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Politique & Histoire

La politique et l'Histoire sont deux éléments qu'on peut retrouver dans beaucoup de films. Nous avons fait une petite sélection pour vous.

Gorod Zero (1989)
Karen Schachnasarow - Shakhnazarov
Russie
97′
Karen Shakhnazarov, le réalisateur d'Anna Karenina (2017), a fait partie, dans l'ex-Union soviétique des années 1980, des jeunes talents du cinéma du changement. Sa comédie GOROD ZERO (La Ville Zéro) est l'un des plus beaux exemples de ce mouvement. Elle montre sur un ton décapant les absurdités de la vie quotidienne des Soviétiques et indique clairement que le chemin, qu'on appelait à l'époque la perestroïka, serait long. Le film montre la vie comme un musée absurde.
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Zama (2017)
Lucrecia Martel
Argentine
114′
Magistrat subalterne de la couronne d’Espagne, Don Diego de Zama exerce sa fonction dans une colonie lointaine d’Amérique latine. Chaque année, il espère une mutation qui le rapprocherait de sa famille. Mais cet ordre ne vient pas. La réalisatrice argentine Lucrecia Martel revient avec une adaptation d’un chef-d’œuvre éponyme de la littérature latino-américaine. Il n’y a pas de véritable linéarité dans le récit de Lucrecia Martel, mais une succession de scènes décrivant le héros Don Diego de Zama servant le roi d’Espagne sans grande célérité, ni avec beaucoup de compétence. Ses journées, il les passe surtout à épier les femmes autour de lui, qu’elles soient esclaves ou comtesse. Il les fixe, espérant un regard en retour qui ne vient jamais, ou alors il n’est qu’ironique, comme celui de la comtesse espagnole, ou même méprisant venant des jeunes esclaves qui se moquent de lui. Les gouverneurs se succèdent, mais l’édit royal tant espéré, annonçant son transfert, n’arrive toujours pas. De guerre lasse, Zama se porte volontaire pour partir à la chasse du brigand Vicuña Porto. Film d’époque, Zama ne doit pas être vu comme un film historique. Lucrecia Martel le reconnaît volontiers: elle a pris des libertés avec l’Histoire. Sans aucun remords, car celle-ci fut écrite par des mâles blancs déniant toute qualité aux autochtones... et aux femmes. Cela étant, la réalisatrice crée un monde dystopique qui reflète pourtant bien l’atmosphère des colonies espagnoles d’Amérique latine au XVIIIe siècle, où les hommes peinent à conserver leur identité d’Européens qui reste leur dernière fierté, quand tout le reste n’est que déchéance. Zama est une symphonie picturale phénoménale mise en image par le chef opérateur portugais Rui Poças qui fait de chaque scène un tableau avec ses choix de couleurs tourmentées, de cadres saisissant gestes et regards avec une proximité sidérante. La bande son est habitée par le même esprit fantasmagorique, trouvant des tonalités lancinantes et des bruitages mystérieux. Zama demande à se laisser emporter, une fois cela accepté par le spectateur, l’expérience est inoubliable. Martial Knaebel
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The Hunter (2010)
Rafi Pitts
Iran
88′
Il y a peu de temps qu'Ali est sorti de prison. Il travaille maintenant comme veilleur de nuit à Téhéran. Il a trouvé un emploi dans une usine de telle façon qu'il peut nourrir sa petite famille, sa femme Sara et leur fille Saba. Toutefois, un jour qu'Ali revient du travail, Sara et Saba ont disparu. Quand il n'en peut plus d'attendre, Ali décide de s'adresser à la police. Mais le chaos règne au commissariat et des heures s'écoulent avant qu'on puisse lui fournir une information. C'est alors qu'on lui apprend qu'il y a eu une fusillade avec des manifestants. Sara, la femme d'Ali, se trouvait par hasard sur place et a été tuée. Quant à Saba, elle passe encore pour disparue. Ali recherche sa fille dans un état de profond désespoir d'autant plus que pour finir, on retrouve son cadavre. Dans un acte de vengeance aveugle, Ali tue alors au hasard deux officiers de police. Il prend ensuite la fuite en direction des forêts du Nord. Mais la police est depuis longtemps sur ses traces. Cela se termine par un accident d'Ali qui court à nouveau vers la forêt en cherchant à se cacher parmi les arbres - mais en vain. Hassan et Nazem, les deux policiers qui le talonnaient, finissent par le capturer. Ali semble s'abandonner à son sort. Il suit les deux hommes qui le gardent de près. C'est alors qu'ils se perdent dans la forêt; ils ne voient plus que des arbres de toutes parts. Dans un tel environnement, à l'écart de tout, il est difficile de faire la distinction entre chasseurs et chassé...
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Al asfour - Le moineau (1972)
Youssef Chahine
Egypte
102′
Un peu plus de quinze ans après Gare centrale, en 1974, Youssef Chahine réalise Al Asfour (Le moineau). Il y pousse à l'extrême une mise en scène éclatée qui semble partir dans tous les sens, où de multiples histoires débutent chaque fois qu'un nouveau personnage apparaît, où la compréhension de l'ensemble semble n'apparaître qu'à la fin. Il ne s'agit pas pour autant d'un film «à se prendre la tête», car Chahine n'abandonne pas son regard affectueux vis-à-vis des petites gens. Le récit se déroule au printemps 1967, le jeune officier Raouf est envoyé dans la campagne pour arrêter un voleur, Abou Kehder, qui se révèle n'être qu'un sous-fifre employé par un réseau mafieux dont les ramifications vont jusque dans les hautes sphères du pouvoir. Mais Raouf est un poète qui se pose des questions. Il veut arrêter le bandit alors que tout le monde veut le voir mort, dont Cheikh Ahmed qui veut venger la mort de son frère. Lorsqu'il rentre au Caire, sans avoir pu empêcher la mort de Kehder, la guerre des Six jours a commencé. Ces quelques ne reflètent pas l'ensemble de l'intrigue foisonnante, où les développements multiples donnent un aperçu presque documentaire, au-delà de la fiction, de l'atmosphère qui régnait à ce moment-là dans la population égyptienne, fière de son armée, sûre de pouvoir se défendre victorieusement contre l'ennemi israélien. Et c'est dans cette atmosphère et celle qui a frappé le peuple à l'annonce de la défaite, qu'on pourrait voir le personnage principal du film. Dans un très beau texte, le critique de cinéma tunisien Tahar Chikhaoui, évoque, à propos d'Al Asfour, d'une «esthétique de la défaite» découverte par Chahine. Une forme esthétique qui permette de rendre compte, et de porter à l'écran, des sentiments, et de la réalité, de cette défaite qui a consterné les populations du monde arabe. Le moment-clé du film, à la fin, quand la voix de Nasser annonçant sa démission (il s'agissait là de l'enregistrement véritable qu'on entendait) s'est tue. La caméra se promène dans un silence intégral dans les rues du Caire. Puis, un cri, celui d'une femme, et voici la rue qui se remplit, la rumeur qui enfle pour ne devenir qu'un cri: «Non!». Le peuple est dans la rue et refuse la démission du Raïs. Non par idolâtrie, ou par peur, simplement parce que, comme le disait Chahine dans une interview (qu'on trouvera dans le bonus du DVD), «après une telle défaite, on ne peut pas partir comme ça et simplement démissionner pour laisser le peuple tout seul». En raison de sa mise en cause directe du pouvoir dans la responsabilité de la défaite de 67, le film fut interdit et ne put être présenté qu'après la fin de la guerre d'octobre 73. Martial Knaebel
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Finye (1982)
Souleymane Cissé
Mali
105′
Bah, jeune étudiant, est le petit-fils de Kansaye, un descendant des grands chefs traditionnels de la région. Il est l'ami de Batrou qui, elle, est la fille d'un des représentants du nouveau pouvoir. Bah et Batrou appartiennent à une génération qui rejette l'ordre établi, la société de leurs pères, sans bien savoir quoi mettre à la place. La falsification des résultats des examens sera l'étincelle qui déclenchera la confrontation avec les autorités. La répression voulue et organisée par le gouverneur Sangaré, exacerbera encore le mécontentement des jeunes étudiants... Le titre n'est pas seulement une trouvaille poétique, il constitue le véritable programme esthétique du film: c'est par ses changements de vitesse que le vent exprime sa présence, par l'intensité des mouvements qu'il fait subir à la nature et aux hommes qu'il se matérialise visuellement: c'est par le rythme des corps, les tempos de l'action, les impulsions produites sur les visages et les voix que Souleymane Cissé nous donne à lire une page importante de l'Afrique contemporaine.
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A idade da terra (1980)
Glauber Rocha
Brésil
152′
Une vision personnelle du Brésil contemporain et de son évolution, traversée par un certain nombre d'archétypes qui renvoient parfois à des films précédents de Glauber Rocha : l'Indien, le Colonisateur, le Nordestin, l'Ouvrier, l'Amazone, le Bourgeois et un Christ noir, porteur d'une nouvelle espérance révolutionnaire pour le Tiers Monde. Dernier film du Glauber Rocha. Glauber Rocha fut né en 1938 dans la région de Bahia, au Brésil. Son éducation est religieuse, sa mère étant une presbytérienne pratiquante. Au lycée, il fait du théâtre; puis s’inscrit en droit à l’université de Bahia, où il restera trois ans. A partir des années 60, il se tourne vers le cinéma. Barravento fait bonne impression dans plusieurs festivals. En 64, Le dieu noir et le diable blond est ovationné à Cannes l’année suivante Antonio das Mortes gagne le Prix de la Mise en Scène. Rocha devient célèbre partout. Il tourne alors un grand nombre de films, du Lion à Sept Têtes, tourné en moins de trois semaines en Afrique, à Têtes Coupées, tourné en Espagne quelques mois plus tard. Journaliste, critique de cinéma, réalisateur, penseur, écrivain, agitateur culturel, polémique, controversé, Glauber Rocha devient aussi le nom le plus important du «Cinéma Novo» du Brésil. Il meurt en 1981, un ans après la première de son dernier film au Festival de Venise.
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Kosh ba Kosh (1990)
Bachtiar Chudonasarow
Tadjikistan
92′
Mira arrive de Russie à Douchanbe, capitale du Tadjikistan, pour revoir son père, un joueur invétéré. Il perd souvent, et à la dernière mise, il perd tout, jusqu'à sa fille, qu'il doit donner en gage, qui plus est à un vieux joueur. Heureusement, Daler, un jeune joueur, tombe amoureux de Mira et l'aide à s'évader. Il l'emmène dans son monde à lui. Daler est le responsable d'un téléphérique quelque peu déglingué. Ses cabines transportent de tout: des touristes, du foin, des caisses de bière, le butin de divers «casses». Elles servent aussi de havre à de fugitifs rendez-vous amoureux. C'est là qu'il arrange pour Mira un inoubliable repas entre ciel et terre. Ainsi commence l'histoire d'amour de Mira et Daler. A la fin du film (mais pas de l'amour), Mira aura découvert un monde étranger, parfois exotique. Elle aura entrevu une guerre civile. Elle aura accompagné son père dans son agonie et Daler sur le chemin d'une vi nouvelle. «Kosh ba kosh» raconte une histoire merveilleuse, drôle et généreuse, une histoire d'amour passionné. C'est une allégorie de la séparation entre des êtres, de la perte de repères, de la rupture avec des pays, avec un univers social et politique. Et plus important encore, c'est le récit de la plus vraie des séparations, celle qui s'ouvre sur l'avenir.
