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Director's Choice: Paula Hernandez

Une voix importante de l'industrie cinématographique argentine : Paula Hernández d'Argentine est représentée sur filmingo avec ses précédents longs métrages UN AMOR, LLUVIA, HERENCIA et LOS SONAMBULOS.

Winter Sleep (2014)
Nuri Bilge Ceylan
Turquie
196′
Autrefois acteur de théâtre, Aydin est retourné dans son village natal dans le but d’écrire une histoire du théâtre turc. Là, il vit en compagnie de sa jeune femme et de sa soeur dans le petit hôtel Othello, qu’ils gèrent. L’hiver s’installe, les derniers clients s’en vont et le confinement obligé exacerbe un malaise diffus entre les trois personnages, alors qu’à l’extérieur les tensions sociales latentes obligent, elles aussi, le maître des lieux à sortir de son splendide isolement. Nuri Bilge Ceylan nous offre son oeuvre la plus achevée à ce jour, qui impressionne autant par sa mise en scène dans des décors superbes et sa mise en abyme des sentiments, que par les thèmes qu’elle aborde. Splendeur et violence Méditation sur les relations humaines, chronique sociale d’une région reculée marquée par un paysage accidenté et magnifique, il y a de tout cela dans Sommeil d’hiver. Nuri Bilge Ceylan reconnaît volontiers l’influence qu’exerce sur lui l’oeuvre d’Anton Tchekov dont les nouvelles furent d’une précision extrême dans la description de la vie provinciale russe à l’orée du 20e siècle. On retrouve ici ce même souci du détail lorsqu’il s’agit pour Ceylan de dépeindre - le mot est choisi ici à dessein, tant cadre, lumière et couleurs font de chaque plan de véritables tableaux - les rapports de classe qui lient Aydin, petit hobereau, et ses locataires et employés, et leur violence sous-jacente. Une violence d’autant plus poignante et ressentie qu’elle ne s’exprime que par les attitudes, les regards et les mots, avec un Aydin éludant en plus ses devoirs de propriétaire et de patron, qu’il délègue à son fidèle factotum. On retrouve la même tension, la même brutalité, au sein de la famille d’où suent les frustrations et le mépris pour les autres. Les dialogues que s’échangent Aydin et sa soeur Necla, ou sa jeune femme Nihal sont, eux aussi, d’une richesse et d’une netteté limpides dans leur expression des états d’âme des protagonistes. Là encore la mise en scène et le déroulement du récit font merveille. On découvre petit à petit le réel personnage qu’est l’écrivain Aydin, usant de casuistique pour réfuter tous les reproches - qu’on pourrait lui faire - et aussi pour fuir ses responsabilités aussi bien sociales que familiales avec la suffisance des gens de bien qui ont réponse à tout. Une assurance qu’on verra se craqueler dans une sorte de coup de théâtre final. En face de lui, Nihal, fragile, confond charité et justice sociale, alors que Necla s’enfonce dans la rancoeur d’une vie qu’elle croit avoir ratée. Nuri Bilge Ceylan montre ici une virtuosité sidérante, sublimant l’art du dialogue et du cadre, osant les citations théâtrales tout en réalisant du vrai cinéma. A tout cela s’ajoute un regard d’une profonde humanité sur ses semblables et un souci de ne pas laisser un seul protagoniste au bord du chemin. Sommeil d’hiver serait long? Et alors? Puisque cela fait en tout cas vraiment trois heures de bonheur.
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«Après UZAK, j'ai commencé à suivre le travail de ce cinéaste. WINTER SLEEP est un beau film d'esprit tchékhovien. Une superbe mise en scène, un scénario magnifique et une interprétation très sensible dans la désolation de cette région montagneuse.»
