Ces séquences neutres sont illustrées par une série d’images d’archives – fausses, bien entendu, mais plus vraies que nature – et de coupures de presse (tout aussi fausses) des quotidiens les plus prestigieux de la planète, se posant tous la même question: cet Otto Bloom est-il un phénomène ou un imposteur? Questions auxquelles des universitaires, un policier, tentent en vain de répondre face à la caméra.Décrit tel quel, The Death and Life of Otto Bloom pourrait donner l’idée d’un objet froid et austère. On en est loin, grâce à celle qui se trouve être au centre de cette histoire étrange, Ada, le grand amour d’Otto Bloom, celle aussi qui l’a examiné en premier – elle est neurologiste. Mais comment peut-on aimer lorsque la mémoire du passé n’existe pas? Ada, âgée, vit avec sa mémoire des moments heureux passés avec un homme qui les oubliait l’instant d’après. Et c’est une deuxième idée de génie de Cris Jones: point d’artifices et de maquillage ridicule pour exprimer le vieillissement d’Ada: Ada au passé est incarnée par la propre fille de l’actrice Rachel Ward, qui joue Ada au présent. Matilda Bloom est tout aussi émouvante et formidable que sa mère. The Death and Life of Otto Bloom, une très belle histoire sur les mystères de l’amour. Martial Knaebel
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Bal - miel
Semih Kaplanoglu
Turquie
100′
Le père du petit Yusuf est apiculteur. Il dépose ses ruches dans les branches hautes des arbres les plus grands de la forêt qui dévale de la montagne. Pour Yusuf, c'est un endroit empli de mystères où il aime suivre son père dans son travail. Lorsqu'il veut raconter son rêve à celui-ci, il est rembarré, car il ne faut jamais dire son rêve à voix haute, lui dit son père. Lorsque les abeilles se mettent à disparaître de manière incompréhensible, Yacup décide de porter ses ruches plus haut dans la montagne. Le petit Yusuf, lui, commence à bégayer à l'école, pour finalement garder le silence. Entre le père qui ne revient pas et le mutisme de Yusuf, l'inquiétude de la mère grandit. Ours d'Or 2010 au festival de Berlin, Bal (miel) est une plongée dans le monde de l'enfance où la beauté de la nature ne peut être que fantastique et mystérieuse. **** Dans la nature fantastique de l'enfance Il faut retrouver son âme d'enfant pour pleinement apprécier Bal, le cinquième film du jeune réalisateur Semih Kaplanoglu. Il faut la retrouver, car le film nous plonge dans le monde d'un petit garçon à l'imagination fertile, car la nature et les hommes sont filmés par le prisme du regard, des sentiments, de l'humeur et du moral du petit Yusuf. A cette condition, on pourra se laisser emporter par l'atmosphère magique que dégagent les images de ces montagnes turques, et de leurs habitants, aux abords de la Mer Noire. Celles-ci expriment aussi bien ce que Yusuf voit que ce qu'il ressent, donnant aux objets et aux personnages des dimensions parfois surhumaines, proches du fantastique des contes pour enfants. Et le jeune acteur Bora Altas - tout jeune puisqu'il a le même âge que Yusuf, 7 ans - a ainsi une présence imposante à l'écran, rarement vue pour un enfant, dans un registre où les sentiments peuvent apparaître dans toutes leurs nuances, qui nous renvoie à nos propres souvenirs, nous rappellent le monde que nous pouvions voir et ressentir quand nous étions enfants nous aussi. Cependant, il ne s'agit pas que de l'enfance, dans Bal. C'est aussi une ode à la nature, qui n'a rien à voir avec la nostalgie d'un monde perdu, mais au contraire d'un monde bien réel, où le destin des hommes et des plantes sont liés, où les méfaits des uns entraînant une réactions des autres. Une nature pourtant, dont la beauté rejaillit sur les êtres humains, sur le père Yacup, sur la mère, Zehra, et sur leurs gestes magnifiés. On a alors des couleurs intimistes de l'école hollandaise. Puis les plans, plus larges, s'emparent de la forêt, prennent l'ampleur de tableaux immenses, à la fois sonores et picturaux, où le peintre aurait su placer toutes les nuances du vert imaginables et qui habitent la nature, en fixer les mouvements les plus subtils et en saisir les moindres bruissements, jusqu'aux odeurs humides qui atteindraient nos narines. En ce sens, à l'image d'un Pourquoi Bodhi Dharma est-il parti vers l'Orient?, Bal est proche d'une expérience sensuelle totale. Exactement de celles que l'on pouvait avoir enfant.