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In Her Eyes (2011)
Xiaolu Guo
Chine
109′
Kwok Yun vit dans un village reculé, où elle passe inaperçue. Elle y vit avec son père qui se désespère de ne pas la voir mariée alors qu’elle a dépassé la trentaine. Une vie monotone, entre son travail à la mine et les quelques étreintes qu’elle a avec l’instituteur du village. Mais tout bascule, pour elle, comme pour le village, lorsqu’elle croit avoir vu un OVNI. Tous deux vont sortir de leur anonymat, pour le meilleur et pour le pire, car la cheffe du village perçoit tout de suite les bénéfices que la bourgade va pouvoir tirer de cette célébrité soudaine. La jeune réalisatrice Xiaolu Guo nous propose un portrait, sous forme d’une satire noire, d’une communauté ordinaire confrontée aux changements radicaux d’une société chinoise contemporaine chaotique, prise dans le maëlstrom de la mondialisation de l’économie. OVNI et autres curiosités Avec cette adaptation de son propre roman éponyme, Xiaolu Guo continue de s’intéresser aux petites gens, ces hommes et ces femmes laissés de côté par le développement économique frénétique de la Chine, qui se contentent de leur horizon limité, autant par tradition que par manque d’ambition. L’aventure de Kwok Yun, sa vision d’un OVNI - à laquelle s’ajoute, le même jour, son sauvetage d’un Américain égaré et mordu par un serpent - va donc secouer la tranquille quiétude du lieu. D’abord en raison des ambitions de Cheffe Chang (sorte de Peppone au féminin, autant par le bagout et la rondeur, que par le discours très «parti communiste» des années cinquante), qui rêve de faire du village de l’Oiseau-Aux- Trois-Têtes un haut-lieu touristique, avec des visiteurs arrivant du monde entier. Ce décalage entre le discours et la réalité contemporaine donne des scènes du plus haut comique (Cheffe Chang en professeur d’astronomie, ou introduisant un millionnaire venu expliquer aux villageois comme s’enrichir rapidement). L’arrivée d’un policier enquêteur, envoyé par la capitale, illustre bien, aussi, le fossé existant entre la métropole et les campagnes de l’intérieur (images dont le noir et blanc correspond tout à fait à la description signalétique schématique faite des habitants). Mais le ton de la comédie s’efface petit à petit, car le bonheur mondialisé promis est d’abord précédé de destructions : plan d’eau du pêcheur du village, champs et rizières sacrifiés pour faire place à des constructions modernes, migrant dont la masure est démolie parce qu’elle ne fait pas «bien» dans le paysage. Yun sera, elle aussi, une victime, de la jalousie, des ambitions de Cheffe Chang. En fait, c’est tout le fragile équilibre de la communauté qui se voit mis en cause, où, ici comme ailleurs, ceux qui sont à la marge deviennent des victimes expiatoires. La réalisatrice Xiaolu Guo a gagné le Léopard d’Or à Locarno en 2009 avec son dernier film She A Chinese. Elle se proclame elle-même comme surréaliste et, de fait, c’est un portrait expressionniste de la Chine contemporaine, écartelée entre la rigidité d’une idéologie de plus en plus anachronique et le chaos d’un capitalisme débridé qu’elle nous propose. Le point commun entre ces deux extrêmes étant que les droits individuels n’y ont que peu d’importance pour l’un comme pour l’autre. La mise en scène est admirablement servie par les images splendides du caméraman Michal Tywoniuk et une musique, subtile mélange de mélodies tirées du folklore traditionnel et de compositions modernes plus abstraites, qui est en parfaite résonance avec le récit. Martial Knaebel
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Alive (2009)
Artan Minarolli
Albanie
90′
Koli s’est habitué à la vie de Tirana, où il étudie et a une relation amoureuse avec une jeune étudiante de la bonne société. A l’annonce de la mort de son père, il retourne dans sa province natale pour être confronté à une obscure affaire de dette de sang datant de son grand-père. Koli se retrouve alors au centre d’un tissu de relations sociales qui lui paraissent d’un autre âge, mais qui président toujours à la vie dans ces montagnes perdues d’Albanie. ******************* Deux mondes La vie de Koli à Tirana est celle de beaucoup d’étudiants de par le monde. Etudes, copains et fêtes. Même son retour dans la famille, pour les obsèques de son père, ne diffèrent pas vraiment des funérailles campagnardes auxquelles nous pourrions assister ici. Mais cette normalité se déglingue bien vite et le jeune homme se retrouve au centre d’une vendetta familiale à laquelle il ne comprend rien. Dès lors, les événements s’enchaînent et le jeune homme se fait ballotter, impuissant, par sa famille qui veut le protéger et par les rencontres que provoque sa fuite devant les conséquences mortelles d’une tradition qu’il avait oublié, pris qu’il était par ses études et la vie moderne de la capitale. On est d’ailleurs frappé par le nombre de personnages qui semblent fuir quelque chose ou quelqu’un dans ce film. Le grand mérite du réalisateur Artan Minarolli est d’avoir su éviter les poncifs sous-tendus par un tel sujet. En privilégiant une recherche quasi documentaire de son décor, il donne à la fois un accent de vérité à son histoire, tout en lui donnant une légèreté qui mêle l’humour au drame qui se déroule sur l’écran. En cela, il semble bien s’inspirer du cinéma néoréaliste italien. Il arrive surtout, en jouant sur la «normalité» de Koli, à permettre au jeune spectateur européen, qui verrait le film, de s’identifier au personnage. En fait, des Koli, nous pouvons en rencontrer tous les jours près de chez nous. On a là un autre grand mérite de ce film: celui de nous rendre plus proches d’une jeunesse dont on ignore trop souvent les raisons de sa présence ici, en Suisse, et surtout les conditions dans lesquelles elle est arrivée chez nous. Artan Minarolli a d’ailleurs dédié son film aux quatre-vingt six personnes mortes noyées en 1997 en essayant de fuir leur pays natal. Comme Koli, ils ne demandaient qu’à vivre mieux. Martial Knaebel
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Teza (2008)
Haile Gerima
Ethiopie
133′
Anberber revient dans son Ethiopie natale. C'est un homme blessé qui écoute et parcourt en claudiquant une campagne qu'il ne reconnaît plus, saignée par la guerre. Son enfance est bien loin. Entre-temps, il y a eu ses études de biologie en Europe et les espoirs levés par la chute du Négus, puis douchés par une autre dictature. Haïlé Gerima convoque l'Histoire dans une fresque émouvante superbement filmée. Teza met en scène un épisode de l'histoire de son pays, l'Ethiopie, dans une présentation analytique remarquable, au point que le récit ne paraisse jamais anecdotique. Au contraire, l'esprit analytique qui le sous-tend lui donne une dimension universelle. Il ne s'agit plus seulement du drame de la jeunesse éthiopienne des années 70 que nous avons sous les yeux, mais de tous ceux qui, dans le monde entier, étaient portés par l'espoir d'un monde nouveau en devenir. Anberber devient ainsi le personnage emblématique de cette époque, écrasé par un pouvoir trop vite oublieux des idéaux qui l'animait. Ce personnage, on pourrait le placer ailleurs en Afrique, en Asie, en Amérique latine, même en Europe, perdu par un échec qu'il cherche à comprendre, dévasté par les blessures, dans sa chair et son esprit. Le regard jeté sur cette époque par Haile Gerima est crû, sans concession aucune, mais il est aussi empreint d'une profonde humanité car il est fait de chair et de senti-ments et il nous montre aussi un Anberber qui saura réagir et reprendre vie. En faisant ainsi oeuvre de mémoire, Teza est un film qui se révèlera bien vite indispensable. Paradoxale-ment, on aura rarement éprouvé autant ce sentiment d'urgence, cette volonté catharti-que, à raconter l'Histoire. Mais cet aspect ne doit pas nous faire oublier que Gerima est avant tout, un cinéaste. Sa maîtrise de l'image et de la direction d'acteurs font ici merveille, où les plans majestueux sont capables de saisir à la fois la poésie des espaces de la cam-pagne éthiopienne et le drame des sentiments que vivent les personnages qui l'habitent. La tragédie d'Anberber, de ses amis et de sa famille prend ainsi, par la magie d'une mise en scène généreuse, la dimension de l'épopée émouvante de toute une génération. Martial Knaebel
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L'enfance d'Ivan (1962)
Andrei Tarkowski
Russie
91′
Témoin de l'exécution de ses parents par les troupes allemandes, Ivan, encore gamin, veut se battre. Il développe un talent certain pour se glisser au travers des lignes ennemies et glaner des informations. Mais l'état-major veut le transférer à l'arrière pour qu'il rejoigne l'académie militaire. Ivan refuse et part rejoindre les partisans... Le premier film de Andreï Tarkovski, tout juste sorti diplômé du VGIK, fut mondialement salué comme un chef d'oeuvre. Il reçut le lion d'or de Venise, ainsi que de nombreux prix dans le monde entier. On y retrouve déjà l'écriture du maître, mêlant le réalisme objectif à la contemplation subjective. Malgré son succès mondial, le film fut mis au placard en URSS pour des raisons de politiques internes qui tenaient à la version officielle de la deuxième guerre mondiale de l'époque. A l'inverse de «Requiem pour un massacre» d'Elem Klimov (1985), mettant en scène lui aussi un enfant, mais qui montra la guerre en Biélorussie avec un réalisme quasi insoutenable, Tarkovski laisse une grande place aux rêves d'Ivan, mondes poétiques de son enfance et de sa famille perdues, qui s'opposent à la réalité crue de la guerre et à son désir de vengeance qui conduira Ivan à la mort.
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Opera Java (2006)
Garin Nugroho
Indonesie
115′
Dans l'ensemble de son œuvre, Garin Nugroho s'est toujours soucié de son pays, de ses errements, des injustices qui y prévalent. Le plus souvent, cet engagement se faisait au premier degré. Tel n'est pas le cas avec OPERA JAWA. Il a choisi la métaphore, qui plus est, chantée et dansée. Comment peut-on traiter de la misère et de la libération du monde en Opéra? C'est pourtant bien ce que Verdi faisait au 19ème siècle. Ce que Bernstein a mis en musique avec WEST SIDE STORY. Et c'est ce que réalise le cinéaste indonésien. Cette mise en scène somptueuse qui suscite le plaisir des sens, nous rappelle ce que l'art peut apporter aux peuples du monde. Le plaisir d'entendre une musique et des chants qui ne soient pas folkloriques mais modernes, de voir des tableaux - comment qualifier autrement ces plans si esthétiquement construits? - aux couleurs chatoyantes et celui, enfin, de suivre une histoire d'amour universelle. N'oublions pas les ballets dont la grâce et la légèreté sont merveilleusement bien rendues par une prise de vue presque voluptueuse. OPERA JAWA va marquer le cinéma indonésien, il devrait aussi marquer le cinéma contemporain, prouvant qu'il n'est pas besoin de gros budget pour accomplir un film à la mise en scène ample et spectaculaire. L'engagement, l'imagination et le talent sont plus utiles. Garin Nugroho en possède à revendre. Il aime aussi la vie. Il n'y a pas d'autre explication à cette réussite. Martial Knaebel
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Downpour (1972)
Bahram Beyzaie
Iran
130′
Le premier long métrage de Bahram Beyzaie sur un instituteur bien intentionné de Téhéran assailli par les revers de fortune a connu un énorme succès en son temps, mais était tombé dans l'oubli dans l'Iran post-révolutionnaire. Cette version présente le film tel qu'il a été restauré en 2011 par la World Cinema Foundation de la Fondazione Cineteca di Bologna / Laboratoire L'immagine Ritrovata, avec la participation de Bahram Beyzaie lui-même.
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Mémoires du sous-développement (1968)
Tomás Gutiérrez Alea
Cuba
99′
La révolution castriste marqua la fin, pour beaucoup de Cubains, de la dictature et le début de la construction d'une société où les rapports de classe seraient changés. Sergio fait partie de la bourgeoisie, toute sa famille a quitté l'île pour Miami, mais lui est resté. plus par paresse que par conviction. Seul, il prétend rédiger ses mémoires et observer le nouvel ordre qui se met en place. Mais que peut-il comprendre en restant en-dehors du processus, et en conservant ses préjugés de classe? «Memorias del subdesarrollo» eut un immense retentissement à l'époque, non seulement à Cuba où il marqua la naissance d'un cinéma nouveau qui accorda toujours un soutien critique à la révolution cubaine, mais dans le monde entier et particulièrement en Amérique latine. La structure même du film, mélangeant scènes de fiction et scènes documentaire, présentait une originalité certaine au moment de sa sortie. Surtout, il existe, au cœur du récit et de sa mise en scène, une réflexion à la fois théorique et très concrète, sur les conditions nécessaires, préexistantes ou à créer, à un changement radical de société.
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Das schweigende Klassenzimmer (2018)
Lars Kraume
Allemagne
111′
Allemagne de l'est, 1956. Kurt, Theo et Lena ont 18 ans et s'apprêtent à passer le bac. Avec leurs camarades, ils décident de faire une minute de silence en classe, en hommage aux révolutionnaires hongrois durement réprimés par l'armée soviétique. Cette minute de silence devient une affaire d'Etat. Elle fera basculer leurs vies. Face à un gouvernement est-allemand déterminé à identifier et punir les responsables, les 19 élèves de Stalinstadt devront affronter toutes les menaces et rester solidaires.
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Qissa (2013)
Anup Singh
Inde
109′
Qissa se déroule dans l'Inde post-coloniale et raconte l'histoire d'Umber Singh, un Sikh qui a dû fuir son village à cause du nettoyage ethnique au moment de la partition, en 1947. Umber décide de lutter contre le destin et construit une nouvelle maison pour sa famille. Quand Umber marie son plus jeune fils Kanwar à Neeli, une fille d'une caste inférieure, la famille fait face à la vérité sur son identité. Ambitions et destins individuels se heurtent dans la lutte avec l'éternité.
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Wonderful Town (2008)
Aditya Assarat
Thailand
92′
Takua Pa est une petite ville du Sud de la Thaïlande. Depuis le passage du tsunami, elle a radicalement changé de visage. Ton, un architecte de Bangkok, vient vivre dans cette bourgade en reconstruction afin de superviser l’avancée d’un chantier. Il loge dans un modeste hôtel tenu par Na, jeune femme au doux sourire. Leur histoire d’amour naissante n’est pourtant pas du goût de tout le monde. Une première oeuvre parfaitement maîtrisée. ******* Pour l’écriture de Wonderful Town, Aditya Assarat, originaire de Bangkok, s’est inspiré de la ville de Takua Pa, où 8’000 personnes perdirent la vie lors du tsunami de 2004. Deux ans après la catastrophe, il se rend dans cette bourgade côtière et y ressent une sensation étrange, puissante. La ville lui paraît à la fois paisible et magnifique. Les traces du tsunami avaient presque entièrement disparu. Les routes avaient été réparées, la plupart des maisons reconstruites et les cocotiers remuaient calmement au rythme du vent, comme si de rien n’était. Malgré l’apparence guérie de la ville, il constate que les habitants semblent quelque peu étourdis, repliés sur eux-mêmes, émotionnellement figés, comme s’ils venaient de se réveiller et qu’ils ne savaient pas comment rentrer chez eux. L’économie locale était toujours en ruine, les touristes n’avaient pas encore réinvesti les plages. Les stigmates étaient encore présents, le temps n’avait pas tout effacé. Selon Aditya Assarat, l’amour est le sentiment dont on se souvient le plus clairement. En premier lieu, le cinéaste s’intéresse aux gens, à leurs relations, à leurs histoires d’amour. Il est aussi influencé par les lieux. L’histoire d’amour naissante et pleine de fraîcheur de Wonderful Town contraste ainsi avec la tristesse fantomatique de la ville. Contraste aussi entre la rencontre, la naissance et la montée langoureuse, timide, du désir entre deux personnes et la volonté quasi organique d’une bourgade meurtrie d’exclure un étranger venu voler le coeur de l’une de ses parties. Au final, un hommage sobre et émouvant, soutenu par des cordes harmonieuses et épurées, une photographie sublime, des références qui lorgnent du côté de Kiarostami et de Weerasethakul, et qui nous rappelle avec délicatesse que la vie est précieuse et fragile.