Uncle Boonmee Who Can Recall his Past Lives (2010)
Apichatpong Weerasethakul
Thailand
109′
Boonmee vit aux confins de la Thaïlande, près du Laos, où il exploite une ferme apicole avec ses ouvriers laotiens. Jenjira, sa soeur, vient lui rendre visite, ayant appris qu’il a dû séjourner à l’hôpital. Arrivée sur place, avec son neveu, elle verra un homme physiquement diminué, mais étonnamment paisible. Ils seront rejoints le soir par la femme de Boonmee, décédée depuis 19 ans, et leur fils, disparu peu après, devenu singe-homme. Boonmee ne semble pas surpris de ces invités inattendus venus de l’au-delà pour l’accompagner. Œuvre dense et poétique, d’une beauté plastique époustouflante, d’une simplicité extrême, le dernier film du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul est une ode paisible à l’attente de la mort, acclamée et récompensée par une palme d’Or au festival de Cannes. * * * * * * Venu de l’art contemporain - ses installations vidéos ont déjà fait le tour du monde - Apichatpong Weerasethakul, qui n’a pas encore 40 ans, a développé dans le même temps une filmographie singulière, à la fois profondément ancrée dans la réalité sociale de son pays, et, simultanément, perpétuellement en recherche de nouvelles formes esthétiques de narration, convoquant le fantastique et la mythologie de cette partie de l’Asie. Ce mélange, à première vue étrange, du surnaturel et du réalisme se retrouve encore une fois dans Uncle Boonmee, porté par une photographie merveilleuse d’une émouvante beauté. On aura d’ailleurs rarement vu la nuit et son cortège d’ombres filmées avec une telle maestria, capable de saisir à la fois les frémissements de la forêt, les bruissements de la vie qui l’habite, et de trouver autant de nuances dans les tons et les détails de l’ombre. Film épuré et silencieux - il n’y a que les sons de la nature à se faire entendre -, Uncle Boonmee, nous laisse le temps de suivre chaque geste de chaque personnage. Ou, plutôt, le film répond au voeux du réalisateur de laisser l’entière liberté au spectateur dans son appréhension des images qu’il voit. D’y trouver, et d’en faire, ce qu’il en veut, en fonction de sa propre vie ou, plus simplement de ce qu’il attend du cinéma. Il n’y rien de prétentieux là-dedans. Il s’agit, au contraire, d’une modestie, bien réelle, affichée par le réalisateur qui n’a que le désir de partager avec le plus grand nombre ce qu’il sait voir à travers l’oeil de sa caméra. Il nous permet ainsi d’approcher une philosophie asiatique qui nous est peu connue - que l’on qualifie vaguement en parlant d’animisme ou de chamanisme - dans son rapport avec le monde vivant. Cependant, il peut aussi bien, tout simplement, être vu comme une observation poétique des richesses contenues dans la nature qui nous entoure. C’est d’ailleurs cette modestie de Weerasethakul qui donne à son oeuvre une dimension en quelque sorte universelle, où chacun peut retrouver son environnement. Environnement physique, avec la nature, mais aussi social, avec les personnages. C’est ainsi qu’il faut prendre ce qui se dit dans le film à propos des étrangers, ou qu’il faut voir ces images de soldats, ou de jeunes gens, qui apparaissent dans la deuxième partie du film. Car, si Uncle Boonmee semble une oeuvre hors du temps, elle est aussi fortement ancrée dans le présent. Martial Knaebel
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«Un voyage sensoriel entre le présent et le passé avec des images et un design sonore puissants. C'est un film radical qui rend le public actif, sans jamais le laisser indifférent.»
L'enfance d'Ivan (1962)
Andrei Tarkowski
Russie
91′
Témoin de l'exécution de ses parents par les troupes allemandes, Ivan, encore gamin, veut se battre. Il développe un talent certain pour se glisser au travers des lignes ennemies et glaner des informations. Mais l'état-major veut le transférer à l'arrière pour qu'il rejoigne l'académie militaire. Ivan refuse et part rejoindre les partisans... Le premier film de Andreï Tarkovski, tout juste sorti diplômé du VGIK, fut mondialement salué comme un chef d'oeuvre. Il reçut le lion d'or de Venise, ainsi que de nombreux prix dans le monde entier. On y retrouve déjà l'écriture du maître, mêlant le réalisme objectif à la contemplation subjective. Malgré son succès mondial, le film fut mis au placard en URSS pour des raisons de politiques internes qui tenaient à la version officielle de la deuxième guerre mondiale de l'époque. A l'inverse de «Requiem pour un massacre» d'Elem Klimov (1985), mettant en scène lui aussi un enfant, mais qui montra la guerre en Biélorussie avec un réalisme quasi insoutenable, Tarkovski laisse une grande place aux rêves d'Ivan, mondes poétiques de son enfance et de sa famille perdues, qui s'opposent à la réalité crue de la guerre et à son désir de vengeance qui conduira Ivan à la mort.