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Cairo Station (1958)
Youssef Chahine
Egypte
73′
C'est avec Bab al-Hadid , son troisième film que Youssef Chahine frappera un grand coup, jetant aux orties toutes les conventions du cinéma populaire pour présenter un drame social dont le lieu unique sera la gare centrale du Caire et de ses dépendances. Un film dans la plus pure veine du néoréalisme, tourné en noir et blanc, dont le héros, qu'il interprètera lui-même, est un pauvre hère, Kenawi, recueilli par le tenancier du kiosque de la gare. Mais LE personnage principal en sera la gare, sa vie trépidante, chaotique, éclatée, ces foules qui la traversent, qui y travaillent pour une misère. 1958, date de la sortie du film, cela fait six ans que le roi Farouk a été déposé par le Mouvement des Officiers Libres composé de jeunes militaires emmené par Gamal Abn El Nasser, quatre ans que ce dernier a renversé le président en exercice, le général Naguib, pour gouverner sans partage. L'enthousiasme des jeunes progressistes, dont on peut dire que Youssef Chahine faisait partie, s'est assez vite refroidi, car beaucoup de travers qui caractérisaient la société égyptienne tardaient à disparaître. Bab al-Hadid exprime sans beaucoup d’ambiguïté que le réalisateur prend déjà ses distances par rapport au régime. La gare est en effet racontée comme le microcosme d'une société, où la corruption, le clientélisme et le mépris pour les plus faibles font office de «gouvernance». La gare, donc, c'est là où toutes sortes de gens essaient de glaner quelques pièces pour vivre. Il y a l'accorte et belle Hanouna qui vend des limonades à la sauvette aux voyageurs, sur les quais, dans les trains. Elle et ses compagnes doivent se cacher de la police et du gérant du buffet. Les formes généreuses de la belle attirent les regards, et elle sait en user pour accrocher le chaland. Le pauvre Kenawi, sale, difforme et boîteux, devenu vendeur de journaux à la criée, prisonnier de sa solitude, en tombera follement amoureux. Mais elle n'a d'yeux que pour le fort et beau Abou Serih, un porteur parlant haut et cherchant à fédérer ses camarades pour fonder un syndicat afin que cesse leur dépendance envers une espèce de maffia qui les sous-paie. Fou d'amour et de jalousie, Kenawi, voyant qu'elle lui échappe voudra la tuer. Tout ceci se déroule au milieu d'un maelström de scènes de la vie quotidienne trépidante de la gare, où nos personnages se fondent, où quelques fois le spectateur se noie, emporté par les courants qui se croisent, se bousculent sur les quais, au guichet. Avec Bab al-Hadid, Chahine a mis le cinéma égyptien cul par-dessus tête, se libérant de toutes les conventions régissant la mise en scène cairote de l'époque, la caméra s'attardant sur les formes généreuses d'Hanouna, osant parler de sexe sans fard, montrant que le Nassérisme n'avait rien réglé, en fait filmant la réalité telle qu'elle était - le film a d'ailleurs était tourné intégralement dans la gare et ses alentours. Le film a été d'abord rejeté dans son pays, mais la vitalité quasi explosive qui en jaillit, la capacité du cinéaste de diriger une mise en scène polyphonique, auront assis sa réputation internationale. Version restaurée.
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Yalda, la nuit du pardon
Massoud Bakhshi
Iran
85′
Iran, de nos jours. Maryam, 22 ans, tue accidentellement son mari Nasser, 65 ans. Elle est condamnée à mort. La seule personne qui puisse la sauver est Mona, la fille de Nasser. Il suffirait que Mona accepte de pardonner Maryam en direct devant des millions de spectateurs, lors d’une émission de téléréalité. En Iran cette émission existe, elle a inspiré cette fiction. BONUS: Entretien avec Massoud Bakhshi (Georges Wyrsch)
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Mon cousin anglais
Karim Sayad
Suisse
82′
PREMIÈRE EN LIGNE: Dès le 12 mars 2021 2001, Fahed arrive sur le sol britannique débordant d’aspirations et de rêves … 2018, en proie à une crise de la quarantaine, il doit maintenant prendre une décision. Continuera-t-il son humble mode de vie en travaillant 50 heures par semaine entre le Fast Food et l’usine ou retournera-t-il en Algérie, pays qu’il a fui dans l’espoir de mener une vie meilleure?