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Compañeros - La noche de 12 años (2018)
Álvaro Brechner
Uruguay
117′
Ils sont trois que les militaires enlèvent de leurs cellules, sans ménagement, après les avoir encagoulés. Pour les exécuter? Ou les faire disparaître? Le titre nous prévient déjà que non. Trois hommes partent pour une longue nuit de douze ans. Álvaro Brechner signe, avec une œuvre forte, émouvante et, étonnamment, tout de même optimiste. La réalité plus forte que la fiction Le spectateur au fait de l’Histoire et de la politique en Amérique latine aura certainement entendu parler de ce président uruguayen, José «Pepe» Mujica, qui fut un ancien guérillero Tupamaro. Président atypique qui ne changea pas son train de vie, modeste, et qui lança de vraies réformes sociales. Qu’il ait été emprisonné est connu, mais on ignore souvent qu’il fut détenu au secret pendant douze longues années. Compañeros - La noche de 12 años relate cette période dramatique. L’action démarre donc en 1973, lorsque les militaires prennent le pouvoir en Uruguay, et traite de l’emprisonnement de trois anciens Tupamaros dont celui de José «Pepe» Mujica. Álvaro Brechner ne s’est pas senti le besoin d’ajouter des scènes imaginaires pour créer de faux suspens ou susciter de l’émotion factice. Il fait le choix du réalisme et s’en tient aux souvenirs que lui ont raconté les trois protagonistes. Le soin apporté aux reconstitutions, les performances des acteurs, le montage, feront le reste. On est happé par les images dont la justesse permet de quasiment ressentir dans les tripes l’état psychique et physique des personnages. A certains moments, on en oublierait même que les prisonniers verront la fin de leur calvaire, tant les personnages sont à un doigt de craquer. Leur état de délabrement physique rend ces hommes si méconnaissables qu’on a de la peine à les distinguer les uns des autres. Et effectivement, nul besoin de faux suspens, car on se demande à chaque scène comment ces hommes arrivent à survivre à tant de souffrance, à quelles nouvelles avanies ils seront confrontés. Comme les personnages, on se surprend à chercher, avec eux, la moindre lueur dans cette nuit sans fin, à trouver de l’humour là où on s’y attend le moins. Tiens, un «feel-good movie», mais un vrai qui nous parle d’une belle idée de dignité humaine. Martial Knaebel
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Los silencios (2018)
Beatriz Seigner
Brésil
90′
Après la disparition de son mari, victime du conflit armé entre les FARC, l'armée et les paramilitaires en Colombie, Amparo, accompagnée de ses deux enfants, vient se réfugier sur une petite île, coin perdu entre Brésil, Pérou et Colombie. Liant habilement rêve éveillé et naturalisme trivial, Beatriz Seigner offre une émouvante réflexion sur le statut de réfugié. Entre réalisme et fantastique C’est en pleine nuit qu’Amparo débarque sur l’Isla de la Fantasia, dont on aperçoit tout d’abord que quelques lumières, au loin, qui auraient aussi bien pu être des étoiles tant elles sont faibles et vacillantes. Le regard des enfants Nuria et Fabio donne à cette arrivée une touche de fantastique et de merveilleux. L’île est pauvre, mais elle accueille les réfugiés avec compassion. Nuria réalise, en visitant son nouveau domaine, que les habitants ne vivent pas seuls, qu’une autre communauté vaque à ses occupations, sans qu’on prenne conscience de sa présence, comme dans un monde parallèle. Et, parmi ces gens, le père des enfants, pourtant disparu. Los silencios, au départ observation naturaliste de la situation de réfugiés dans une région où Pérou, Colombie et Brésil se rencontrent, se révèle être une œuvre littéralement lumineuse, sensible et émouvante. Beatriz Seigner parvient, avec l’aisance d’Apichatpong Weerasethakul dans Uncle Boonmee Who Can Recall His Past Lives, à donner du naturel au surnaturel. Le tout rendu par le jeu des lumières et des couleurs sublimement travaillées et contrôlées de la cheffe opératrice Sofia Oggioni, osant même le fluorescent, ajoutant de la tendresse à l’émotion sur fond de mélopée chantée d’une voix grave par une vieille dame. La réalisatrice ne se contente pas d’une œuvre esthétiquement très belle, équilibrée. Elle n’oublie pas les réalités que vivent les habitants de cette région frontalière. Ce mélange des genres entre réalisme social et onirisme fantastique, c’est ce que Fernando Birri qualifiait de réalisme magique. Il est ici parfaitement à sa place, soutenu par une bande son où les bruits de la forêt, du fleuve sont omniprésents auxquels s’ajoutent des accords d’instruments autochtones, ajoutant au mystère, soulignant la poésie de chaque chose. Martial Knaebel
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Liyana (2019)
Aaron & Amanda Kopp
Swaziland
76′
Une fille du Swaziland entreprend une mission dangereuse pour sauver ses deux jeunes frères jumeaux. Ce conte africain d’animation est né de l'imagination de 5 enfants orphelins qui, ensemble, racontent une histoire de persévérance tirée de leurs souvenirs les plus sombres et de leurs rêves les plus fous. Le parcours de leur personnage de fiction est ponctué de scènes documentaires poétiques qui défient le genre et célèbrent la narration collective.
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Tel Aviv on Fire (2018)
Sameh Zoabi
Palestine
97′
Pas évident de tourner une comédie sur un thème aussi chaud que l’occupation de la Palestine. Eh bien, Sameh Zoabi relève le gant et réussit à nous faire rire avec Tel Aviv on Fire. Exercice d’autant plus réussi que le jeune réalisateur n’élude pas la situation politique réelle. Tout au plus adoucit-il les protagonistes. Mais n’est-ce pas là le but de toute comédie? Micmac à Ramallah Nous sommes en 1967, Tala, une jeune activiste palestinienne, est à Paris pour voler des plans d’invasion à un général israélien qu’elle doit séduire et abattre si nécessaire. Telle est l’intrigue d’une sitcom palestinienne qui colle à leurs télévisions les ménagères des deux côtés du mur de séparation. Engagé par son oncle, le producteur, Salam y travaille corrigeant les dialogues en hébreu des acteurs et l’arabe sommaire de la star internationale tenant le rôle principal. Habitant Jérusalem, il doit passer le mur tous les jours. C’est là qu’il a l’idée malencontreuse de tester un dialogue avec une soldate israélienne. Ni une, ni deux, le voici menotté face au commandant lisant un scénario où on parle de bombe ... Un commandant dont la femme, elle aussi, suit la sitcom avec passion. L’officier voit là une bonne occasion d’épater son épouse et de réviser une histoire qu’il juge trop antisioniste. On ne dira plus rien des aventures du pauvre Salam obligé de naviguer à vue au gré des récriminations des uns et des autres. Tel Aviv on Fire est une réussite. Sameh Zoabi arrive à nous faire rire sur un sujet qui, a priori, n’a rien de gai: une situation politique bloquée pour longtemps. Cependant, ce rire n’a rien de moqueur, et encore moins d’humiliant, car il n’évacue pas la réalité de cette région où la vie des Palestiniens est balisée par ces queues aux barrages de l’armée d’occupation, où la méfiance envers l’autre semble insurmontable alors qu’ils aiment tous le même houmous. Au contraire, le réalisateur joue avec cela pour introduire les rebondissements les plus inattendus, ménageant un suspens gratiné quant à savoir comment son héros va se tirer du guêpier dans lequel il s’est mis. Après un final ébouriffant, on est d’accord avec les ménagères des deux bords: vivement la saison 2! Martial Knaebel
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La hora de los hornos (1968)
Fernando Solanas
Argentine
88′
«Notre film est un film d'agitation et de propagande. C'est encore plus: un film d'action, un film-acto», a dit Fernando Solanas à propos de l'œuvre clé du nouveau cinéma latino-américain. Réalisé dans la seconde moitié des années soixante, La hora de los hornos est clairement un film destiné à un public averti et engagé. Dans une véritable orgie de montages de sons, d'images et de textes, les auteurs compilent des images qui ont façonné et déterminé l'histoire et la vie sur le continent latino-américain. L'attitude est clairement et sans équivoque celle d'un éclairage politique: «Le film n'est pas encore terminé, si l'on considère qu'un film historique actuel ne peut pas avoir de fin. Il ne se terminera que lorsque nous aurons le pouvoir, lorsque la révolution aura eu lieu», a dit Solanas à l'époque. Entre-temps, au moins deux choses sont claires: le processus décrit et dénoncé dans le film se poursuit avec l'évolution de la géographie. Et Solanas lui-même a repris en 2001 le travail de l'époque et réalisés deux suites, Memoria del saqueo et La dignidad de los nadies. La hora de los hornos fascine aujourd'hui encore comme document contemporain et par sa force.
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Le regard d'Ulysse - To vlemma tou Odyssea (1995)
Theo Angelopoulos
Grèce
169′
Un cinéaste grec exilé aux États-Unis revient chez lui pour la projection de son dernier film. C'est l'occasion d'un voyage initiatique à la recherche du mythique premier film à avoir jamais été tourné en Grèce.
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Les oiseaux de passage - Pájaros de verano (2018)
Ciro Guerra, Cristina Gallego
Colombie
125′
Rapayet veut épouser Zaida, mais Ursula, la mère, se méfie du prétendant et exige une dot qu’elle pense au-delà de ses possibilités. Le jeune homme trouvera pourtant un moyen et c’est ainsi que débutera le trafic de drogues en Colombie. Ciro Guerra et Cristina Gallego insèrent une action «à la Coppola» dans un contexte historique et culturel étrange et palpitant. Ursula est la Marraine Nous sommes dans les années 70 et c’est la fête dans le clan wayúu qui célèbre l’entrée dans l’âge adulte de Zaida. Rapayet profite de la danse traditionnelle pour demander la main de la belle. Ursula, la mère, est méfiante car la famille du jeune homme est pauvre. Elle exige alors une dot au-delà des moyens du prétendant. Celui-ci ne renonce pas et profite du passage de jeunes États-uniens pour leur vendre une cargaison de marijuana. La richesse s’installe alors dans ce groupe ethnique oublié du développement de la Colombie. Richesse qui suscitera jalousie et guerres de clans. On se souvient de la force d’évocation de El abrazo de la serpiente, où l’intrusion des Blancs et missionnaires détruisit le fragile équilibre entre nature et population indigène. S’il change de décor, quittant la forêt luxuriante pour une zone aride et quasi-désertique, Ciro Guerra ne renonce pas à la théâtralité d’une mise en scène épurée qui donne aux personnages toute leur dimension tragique. Bien sûr, Le Parrain de Coppola vient immédiatement à l’esprit lorsqu’on admire la présence de Carmiña Martinez campant une Ursula, sorte de Doña Corleone wayúu. Par ailleurs, le chef opérateur David Gallego filme magnifiquement ces paysages de western au point qu’on se surprend à attendre une musique de Ennio Morricone. On ne peut toutefois oublier le caractère avant tout latino-américain du film et l’apparition des Peace Corps évoquerait plutôt Le sang du condor, du Bolivien Jorge Sanjines, où ces jeunes gens stérilisaient en douce les femmes des communautés indiennes. Ici, les oiseaux de passage pourraient bien être ces petits avions atterissant pour repartir avec leur cargaison d’herbe. Voici ce qui fait la force des films de Ciro Guerra et Cristina Gallego: une intrigue passionnante évoquant un contexte historique très bien dessiné. Martial Knaebel
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La charge (2018)
Ognjen Glavonić
Serbie
98′
En route Vlada travaille comme chauffeur de poids lourds durant les bombardements de la Serbie par l'OTAN, en 1999. Chargé de conduire un mystérieux chargement du Kosovo jusqu'à Belgrade, il traverse un territoire marqué par la guerre. Alors que sa tâche touche à sa fin, Vlada doit rentrer chez lui, faire face aux conséquences. «La Charge» retrace l’histoire de Vlada, un homme qui vient de perdre son poste de chauffeur. L’armée lui propose une mission bien rémunérée qu’il accepte malgré ses suspicions. Le film le suit au cours de cette journée durant laquelle il conduit un camion à travers la Serbie. Au cours, aussi, de son cheminement intérieur - dans une plongée métaphysique qui le confronte à lui même et à la société dans un sombre moment de déchéance. C’est de là que naît la tension du film: du sentiment d’angoisse lié à cette vérité que Vlada ne veut pas regarder mais qui peut surgir à tout moment, au détour d’un carrefour. La pression imposée au spectateur est celle que notre protagoniste génère et supporte.
