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Médias

Les médias font partie de notre quotidien. Avec les médias sociaux plus que jamais et plus dangereusement que jamais. Une sélection autour de tous les genres de médias.

Tel Aviv on Fire (2018)
Sameh Zoabi
Palestine
97′
Pas évident de tourner une comédie sur un thème aussi chaud que l’occupation de la Palestine. Eh bien, Sameh Zoabi relève le gant et réussit à nous faire rire avec Tel Aviv on Fire. Exercice d’autant plus réussi que le jeune réalisateur n’élude pas la situation politique réelle. Tout au plus adoucit-il les protagonistes. Mais n’est-ce pas là le but de toute comédie? Micmac à Ramallah Nous sommes en 1967, Tala, une jeune activiste palestinienne, est à Paris pour voler des plans d’invasion à un général israélien qu’elle doit séduire et abattre si nécessaire. Telle est l’intrigue d’une sitcom palestinienne qui colle à leurs télévisions les ménagères des deux côtés du mur de séparation. Engagé par son oncle, le producteur, Salam y travaille corrigeant les dialogues en hébreu des acteurs et l’arabe sommaire de la star internationale tenant le rôle principal. Habitant Jérusalem, il doit passer le mur tous les jours. C’est là qu’il a l’idée malencontreuse de tester un dialogue avec une soldate israélienne. Ni une, ni deux, le voici menotté face au commandant lisant un scénario où on parle de bombe ... Un commandant dont la femme, elle aussi, suit la sitcom avec passion. L’officier voit là une bonne occasion d’épater son épouse et de réviser une histoire qu’il juge trop antisioniste. On ne dira plus rien des aventures du pauvre Salam obligé de naviguer à vue au gré des récriminations des uns et des autres. Tel Aviv on Fire est une réussite. Sameh Zoabi arrive à nous faire rire sur un sujet qui, a priori, n’a rien de gai: une situation politique bloquée pour longtemps. Cependant, ce rire n’a rien de moqueur, et encore moins d’humiliant, car il n’évacue pas la réalité de cette région où la vie des Palestiniens est balisée par ces queues aux barrages de l’armée d’occupation, où la méfiance envers l’autre semble insurmontable alors qu’ils aiment tous le même houmous. Au contraire, le réalisateur joue avec cela pour introduire les rebondissements les plus inattendus, ménageant un suspens gratiné quant à savoir comment son héros va se tirer du guêpier dans lequel il s’est mis. Après un final ébouriffant, on est d’accord avec les ménagères des deux bords: vivement la saison 2! Martial Knaebel
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Those Wonderful Movie Cranks (1978)
Jiri Menzel
République Tchèque
89′
Au début du XXe siècle, un projectionniste fait le tour des villages de Bohême et rêve d'ouvrir un cinéma à Prague. Il s'allie à un jeune cameraman (joué par Jiří Menzel), qui lui aussi a un rêve: faire des films réalistes qui traitent de ce que vivent les gens. Ces merveilleux hommes à la manivelle de Menzel est l'un des plus beaux hommages aux pionniers de l'ère du muet, et le film est aussi une réflexion mélancolique sur les concessions nécessaires. «Le film est une perspicace chronologie de l'échec. (...) Menzel la raconte avec des épisodes tantôt joyeux, tantôt mélancoliques, dans lesquels il laisse avec virtuosité s'enchaîner les différents niveaux filmiques: l'extase de l'illusion face aux images en noir et blanc de la première heure - filmées par Menzel dans un style approprié - rencontre le bel univers en trompe-l'œil d'une classe moyenne supérieure soucieuse de son statut (...). La description pleine de poésie de la situation historique est ainsi rompue par la distance d'une première réévaluation cinématographique». (dhm.de)
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Le voyage à Cythère - Taxidi sta Kythira (1984)
Theo Angelopoulos
Grèce
134′
La rentrée de Spiros Alexandre, metteur en scène, accueille son père Spiros, ancien résistant, de retour d’URSS après 32 années d’exil forcé. Spiros retrouve son village, sa maison et quelques anciens camarades. Mais il a beaucoup de mal à comprendre le temps écoulé. L’idée même du retour qu’il a chérie durant 32 ans est devenue intangible. Un chef d'oeuvre sur la lutte pour un pays, l'abscence et la seule chose qui reste: L'amour.