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Nostalgia de la luz
Patricio Guzmán
Chili
90′
Au Chili, à 3000 mètres d’altitude, les astronomes du monde se rassemblent dans le désert d’Atacama pour observer les étoiles. Car la transparence du ciel est telle qu’elle permet de regarder jusqu’aux confins de l’univers. C’est aussi un lieu où la sécheresse du sol conserve intacts les restes humains: ceux des momies, des explorateurs et des mineurs. Mais aussi ceux des prisonniers de la dictature, que certaines femmes continuent de rechercher. Le désert d’Atacama Le désert est un immense espace hors du temps, fait de sel et de vents. Une parcelle de la planète Mars sur la planète Terre. Tout y est immobile. Pourtant, cette étendue est remplie de traces mystérieuses. Quelques villages vieux de deux mille ans sont toujours là. Les trains abandonnés dans les sables par les mineurs du 19e siècle n’ont pas bougé. Partout, il y a des ossements. Il y a aussi de gigantesques coupoles qui ressemblent à des vaisseaux spatiaux échoués et dans lesquelles vivent les astronomes. A la nuit tombée, la Voie Lactée est si lumineuse qu’elle projette des ombres sur le sol. Le présent invisible Pour un astronome, le seul temps réel est celui qui vient du passé. La lumière des étoiles met des centaines de milliers d’années à parvenir jusqu’à nous. C’est pourquoi les astronomes regardent toujours en arrière. Vers le passé. Il en est de même pour les historiens, les archéologues, les géologues, les paléontologues et les femmes qui cherchent leurs disparus. Tous ont un point commun: ils observent le passé pour mieux saisir le temps présent et futur. Face à l’incertitude de l’avenir, seul le passé peut nous éclairer. La mémoire invisible La mémoire assure nos vies, tout comme la chaleur de la lumière solaire. L’être humain ne serait rien sans mémoire -un objet sans palpitations - sans commencement et sans avenir. Après 18 ans de dictature, le Chili connaît de nouveau la démocratie. Mais à quel prix... Beaucoup ont perdu leurs amis, leurs parents, leur maison, leur école, leur université. Et d’autres ont perdu la mémoire, peut-être pour toujours. Patricio Guzmán
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Salt of this Sea (2008)
Annemarie Jacir
Palestine
105′
Soraya, née et élevée à Brooklyn, décide d’aller vivre en Palestine, le pays de ses ancêtres. Dès son arrivée à Ramallah, elle cherche à récupérer l’argent de ses grands-parents, gelé sur un compte après leur exil, mais se heurte au refus de la banque. Sa route va alors croiser celle d’Emad, un jeune Palestinien qui rêve de s’en aller. Ce road movie intense, guidé par l’urgence, revient avec force et sincérité sur les traces d’un passé évanoui. Chassés de leur foyer lors de la guerre de 48, les parents de Soraya ont subi l’exil dans des camps au Liban, avant de finalement pouvoir partir s’installer aux Etats-Unis. Soraya est donc née à Brooklyn, même si, depuis qu’elle est petite, elle fait le même rêve, celui d’une réfugiée: retrouver ses racines, retourner sur sa terre d’origine, la Palestine. Son père vient de mourir, elle a 28 ans. Elle décide de faire le grand saut, s’achète un billet d’avion et traverse l’atlantique. Dès son arrivée, pleine d’espoir, elle découvre une facette qu’elle ignorait. Au contrôle de l’aéroport, une fois ses origines dévoilées, elle est mise de côté et subit plusieurs interrogatoires, de rigueur.Un dérisoire visa de deux semaines en poche, Soraya rencontre Emad, qui a connu l’occupation et la réalité de la Palestine, qu’il rêve, contrairement à elle, de quitter. Après le refus de la banque de lui rendre l’argent que ses grands-parents avaient laissé sur un compte à Jaffa, Soraya décide de la braquer. S’ensuit une fuite à travers Israël, clandestinement, avec en filigrane, à travers les paysages et les vestiges d’une terre désormais interdite, l’histoire de la Palestine. Proche du réel, Salt of this Sea a eu une genèse difficile. Outre les difficultés propres au financement, le tournage a souffert de multiples difficultés: contrôles répétées, check points, interdictions de passage, circulation du matériel complexe. Au final, le film est là, somptueusement interprété par un duo de comédiens bouleversant de sincérité: Suheir Hammad, par ailleurs aussi poète, et Saleh Bakri, qui a reçu le Prix du Meilleur Acteur en Israël pour son rôle dans La visite de la fanfare. Pour ces raisons, Salt of this Sea n’est pas seulement une oeuvre puissante, saisissante, elle est aussi le témoignage d’une réalisatrice qui veut combattre le silence, l’invisibilité et l’oubli.