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Kick Off (2009)
Shawkat Amin Korki
Iraq
81′
Des réfugiés occupent le stade de Kirkouk, n’ayant toujours pas trouvé de lieu où vivre. Deux amis passionnés de football veulent monter, après la victoire de l’Irak à la coupe asiatique, un tournoi entre Turcs, Arabes, Kurdes et Assyriens. Mais rien n’est simple en Irak. Dans un style enlevé, Shawkat Amin Korki livre une comédie dont la fraîcheur et l’humour soulignent d’autant plus le destin tragique de ces réfugiés dans leur pays. * * * * * * La joie de jouer En réalisant Kick Off, le jeune cinéaste kurde Shawkat Amin Korki réussit, avec peu de moyens et, surtout - car leur présence crève l’écran -, des acteurs nonprofessionnels, à exprimer la réalité d’une situation où la nécessité de la survie n’empêche pas de vouloir vivre. C’est-à-dire aussi aimer et jouer. Et ces acteurs le démontrent eux-mêmes, laissant voir leur propre joie de jouer, en faisant parfois des tonnes, pour notre plus grand plaisir. Aucun artifice pourtant, pour nous faire oublier la guerre et l’occupation: le bruit récurrent d’un rotor d’hélicoptère, le son des bombes, au loin, le petit frère d’Asu qui se traîne sur une jambe, une mine lui ayant enlevé l’autre, la situation précaire de ces réfugiés dans le stade. C’est ce stade qui sera d’ailleurs le lieu unique de l’action, dont les tribunes sont les remparts, protection hypothétique contre les agressions du monde extérieur. Le réalisateur nous en fera découvrir quasiment tous les recoins, montrant l’ingéniosité de leurs occupants à les utiliser. Korki ne nous cachera pas non plus les difficultés de coexistence entre les différentes nationalités, au moment de trouver un arbitre pour le tournoi d’Asu et Sako. Mais, là encore, il usera du ton de l’humour. Le choix du noir et blanc à la fois apporte une touche vériste, proche du documentaire - certaines scènes donnent l’impression du « direct », accentué par le sentiment d’improvisation qu’elles laissent - sentiment qu’il faut prendre ici dans un sens positif: car il apporte une telle vie au récit. Paradoxalement, cette absence de la couleur rappelle également certaines vieilles comédies italiennes des années cinquante avec leurs personnages haut en couleurs. S’il fallait trouver un film pour nous faire aimer l’Irak et les Irakiens, ce serait Kick Off qu’il faudrait choisir. Sans discussion. Martial Knaebel
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A peine j'ouvre les yeux (2015)
Leyla Bouzid
Tunisie
102′
Tunis, juste avant la chute du président Ben Ali. Farah vient d’avoir son bac, rêve de musique et joue dans un groupe de rock contestataire. Elle aime, boit et chante dans des cafés où il n’y a que des hommes. Sa mère a peur et voudrait la protéger contre elle-même. Leyla Bouzid nous offre un film d’une vivacité incroyable et, d’une certaine manière, un hommage à une jeunesse qui voudrait vivre, elle aussi. Une jeunesse tunisienne Été 2010. Farah vient de réussir son bac avec mention. Sa famille fait la fête et la voit déjà étudier la médecine. Mais ce n’est pas ce que voudrait la jeune fille qui chante dans un groupe de rock contestataire et rêve de faire musicologie. Alors elle sort la nuit, malgré les promesses faites à sa mère, boit et chante, aime, enfin, Borhène, le parolier et leader du groupe. Elle fait tout cela avec la fougue et l’énergie de la jeunesse. Sa mère essaie bien de la brider en l’absence de son père qui travaille loin de Tunis. Mais rien n’y fait, elle veut vivre, à l’image de toute une jeunesse qui supporte de moins en moins la police secrète de Ben Ali. Celle-ci commence à s’intéresser à ce groupe qui prend trop de libertés: des concerts sont annulés et un ami de sa mère, la prévient: sa fille est en danger elle aussi. Hayet décide alors d’envoyer Farah à Gafsa, rejoindre son père. Au moment de prendre le taxi collectif, Farah disparaît.Leyla Bouzid insuffle autant d’énergie dans son premier film que la jeune Baya Medhaffer met à incarner son personnage de Farah. La caméra de Sébastien Goepfert suit le mouve-ment avec la même fougue, captant les envies de liberté de la jeune fille et de ses amis avec une maestria remarquable. À peine j’ouvre les yeux est un film fait de coups de poing, où s’opposent les émotions des protagonistes du récit. Aux envies de vivre de la fille, la mère répond par l’inquiétude et la crainte, donnant l’image d’une femme conservatrice. Puis, tout bascule avec la disparition de sa fille, une autre femme apparaît, courageuse, prête à mordre. Leyla Bouzid saisit et met en scène ce changement d’atmosphère, où l’angoisse prend le pas sur l’envie de vivre, avec autant de justesse qu’elle suivait les escapades des jeunes gens. Quelques mois avant la chute du président Ben Ali, voici un superbe instantané du climat régnant en Tunisie. Pas de démons-tration, juste du beau cinéma. Martial Knaebel
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L'intrepido (2013)
Gianni Amelio
Italie
111′
Antonio Pane est un homme apaisé. On pourrait presque dire qu’il vole à la façon dont il avance dans le quotidien d’une Italie qui va mal. Nous le suivons dans l’exercice des nombreuses professions qu’il exerce car Antonio a inventé une occupation particulière: il remplace qui le lui demande, pour quelques heures ou plus, pour un mariage, une visite chez le médecin, une conversation avec sa fille. Voici Antonio, l’Intrepido, l’inébranlable. Pas de miracle à Milan Comment réaliser un film sur un pays en crise profonde? Comment parler du bonheur alors que tout va mal? Comment passer entre les écueils du récit à l’eau de rose ou au contraire noir et désespéré? Comment surtout rendre justice aux sans-grades, aux victimes d’un système mondialisé sans tomber dans la démagogie facile? Partant de là, on ne peut qu’apprécier le tour de force réalisé par Gianni Amelio nous livrant une histoire ciselée, sensible, émouvante. Antonio fait des remplacements quel que soit le travail, maçon, livreur, cuisinier et même conducteur de tram. Il traverse une Milan revêtue d’un costume futuriste où tours et grattes-ciel s’élèvent parmi les fourmis qui les montent (travail fantastique du décorateur Giancarlo Basili). Il émane de cet homme solitaire une aura étrange: une sorte de paix intérieure, le sentiment qu’il voit et ressent ce que les autres qu’il côtoie ne voient et ne ressentent pas. Elle lui permet d’entrer en contact avec les êtres les plus désespérés, comme Lucia par exemple. Il se dégage une sensibilité d’une force irrésistible de la mise en scène d’Amelio, dans la façon qu’il a de filmer Antonio (Antonio Albanese qui nous offre une composition sublime) et ses rencontres improbables, sa solitude, les gestes les plus banals de son quotidien. On voit bien que le regard d’Amelio est des plus désespérés, que le Miracle à Milan de de Sica ne serait plus possible aujourd’hui, ou alors il serait factice, pas crédible. Ainsi L’Intrepido n’est pas un héros qui arrive à bout de tout. Il ne sauve rien, ni personne. Et pourtant... Malgré les échecs, les avanies, les pertes, Antonio l’inébranlable continue de chercher ce que ses protagonistes ne voient plus depuis longtemps, le bonheur. Et c’est cette attitude que l’on retient de tout le film: Antonio, envers et contre tout, ne survit pas, il vit. Martial Knaebel
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Memories on stone (2014)
Shawkat Amin Korki
Iraq
96′
Une histoire kurde Hussein et Alan, deux amis d’enfance kurdes décident de tourner un film qui retracerait le génocide perpétré par Saddam Hussein et ses troupes dans les années 80 où près de 200’000 Kurdes furent massacrés. Mais tourner dans l’Irak de l’après-guerre ne s’avère pas une chose si facile. La plus grosse difficulté arrive lorsqu’il s’agit de trouver la femme qui devrait jouer le rôle principal. Toutes celles pressenties se désistent l’une après l’autre. Alors qu’Hussein voit le projet capoter pour cette seule raison, une jeune femme apparaît et se propose. Sinur correspond tout-à-fait à ce qu’ils espéraient, il reste maintenant un dernier obstacle à franchir: obtenir l’accord de sa famille, c’est-à-dire celui de son oncle Hamid et de son cousin Hiwar qui en est follement amoureux et voudrait l’épouser. Etrangement, Sinur, elle, est prête à tout pour jouer ce rôle. Cependant, les problèmes ne s’arrêtent pas là pour nos deux amis, l’argent vient à manquer, mais ils sont prêts pour pouvoir finir le tournage. Le dernier jour du tournage, un coup de feu se fait entendre, Hussein s’écroule sans connaissance. Le film pourra-t-il enfin être vu sur un écran? Après CROSSING THE DUST (2006) et KICK OFF (2009), Shawkat Amin Korki poursuit son exploration du passé douloureux du peuple kurde irakien. Encore une fois, il évite la pose mélodramatique, usant de rebondissements parfois rocambolesques pour adopter un ton léger qui n’enlève pourtant rien au sérieux de son propos et où les allusions au cinéaste Yilmaz Güney sont fréquentes, qui rappellent les années héroïques du cinéma kurde.
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Ajami (2009)
Scandar Copti, Yaron Shani
Israël
120′
A Jaffa, le jeune Nasri, âgé de 13 ans, et son grand frère Omar vivent dans la peur depuis que leur oncle a tiré sur un membre important d’un autre clan. Malek, un jeune réfugié palestinien d’un camp de West Bank, travaille illégalement en Israël pour financer l'opération que sa mère doit subir. Binj, palestinien, rêve d’un futur agréable avec sa petite amie chrétienne. Dando, un policier juif, recherche désespérément son jeune frère disparu. Des destins croisés au coeur d’une ville déchirée. La réalité telle qu’elle se présente Le quartier d’Ajami, à Jaffa, est un lieu cosmopolite où cohabitent Juifs, Musulmans et Chrétiens. Depuis toujours, la situation est complexe et sensible. La tragique fragilité de l’existence humaine est expérimentée quoti-diennement dans cette communauté cloison-née, où les ennemis sont voisins. Véritable fiction-réalité, alliant la force du documentaire à la finesse de la narration fictive, travail magistral (7 ans ont été nécessaires à la fabrication du film), Ajami est une oeuvre puissante, dérou-tante et unique, qui tente de dépasser les clivages religieux afin de présenter la réalité telle qu’elle est, véritablement. Submergés par la violence de leur réalité respective, les deux réalisateurs, transformant leurs différences en ressources – l’un est un juif israélien, l’autre est un citoyen palestinien d’Israël – ont donc décidé de se plonger ensemble dans le quotidien des habitants d’Ajami, le plus grand quartier arabe de Jaffa. «Nous avons écrit Ajami car nous voulions raconter l’histoire de personnes que nous connaissons et, à travers elles, transmettre quelque chose que nous partageons tous: l’ambivalence tragique de la réalité humaine. Nous ne connaissons pas d’autre endroit exprimant mieux la collision de “mondes” différents que les rues d’Ajami. Ajami est un melting pot de cultures, de nationalités et de perspectives humaines opposées. Notre but était de montrer cette réalité avec la plus grande sincérité.» Yaron Shani & Scandar Copti
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Timbuktu (2014)
Abderrahmane Sissako
Mali
95′
Timbuktu est occupée par les djihadistes qui y font régner leur ordre nouveau. Sous leur tente, Kidane et sa famille mènent une vie paisible qui semble loin de cette folie meurtrière. Leur destin basculera avec la mort d’Amadou le pêcheur, tué accidentellement par Kidane. A la folie de l’obscurantisme, Abderrahmane Sissako oppose un poème d’une profonde humanité, justement récompensé par le jury œcuménique du festival de Cannes. La caméra suit une gazelle galopant dans le désert, mouvements harmonieux, elle épouse la couleur et la texture du désert. Coups de feu, elle est chassée par un 4X4, objet outrageusement hexogène au décor qui l’entoure. Voici les djihadistes envahissant Timbuktu, imposant une loi tout aussi étrangère à une population paisible. Comme tous les films de Sissako, le récit se déroule à la fois dans une histoire linéaire, celle de Kidane, et par une suite de tableau installant une atmosphère, le tout dans un décor grandiose d’un désert merveilleusement filmé, dominé par les ocres du sable et des murs de la ville. Récit à la fois poétique, musical, chez Kidane, et traversé d’humour lorsqu’il s’agit de suivre les comportements des occupants incapables de communiquer leurs lois et leurs règles car ils ne connaissent pas la langue du lieu, ni ne sont vraiment capables de se comprendre entre eux. Récit intense, qui déploie une énergie émotionnelle extraordinaire lorsqu’une femme trouve encore la force, sous les coups de fouet, de chanter d’une voix déchirante. Les femmes, premières victimes de l’ordre nouveau islamique, sont aussi celles qui offrent le plus de résistance: Zabou la folle, tête à l’air qu’on n’ose pas toucher, Satima la femme de Kidane. A elles, aux autres, les djihadistes n’ont que la force de leur kalachnikov à opposer lorsque leur langue de bois ne les convainc pas eux-mêmes. La caméra magnifie ces courages, démonte le discours des extrémistes en montrant leur statut d’homme commun. Et si, au lieu de diaboliser ces «fous de Dieu», on les humanisait en les regardant tels qu’ils sont: des hommes ordinaires? Ils y perdraient à coup sûr leur dimension mythique aux yeux de beaucoup. Et c’est ce que fait, le plus simplement du monde, et de la plus belle des manières, Abderrahmane Sissako.
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Bab el-oued City (1994)
Merzak Allouache
Algérie
92′
Nous sommes à Bab el-Oued, quartier historique et populaire d'Alger. Boualem est employé dans une boulangerie du quartier. Il travaille dur la nuit et dort le jour. Un après-midi, alors qu'il se repose après une nuit de labeur, la voix amplifiée du prêche de l'imam Rabah, diffusée par un haut-parleur au volume sonore maximal, réveille Boualem en sursaut. Celui-ci, dans un accès de colère incontrôlable, grimpe sur la terrasse, arrache le haut-parleur, l'emporte et le jette à la mer. Ce geste, que Boualem ne peut expliquer véritablement, va mettre le quartier en émoi. Un groupe de jeunes, dirigé par Saïd, se met à la recherche du coupable pour lui infliger une punition exemplaire pour son acte provocateur. Ces péripéties nous font découvrir un quartier, Bab el-Oued, avec ses ambiances populaires, parfois attachantes et drôles. Il y a les femmes, vivant avec dérision leur quotidien routinier. Il y a les jeunes dans les rues, sans espoir ni travail, partagés entre la drogue et l'embrigadement, il y a les souvenirs nostalgiques d'une splendeur passée. Il y a l'amour, enfin, entre Boualem et Yamina, la jeune sceur de Saïd... Portrait d'une jeunesse perdue, à l'avenir obscurci par une crise économique et une montée de l'extrémisme. «Bab el-Oued City» donne une image universelle d'une génération. Les rêves de la jeunesse algéroise sont les mêmes que ceux de la jeunesse européenne, ce sont les mêmes que la jeunesse du monde entier. Comme partout, le désespoir et l'exclusion sont le terreau idéal pour les fondamentalismes de tout bord.