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Liquid Truth (2017)
Carolina Jabor
Brésil
88′
Rubens est maître-nageur dans un club sportif. Il aime son travail et ses élèves. Peut-être trop? Un de ses bambins rapporte à sa mère une proximité excessive. Pour Rubens, c’est le début d’une descente aux enfers. La jeune réalisatrice Carolina Jabor ne ménage pas ses effets et entraîne très vite le spectateur dans une situation dramatique haletante. Rubens est encore jeune, toujours beau gosse, de caractère jovial. Il est chaleureux avec ses élèves qui le lui rendent bien. Sa relation avec son amie Sofia est volcanique et passionnée. Ses collègues apprécient sa joie de vivre. Il est donc surpris, ne comprend pas, lorsque les parents du petit Alex l’accusent d’abuser de leur garçon de huit ans. Défendu tout d’abord, maladroitement, par Ana, la directrice du centre sportif, Rubens va devoir affronter la vindicte des parents entourés de gens qui vont le juger coupable quoiqu’il dise, sur la base des paroles d’un enfant et dans l’absence de toute preuve formelle. En choisissant de donner un déroulement linéaire à son récit, limpide, sans aucun artifice scénaristique, Carolina Jabor laisse une totale liberté au spectateur. A lui d’interpréter les signes qui lui sont proposés. La réalisatrice concentre toute son attention sur quelques personnages-clés, laissant quelque peu de côté l’atmosphère insidieuse, oppressante, qui mène inéluctablement à une chasse aux sorcières. Les ambiguïtés seront assumées par les personnages, en premier lieu Rubens, carrure d’athlète, mais fragile. Ana, la directrice, d’abord ferme aux côtés de son employé, mais dont la défense malhabile s’effilochera lamentablement au fur et à mesure que la pression se fera plus forte. Les parents du petit Alex montrent aussi des signes de déséquilibre, le père exigeant, la mère de toute évidence névrosée. Paradoxalement, ou peut-être pas d’ailleurs, c’est l’amie de Rubens, Sofia, la plus jeune de tous qui se montrera la plus forte et restera ferme à ses côtés. En jouant sur l’intimité de scènes où les protagonistes sont rarement plus de deux ou trois, Carolina Jabor livre une intrigue claire où le suspens tient moins au dénouement qu’à l’évolution de ses personnages. Liquid Truth est un témoignage précieux d’une époque. Martial Knaebel
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In Her Eyes (2011)
Xiaolu Guo
Chine
109′
Kwok Yun vit dans un village reculé, où elle passe inaperçue. Elle y vit avec son père qui se désespère de ne pas la voir mariée alors qu’elle a dépassé la trentaine. Une vie monotone, entre son travail à la mine et les quelques étreintes qu’elle a avec l’instituteur du village. Mais tout bascule, pour elle, comme pour le village, lorsqu’elle croit avoir vu un OVNI. Tous deux vont sortir de leur anonymat, pour le meilleur et pour le pire, car la cheffe du village perçoit tout de suite les bénéfices que la bourgade va pouvoir tirer de cette célébrité soudaine. La jeune réalisatrice Xiaolu Guo nous propose un portrait, sous forme d’une satire noire, d’une communauté ordinaire confrontée aux changements radicaux d’une société chinoise contemporaine chaotique, prise dans le maëlstrom de la mondialisation de l’économie. OVNI et autres curiosités Avec cette adaptation de son propre roman éponyme, Xiaolu Guo continue de s’intéresser aux petites gens, ces hommes et ces femmes laissés de côté par le développement économique frénétique de la Chine, qui se contentent de leur horizon limité, autant par tradition que par manque d’ambition. L’aventure de Kwok Yun, sa vision d’un OVNI - à laquelle s’ajoute, le même