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Air Doll (2009)
Hirokazu KORE-EDA
Japon
111′
Hideo est un employé modeste et ordinaire. De retour chez lui, chaque soir, il parle de ses journées à Nozomi qui l'écoute en silence. Et pour cause, Nozomi est une poupée gonflable, succédané de compagnie pour cet homme seul. Pourtant, Nozomi est plus que cela, car, Hideo une fois parti au travail, la poupée devient femme. Elle sort, découvre ce monde dont elle ignore tout, avec la naïveté d'une enfant. Elle trouvera même un travail dans une boutique de location de vidéo où elle pourra croire trouver une âme sœur, qui lui ressemble, dans la personne d'un jeune collègue qui lui avoue que, lui aussi, ressent un vide intérieur. Cette nouvelle parabole de Hirokazu Kore-eda décrit une société japonaise, monde industrieux et aseptisé, où les conventions sociales basées sur la réussite professionnelle poussent hommes et femmes dans une solitude que seuls les fantasmes peuvent encore briser. «J'ai appris que si vous voulez qu'une personne se livre, il faut la regarder bien en face. De cette façon, je recréais du naturel. C'est aussi une forme de politesse. Ça ne veut pas dire que je rejette les auteurs qui n'appliquent pas cette façon de faire. Prenez Hitchcock, que j'admire. Il procède différemment, et pourtant lui comme moi cherchons à créer du suspense. Le mien, c'est dans le quotidien qu'il se cache.» Hirokazu Kore-eda
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Le voyage des comédiens - O Thiasos (1975)
Theo Angelopoulos
Grèce
232′
De 1939 à 1952, une troupe de comédiens itinérante présente un spectacle à travers la Grèce. En Grèce, à l'aube de la seconde guerre mondiale, une troupe de comédiens balade de village en village une pièce gentillette et fanée, Golfo la bergère. Lorsque la guerre éclate, le pays tombe sous le joug de l'occupation et la pâle comédie vire à la tragédie … Entièrement tourné en plansséquences, Le Voyage des comédiens est le chef-d'œuvre d’un réalisateur qui a donné au cinéma grec une stature internationale. Cette histoire de résistance et d'oppression, de bruit et de fureur, de silence et de chansons, convoque la tragédie antique et laisse exploser la violence pour réveiller les heures les plus sombres de la Grèce. En fournissant à la censure un faux scénario, Theo Angelopoulos est parvenu à tourner l’essentiel du film sous la dictature des colonels. Après la chute du régime, le gouvernement grec de l'époque refusera de laisser le film concourir en compétition officielle au Festival de Cannes.
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Medianeras
Gustavo Taretto
Argentine
90′
Martin et Mariana vivent tous les deux à Buenos Aires, dans la solitude. Lui, concepteur de sites Internet travaille essentiellement chez lui et cela tombe bien car il est plutôt agoraphobe. Elle, architecte, peine à trouver un emploi et décore des vitrines en attendant. Les deux ont en commun d’essayer de se remettre d’une rupture amoureuse et, même s’ils ne se connaissent pas, d’habiter la même rue de la capitale argentine où ils se croisent, lui avec le petit chien abandonné par son ex, elle les bras encombrés de ses mannequins. Comédie romantique dont le personnage de Martin semble sortir tout droit d’un film de Woody Allen, et dont le ton léger et souvent humoristique n’empêche pas, au contraire, une réflexion profonde, et étonnante par sa rigueur, sur la vie et l’architecture urbaine. *************** Une comédie urbaine Cela aurait pu être une bluette, comme Hollywood nous en abreuve si souvent, dont l’issue heureuse est attendue, sur la rencontre de deux êtres perdus dans une grande ville. Medianeras est bien plus que cela. Il y a d’abord ce monologue, qui ouvre le film, décrivant la ville portègne dans un style à la fois poétique, sociologique, urbanistique. La pertinence des idées que ce monologue surprenant développe lui donne une force extraordinaire et transforme totalement le ton de cette comédie romantique. Une fois les deux personnages présentés, dont on a compris tout de suite qu’ils finiront par se rencontrer et s’aimer à coup sûr, on peut s’attacher à suivre leurs pérégrinations en parallèle dans la jungle urbaine de Buenos Aires. Et c’est là que nous allons de surprises en surprises car le jeune réalisateur Gustavo Taretto développe son récit avec une imagination foisonnante, imprévisible, qui nous fait découvrir ses personnages et une ville comme rarement un cinéaste l’aura fait. Le ton reste léger tout au long du film, avec des scènes du plus haut comique ( Mariana obligeant un soupirant à grimper 20 étages car elle a peur de l’ascenseur). Il faut souligner ici les prestations époustouflantes des deux acteurs, Pilar López de Ayala ( Mariana) et Javier Drolas. La première campe une Mariana émouvante et drôlatique, lui un Martin « geek » dépressif et paumé. Pourtant, les sujets à réflexion ne sont pas éludés, que ce soit la solitude, le désarroi de la jeunesse ou l’urbanisation comme reflet d’une société. Ils sont aussi traités avec la même précision que la description urbanistique de Buenos