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Theeb (2014)
Naji Abu Nowar
Jordanie
100′
Le jeune Theeb vit avec son grand frère Hussein dans un campement de Bédouins en plein désert. Lorsque son frère sera chargé de guider un officier britannique vers un vieux puits abandonné, Theeb voudra les suivre. Ce sera le début d'une aventure qui changera Theeb à tout jamais. Tourné sur place, avec une équipe restreinte et les Bédouins comme acteurs, Theeb a tous les ingrédients d'un film d'aventure: suspens, action, émotion. Grandir dans le désert 1916, au loin la guerre fait rage, mais les échos n'en atteignent pas cette partie du monde, la province ottomane de Hijaz. Leur père mort, Hussein a pris en charge l'éducation de son petit frère Theeb à qui il apprend à survivre dans cette contrée ingrate. Une nuit, surgissent un officier britannique et son guide bédouin. Ils sont à la recherche d'un vieux puits abandonné. Hussein est désigné par les anciens pour les mener à destination. Theeb est fasciné par cet homme blond en uniforme et décide de les suivre. Repéré la première nuit, il intègrera la petite troupe car le Britannique et le Bédouin refusent qu'Hussein le ramène au campement pour ne pas perdre de temps. Les craintes d'Hussein se révèlent pourtant fondées, ces contrées désertiques sont des repères de brigands que le petit groupe ne va pas tarder à rencontrer. Et ce sera une lutte sans merci dont Theeb sera le seul à sortir à indemne. Comment va-t-il alors pouvoir retrouver une zone plus hospitalière? Theeb a été tourné dans les décors du Wadi Rum, sauvages et majestueux, situés au sud de la Jordanie. Les mêmes espaces où a été filmé le mythique Lawrence d'Arabie de David Lean. L'histoire se déroule d'ailleurs à la même époque de la première guerre mondiale, période qui a vu les révoltes des Bédouins contre un empire ottoman déliquescent. L'entrelacs de gorges sablonneuses et reliefs impressionnants s'y impose comme un personnage orgueilleux qui ne pardonne pas la moindre distraction et donne au film l'ampleur d'un film d'aventure à grand spectacle. Face à ce décor, les combats des hommes pourraient paraître comme dérisoires s'il n'y avait Theeb, ce gamin obligé de grandir très vite pour pouvoir survivre dans un monde où l'homme est un loup pour l'homme. Premier film du Jordanien Naji Abu Nowar, Theeb fascine par la simplicité de son intrigue et la maîtrise de l'action dramatique dont il fait preuve. Martial Knaebel
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Durak (2014)
Juri Bykow
Russie
121′
Un thriller implacable et haletant Avec Durak, Yuri Bykov nous dévoile tous les maux et toutes les tares dont souffre le monde politique russe. Cela part de la corruption, en passant par l’incompétence et la prévarication, et ça peut aller jusqu’au crime pour dissimuler les premières. Et cette situation déteint sur l’ensemble de la société russe, montrée elle aussi en pleine déliquescence. Ainsi Dmitri doit défendre ses convictions de justice jusqu’au sein de sa propre famille. Lorsqu’il arrive dans le locatif délabré, ses habitants l’accueillent avec une méfiance dont ils ne se départiront pas. Comment le pourraient-ils, puisqu’à chaque fois les visites d’officiels et de techniciens se sont soldées par de vagues promesses jamais tenues? Durak tire aussi sa force d’une grande finesse dans l’installation, puis l’évolution des personnages montrés dans toute leur humanité, avec leurs côtés sombres, mais aussi avec leurs qualités quand ils en ont. Ainsi, à cette dénonciation politique, portée par une narration fluide et nerveuse, s’ajoute une étude de caractères passionnante, ajoutant à chaque fois de nouveaux détails au tableau brossé par Bykov. Pas de portraits au carré, mais une profondeur qui enrichit le drame de ses retournements, qui souligne aussi l’ampleur de la corruption et la gravité des maux auxquels sont confrontés les Russes. Yuri Bykov instille du suspens dans un drame cousu de fil blanc, surprenant son public malgré tout et maintenant une tension dramatique de bout en bout de son récit. Durak est une performance dramatique extraordinaire et stupéfiante avec des scènes d’anthologie. Brûlot politique, performances d’acteurs et d’actrices, mise en scène en staccato qui ne nous laisse pas une minute de répit. Tous les critiques le disent, on en sort éreinté, mais on aura jamais été aussi heureux de l’être. Martial Knaebel
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Abluka (2015)
Emin Alper
Turquie
119′
En liberté conditionnelle, Kadir cherche à reprendre contact avec son jeune frère Ahmet dès sa sortie de prison. Mais ce dernier ne semble pas intéressé à renouer avec son aîné. Autour d’eux, c’est le chaos total, les bruits de bottes succèdent aux explosions. C’est un Istanbul apocalyptique que nous montre Emin Alper dans un suspens haletant de bout en bout. De la suspicion à la folie Nous sommes dans un avenir à la fois proche et indéfini. Istanbul est secoué par des explosions presque quotidiennes. Des groupes armés se dissimulent dans les bidonvilles qui entourent la ville et que la police chasse sans ménagement. C’est ce climat de suspicion, de peur et de violence que découvre Kadir à sa libération. Il a été condamné à vingt ans de prison pour crime. Deux ans avant l’accomplissement de sa peine, on lui octroie une liberté conditionnelle pour autant qu’il intègre un groupe chargé de fouiller les ordures pour y trouver des objets qui pourraient servir ou avoir servi à la fabrication de bombes. Le premier geste de Kadir est de rendre visite à son jeune frère qu’il a quitté alors qu’il n’était qu’un enfant. Cependant, Ahmet ne semble pas enclin à renouer les contacts avec son aîné. Il est engagé par la municipalité pour tuer les chiens errants. Mais il en soigne un en cachette dans sa maison. Affolé à l’idée d’être découvert, il ne répond pas aux appels de son frère. Kadir est alors persuadé qu’il est retenu en otage ... Nul besoin de lourds et dispendieux effets spéciaux pour créer une atmosphère paranoïaque et anxiogène. Amin Alper a su choisir ses décors, user de la lumière, travailler la bande son et, surtout, diriger des acteurs hors pair pour créer un climat de suspens et de malaise qui scotche le spectateur à son fauteuil. Le réalisme des scènes de jour et d’extérieur, où Kadir et Ahmet vont travailler chacun de leur côté, s’opposent aux nuits solitaires et fantasmatiques des deux hommes dont le montage subtile entrelace les cauchemars et les hallucinations de l’un ou de l’autre au milieu du silence oppressant d’une ville où les vrombissements des lourds convois militaires répondent aux secousses des explosions nocturnes. Abluka démonte superbement le mécanisme qui, de la suspicion, mène à la folie.
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Worlds Apart (2015)
Christopher Papakaliatis
Grèce
105′
Trois récits parallèles, chacun suivant une histoire d'amour entre un étranger et un Grec. Trois générations tombent amoureuses dans la période de crise socio-économique qui domine l'Europe du Sud dans son ensemble. Leurs histoires se rejoignent à la fn du flm et montrent que même en cette époque diffcile, il reste de la place en Grèce pour la beauté et l'humanité. Et que l'amour peut y naître même dans les pires moments. Daphne échappe in extremis à un viol grâce à l’intervention de Farris, un réfugié syrien. Ils se reverront et s’aimeront. Giorgos vit mal ses problèmes de couple et sa situation professionnelle. Une rencontre fortuite dans un bar, et voilà la passion qui semble renaître. Sebastian, retraité allemand installé récemment en Grèce, rencontre Maria, une femme au foyer. Il lui parle d’Eros et de la riche culture grecque, elle lui répond bouches à nourrir. Trois émouvantes histoires d’amour situées dans la Grèce d’aujourd’hui. Quand on n’a que l’amour Il n’y a pas si longtemps encore, la Grèce faisait la une des journaux quasiment chaque jour. Désastre économique, crise sociale et politique, saignée imposée par l’Union Européenne nous étaient décrits dans le détail. Plus récemment, c’était l’afflux des réfugiés qui venait encore alourdir les difficultés du pays. Le grand mérite de Worlds Apart - littéralement Mondes séparés - est de rendre concrètes et réelles les conséquences de l’application des abstractions théoriques des économistes bruxellois. De fait, les trois histoires traitent, la première, de cet afflux des réfugiés, la deuxième d’une restructuration dans une entreprise, imposée de l’étranger. Le dernier épisode, de la misère qui s’installe dans les ménages et les familles. Pourtant, le film n’a rien de didactique, au contraire. Ce serait même paradoxalement presque un «feel good movie», tant ses personnages qui rencontrent l’amour y sont décrits avec tendresse, tant les images et les récits rendent leurs vies palpables et vraies, même si la cruauté des situations n’est pas évacuée. Cruauté rendue encore plus évidente lorsque la caméra sursaute, comme nous, avec l’explosion soudaine des violences. Mais, pour le réalisateur Christopher Papakaliatis, l’amour est aussi un facteur d’espoir car il accentue l’humanité chez chacun. D’où l’importance du professeur dissertant avec chaleur et poésie sur les apports de la culture grecque à l’histoire du monde. D’où l’importance aussi de ce choix d’interrompre abruptement chaque histoire dans un moment dramatique, puis de les rassembler dans un final étonnant.
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Valley of Saints (2012)
Musa Syeed
Inde
81′
Dans les contreforts de l'Himalaya, au Cachemire indien, s'étend le lac idyllique de Dal, un lieu plein de mythes où vit le jeune batelier Gulzar avec son vieil oncle, dans un maison sur pilotis. Il gagne sa vie en emmenant des touristes sur son bateau pour des promenades sur le lac. En raison de l'état de guerre qui persiste, mais aussi de la misère, il décide de partir pour New Dehli avec son meilleur ami Afzal. Mais ce plan devra être repoussé en raison d'une interdiction totale de quitter le territoire. Il rencontre alors une jeune scientifique, Asifa qu'il aidera dans son étude écologique du lac. Il tombera amoureux de la jeune fille qui, de son côté, essaie de le sensibiliser à l'extrême pollution subie par le lac. Celle-ci va aussi le pousser à réfléchir à sa décision de quitter son pays natal pour la capitale. Question qu'il se pose d'autant plus qu'il n'a pas le courage d'annoncer à son vieil oncle qu'il va le quitter et que celui-ci devra se débrouiller tout seul.Si les documentaires écologiques sont nombreux en Inde. Les fictions traitant de ce thème sont bien plus rares. C'est qui fait déjà l'intérêt du film de Musa Syeed, avec en plus un angle d'attaque adopté qui présente un intérêt certain, spécifique qu'il est à l'Inde: comment certaines traditions millénaires peuvent arriver à "tuer" un lieu du fait de la surpopulation. Car le lac de Dal se meurt. On voit donc se lier la guerre latente qui règne au Cachemire, la pauvreté qui pousse à l'immigration et, ce qui semble moins toucher les populations, mais n'est pas moins grave: la pollution qui devient un danger presque aussi grand que la guerre. La mise en scène est modeste dans ses prétentions, elle n'en est pas moins complexe par la richesse des personnages, la profondeur des dilemmes auxquels ils sont confrontés, enfin par leur humanité. A tout cela s'ajoutent les images superbes d'un décor majestueux.
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Soy Nero (2016)
Rafi Pitts
Mexique
117′
Nero rejoint son frère aîné qui vit à Los Angeles et veut s’y installer comme lui. Il réalise très vite qu’il n’a pas trop de choix, comme immigrant illégal aux Etats-Unis: pour obtenir le précieux sésame que représente la «green card», il doit s’engager dans l’armée et partir combattre. Rafi Pitts explore à sa manière, ironique, les notions de frontières, d’appartenance et de citoyenneté. Nero court dans le désert, profitant des feux d’artifice du 4 juillet pour traverser la frontière qui sépare les Etats-Unis et le Mexique. A Los Angeles, il rejoint son frère aîné qui vit dans une luxueuse villa. La précarité de sa situation lui apparaîtra bien vite et Nero choisira le raccourci le plus efficace pour obtenir le Graal que recherche chaque migrant illégal chez le grand frère américain: la fameuse carte verte. Le voici donc soldat, gardant lui-même un autre poste frontière, dans un autre désert, quelque part au Moyen-Orient. Né d’un père britannique et d’une mère iranienne remariée avec un Français, Rafi Pitts, qui vit lui-même à Paris, sait de quoi il parle lorsqu’il traite de la relativité des frontières et des origines. On reconnaît aussi - dans la façon dont se développe le récit - la patte d’un des maîtres de la nouvelle vague roumaine, Razvan Rudulescu, qui a participé à l’écriture du scénario: scènes mêlant l’absurde au drame, ironie grinçante des dialogues, pour évoquer une situation paradoxale qui ne choque pourtant plus personne. La réalité de nombreux migrants qui risquent leur vie pour une société qui ne veut pas d’eux, simplement pour échapper à la misère qu’ils subissaient dans leur pays d’origine. Rafi Pitts nous offre un jeu de miroirs audacieux, où deux Nero semblent se regarder et s’opposer. Ils sont nombreux déjà, les films tournés, que ce soit sur les migrants illégaux, ou sur la guerre au Moyen-Orient. Etonnamment, Rafi Pitts semble être le premier à avoir pensé à lier les deux thèmes qui sont le reflet d’une situation admise officiellement par l’administration américaine. Pris sous le feu d’un ennemi invisible, les soldats sont obligés de fuir et d’abandonner leur poste de garde. Et voilà Nero courant à nouveau dans le désert, raccourci saisissant d’un destin absurde.
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Il était une fois en Anatolie (2011)
Nuri Bilge Ceylan
Turquie
151′
Dans le noir, au loin, de petites lueurs apparaissent. Quelques secondes et on s’aperçoit qu’il s’agit d’une colonne de trois voitures. Policiers, gendarmes et procureur sont à la recherche du corps d’une victime d’un meurtre. Plusieurs haltes, plusieurs explorations seront nécessaires pour enfin trouver le cadavre dans un petit matin blême. Le temps pour le spectateur de faire connaissance avec les membres de ce cortège officiel: commissaire, procureur, médecin, plus ou moins loquaces sur leurs vies et leurs drames personnels. Il suffit à Nuri Bilge Ceylan de quelques phrases, de quelques plans même pas rapprochés, pour que ses personnages prennent corps et nous révèlent tout de leurs vies. Il était une fois en Anatolie représente une magistrale mise en scène de la comédie humaine, turque sûrement, universelle, tout aussi bien. * * * De l’ombre à la lumière Il était une fois... Cela sonne comme un conte ou comme une histoire vraie, que l’un des protagonistes nous relate. Et comme toutes les histoires qu’on raconte, Il était une fois en Anatolie est faite de digressions apparentes qui enrichissent, en fait, le récit par strates successives. Ici, la trame est composée de deux parties bien distinctes - on pourrait presque parler des deux actes d’une pièce classique, l’unité de temps, d’action et de lieux étant scrupuleusement respectée: la recherche la nuit dans la campagne, et le rapport le matin à l’hôpital. Entre-temps, nous aurons eu l’occasion de faire connaissance avec chacun: le commissaire de police dont l’enfant est malade chronique, le jeune médecin divorcé et le procureur d’Ankara pas très futé, à moins qu’il ne se cache la réalité à lui-même... Nous aurons eu aussi le temps de faire la connaissance de la région - pourtant plongée dans une nuit noire! On se rend alors compte de la magie du cinéma de Nuri Bilge Ceylan, dont les images et les dialogues suggestifs nous en disent bien plus qu’il n’y paraît. Ainsi, aucune nuit n’est totalement aveugle, avec le temps, nos yeux s’accommodent de l’obscurité la plus totale et les détails du paysage se révèlent. Et la caméra de Gökhan Tiryaki - qui semble être devenu le chef opérateur attitré du réalisateur - prend son temps, ou plutôt nous laisse prendre le nôtre à distinguer les lignes et les courbes d’une campagne bien moins monotone qu’elle n’en a l’air, réservant même quelques fois des surprises et des sursauts. De la même manière, les paroles ou les phrases suspenduesdans le silence de la nuit se laissent ingurgiter tranquillement. Là aussi, des phrases anodines que les personnages se disent, mais qui se révèlent détenir un double sens ou un secret qui se dévoile petit à petit, au détour d’un mot, d’un point de suspension. Au lever du jour, de retour à la bourgade, les visages blêmes et fatigués se révèlent, un peu des âmes aussi, le procureur perd de son assurance, le commissaire ne cache plus ses sentiments, alors que le jeune médecin semble prendre la direction des opérations. L’économie des gestes et des mots préside toujours à la narration et la mise en scène, mais, encore une fois, avec des moments surprenants, parce qu’inattendus : finalement, les personnages sont-ils bien ceux qu’ils montrent? La magie du cinéma de Nuri Bilge Ceylan tient à cette faculté qu’il a de sonder, au sens premier du terme, une communauté, des individus, des sentiments et des attitudes, et d’en enregistrer les échos, puis de nous les mettre en scène, avec la virtuosité, le rendu des nuances et des tonalités, qui donnent le relief à son récit. Martial Knaebel
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Ecuador (2012)
Jacques Sarasin
Équateur
75′
Dans un monde à sens unique, où les pays du nord exportent leur modèle économique et politique dans le monde entier, il existe un pays d’Amérique latine qui s’est engagé dans une réforme profonde de ces modèles et invente une nouvelle gouvernance, pragmatique et humaniste.Ce pays est l’Equateur.Rafael Correa, économiste réputé, venu à la politique comme on part en mission, en est devenu le Président en 2006.Il a transformé un pays aux structures archaïques en une démocratie participative, sociale, indépendante et écologique.Aux équatoriens, il a apporté l'espoir que les vieilles structures figées n'étaient pas une fatalité, que tous les citoyens avaient leur mot à dire et qu'il y aurait enfin quelqu'un pour les écouter. Ce film est fait pour tous, habitants des pays riches et en développement ; il ouvre des perspectives concrètes vers une nouvelle façon de vivre la globalisation. Il montre que d’autres projets politiques, écologiques et économiques sont possibles.Ce film n’est pas un film sur l’Equateur, mais sur un projet politique, sur une utopie devenue réalité. Il est porteur d’idées, de réflexions et de solutions sur les crises actuelles, et il propose un vrai débat autour de l’avenir de nos sociétés.