jour, son sauvetage d’un Américain égaré et mordu par un serpent - va donc secouer la tranquille quiétude du lieu. D’abord en raison des ambitions de Cheffe Chang (sorte de Peppone au féminin, autant par le bagout et la rondeur, que par le discours très «parti communiste» des années cinquante), qui rêve de faire du village de l’Oiseau-Aux- Trois-Têtes un haut-lieu touristique, avec des visiteurs arrivant du monde entier. Ce décalage entre le discours et la réalité contemporaine donne des scènes du plus haut comique (Cheffe Chang en professeur d’astronomie, ou introduisant un millionnaire venu expliquer aux villageois comme s’enrichir rapidement). L’arrivée d’un policier enquêteur, envoyé par la capitale, illustre bien, aussi, le fossé existant entre la métropole et les campagnes de l’intérieur (images dont le noir et blanc correspond tout à fait à la description signalétique schématique faite des habitants). Mais le ton de la comédie s’efface petit à petit, car le bonheur mondialisé promis est d’abord précédé de destructions : plan d’eau du pêcheur du village, champs et rizières sacrifiés pour faire place à des constructions modernes, migrant dont la masure est démolie parce qu’elle ne fait pas «bien» dans le paysage. Yun sera, elle aussi, une victime, de la jalousie, des ambitions de Cheffe Chang. En fait, c’est tout le fragile équilibre de la communauté qui se voit mis en cause, où, ici comme ailleurs, ceux qui sont à la marge deviennent des victimes expiatoires. La réalisatrice Xiaolu Guo a gagné le Léopard d’Or à Locarno en 2009 avec son dernier film She A Chinese. Elle se proclame elle-même comme surréaliste et, de fait, c’est un portrait expressionniste de la Chine contemporaine, écartelée entre la rigidité d’une idéologie de plus en plus anachronique et le chaos d’un capitalisme débridé qu’elle nous propose. Le point commun entre ces deux extrêmes étant que les droits individuels n’y ont que peu d’importance pour l’un comme pour l’autre. La mise en scène est admirablement servie par les images splendides du caméraman Michal Tywoniuk et une musique, subtile mélange de mélodies tirées du folklore traditionnel et de compositions modernes plus abstraites, qui est en parfaite résonance avec le récit. Martial Knaebel
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Scandal (1950)
Akira Kurosawa
Japon
105′
Au cours d'une excursion à la montagne, un peintre. Ichiro Aoye, rencontre par hasard une jeune chanteuse à la mode, Miyako Saijo, et, après un violent orage, ils partagent une chambre dans une auberge voisine -, mais des photographes d'un journal à scandales avaient suivi Miyako, et le journal en question (ironiquement intitulé " Amour ") publie des photos du couple comme s'il s'agissait d'une " idylle secrète". Furieux du scandale créé, le peintre décide de poursuivre le journal en justice, mais l'avocat qu'on leur a indiqué, Hiruta, se laisse " acheter " par l'éditeur du journal pour payer les frais de maladie de sa fille Masako, atteinte de tuberculose. Scandale a longtemps souffert de sa proximité avec l'un des chefs d’œuvre de Kurosawa. Il fut en effet tourné la même année que Rashomon. On aurait pourtant tort de le considérer comme un film mineur dans la filmographie du maître. D'abord par la manière subtile qu'il a eu de contourner la censure de l'occupation américaine de l'immédiate après-guerre, ensuite par l'écho qu'il trouve encore aujourd'hui si l'on se réfère au scandale récent impliquant l'empire médiatique de Rupert Murdoch. Sans oublier, enfin, la passion qu'avait Kurosawa lui-même pour la peinture qui donne au personnage d'Ichiro une dimension très personnelle.