Aires de l’introduction. Le passage du réalisateur par la publicité lui a aussi appris l’importance du rythme dans le déroulement d’une histoire, pour que celleci garde sa fraîcheur jusqu’au final attendu. Il s’ajoute à cette comédie si argentine une dimension universelle car cette histoire pourrait se déplacer dans bien des mégalopoles de la planète avec leurs avenues, leur gratteciel rutilants de verre avoisinant des bâtisses délabrées, leur foules anonymes stressées où l’on se côtoie sans jamais se rencontrer. Comédie urbaine, Medianeras (qui désigne les murs ou les maisons mitoyennes) est sans conteste aussi, et surtout, une superbe réflexion sur le monde urbain à l’ère du virtuel. Martial Knaebel ************ «MEDIANERAS était un court métrage qui remporta 40 prix dans le monde entier - un court métrage qui recelait en lui un long métrage. Notre objectif était de mettre au jour le long métrage. Dans le film EL SOL DEL MEMBRILLO (LE SONGE DE LA LUMIERE), Víctor Erice médite entre autres sur l’obsession d’Antonio López de peindre l’arbre qu’il avait planté et qu’il voyait grandir dans son jardin. L’arbre change au fil du temps, avec les saisons et spécialement en fonction de la luminosité. MEDIANERAS est mon arbre. Je l’ai planté il y a plus de quatre ans et je l’ai regardé grandir depuis. Pour reprendre l’analogie avec la peinture, le court métrage révèle le geste du coup de pinceau, la palette de l’artiste, le tronc qui le maintient en place, les branches principales et la couleur de ses feuilles. Maintenant, avec le long métrage, vient le moment d’entrer dans le détail, d’explorer la profondeur et les nuances, les ambiguïtés et les contradictions. L’histoire change exactement de la même façon que la ville qui lui sert de scénario : Buenos Aires. Certaines des scènes se fanent tandis que d’autres fleurissent.» (Gustavo Taretto)
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The Letter
Maja Lekow
Kenya
81′
Dans le Kenya côtier, un mélange frénétique de consommation et de christianisme retourne des centaines de familles contre leurs aînés, les traitant de sorcières pour leur voler leurs terres. Filmé avec un rythme doux et une incroyable proximité, The Letter est un portrait de famille intime qui tisse une histoire complexe aux proportions shakespeariennes.
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Rashomon (1951)
Akira Kurosawa
Japon
88′
Trois hommes s'abritent à l'un des portails menant à Kyoto, attendant que la pluie cesse. Nous sommes sous l'ère Heian (IXe - XIIe siècles). Pour passer le temps, ils discutent d'un événement qui s'est déroulé récemment: la découverte du cadavre d'un samouraï, vraisemblablement tué par le bandit Tajomaru. Les trois hommes ont été en fait appelés à témoigner lors du procès. Ils relatent chacun ce qu'ils ont dit au procès, et ce qu'ils ont vu. Quatre versions s'opposent, la veuve - qui aurait été violée par le bandit - ayant aussi la sienne. Que s'est-il donc passé? «Les êtres humains sont incapables d'être honnêtes avec eux-mêmes sur eux-mêmes. Ils ne peuvent pas parler d'eux-mêmes sans broder. Le scénario décrit de telles personnes - le genre qui ne peut survivre sans mentir pour se sentir meilleur qu'il n'est en réalité. Il montre même ce besoin coupable de flatter le mensonge jusqu'au-delà de la tombe - même le personnage qui meurt ne peut arrêter de mentir lorsqu'il parle aux vivants à travers un médium. L'égoïsme est un péché que l'être humain porte avec lui depuis la naissance; il est le plus difficile à racheter. Ce film est comme un étrange défilement d'images qui est déroulé et étalé par l'ego. Vous dites que vous ne pouvez pas du tout comprendre ce scénario, mais c'est parce que le cœur humain lui-même est impossible à comprendre. Si vous vous concentrez sur l'impossibilité de vraiment comprendre la psychologie humaine et que vous relisez encore une fois le scénario, je pense que vous en saisirez l'essentiel» Akira Kurosawa à propos de Rashomon.
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Le voyage des comédiens - O Thiasos (1975)
Theo Angelopoulos
Grèce
232′
De 1939 à 1952, une troupe de comédiens itinérante présente un spectacle à travers la Grèce. En Grèce, à l'aube de la seconde guerre mondiale, une troupe de comédiens balade de village en village une pièce gentillette et fanée, Golfo la bergère. Lorsque la guerre éclate, le pays tombe sous le joug de l'occupation et la pâle comédie vire à la tragédie … Entièrement tourné en plansséquences, Le Voyage des comédiens est le chef-d'œuvre d’un réalisateur qui a donné au cinéma grec une stature internationale. Cette histoire de résistance et d'oppression, de bruit et de fureur, de silence et de chansons, convoque la tragédie antique et laisse exploser la violence pour réveiller les heures les plus sombres de la Grèce. En fournissant à la censure un faux scénario, Theo Angelopoulos est parvenu à tourner l’essentiel du film sous la dictature des colonels. Après la chute du régime, le gouvernement grec de l'époque refusera de laisser le film concourir en compétition officielle au Festival de Cannes.