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Children of Sarajevo (2012)
Aida Begic
Bosnie et Herzegovina
89′
Rahima, 23 ans, travaille dans la cuisine d’un restaurant huppé de Sarajevo. Elle vit avec son frère Nedim, 14 ans. Elle a du mal à joindre les deux bouts avec son maigre salaire, mais elle essaie, envers et contre tout, de reconstruire une atmosphère familiale et de protéger Nedim. Dans une mise en scène superbement travaillée, Aida Begic laisse entrevoir une petite lueur dans une Sarajevo qui n’a pas fini de panser ses plaies dues à la guerre. Nedim et sa grande soeur Il y a les événements historiques, ceux qui font la une des journaux, les guerres, les coups d’Etat, les soulèvements. Puis, il y a l’«après», le plus souvent oublié car peu spectaculaire. Cet «après», ce sont les blessures psychiques et morales qui ne se cicatrisent pas, ou si mal, ce sont les sociétés exsangues où les repères se perdent. Et c’est de cet «après», dont nous parle Aida Begic, dans Sarajevo où les pétards des fêtes de fin d’année ont le son d’autres détonations de sinistre mémoire. Rien de lourd pourtant, ni de didactique, dans cette évocation. Les enfants de Sarajevo a trouvé sa propre respiration, en fait celle de Rahima que la caméra suit sans discontinuer. Nerveuse, sèche, comme la jeune femme qui cherche à se protéger, elle et son petit frère à qui elle voudrait offrir un semblant de cellule familiale. Nedim est en effet suivi par des services sociaux vaguement corrompus qui reprochent à Rahima, comme d’autres personnes de son entourage, son engagement religieux. Leur situation, déjà précaire, se compliquera encore lorsque Nedim se collettera avec le fils d’un personnage politique influent. Rahima devra vite trouver de l’argent pour rembourser la casse, découvrant au passage que l’adolescent se livre à de petits trafics. Des images d’archives, chaotiques, fuyant les balles des snipers, rappellent à quoi ont échappé les deux orphelins obligés de survivre envers et contre tous. La beauté de Rahima, hiératique dans ce voile qui lui enserre la tête, - magnifiquement incarnée par la jeune Serbe Marija Pikic - est comme un bras d’honneur fait à ce monde qui n’a pas su faire la paix. Car elle porte le film à bout de bras, l’adoucit et fait sourdre, malgré tout, une lueur d’espérance, à l’image de la complicité retrouvée entre Nedim et sa grande sœur. Martial Knaebel
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Ken Bugul (2015)
Silvia Voser
Sénégal
64′
Ken Bugul est une écrivaine sénégalaise qui vit là où son âme est ancrée, en Afrique. Et sa vie est exceptionnelle. Le film que lui consacre Silvia Voser en fait une existence emblématique de la condition de toutes les femmes et de tous les rapports entre l’Afrique et l’Occident. Ken Bugul est considérée comme l’un des plus brillants écrivains sénégalais et de la littérature en langue française de ces dernières décennies. Au fil des ans, empreint d’une grande maîtrise de la langue française et d’une intransigeante attention apportée au respect de l’énoncé des signifiés de sa langue originelle, le wolof, ses romans sont devenus de véritables points de référence dans le domaine des études de linguistique. "Ce que vous lisez en français dans mes romans, c’est la façon dont on pense et parle, en wolof, dans mon village". L’histoire personnelle de Ken Bugul est assombrie par l’histoire mouvementée de l’Afrique. Elle naît en 1947 dans un village isolé du Sénégal alors colonie française. Son père a déjà 85 ans et sa mère les quittera quand elle n’aura que cinq ans. Cette expérience est fondamentale pour Ken Bugul. Mal aimée mais pleine d’énergie et de goût pour la liberté, elle fait d’exceptionnelles études pour une fille villageoise, à cette époque. En 1971, elle part en Europe poursuivre des études supérieures, elle y fréquente la haute bourgeoisie, y découvre de nouvelles idéologies et libertés, l’art moderne, la drogue, l’alcool, la solitude, l’incompréhension et le mépris, la prostitution par besoin d’affection. Comme elle écrit dans « Le baobab fou » : « Pendant vingt ans je n’avais appris que leurs pensées et leurs émotions. Je pensais m’amuser avec eux, mais en fait j’étais plus frustrée encore : je m’identifiais en eux, ils ne s’identifiaient pas en moi." C’est une jeune femme brisée qui rentrera, seule et pauvre, au Sénégal. Considérée comme folle, rejetée par sa famille et la société. Durant deux ans, elle dort dans les rues de Dakar, fréquente les marginaux, les mendiants, les prostituées et les artistes. C’est dans ces conditions, sale, affamée, presque dénudée, qu’elle commence l’ébauche de son premier roman « Le baobab fou ». Epuisée, elle rentre dans sa famille. Elle trouvera refuge, écoute et réconfort chez le Sérigne, un homme sage et vénéré. Il la prendra comme 28ème épouse, lui permettant ainsi de se réintégrer dans sa société et la soutiendra dans son désir d’écriture et de liberté. Il décède en 1981, un an avant la sortie de son premier roman « Le baobab fou ». C’est un succès. Ken Bugul est invitée à présenter son livre de par le monde, rencontre un médecin béninois avec lequel elle se marie et s’installe au Bénin. Ils ont une fille Yasmina. Il décède quatre ans plus tard. Depuis près de trente ans, roman après roman, Ken Bugul compose une peinture de sa vie de femme, de ses amours, des rapports entre son continent et l’occident. « Ecrire, dit Ken Bugul, c’est éblouir les sens, et les sens n’ont pas de couleurs ». Silvia Voser nous introduit avec délicatesse dans ce monde secret et tourmenté, celui d’une artiste dont l’œuvre nous projette vers une compréhension du monde rarement atteinte.
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El boton de nacar (2015)
Patricio Guzmán
Chili
82′
Avec Nostalgia de la luz, Patricio Guzmán, nous emmenait dans le désert d’Atacama, à l’extrême nord du Chili. Là-bas, il y sondait le cosmos pour scruter les rocs et les sables du désert. El botón de nacár nous emporte, lui, à l’extrême sud du pays, 4000 km plus bas où c’est maintenant l’eau qu’on trouve dans les étoiles. Mais c’est encore sur l’histoire des hommes et de leur mémoire que revient Patricio Guzmán. Ces deux films, Nostalgie de la lumière et Le bouton de nacre, forment bien un diptyque cohérent. Au premier, illuminé par la lumière si pure et la sécheresse du désert du nord, répond le ciel chargé et la froide humidité de l’archipel du sud. Ici, ce sont l’eau et le froid qui ont formé les hommes et les civilisations. Car ces îles innombrables étaient habitées, bien avant que les colons n’arrivent et massacrent - ils étaient encore 8000 au 18e siècle, ils ne sont plus que 20 descendants directs aujourd’hui. C’est la première idéeforce: l’existence d’une civilisation capable de survivre dans des conditions extrêmes, de traverser le Cap en petit canoë, de compositions musicales sophistiquées. La deuxième idée-force: faire ressentir par le spectateur, physiquement, la géographie bizarre de ce pays qu’est le Chili - tout en longueur, ouvert sur la mer qui est sa plus grande frontière, et pourtant profondément terrien. Un pays si long, qu’on ne peut le représenter en un seul morceau. Enfin, il y a la mémoire de l’eau. Celle qui vient du cosmos - qui se compte en millions d’années - et celle, plus macabre et contemporaine, qui vient de l’océan - car ici, comme au nord, les militaires ont essayé d’effacer les traces de leurs crimes. Ces trois idées-forces sont exprimées dans de véritables mises en scène de cinéma qui offrent des moments sublimes: la musique jouée par le musicologue Claudio Mercado, ou la leçon de vocabulaire de Christina Calderon, descendante des Yagán. Emma Malig, artiste, déroule une étrange et longue bande de papier froissé, le Chili, en un seul morceau. Enfin, se déroule sous nos yeux la reconstitution du «travail» fastidieux et minutieux qu’impliquait cette volonté des militaires d’effacer des milliers d’individus des mémoires. C’était sans compter ce bouton de nacre ramené à la surface. Martial Knaebel
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Snow - neige (2008)
Aida Begic
Bosnie et Herzegovina
100′
"La neige ne tombe pas pour couvrir la colline, mais pour que chaque animal laisse une trace de son passage." Six femmes, un grand-père, quatre petites filles et un garçon vivent à Slavno, village isolé et dévasté par la guerre. Leurs familles et amis ont été tués et leurs corps n’ont jamais été retrouvés. Les premières neiges vont les couper du monde et risquent de mettre la vie des villageois en danger. Tandis que la menace se rapproche, les villageois, menés par Alma, tentent d’échapper à la misère en vendant des confitures, des fruits et des légumes, qui ont fait la réputation du village. Un jour, deux hommes d’affaires débarquent à Slavno en leur demandant d’abandonner leurs maisons en échange d'une certaine somme d’argent. Les villageois se trouvent face à un dilemme: doivent-ils accepter une offre qui pourrait leur sauver la vie, mais leur prendre leur âme? Une tempête soudaine piège les visiteurs dans le village, les contraignant à affronter un problème plus grave encore, la vérité. Premiers flocons L’histoire se déroule au coeur d’un petit village isolé de l’Est de la Bosnie, largement marqué par la guerre. Dans cet endroit figé par le temps, où toute trace de modernité semble n’avoir jamais existé, la jeune réalisatrice bosniaque Aida Begic' dresse les portraits de femmes vivant sans hommes, survivantes d’un proche passé douloureusement chargé. Entourées d’un vieil imam et d’un petit garçon mutique dont la chevelure repousse étrangement vite, elles sont les dernières rescapées du village. A la fin du conflit, elles ont dû s’organiser, pour continuer à vivre. Couture, confection de tissus, culture de fruits et légumes, fabrication de savoureuses compotes de prunes. Leur quotidien est rythmé par de nouvelles activités. Alma, par exemple, est convaincue qu’il est possible de redonner un peu de prospérité au village en vendant des pots de confiture au bord de la route. Sabrina, elle, est amoureuse d’un étranger et rêve de quitter cet endroit et l’isolement qui le caractérise. Malgré leurs multiples différences, cette petite communauté reste pourtant unie par un lien particulièrement fort: ils sont les gardiens de la mémoire du passé. Entre tristesse et furtifs instants de joie, les relations sont intenses et contrastées. L’illusion et le doute nourrissent encore l’espoir que l’être cher pourrait réapparaître, le deuil n’est pas envisageable. L’arrivée au village de deux hommes va venir accélérer la tournure des événements. Comme le dit le proverbe, la neige ne tombe pas pour couvrir la colline, mais pour que chaque animal laisse une trace de son passage... Après plusieurs années de recherches et de travail, Aida Begic' propose un film touchant, engagé, poétique et empreint de réalisme, soutenu par une photographie ample et pure.
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Le cuirassé Potemkine (1925)
Sergej M. Eisenstein
Russie
49′
Le film révolutionnaire par excellence. Celui qui déclare que Le cuirassé Potemkine est le «meilleur film de tous les temps» ne doit pas oublier que ce «classique» se distingue aussi en restant une œuvre de renversement politique et d'enthousiasme.
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L'ami allemand - El amigo alemán (2012)
Jeanine Meerapfel
Argentine
103′
Sulamit Löwenstein et Friedrich Burg, enfants d'immigrés allemands, ont grandi ensemble dans le Buenos Aires des années 1950. La famille de Sulamit est une famille juive qui s'est exilée en Amérique du Sud pour échapper à l'holocauste ; le père de Friedrich a fait partie des SS et est recherché en tant que criminel de guerre. Dans sa fuite, il a changé de nom. Sulamit et Friedrich deviennent amis et tombent amoureux l'un de l'autre. Quand Friedrich découvre le passé de son père, il décide de rompre tout lien avec sa famille et de partir en Allemagne. Là-bas, il rejoint les mouvements étudiants des années 1960. Sulamit le suit à Francfort grâce à une bourse. Mais l'engagement politique de Friedrich ne laisse pas de place à une relation amoureuse. Sulamit rencontre alors Michael, un professeur, et tombe amoureuse de lui. Elle continue cependant de prendre des nouvelles de Friedrich. Friedrich retourne en Argentine pour lutter contre la dictature militaire et est arrêté et emprisonné lors d'une action armée. Sulamit, informée de la disparition de Friedrich, part en Argentine et retrouve l'endroit où il est détenu. Elle réussit à lui rendre visite en prison grâce à l'aide d'un groupe de soutien des disparus politiques qui lui procure un faux passeport. Elle se rend compte alors qu'elle aime Friedrich par-dessus tout et se sépare de Michael à son retour en Allemagne. À la suite du changement de gouvernement en Argentine en 1983, Friedrich est libéré. Il se rend en Patagonie pour soutenir les Mapuches qui luttent pour garder leur territoire. Sulamit revient en Argentine pour rejoindre l'homme qu'elle a toujours aimé. L'intrigue du film s'inspire de la vie de la réalisatrice elle-même, dont la famille juive allemande s'était réfugiée en Argentine durant la 2e guerre mondiale.