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The Death And Life of Otto Bloom (2016)
Cris Jones
Australie
83′
Qui est donc cet Otto Bloom surgi de nulle part, qui possède une mémoire du futur et n’en a aucune du passé? Est-il un extraterrestre, ou un charlatan? Un homme malade ou un génie? A partir de cette trame fantastique, le réalisateur Cris Jones nous propose une réflexion sur la relativité du temps et des choses, illustrée par une émouvante histoire d’amour. Cris Jones, voici un nom qu’il faudra retenir. Pour son tout premier film, après à peine deux courts métrages, ce jeune réalisateur australien y est allé au culot. En effet, plutôt que de chercher les effets spéciaux, du côté fantastique et extraordinaire de l’intrigue, Cris Jones choisit le faux documentaire pour insister sur l’aspect humain de l’aventure et du personnage-titre du film. Celui-ci est donc structuré autour d’interviews de personnages, s’adressant directement à la caméra et aux spectateurs, qui vont essayer de cerner Otto Bloom, de raconter son histoire et tenter de percer son mystère. Ces séquences neutres sont illustrées par une série d’images d’archives - fausses, bien entendu, mais plus vraies que nature - et de coupures de presse (tout aussi fausses) des quotidiens les plus prestigieux de la planète, se posant tous la même question: cet Otto Bloom est-il un phénomène ou un imposteur? Questions auxquelles des universitaires, un policier, tentent en vain de répondre face à la caméra.Décrit tel quel, The Death and Life of Otto Bloom pourrait donner l’idée d’un objet froid et austère. On en est loin, grâce à celle qui se trouve être au centre de cette histoire étrange, Ada, le grand amour d’Otto Bloom, celle aussi qui l’a examiné en premier - elle est neurologiste. Mais comment peut-on aimer lorsque la mémoire du passé n’existe pas? Ada, âgée, vit avec sa mémoire des moments heureux passés avec un homme qui les oubliait l’instant d’après. Et c’est une deuxième idée de génie de Cris Jones: point d’artifices et de maquillage ridicule pour exprimer le vieillissement d’Ada: Ada au passé est incarnée par la propre fille de l’actrice Rachel Ward, qui joue Ada au présent. Matilda Bloom est tout aussi émouvante et formidable que sa mère. The Death and Life of Otto Bloom, une très belle histoire sur les mystères de l’amour. Martial Knaebel
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Aqui no ha pasado nada (2016)
Alejandro Fernández Almendras
Chili
96′
Vicente prend ses vacances dans la maison familiale du bord de mer, après une année d’études à Los Angeles. Il passe son temps à flirter dans des parties arrosées de la jeunesse dorée du coin. Lorsque l’une d’elles se termine tragiquement, Vicente devient un coupable tout trouvé. Tourné dans l’urgence, Aqui no ha pasado nada (qu’on pourrait traduire par: «Circulez, il n’y a rien à voir») relate un fait réel. Celui d’un accident ayant impliqué le fils d’un politicien influent, blanchi par la justice grâce aux relations politiques de son père. L’affaire fit la une des médias chiliens. Almendras décida de s’emparer du sujet pour en faire une critique sociale acide d’une bourgeoisie confortablement assise sur ses privilèges. Pour financer son projet, le réalisateur lança une campagne de dons et les acteurs, ainsi que l’équipe du tournage, mirent leurs émoluments en participation. Cependant, au-delà de cette dénonciation, Aqui no ha pasado nada est aussi intéressant par le traitement qu’il utilise pour décrire une jeunesse qui ressemble à s’y méprendre à celle d’Europe: une jeunesse qui essaie de combattre sa solitude, son ennui et la vacuité de son existence dans des rassemblements où les saouleries sont élevées au rang de happenings. Almendras use alors de focales rapprochées isolant ses protagonistes au milieu de la foule des fêtards. De la même manière, les smartphones et leurs messages courts vides de sens, soulignent encore plus le caractère amputé des relations des protagonistes, accentué par une bande son au caractère punk envahissant. Dénonciation politique, le film essaie surtout de s’adresser aux jeunes, utilisant leurs codes et leurs outils. Martial Knaebel
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Peepli Live (2010)
Anusha Rizvi
Inde
104′
Nos médias sont toujours à la recherche de nouvelles sensations et semblent aimer chaque crise. Dans la comédie indienne Peepli (live), une ancienne journaliste nous montre à quel point les médias aiment aussi influencer ce qui se passe quand ils sont à court de gros titres ou de prétendus scandales. Cette histoire se déroule dans un paisible village agricole indien, où les familles n'ont pas de quoi vivre, mais trop de quoi mourir. Le paysan Natha se bat pour la survie de sa femme, de sa mère, de son frère et de ses enfants, lorsque se présente un moyen de sortir de la misère: le gouvernement a mis en place un programme qui indemnise les survivants lorsqu'un paysan se suicide. Un membre de la famille de Natha pourrait donc se suicider pour que les autres gagnent quelque chose. Les médias, qui couvrent la campagne électorale locale, ont vent de l'idée et le suicide planifié d'un paysan devient le sujet numéro un. Pas question de sauver le type, chaque journaliste veut au contraire être celui qui assistera en direct au suicide. La star de Bollywood, Aamir Khan (Lagaan), a produit Peepli (live), Anusha Rizvi a réalisé un remarquable premier film aussi amusant que profond, et l'on sent qu'elle sait très exactement de quoi elle parle. Elle le fait avec plaisir.