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Voyage à Tokyo (1953)
Yasujiro OZU
Japon
137′
Shukichi et Tomi Hirayama, un vieux couple ayant vécu depuis toujours avec sa fille Kyoko dans le petit port d'Onomichi au sud du Japon, se rend à Tokyo pour visiter ses enfants. C'est un très long voyage et c'est sans doute la dernière fois de leur vie qu'ils peuvent l'entreprendre. "A travers l'évolution des parents et des enfants, j'ai montré, a déclaré Ozu, comment le système familial japonais commençait à se désintégrer".
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Trains étroitement surveillés (1966)
Jiri Menzel
République Tchèque
89′
Milos est un jeune garçon sympathique, mais qui n'a pas l'air très dégourdi. Surtout avec son uniforme des chemins de fer, où il vient d'entrer pour y tenir son premier emploi dans une petite gare de province. Il n'a pas beaucoup de travail car c'est la guerre et seuls quelques trains militaires allemands passent par là. Alors Milos a le temps de penser à Masa, cheminote comme lui mais nettement plus éveillée. Et celle-ci voudrait bien que le benêt lui prouve sa flamme. Mais c'est aussi la première expérience amoureuse du garçon qui ne prouve que sa maladresse à la jeune fille. Milos se croit impuissant et tente de se suicider. Sauvé in extremis, il revient à la gare. Le médecin l'a rassuré sur sa virilité mais il lui reste à la démontrer. D'autant que Masa insiste... Une occasion inattendue va lui être offerte d'apprendre l'amour avec une inconnue qui passait par là avec le projet de faire sauter un train allemand. C'est le sous-chef de gare qui devait accomplir cette délicate mission mais, au matin du jour de l'attentat, il est interpellé par ses supérieurs pour avoir décoré les fesses et les cuisses de la télégraphiste de la station avec tous les tampons du bureau. Aussi Milos, maintenant plein de confiance après la nuit passée avec la résistante, se substitue-t-il au fonctionnaire lubrique et, maladroit une dernière fois, saute avec le train. Masa ne saura donc jamais quel homme était devenu son petit ami.
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Au Hasard Balthazar (1966)
Robert Bresson
France
95′
Les tribulations d'un âne dans les Landes des années 1960, prétexte à la peinture des travers humains. Les premières années de l'âne Balthazar ont été heureuses, en compagnie de Marie (Anne Wiazemsky), petite fille originaire du pays basque, et de Jacques (Walter Green), son compagnon de vacances parisien. Plus tard, des problèmes sont apparus entre les parents des deux enfants et tout le monde en souffre, y compris l'âne que Marie délaisse. Un boulanger achète Balthazar pour porter le pain que livre Gérard (François Lafarge), un jeune voyou qui n'a aucun mal à séduire Marie. Balthazar est maltraité par Gérard, puis par Arnold (Jean-Claude Guilbert), un vagabond soupçonné d'un assassinat dans lequel Gérard et sa bande ont peut-être trempé. L'âne s'enfuit et se réfugie dans un cirque où on le dresse. De retour avec Arnold, les maltraitances se poursuivent jusqu'au décès de cet alcoolique invétéré. Revenu auprès de Marie, ses souffrances se confondent avec celles de cette dernière qui disparaît. Repris par Gérard qui l'utilise pour la contrebande, il est blessé dans un échange de coups de feu et meurt au bout de son sang.
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La hora de los hornos (1968)
Fernando Solanas
Argentine
88′
«Notre film est un film d'agitation et de propagande. C'est encore plus: un film d'action, un film-acto», a dit Fernando Solanas à propos de l'œuvre clé du nouveau cinéma latino-américain. Réalisé dans la seconde moitié des années soixante, La hora de los hornos est clairement un film destiné à un public averti et engagé. Dans une véritable orgie de montages de sons, d'images et de textes, les auteurs compilent des images qui ont façonné et déterminé l'histoire et la vie sur le continent latino-américain. L'attitude est clairement et sans équivoque celle d'un éclairage politique: «Le film n'est pas encore terminé, si l'on considère qu'un film historique actuel ne peut pas avoir de fin. Il ne se terminera que lorsque nous aurons le pouvoir, lorsque la révolution aura eu lieu», a dit Solanas à l'époque. Entre-temps, au moins deux choses sont claires: le processus décrit et dénoncé dans le film se poursuit avec l'évolution de la géographie. Et Solanas lui-même a repris en 2001 le travail de l'époque et réalisés deux suites, Memoria del saqueo et La dignidad de los nadies. La hora de los hornos fascine aujourd'hui encore comme document contemporain et par sa force.