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Salt of this Sea (2008)
Annemarie Jacir
Palestine
105′
Soraya, née et élevée à Brooklyn, décide d’aller vivre en Palestine, le pays de ses ancêtres. Dès son arrivée à Ramallah, elle cherche à récupérer l’argent de ses grands-parents, gelé sur un compte après leur exil, mais se heurte au refus de la banque. Sa route va alors croiser celle d’Emad, un jeune Palestinien qui rêve de s’en aller. Ce road movie intense, guidé par l’urgence, revient avec force et sincérité sur les traces d’un passé évanoui. Chassés de leur foyer lors de la guerre de 48, les parents de Soraya ont subi l’exil dans des camps au Liban, avant de finalement pouvoir partir s’installer aux Etats-Unis. Soraya est donc née à Brooklyn, même si, depuis qu’elle est petite, elle fait le même rêve, celui d’une réfugiée: retrouver ses racines, retourner sur sa terre d’origine, la Palestine. Son père vient de mourir, elle a 28 ans. Elle décide de faire le grand saut, s’achète un billet d’avion et traverse l’atlantique. Dès son arrivée, pleine d’espoir, elle découvre une facette qu’elle ignorait. Au contrôle de l’aéroport, une fois ses origines dévoilées, elle est mise de côté et subit plusieurs interrogatoires, de rigueur.Un dérisoire visa de deux semaines en poche, Soraya rencontre Emad, qui a connu l’occupation et la réalité de la Palestine, qu’il rêve, contrairement à elle, de quitter. Après le refus de la banque de lui rendre l’argent que ses grands-parents avaient laissé sur un compte à Jaffa, Soraya décide de la braquer. S’ensuit une fuite à travers Israël, clandestinement, avec en filigrane, à travers les paysages et les vestiges d’une terre désormais interdite, l’histoire de la Palestine. Proche du réel, Salt of this Sea a eu une genèse difficile. Outre les difficultés propres au financement, le tournage a souffert de multiples difficultés: contrôles répétées, check points, interdictions de passage, circulation du matériel complexe. Au final, le film est là, somptueusement interprété par un duo de comédiens bouleversant de sincérité: Suheir Hammad, par ailleurs aussi poète, et Saleh Bakri, qui a reçu le Prix du Meilleur Acteur en Israël pour son rôle dans La visite de la fanfare. Pour ces raisons, Salt of this Sea n’est pas seulement une oeuvre puissante, saisissante, elle est aussi le témoignage d’une réalisatrice qui veut combattre le silence, l’invisibilité et l’oubli.
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Une affaire personnelle (2017)
Paolo & Vittorio Taviani
Italie
84′
Milton apprend incidemment que son ami Giorgio avait une liaison secrète avec Fulvia que lui-même aimait d’une passion folle. Il part à la recherche de Giorgio pour en avoir le coeur net. Mais nous sommes en 1943 et la guerre fait rage au Piémont comme dans toute l’Italie. Una questione privata marque un retour aux sources de deux grands maîtres du cinéma italien. La jeunesse de deux patriarches En 1943, au hasard d’un mouvement de son groupe de résistance, Milton retrouve la maison où il passait ses vacances, adolescent, avec la belle Fulvia et son ami Giorgio. Il y apprend que Fulvia, dont il est éperdument amoureux, lui préférait Giorgio. Il veut alors retrouver Giorgio qui se bat aussi contre les fascistes, mais celui-ci est fait prisonnier. Milton cherche alors un fasciste qu’il pourrait échanger contre son ami. Pénétrer dans un film des frères Taviani, c’est comme entrer en littérature. Bien sûr, il y a le fait que Una questione privata est une adaptation libre du roman autobiographique de Beppe Fenoglio. Cependant, il s’agit surtout du style inimitable des réalisateurs italiens dont la mise en scène épurée s’appuie sur des dialogues travaillés, qui tombent juste et vivants, bien qu’ils paraissent littéraires, justement. Regarder Una questione privata, c’est aussi aller au théâtre avec ce décor submergé par une brume shakespearienne, témoin d’une action unique, d’une question unique: Fulvia a-t-elle trompé avec Giorgio la passion que lui porte Milton? Regarder une oeuvre des deux frères, c’est aussi remonter le temps, retrouver la mémoire des temps dramatiques où les forces fascistes de Mussolini massacraient encore des villages entiers soupçonnés d’aider la résistance. Alors, que doit-on admirer le plus dans cette oeuvre tardive des deux patriarches? Certainement l’audace de la jeunesse! D’aucuns les avaient déjà installés au panthéon des cinéastes, les revoilà toujours en verve, dirigeant magnifiquement de jeunes acteurs sublimes, osant des références surprenantes - John Milton, le poète anglais républicain avant l’heure. Et pour conclure, une scène de poursuite qui restera dans les annales. Comment dit-on déjà? Voir un film des Taviani, c’est que du bonheur. Martial Knaebel
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Shanghai, Shimen Road (2011)
Haolun Shu
Chine
84′
La trame de ce premier film se passe à la fin des années 1980, à Shanghai. Dans cette ville tentaculaire, un garçon de 16 ans, Xiaoli dont la mère a émigré aux Etats-Unis, vit apparemment en paix, entouré de son voisinage et de son grand-père. Et surtout de sa meilleure amie, Lanmi qui travaille en usine. Très proche d'elle, Xiaoli commence à souffrir lorsqu'il prend conscience que Lanmi dérive loin de lui, attirée par les possibilités nouvelles de la Chine qui s'ouvre à la culture occidentale, aux produits et biens étrangers, et aux milieux des affaires. Alors qu'il rêve de rejoindre sa mère, il se rapproche de sa camarade de classe Lili. Et le pays qui change très vite va vivre les évènements de 1989, qui forcent alors Xiaoli à grandir et à quitter le monde de l'adolescence et les rêves qui le parsèment. No. 89 Shimen road se révèle à la fois un film générationnel et universel/initiatique. Un film sur une jeunesse léthargique perdue dans une ville gigantesque, une jeunesse à l'avenir incertain, témoin de la naissance d'une nouvelle Chine. Un film sur une génération troublée, qui essaie de trouver sa propre voie mais pour laquelle le processus de croissance et la sortie de l'adolescence sont parfois difficiles.
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The Train of Salt and Sugar (2016)
Licínio Azevedo
Mozambique
92′
Un train s’apprête à quitter Nampula, au Nord du Mozambique, pour rejoindre le Malawi. En 1989, la guerre civile sévit dans le pays et entamer ce voyage signifie risquer sa vie, car le train entrera en zone rebelle. C’est ce convoi que prend Rosa pour rejoindre son hôpital. Elle y rencontre le lieutenant Taia, chargé de l’escorte militaire. Quittant le documentaire, Licínio Azevedo raconte toujours la réalité que vivent les Mozambicains. L’action se déroule dans des paysages grandioses qui n’ont rien à envier à la fameuse Monument Valley que prisait tant John Ford. Un train en guise de diligence, et voilà planté le décor. Mais les références au Western ne s’arrêtent pas là. Le réalisateur Azevedo avoue aimer le genre, citant John Ford et Georges Stevens. Et, effectivement, les références ne manquent pas tout au long du film de La charge héroïque à Il était une fois la révolution de Sergio Leone. Cependant, au-delà de l’aspect purement esthétique, on se rend compte que le genre permet d’évoquer avec précision cette lutte sanglante que fut la guerre civile opposant la Renamo au Frelimo et de lui donner une signification très concrète. Le soin apporté aux détails rend toute l’action parfaitement crédible, ce qui n’a rien d’étonnant: le réalisateur Licinio Azevedo ayant lui-même accompli plusieurs fois ce trajet à haut risque, encore aujourd’hui. En effet, la situation politique actuelle au Mozambique est redevenue instable, des foyers de guérilla pouvant apparaître à nouveau à tout moment parmi une population qui se sent délaissée par les administrations de la capitale, parfois prise en otage aussi bien par les rebelles que par les militaires censés les protéger. En outre «The Train of Salt and Sugar» (Convoi de sel et de sucre) trouve aussi son inspiration dans les légendes animistes africaines où les hommes initiés peuvent se changer en lion ou en singe, être invincibles aux balles, se relever après avoir été laissés pour morts. Et le spectateur trouve cela normal, car, comme le dit Azevedo lui-même, avec la magie, il n’y a plus de règle qui s’applique. Au cinéma, par contre, il y en a une à laquelle on n’échappe pas : maintenir le spectateur en haleine et de ce point de vue «The Train of Salt and Sugar» est une réussite. Martial Knaebel
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Quand passent les cigognes (1957)
Michail Kalatosow
Russie
91′
Dans l'ex-Union Soviétique, il y avait un cinéma d'Etat qui se perdait parfois dans l'ennui de la propagande et du sur-mesure. À la fin des années 1950, cependant, une production cinématographique indépendante s'est développée dans le cadre de la production étatique grâce à un climat culturel plus tard appelé «dégel». Le meilleur exemple en est ce film pionnier et légendaire qui s'élève de manière convaincante contre la guerre.
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Le pas suspendu de la cigogne (1991)
Theo Angelopoulos
Grèce
136′
Dans une ville du nord de la Grèce, des réfugiés de diverses nationalités attendent de pouvoir traverser le fleuve qui sert de frontière. Alexandre, journaliste de télévision, croit reconnaître parmi eux un ancien homme politique disparu mystérieusement dix années plus tôt. Quittant la tension toujours plus vive entre les réfugiés, il revient à Athènes et enquête sur le politicien. Il rencontre ainsi son ancienne épouse, qui veut oublier et assure que son mari est mort. Il parvient à la convaincre de l'accompagner jusqu'à la frontière. «Œuvre majeure, d’une beauté sombre et mélancolique (...), ce film qui traite des frontières, de l’exode, de l’intolérance, était brûlant d’actualité, prophétique même, vu les événements qui allaient ébranler les Balkans, mais rien ne laissait présager que le tournage en serait aussi mouvementé qu’il le fut.» (Jean-Claude Moireau) En effet, l’évêque orthodoxe de la ville avait mis tout en œuvre pour empêcher le projet du cinéaste, accusé d’indécence et d’antirationalisme: musique et discours militaires scandés toute la journée par des hauts-parleurs, excommunication des vedettes... Trente ans après La Notte, Theo Angelopoulos recrée le couple mythique formé par Jeanne Moreau et Marcello Mastroianni.
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Trans-Cutucu, retour à la forêt (2009)
Lisa Faessler
Équateur
92′
Deux énormes bulldozers jaunes creusent simultanément la terre rouge carmin alors que plusieurs chevaux se lèchent mutuellement leurs plaies dues aux lourdes charges qu’ils transportent. À quelques mètres de là se parque un car pour permettre à des touristes occidentaux de descendre. Ils souhaitent atteindre à pied les cabanes en bois au-dessus du chantier. Il s’agit de la construction de la route Trans-Cutucú Amazonía, qui traversera les terres quasiment vierges des Indiens. Elle servira à faciliter le transport du bois depuis les villages jusqu’à la capitale de la province Morona-Santiago. Dans Trans-Cutucú, la réalisatrice Lisa Faessler montre les rudes conditions de vie des indigènes Equatoriens, qui subissent une pression croissante de l’industrie. Un agriculteur cultivant la canne à sucre explique qu’il n’arrive plus à se débarrasser de sa récolte, car les marchands ne lui paient quasiment rien. Comme la plupart de ses camarades du village, il ne peut rien faire d’autre que s’attaquer à son propre espace de vie, la forêt tropicale, pour en vendre le bois à bon prix. Pour opérer un contraste aux images de la situation actuelle, la réalisatrice utilise des séquences en noir et blanc datant de 1986, dans lesquelles de vieux Indiens, tour à tour ivres et sobres, racontent des histoires sur la nature mystique. Ces anciens documents présentent aussi des actes rituels: la recherche de chutes d’eau sacrées ou le fait de boire un alcool fort particulièrement mauvais. Un documentaire subtil sur le profond fossé entre une tradition centenaire et le caractère irrémédiable de la modernisation.
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Trains étroitement surveillés (1966)
Jiri Menzel
République Tchèque
89′
Milos est un jeune garçon sympathique, mais qui n'a pas l'air très dégourdi. Surtout avec son uniforme des chemins de fer, où il vient d'entrer pour y tenir son premier emploi dans une petite gare de province. Il n'a pas beaucoup de travail car c'est la guerre et seuls quelques trains militaires allemands passent par là. Alors Milos a le temps de penser à Masa, cheminote comme lui mais nettement plus éveillée. Et celle-ci voudrait bien que le benêt lui prouve sa flamme. Mais c'est aussi la première expérience amoureuse du garçon qui ne prouve que sa maladresse à la jeune fille. Milos se croit impuissant et tente de se suicider. Sauvé in extremis, il revient à la gare. Le médecin l'a rassuré sur sa virilité mais il lui reste à la démontrer. D'autant que Masa insiste... Une occasion inattendue va lui être offerte d'apprendre l'amour avec une inconnue qui passait par là avec le projet de faire sauter un train allemand. C'est le sous-chef de gare qui devait accomplir cette délicate mission mais, au matin du jour de l'attentat, il est interpellé par ses supérieurs pour avoir décoré les fesses et les cuisses de la télégraphiste de la station avec tous les tampons du bureau. Aussi Milos, maintenant plein de confiance après la nuit passée avec la résistante, se substitue-t-il au fonctionnaire lubrique et, maladroit une dernière fois, saute avec le train. Masa ne saura donc jamais quel homme était devenu son petit ami.
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The Other Bank (2010)
George Ovashvili
Géorgie
89′
Tedo a douze ans. Il vit avec sa mère Keto, qui est encore très jeune, dans un modeste abri des alentours de Tbilissi. Tedo et Keto sont des réfugiés d’Abkhazie. La guerre civile leur a tout pris, même leur espoir d’un bonheur futur au sein d’une famille intact. Tedo n’avait que quatre ans lorsqu’ils ont dû fuir l’Abkhazie. Ils ont laissé sur place le père de Tedo qui souffre du coeur et n’aurait pas pu supporter ce voyage harassant. Le garçon est entretemps apprenti dans un garage, Keto travaille comme vendeuse. Tedo glisse en cachette à sa mère la menue monnaie qu’il gagne pour qu’elle n’ait plus besoin de prodiguer ses gentillesses à des étrangers déplaisants. Le garçon souffre beaucoup de ne pas pouvoir contribuer davantage aux dépenses de la maison et il a aussi du mal à accepter le style de vie de sa mère. Lorsqu’il découvre qu’elle a un amant, c’en est trop. Tedo décide de retourner auprès de son père en Abkhazie. Il y trouvera peut-être la solution à tous ses problèmes. Au cours de son voyage, Tedo fait la connaissance de beaucoup de gens et il doit aussi supporter pas mal de déboires. Il n’est pas le bienvenu partout. Mais lorsque son voyage se termine, il s’est enrichi d’une nouvelle prise de conscience. Il sait par exemple que ce n’est pas toujours mieux ailleurs que là où l’on est.