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Innocence of Memories (2015)
Grant Gee
Turquie
93′
Ni vraiment documentaire, ni fiction non plus, Innocence of Memories est une immersion à la fois charnelle dans le vieil Istanbul et psychologique dans l’œuvre du Nobel de littérature turc Orhan Pamuk. L’auteur, avec l’argent de son prix, s’est mis en tête de créer un musée qui raconterait une histoire d’amour malheureuse à Istanbul, dans les années 70. Fiction, le film est une mise en images, et en voix, du roman de l’auteur «Le musée de l’innocence», qui nous fait vivre l’amour de Fusun et de Kemal, abruptement brisé par la mort de la première. Ayla, amie de Fusun, et Kemal égrènent leurs souvenirs pendant que la caméra déambule parmi les vitrines du musée, somme d’objets appartenant à l’époque du récit, qui auraient pu être ceux des personnages du roman. Documentaire, voici que la caméra erre dans la nuit stambouliote, proposant des rencontres de personnages bien réels. En voix off, ou dans une interview en arrière-plan, Orhan Pamuk se livre à une réflexion sur son œuvre, sa vie et ses démêlées avec la politique, surtout sur son Istanbul de la nuit. On ne peut qu’être envoûté par ces images vagabondes et planantes s’attachant aux murs décatis, aux rues sales et encombrées où circulent chiffonnier, chauffeur de taxi ou photographe. Dans le musée même ces objets quelconques sont autant une accumulation romantique, illustrant la passion de Kemal et Fusun, qu’anthropologique exprimant une société en pleine occidentalisation. Innocence of Memories est aussi bien un essai littéraire que cinématographique qui nous offre une occasion superbe d’appréhender l’œuvre d’un auteur qui, même en exil, n’a jamais su vraiment quitter sa ville. (mk)
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La Pantalla Desnuda (2014)
Florence Jaugey
Nicaragua
92′
Matagalpa, nord du Nicaragua: Octavio, étudiant pauvre, se lie d'amitié avec Alex, fils d'une des plus riches familles de la région. Il est fasciné par le mode de vie de la famille de son ami, qui l'accueille chaleureusement. Lorsqu'Alex tombe amoureux d'Esperanza, une copine étudiante, Octavio se sent mis à l'écart. Il découvre par hasard, dans le téléphone portable d'Alex, une vidéo très intime des deux amoureux. Pour se venger, il la publie sur internet.
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Woman in the Septic Tank (2012)
Marlon N. Rivera
Philippines
87′
Une équipe de jeunes cinéastes est en pleine préparation du tournage d’un film dans un des bidonvilles qui entourent Manille. Le réalisateur Rainier et son producteur Bingbong rêvent de faire le «hit» qui les conduira tout droit aux Oscars. Mais pour cela, il faut des images choc et une star confirmée pour le rôle principal. Pour son premier film, Marlon N. Rivera dresse un portrait au vitriol d’un certain milieu du cinéma indépendant philippin. Le cinéma indépendant se rit de lui-même Le sujet que nos deux compères ont choisi et rêvent de tourner est «à la mode». Ce sera donc la misère des bidonvilles: Mila, une mère de famille doit nourrir ses sept enfants qui, jour après jour, se partagent un modeste sachet de soupe de nouilles. Ils habitent dans ce qui ressemblent plus à un abri de fortune qu’à une habitation. Pour améliorer l’ordinaire de ses enfants, Mila décide de «vendre» l’une de ses filles à un pédophile européen. Et pourquoi pas plutôt un de ses garçons? Ne serait-ce pas plus choquant, donc plus vendeur? Voilà de quoi discutent Bingbong et Rainier, dans leur belle voiture dernier cri, équipés de dernières versions des iPad et iPhones, buvant des cafés sophistiqués au Starbuck du coin. Marlon N. Rivera ne fait pas dans la dentelle, les portraits sont chargés au maximum pour creuser encore le fossé entre deux réalités voisines qui ne se mélangent pas. Il n'est nul besoin d'être au fait de la production d’un film pour saisir l’ironie de certaines situations. Ainsi, lorsqu’il s’agit de choisir la star qui jouera le personnage de Mila, certaines scènes sont répétées avec des variations selon l’humeur et l’imagination des protagonistes qui rêvent même d’une comédie musicale. Lorsque le choix s’est arrêté enfin sur Eugene Domingo (elle fait plus «pauvre» que les autres). Celle-ci, dans une immense villa immaculée, cabotine et caricature son propre personnage. Le tournage peut commencer. Il n’y a pas vraiment de méchanceté dans cette description, peu flatteuse mais somme toute très fidèle, du milieu du cinéma indépendant philippin. Le ton de la comédie employé adoucit la charge. Salué et primé par la profession du pays, «The Woman in the Septic Tank» fut aussi un grand succès public aux Philippines.