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La rivière Titash (1973)
Ritwik Ghatak
Inde
157′
La rivière en tant qu'allégorie, en tant que source de toute forme de vie. Par ses innombrables affluents et ramifications, c'est elle qui unit - et sépare - les hommes. Aussi, le rythme lyrique et poétique du film est-il ponctué par le courant de la rivière, le flux et le reflux, les inondations et la sécheresse. C'est par des images d'une force épique prodigieuse que Ghatak dépeint le destin d'un village de pêcheurs. Il nous montre des êtres humains qui, en raison du dessèchement lent mais constant du lit de la rivière, perdent non seulement leur source de vie, mais encore leur identité culturelle. Ainsi, ils tombent sous le joug des représentants de l'Etat qui veulent transformer cette nouvelle terre en rizières. La façon dont Ghatak essaie, par une espèce d'élégie, d'assimiler son profond abattement face à la perte des valeurs traditionnelles et de leurs formes, témoigne de sa souffrance et de son désespoir à la suite de la séparation imposée en 1947 au peuple bengali. Son coeur, en effet, était profondément enraciné dans la partie du Bengale déclarée étrangère. La lutte de tout un peuple pour sa survie constitue le thème de cette oeuvre qui se consacre comme nulle autre à la misère et aux espoirs des Bengalis. Une femme de pêcheur mourante, dans un lit de rivière désertique, cherche de l'eau en creusant un trou dans le sable: une image qui prouve que si la mort est inévitable, la vie finit toujours par avoir le dessus. Chaque fin est à la fois un nouveau commencement.
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avec bonus
Cairo Station (1958)
Youssef Chahine
Egypte
73′
C'est avec Bab al-Hadid , son troisième film que Youssef Chahine frappera un grand coup, jetant aux orties toutes les conventions du cinéma populaire pour présenter un drame social dont le lieu unique sera la gare centrale du Caire et de ses dépendances. Un film dans la plus pure veine du néoréalisme, tourné en noir et blanc, dont le héros, qu'il interprètera lui-même, est un pauvre hère, Kenawi, recueilli par le tenancier du kiosque de la gare. Mais LE personnage principal en sera la gare, sa vie trépidante, chaotique, éclatée, ces foules qui la traversent, qui y travaillent pour une misère. 1958, date de la sortie du film, cela fait six ans que le roi Farouk a été déposé par le Mouvement des Officiers Libres composé de jeunes militaires emmené par Gamal Abn El Nasser, quatre ans que ce dernier a renversé le président en exercice, le général Naguib, pour gouverner sans partage. L'enthousiasme des jeunes progressistes, dont on peut dire que Youssef Chahine faisait partie, s'est assez vite refroidi, car beaucoup de travers qui caractérisaient la société égyptienne tardaient à disparaître. Bab al-Hadid exprime sans beaucoup d’ambiguïté que le réalisateur prend déjà ses distances par rapport au régime. La gare est en effet racontée comme le microcosme d'une société, où la corruption, le clientélisme et le mépris pour les plus faibles font office de «gouvernance». La gare, donc, c'est là où toutes sortes de gens essaient de glaner quelques pièces pour vivre. Il y a l'accorte et belle Hanouna qui vend des limonades à la sauvette aux voyageurs, sur les quais, dans les trains. Elle et ses compagnes doivent se cacher de la police et du gérant du buffet. Les formes généreuses de la belle attirent les regards, et elle sait en user pour accrocher le chaland. Le pauvre Kenawi, sale, difforme et boîteux, devenu vendeur de journaux à la criée, prisonnier de sa solitude, en tombera follement amoureux. Mais elle n'a d'yeux que pour le fort et beau Abou Serih, un porteur parlant haut et cherchant à fédérer ses camarades pour fonder un syndicat afin que cesse leur dépendance envers une espèce de maffia qui les sous-paie. Fou d'amour et de jalousie, Kenawi, voyant qu'elle lui échappe voudra la tuer. Tout ceci se déroule au milieu d'un maelström de scènes de la vie quotidienne trépidante de la gare, où nos personnages se fondent, où quelques fois le spectateur se noie, emporté par les courants qui se croisent, se bousculent sur les quais, au guichet. Avec Bab al-Hadid, Chahine a mis le cinéma égyptien cul par-dessus tête, se libérant de toutes les conventions régissant la mise en scène cairote de l'époque, la caméra s'attardant sur les formes généreuses d'Hanouna, osant parler de sexe sans fard, montrant que le Nassérisme n'avait rien réglé, en fait filmant la réalité telle qu'elle était - le film a d'ailleurs était tourné intégralement dans la gare et ses alentours. Le film a été d'abord rejeté dans son pays, mais la vitalité quasi explosive qui en jaillit, la capacité du cinéaste de diriger une mise en scène polyphonique, auront assis sa réputation internationale. Version restaurée.