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«J'ai vu ce film au cinéma avec mon père. J'avais 15 ans et j'étais loin de penser devenir cinéaste. Mais Tarkovski m'a fait découvrir que le cinéma était beaucoup plus que ce que j'avais vu jusqu'alors. C'est un film à voir absolument.»
Nostalgia de la luz (2010)
Patricio Guzmán
Chili
90′
Au Chili, à 3000 mètres d’altitude, les astronomes du monde se rassemblent dans le désert d’Atacama pour observer les étoiles. Car la transparence du ciel est telle qu’elle permet de regarder jusqu’aux confins de l’univers. C’est aussi un lieu où la sécheresse du sol conserve intacts les restes humains: ceux des momies, des explorateurs et des mineurs. Mais aussi ceux des prisonniers de la dictature, que certaines femmes continuent de rechercher. Le désert d’Atacama Le désert est un immense espace hors du temps, fait de sel et de vents. Une parcelle de la planète Mars sur la planète Terre. Tout y est immobile. Pourtant, cette étendue est remplie de traces mystérieuses. Quelques villages vieux de deux mille ans sont toujours là. Les trains abandonnés dans les sables par les mineurs du 19e siècle n’ont pas bougé. Partout, il y a des ossements. Il y a aussi de gigantesques coupoles qui ressemblent à des vaisseaux spatiaux échoués et dans lesquelles vivent les astronomes. A la nuit tombée, la Voie Lactée est si lumineuse qu’elle projette des ombres sur le sol. Le présent invisible Pour un astronome, le seul temps réel est celui qui vient du passé. La lumière des étoiles met des centaines de milliers d’années à parvenir jusqu’à nous. C’est pourquoi les astronomes regardent toujours en arrière. Vers le passé. Il en est de même pour les historiens, les archéologues, les géologues, les paléontologues et les femmes qui cherchent leurs disparus. Tous ont un point commun: ils observent le passé pour mieux saisir le temps présent et futur. Face à l’incertitude de l’avenir, seul le passé peut nous éclairer. La mémoire invisible La mémoire assure nos vies, tout comme la chaleur de la lumière solaire. L’être humain ne serait rien sans mémoire -un objet sans palpitations - sans commencement et sans avenir. Après 18 ans de dictature, le Chili connaît de nouveau la démocratie. Mais à quel prix... Beaucoup ont perdu leurs amis, leurs parents, leur maison, leur école, leur université. Et d’autres ont perdu la mémoire, peut-être pour toujours. Patricio Guzmán
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«I once heard that Guzman said that the desert was a great container of the past. With poetry and lucidity, the film proposes that the ground is the best place to think about the fragility of the present and the future.»
A Separation (2011)
Asghar Farhadi
Iran
123′
Simin voudrait quitter l’Iran avec son mari Nader et leur fille Termeh. Elle a entrepris toutes les démarches nécessaires et tout réglé en prévision de leur départ. C’est alors que son mari lui fait part de ses scrupules : il ne veut pas abandonner son père qui souffre de la maladie d’Alzheimer. Nader annule le voyage. Simin dépose alors une requête de divorce auprès du tribunal des affaires familiales. Sa requête étant rejetée, elle quitte le domicile conjugal et retourne vivre chez ses parents. La petite Termeh décide de rester avec son père tout en espérant que sa mère reviendra bientôt à la maison. Confronté aux nouvelles circonstances, Nader a du mal à se débrouiller, ne serait-ce que par manque de temps. Il engage alors une jeune femme pour s’occuper de son père malade. Razieh est enceinte et elle accepte cet emploi sans en informer son mari. Un jour, en rentrant du travail, Nader trouve son père tout seul à la maison ; le vieil homme déficient est en outre attaché à une table. Quand Razieh est de retour, la réaction de Nader a des conséquences tragiques qui bouleversent non seulement sa propre existence mais affectent aussi l’image que sa fille avait jusqu’alors de lui.
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«A Separation is a great film. A powerful and revealing portrait of the abrupt changes and the strong contradictions between tradition and modernity in a contemporary Iranian society.»

Le pur plaisir du cinéma, où que vous soyez: filmingo propose une sélection de films d'auteur en streaming par abonnement ou en location individuelle. Géré par la fondation suisse trigon-film.

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