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In the Fog (2012)
Sergei Loznitsa
Belarus
123′
Sushenya n’a pas été exécuté avec ses compagnons, accusés de sabotage par l’occupant allemand. La résistance l’accuse alors de collaboration et le condamne à mort, refusant d’envisager l’éventualité d’un guet-apens. Lorsque deux partisans viennent le chercher pour l’exécuter, ils seront effectivement attaqués par la police.. Une mise en scène sobre pour une sublime apologie de ce qui reste de dignité dans l’homme confronté aux tragédies de l’Histoire. Sushenya est un humble cheminot, travaillant aux chemins de fer biélorusses. Le pays est occupé par larmée allemande. Les collègues de Sushenya sabotent les rails, plus par rancœur contre leur chef que par esprit patriotique. Ils seront pris et exécutés. Cependant lofficier allemand épargne Sushenya, lui proposant de collaborer. Celui-ci refuse, non par courage, simplement parce quil ne le pourrait pas. Pour la résistance, sa vie sauve ne peut que venir de sa trahison et elle envoie deux partisans pour lexécuter, ne voulant pas comprendre quil pouvait sagir dun piège. Les trois hommes seront effectivement interceptés par la police au moment fatidique, blessant un des résistants. Au lieu de senfuir, Sushenya prend soin du blessé, alors que le troisième va chercher du secours, quil ne trouvera pas car ils sont perdus dans la forêt immense. Véritable tragédie, au sens le plus classique du terme, Dans la brume nous montre des personnages impuissants à empêcher lenchaînement implacable dun destin décidé par une force immanente. Pour Serguei Loznitsa, le réalisateur, personne ne peut sortir indemne dune guerre qui broie autant les âmes que les chairs. Laction héroïque ne peut se situer que dans lintime. La grandeur du personnage de Sushenya tient justement à la compréhension de ce fait terrible dans sa simplicité: il sait, ou il pressent, quil ne peut échapper à la mort. Il ne lui reste alors quà lutter pour que limage quil laissera derrière lui, à ses enfants et à sa femme, soit celle dun homme digne. Loznitsa magnifie ce combat intérieur par une mise en scène épurée de tout effet inutile: musique absente, présence imposante dune nature indifférente au drame qui sy déroule, filmée avec une précision extraordinaire. Il se dégage alors de chaque plan une beauté transcendante et prodigieuse. Martial Knaebel
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Une famille respectable (2012)
Massoud Bakhshi
Iran
90′
Invité par l’université de Shiraz pour donner un enseignement, Arash se trouve en Iran après plus de 20 ans d’absence. Son retour coïncide avec l’agonie de son père avec qui il avait perdu tout contact. Il se laisse convaincre par son neveu Ahmed de lui rendre une dernière visite. Thriller avec tous les attributs du genre: angoisse, suspens et coup de théâtre. C’est un portrait au vitriol d’une société pour le moins angoissante que nous propose, pour son premier film, Massoud Bakhshi. Le ton est donné dès la première séquence, haletante, oppressante, confuse, de l’enlèvement d’Arash. A Shiraz, il loge chez sa mère qui, elle, vit dans le souvenir de son autre fils, Amir, le frère aîné d’Arash, mort durant la guerre contre l’Irak. La fortune de son père agonisant suscite des convoitises de tous côtés, Arash, seul fils vivant, devenant malgré lui, le centre, puis la victime, d’intrigues sanglantes. Cette atmosphère de film noir, qui prévaut dans Une famille respectable (Yek khanévadéh-e Mohtaram), est dominée par la mémoire pesante de la guerre entre l’Irak et l’Iran, au début des années 80. Le souvenir des «martyrs» est entretenu par le pouvoir alors que les familles pleurent toujours leurs chers disparus. Cependant, la guerre a eu aussi ses profiteurs, dont le père d’Arash. En arrière-fond, nous parviennent les échos de la contestation - et de sa répression. Et cette dernière prend une forme sournoise, car il s’agit aussi d’une lutte sourde pour le pouvoir. Thriller passionnant, Une famille respectable est en plus un document révélateur sur la société iranienne aujourd’hui. Martial Knaebel
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Nabat (2014)
Elchin Musaoglu
Azerbaïdjan
106′
Nabat vit avec son mari Iskander dans une maison éloignée du village où elle amène tous les deux jours le lait de leur unique vache. C’est leur seul revenu car Iskander est grabataire. A l’extérieur, c’est le son des canons et des explosions, particulièrement violents la nuit où meurt Iskander. Lorsqu’elle retourne au village, elle trouve complètement déserté. Seule, elle n’a plus pour voisine qu’une louve qui rôde aux alentours. La guerre dont il est question est celle qui opposa l’Azerbaïdjan et l’Arménie pour le Haut-Karabakh où une trêve fut signée en 1994 sous l’égide de la Russie. Nabat débute comme une chronique sociale au traitement minimaliste. Déjà là, c’est beau. Survient la mort d’Iskander dans une atmosphère fantastique. L’enterrement du défunt qui suit sera héroïque, filmé de manière sublime, à vous prendre aux tripes. A partir là, la chronique sociale laisse la place à quelque chose d’une tout autre dimension, de l’ordre de l’allégorie mystique ou prophétique. Le lendemain de l’enterrement, Nabat retourne dans au village qui est totalement désert, abandonné de toute évidence à la hâte. Elle visite chaque maison où elle retrouve le même chaos de choses laissées sur place, un véritable décor de film catastrophe. Les premiers gestes de Nabat paraissent alors étranges, hors de toute logique. Aurait-elle perdu la raison? La lumière se fera dans une conclusion aussi étonnante que le reste du film. Bourré d’allusions subtiles, citant ouvertement Tarkovski, Nabat est une prodigieuse surprise, alliant un brio dans la mise en scène formelle à une éloquence ardente dans son propos.
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Aqui no ha pasado nada (2016)
Alejandro Fernández Almendras
Chili
96′
Vicente prend ses vacances dans la maison familiale du bord de mer, après une année d’études à Los Angeles. Il passe son temps à flirter dans des parties arrosées de la jeunesse dorée du coin. Lorsque l’une d’elles se termine tragiquement, Vicente devient un coupable tout trouvé. Tourné dans l’urgence, Aqui no ha pasado nada (qu’on pourrait traduire par: «Circulez, il n’y a rien à voir») relate un fait réel. Celui d’un accident ayant impliqué le fils d’un politicien influent, blanchi par la justice grâce aux relations politiques de son père. L’affaire fit la une des médias chiliens. Almendras décida de s’emparer du sujet pour en faire une critique sociale acide d’une bourgeoisie confortablement assise sur ses privilèges. Pour financer son projet, le réalisateur lança une campagne de dons et les acteurs, ainsi que l’équipe du tournage, mirent leurs émoluments en participation. Cependant, au-delà de cette dénonciation, Aqui no ha pasado nada est aussi intéressant par le traitement qu’il utilise pour décrire une jeunesse qui ressemble à s’y méprendre à celle d’Europe: une jeunesse qui essaie de combattre sa solitude, son ennui et la vacuité de son existence dans des rassemblements où les saouleries sont élevées au rang de happenings. Almendras use alors de focales rapprochées isolant ses protagonistes au milieu de la foule des fêtards. De la même manière, les smartphones et leurs messages courts vides de sens, soulignent encore plus le caractère amputé des relations des protagonistes, accentué par une bande son au caractère punk envahissant. Dénonciation politique, le film essaie surtout de s’adresser aux jeunes, utilisant leurs codes et leurs outils. Martial Knaebel
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Pepe Mujica - El presidente (2014)
Heidi Specogna
Allemagne
93′
Ancien combattant de la résistance élu président de l'Uruguay et donnant presque 90% de son salaire pour des projets sociaux : Pepe Mujica, l'une des personnalités les plus charismatiques d'Amérique du Sud, est devenu célèbre en tant que « président le plus pauvre du monde ». Lui qui a passé de nombreuses années en prison pour des raisons politiques, est toujours resté fidèle à ses idéaux. Son train de vie modeste - au lieu du Palais présidentiel, il habite une petite propriété rurale - et sa façon d'agir en dehors du système des conventions, sont le ciment de sa crédibilité auprès de toute la population de son pays. Pepe Mujica défend ses priorités avec humour, intelligence et passion. Son action politique pour une société plus juste rencontre une résonance et un soutien international grandissants. La cinéaste Heidi Specogna et son caméraman Rainer Hoffmann ont rencontré Pepe Mujica et son épouse Lucía Topolansky à de multiples reprises pour les accompagner avec la caméra. De ces moments de rencontres, un film-hommage est né pour brosser le portrait d'une personne extraordinaire qui, à près de 80 ans, a su garder tout son courage, sa contagieuse joie de vivre, son humanité et son espoir de voir des changements se réaliser. « Pepe Mujica - el presidente » est un film optimiste et émouvant, qui donne de la force.
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Pour Sama (2019)
Waad al-Kateab, Edward Watts
Syrie
96′
Waad al-Kateab est à Alep pour étudier l’économie au moment où la population descend dans la rue pour réclamer plus de liberté. C’est au cours de ces démonstrations qu’elle rencontre Hamza avec qui elle se mariera et donnera naissance à Sama, leur fille. Munie d’une caméra vidéo, Waad al-Kateab va filmer d’abord la joie et l’espoir, puis l’enfer des bombardements. Le journal Times a écrit: «One of the most important films you will ever see in your life.»
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So Long, My Son (2019)
Xiaoshuai Wang
Chine
185′
Yaojun et sa femme Liyun vivent dans un petit port du sud de la Chine. Manifestement, ils portent le souvenir d’une douleur profonde que le temps n’a pas atténuée. Wang Xiaoshuai embrasse les quarante dernières années qui ont marqué la Chine à la suite de ce vieux couple toujours en deuil de son enfant disparu. La petite histoire pour mieux comprendre la grande, et vice-versa.
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Nostalgia de la luz (2010)
Patricio Guzmán
Chili
90′
Au Chili, à 3000 mètres d’altitude, les astronomes du monde se rassemblent dans le désert d’Atacama pour observer les étoiles. Car la transparence du ciel est telle qu’elle permet de regarder jusqu’aux confins de l’univers. C’est aussi un lieu où la sécheresse du sol conserve intacts les restes humains: ceux des momies, des explorateurs et des mineurs. Mais aussi ceux des prisonniers de la dictature, que certaines femmes continuent de rechercher. Le désert d’Atacama Le désert est un immense espace hors du temps, fait de sel et de vents. Une parcelle de la planète Mars sur la planète Terre. Tout y est immobile. Pourtant, cette étendue est remplie de traces mystérieuses. Quelques villages vieux de deux mille ans sont toujours là. Les trains abandonnés dans les sables par les mineurs du 19e siècle n’ont pas bougé. Partout, il y a des ossements. Il y a aussi de gigantesques coupoles qui ressemblent à des vaisseaux spatiaux échoués et dans lesquelles vivent les astronomes. A la nuit tombée, la Voie Lactée est si lumineuse qu’elle projette des ombres sur le sol. Le présent invisible Pour un astronome, le seul temps réel est celui qui vient du passé. La lumière des étoiles met des centaines de milliers d’années à parvenir jusqu’à nous. C’est pourquoi les astronomes regardent toujours en arrière. Vers le passé. Il en est de même pour les historiens, les archéologues, les géologues, les paléontologues et les femmes qui cherchent leurs disparus. Tous ont un point commun: ils observent le passé pour mieux saisir le temps présent et futur. Face à l’incertitude de l’avenir, seul le passé peut nous éclairer. La mémoire invisible La mémoire assure nos vies, tout comme la chaleur de la lumière solaire. L’être humain ne serait rien sans mémoire -un objet sans palpitations - sans commencement et sans avenir. Après 18 ans de dictature, le Chili connaît de nouveau la démocratie. Mais à quel prix... Beaucoup ont perdu leurs amis, leurs parents, leur maison, leur école, leur université. Et d’autres ont perdu la mémoire, peut-être pour toujours. Patricio Guzmán
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Der Tod von Ludwig XIV. (2016)
Albert Serra
France
116′
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I am Not Your Negro (2016)
Raoul Peck
France
93′
À travers les propos et les écrits de l’écrivain noir américain James Baldwin, Raoul Peck propose un film qui revisite les luttes sociales et politiques des Afro-Américains au cours de ces dernières décennies.
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Le voyage des comédiens - O Thiasos (1975)
Theo Angelopoulos
Grèce
222′
De 1939 à 1952, une troupe de comédiens itinérante présente un spectacle à travers la Grèce. En Grèce, à l'aube de la seconde guerre mondiale, une troupe de comédiens balade de village en village une pièce gentillette et fanée, Golfo la bergère. Lorsque la guerre éclate, le pays tombe sous le joug de l'occupation et la pâle comédie vire à la tragédie … Entièrement tourné en plansséquences, Le Voyage des comédiens est le chef-d'œuvre d’un réalisateur qui a donné au cinéma grec une stature internationale. Cette histoire de résistance et d'oppression, de bruit et de fureur, de silence et de chansons, convoque la tragédie antique et laisse exploser la violence pour réveiller les heures les plus sombres de la Grèce. En fournissant à la censure un faux scénario, Theo Angelopoulos est parvenu à tourner l’essentiel du film sous la dictature des colonels. Après la chute du régime, le gouvernement grec de l'époque refusera de laisser le film concourir en compétition officielle au Festival de Cannes.
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Notre-Dame du Nil (2019)
Atiq Rahimi
Rwanda
93′
Perché sur une colline, un pensionnat pour jeunes filles tenu par des religieuses. «Notre-Dame du Nil» forme la future élite rwandaise. Même si l’ambiance semble joyeuse, l’appartenance sociale prend très vite le dessus: au Rwanda, en 1973 déjà, l’animosité des Hutus vis-à-vis des Tutsis pouvait mener à l’horreur. Et quoi de mieux qu’une école pour illustrer les démons qui hantent une société?
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Chris the Swiss (2018)
Anja Kofmel
Suisse
90′
Croatie, janvier 1992. En plein conflit yougoslave, Chris, jeune journaliste suisse, est retrouvé assassiné dans de mystérieuses circonstances. Il était vêtu de l’uniforme d’une milice étrangère. Anja Kofmel était sa cousine. Petite, elle admirait ce jeune homme ténébreux. Devenue adulte, elle décide d'enquêter pour découvrir ce qui s’est passé et comprendre l'implication réelle de Chris dans un conflit manipulé par des intérêts souvent inavoués.
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Chronique d'une disparition (1996)
Elia Suleiman
Palestine
88′
Un réalisateur (Elia Suleiman joue ici son propre rôle) revient en Israël pour faire un film. Etant à la fois dans le film et hors du film, il entreprend d'observer la perte d'identité de la population arabe d'Israël et organise son récit en deux parties: «Nazareth, Journal intime» et «Jérusalem, Journal politique». Dans «Nazareth, Journal intime», le réalisateur filme ses parents et amis dans leur vie quotidienne faite de routines, dont il souligne avec humour les paradoxes et les contradictions.
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Insoumises (2018)
Fernando Pérez, Laura Cazador
Suisse
95′
En 1819, le chirurgien suisse Enrique Faber s’installe à Baracoa, où il épouse la superbe Juana et se lie d’amitié avec son domestique noir. Peu à peu, d’étranges rumeurs naissent à son sujet : en réalité, Enrique serait une femme. Commence alors l’un des procès les plus scandaleux de l’histoire coloniale de Cuba.
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