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La Salamandre (1971)
Alain Tanner
Suisse
114′
La jeune Rosemonde garde la tête hors de l’eau grâce à de petits boulots, qu’elle abandonne sitôt commencés. Un journaliste et un écrivain retracent son parcours pour découvrir la vérité : elle est soupçonnée d’avoir tiré sur son oncle. Jouée par Bulle Ogier, Rosemonde incarne la liberté d’après 1968. Un succès international, précurseur du nouveau cinéma suisse.
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Nous nous sommes tant aimés! (1974)
Ettore Scola
Italie
120′
C'est l'une des plus belles déclarations d'amour au cinéma et c'en est une à l'italianité, à la vie et à l'amour. Nino Manfredi, Vittorio Gassman, Stefano Satta Flores et Stefania Sandrelli jouent les rôles principaux de ce voyage à travers l'histoire italienne du troisième quart du 20e siècle. Des figures telles que Vittorio De Sica, Federico Fellini et Marcello Mastroianni y apparaissent en personne, ces deux derniers pendant le tournage de "La dolce vita" à la Fontaine de Trevi, avec l'inoubliable scène où Anita Ekberg s'y baigne. La perle cinématographique d'Ettore Scola nous raconte le parcours de vie de trois amis dans l'Italie de l'après-guerre et nous montre comment les gens peuvent évoluer avec le temps. Le film mêle l'époque où il a été réalisé à celle de la Résistance pour raconter entre autres, comme un kaléidoscope, l'histoire de la gauche italienne entre utopie et accomodements, et aussi, à travers un des personnages, l'histoire du cinéma italien. "C'eravamo tanto amati" (Nous nous sommes tant aimés) est un film qui s'adresse au cœur et nous rapproche à la fois d'un pays et de ses habitants à travers un récit tangible. Une tragi-comédie enjouée, amusante et élégante qui pondère satonalité amère avec des nuances satiriques. Walter Ruggle
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Mémoires du sous-développement (1968)
Tomás Gutiérrez Alea
Cuba
99′
La révolution castriste marqua la fin, pour beaucoup de Cubains, de la dictature et le début de la construction d'une société où les rapports de classe seraient changés. Sergio fait partie de la bourgeoisie, toute sa famille a quitté l'île pour Miami, mais lui est resté. plus par paresse que par conviction. Seul, il prétend rédiger ses mémoires et observer le nouvel ordre qui se met en place. Mais que peut-il comprendre en restant en-dehors du processus, et en conservant ses préjugés de classe? «Memorias del subdesarrollo» eut un immense retentissement à l'époque, non seulement à Cuba où il marqua la naissance d'un cinéma nouveau qui accorda toujours un soutien critique à la révolution cubaine, mais dans le monde entier et particulièrement en Amérique latine. La structure même du film, mélangeant scènes de fiction et scènes documentaire, présentait une originalité certaine au moment de sa sortie. Surtout, il existe, au cœur du récit et de sa mise en scène, une réflexion à la fois théorique et très concrète, sur les conditions nécessaires, préexistantes ou à créer, à un changement radical de société.
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A Touch Of Zen (1971)
King Hu
Taiwan
179′
Le jeune Ku Shen Chai, artiste dans la Chine de la dynastie Ming, vit près d'une forteresse abandonnée qui semble être hantée. Des sons mystérieux l'y attirent et il rencontre la belle Yang Hui Ching, qui vit là avec sa mère. Ce film féérique est le chef-d'œuvre fondateur du genre Wuxia. Il a inspiré des succès tels que «Crouching Tiger, Hidden Dragon» de Ang Lee.
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Sans soleil (1983)
Chris. Marker
France
104′
Des lettres d’un caméraman free-lance, Sandor Krasna, sont lues par une femme inconnue. Parcourant le monde, il demeure attiré par deux « pôles extrêmes de la survie », le Japon et l’Afrique, plus particulièrement la Guinée Buissau et les îles du Cap-Vert. Le caméraman s’interroge sur la représentation du monde dont il est en permanence l’artisan, et le rôle de la mémoire qu’il contribue à forger...
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A white, white Day
Hlynur Palmason
Islande
109′
Dans une petite ville perdue d’Islande, un commissaire de police en congé soupçonne un homme du coin d’avoir eu une aventure avec sa femme décédée dans un tragique accident deux ans plus tôt. Sa recherche de la vérité tourne à l’obsession. Celle-ci s’intensifie et le mène inévitablement à se mettre en danger, lui et ses proches. Une histoire de deuil, de vengeance et d’amour inconditionnel.
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