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God Exists, Her Name Is Petrunya (2019)
Teona Strugar Mitevska
Macédoine du Nord
100′
Une jeune femme dans la trentaine s’immisce dans une célébration de l’Epiphanie jusque là exclusivement masculine. Ce «sacrilège» secoue la petite bourgade macédonienne où vit l’héroïne Petrunya. Comédie mordante et narquoise, Dieu existe, son nom est Petrunya nous plonge dans une société patriarcale et phallocrate, mais finalement impuissante pour peu qu’on lui résiste. Qui est le loup, qui est l’agneau? Petrunya a la trentaine, vit toujours chez ses parents et n’a toujours pas trouvé de travail. Au retour d’un x-ième entretien d’embauche qui, en plus d’être infructueux, fut humiliant pour la jeune femme, Petrunya croise la procession de l’Epiphanie et la suit jusqu’à la rivière où le prêtre jette une croix en bois que les jeunes gens du village vont chercher à récupérer en affrontant les flots glacés. Dans un geste spontané et irréfléchi, la jeune femme se jette à l’eau, elle aussi, et récupère la croix la première. Scandale chez les jeunes hommes frustrés qui veulent récupérer leur dû. Petrunya s’enfuit sous les quolibets et les menaces pour se réfugier chez elle. Pour le prêtre, non plus, elle n’avait pas le droit de participer à la cérémonie. Il fait appel à la police pour récupérer ce qu’il considère comme son bien. Dieu existe, son nom est Petrunya est d’abord le portrait d’une femme qui se révèle à nous et à elle-même. Entre la chipie paresseuse, réfugiée sous les draps, du début et la jeune femme à la fin, il y a un univers. Zorica Nusheva nous fait vivre, avec un talent phénoménal, cette évolution de Petrunya. Ou plutôt cette révélation, petit à petit, d’une femme éduquée, plus sûre d’elle-même à mesure qu’elle voit la faiblesse des représentants du sexe fort. La fable du loup déguisé en agneau est ici carrément inversée: Petrunya se dit l’agneau déguisé en loup... Mais le film, à un niveau plus général, est aussi une satire d’une société qui se voudrait moderne, mais qui n’arrive pas à se défaire d’oripeaux d’un autre âge. Une société où, d’ailleurs, l’histoire semble être juste utile à perpétuer des légendes. Pour mettre tout cela en scène, la réalisatrice Teona Strugar Mitevska use d’un ton humoristique qui ne déplairait pas à Ken Loach, entre ironie vis-à-vis des structures et empathie pour ses personnages. Martial Knaebel
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Supa Modo (version allemande) (2018)
Likarion Wainaina
Kenya
71′
"Si tu avais un super-pouvoir, ce serait quoi?" "Tu serais super forte?" "Non." "Une as du combat?" "Ce n'est pas un super-pouvoir." "Alors quoi?" "Comme toujours, je pourrais voler." Jo a 9 ans, adore les héros et souffre d’une maladie. Les gens autour d’elle décident de réaliser le rêve de sa vie dans un film. Jo devient une star de cinéma. Jo rêve d’être une super-héroïne. Son plus grand souhait: tourner un film dans lequel elle joue le rôle principal. Dans son imagination, elle oublie qu’elle souffre d’une maladie incurable. La grande sœur de Jo ne supporte plus de voir cette fille joyeuse passer au lit tout le temps précieux qu’il lui reste. Elle encourage Jo à croire en ses pouvoirs magiques et convainc tout le village de réaliser le rêve de la fillette. Le drame émouvant du cinéaste kényan Likarion Wainainaina, créé dans le cadre d’un atelier du collectif de production germano-kenyan One Fine Day Films, parle du pouvoir de l’imagination et d’une façon inhabituelle de dire au revoir.
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avec bonus
Medianeras (2011)
Gustavo Taretto
Argentine
90′
Bonus:
Martin et Mariana vivent tous les deux à Buenos Aires, dans la solitude. Lui, concepteur de sites Internet travaille essentiellement chez lui et cela tombe bien car il est plutôt agoraphobe. Elle, architecte, peine à trouver un emploi et décore des vitrines en attendant. Les deux ont en commun d’essayer de se remettre d’une rupture amoureuse et, même s’ils ne se connaissent pas, d’habiter la même rue de la capitale argentine où ils se croisent, lui avec le petit chien abandonné par son ex, elle les bras encombrés de ses mannequins. Comédie romantique dont le personnage de Martin semble sortir tout droit d’un film de Woody Allen, et dont le ton léger et souvent humoristique n’empêche pas, au contraire, une réflexion profonde, et étonnante par sa rigueur, sur la vie et l’architecture urbaine. *************** Une comédie urbaine Cela aurait pu être une bluette, comme Hollywood nous en abreuve si souvent, dont l’issue heureuse est attendue, sur la rencontre de deux êtres perdus dans une grande ville. Medianeras est bien plus que cela. Il y a d’abord ce monologue, qui ouvre le film, décrivant la ville portègne dans un style à la fois poétique, sociologique, urbanistique. La pertinence des idées que ce monologue surprenant développe lui donne une force extraordinaire et transforme totalement le ton de cette comédie romantique. Une fois les deux personnages présentés, dont on a compris tout de suite qu’ils finiront par se rencontrer et s’aimer à coup sûr, on peut s’attacher à suivre leurs pérégrinations en parallèle dans la jungle urbaine de Buenos Aires. Et c’est là que nous allons de surprises en surprises car le jeune réalisateur Gustavo Taretto développe son récit avec une imagination foisonnante, imprévisible, qui nous fait découvrir ses personnages et une ville comme rarement un cinéaste l’aura fait. Le ton reste léger tout au long du film, avec des scènes du plus haut comique ( Mariana obligeant un soupirant à grimper 20 étages car elle a peur de l’ascenseur). Il faut souligner ici les prestations époustouflantes des deux acteurs, Pilar López de Ayala ( Mariana) et Javier Drolas. La première campe une Mariana émouvante et drôlatique, lui un Martin « geek » dépressif et paumé. Pourtant, les sujets à réflexion ne sont pas éludés, que ce soit la solitude, le désarroi de la jeunesse ou l’urbanisation comme reflet d’une société. Ils sont aussi traités avec la même précision que la description urbanistique de Buenos Aires de l’introduction. Le passage du réalisateur par la publicité lui a aussi appris l’importance du rythme dans le déroulement d’une histoire, pour que celleci garde sa fraîcheur jusqu’au final attendu. Il s’ajoute à cette comédie si argentine une dimension universelle car cette histoire pourrait se déplacer dans bien des mégalopoles de la planète avec leurs avenues, leur gratteciel rutilants de verre avoisinant des bâtisses délabrées, leur foules anonymes stressées où l’on se côtoie sans jamais se rencontrer. Comédie urbaine, Medianeras (qui désigne les murs ou les maisons mitoyennes) est sans conteste aussi, et surtout, une superbe réflexion sur le monde urbain à l’ère du virtuel. Martial Knaebel ************ «MEDIANERAS était un court métrage qui remporta 40 prix dans le monde entier - un court métrage qui recelait en lui un long métrage. Notre objectif était de mettre au jour le long métrage. Dans le film EL SOL DEL MEMBRILLO (LE SONGE DE LA LUMIERE), Víctor Erice médite entre autres sur l’obsession d’Antonio López de peindre l’arbre qu’il avait planté et qu’il voyait grandir dans son jardin. L’arbre change au fil du temps, avec les saisons et spécialement en fonction de la luminosité. MEDIANERAS est mon arbre. Je l’ai planté il y a plus de quatre ans et je l’ai regardé grandir depuis. Pour reprendre l’analogie avec la peinture, le court métrage révèle le geste du coup de pinceau, la palette de l’artiste, le tronc qui le maintient en place, les branches principales et la couleur de ses feuilles. Maintenant, avec le long métrage, vient le moment d’entrer dans le détail, d’explorer la profondeur et les nuances, les ambiguïtés et les contradictions. L’histoire change exactement de la même façon que la ville qui lui sert de scénario : Buenos Aires. Certaines des scènes se fanent tandis que d’autres fleurissent.» (Gustavo Taretto)
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