Collection trigon-film

1976
Manuela Martelli
Chili
96′
Chili, 1976. Tandis que sévit la répression, Carmen part superviser la rénovation de sa maison de vacances en bord de mer. Un prêtre lui demande alors de s’occuper d’un jeune homme blessé, en secret... Réalisé par la cinéaste chilienne Manuela Martelli et sélectionné à Cannes, 1976 est un polar de haut vol, qui décrit la dictature en adoptant le point de vue inédit d’une femme de la bourgeoisie.
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A peine j'ouvre les yeux
Leyla Bouzid
Tunisie
102′
Tunis, juste avant la chute du président Ben Ali. Farah vient d’avoir son bac, rêve de musique et joue dans un groupe de rock contestataire. Elle aime, boit et chante dans des cafés où il n’y a que des hommes. Sa mère a peur et voudrait la protéger contre elle-même. Leyla Bouzid nous offre un film d’une vivacité incroyable et, d’une certaine manière, un hommage à une jeunesse qui voudrait vivre, elle aussi. Une jeunesse tunisienne Été 2010. Farah vient de réussir son bac avec mention. Sa famille fait la fête et la voit déjà étudier la médecine. Mais ce n’est pas ce que voudrait la jeune fille qui chante dans un groupe de rock contestataire et rêve de faire musicologie. Alors elle sort la nuit, malgré les promesses faites à sa mère, boit et chante, aime, enfin, Borhène, le parolier et leader du groupe. Elle fait tout cela avec la fougue et l’énergie de la jeunesse. Sa mère essaie bien de la brider en l’absence de son père qui travaille loin de Tunis. Mais rien n’y fait, elle veut vivre, à l’image de toute une jeunesse qui supporte de moins en moins la police secrète de Ben Ali. Celle-ci commence à s’intéresser à ce groupe qui prend trop de libertés: des concerts sont annulés et un ami de sa mère, la prévient: sa fille est en danger elle aussi. Hayet décide alors d’envoyer Farah à Gafsa, rejoindre son père. Au moment de prendre le taxi collectif, Farah disparaît.Leyla Bouzid insuffle autant d’énergie dans son premier film que la jeune Baya Medhaffer met à incarner son personnage de Farah. La caméra de Sébastien Goepfert suit le mouve-ment avec la même fougue, captant les envies de liberté de la jeune fille et de ses amis avec une maestria remarquable. À peine j’ouvre les yeux est un film fait de coups de poing, où s’opposent les émotions des protagonistes du récit. Aux envies de vivre de la fille, la mère répond par l’inquiétude et la crainte, donnant l’image d’une femme conservatrice. Puis, tout bascule avec la disparition de sa fille, une autre femme apparaît, courageuse, prête à mordre. Leyla Bouzid saisit et met en scène ce changement d’atmosphère, où l’angoisse prend le pas sur l’envie de vivre, avec autant de justesse qu’elle suivait les escapades des jeunes gens. Quelques mois avant la chute du président Ben Ali, voici un superbe instantané du climat régnant en Tunisie. Pas de démons-tration, juste du beau cinéma. Martial Knaebel
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A Separation
Asghar Farhadi
Iran
123′
Simin voudrait quitter l’Iran avec son mari Nader et leur fille Termeh. Elle a entrepris toutes les démarches nécessaires et tout réglé en prévision de leur départ. C’est alors que son mari lui fait part de ses scrupules : il ne veut pas abandonner son père qui souffre de la maladie d’Alzheimer. Nader annule le voyage. Simin dépose alors une requête de divorce auprès du tribunal des affaires familiales. Sa requête étant rejetée, elle quitte le domicile conjugal et retourne vivre chez ses parents. La petite Termeh décide de rester avec son père tout en espérant que sa mère reviendra bientôt à la maison. Confronté aux nouvelles circonstances, Nader a du mal à se débrouiller, ne serait-ce que par manque de temps. Il engage alors une jeune femme pour s’occuper de son père malade. Razieh est enceinte et elle accepte cet emploi sans en informer son mari. Un jour, en rentrant du travail, Nader trouve son père tout seul à la maison ; le vieil homme déficient est en outre attaché à une table. Quand Razieh est de retour, la réaction de Nader a des conséquences tragiques qui bouleversent non seulement sa propre existence mais affectent aussi l’image que sa fille avait jusqu’alors de lui.
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A Tale of Three Sisters
Emin Alper
Turquie
107′
Trois sœurs n’ont qu’une envie: quitter leur village et trouver à travailler à la ville. En installant son histoire d’amour et de rivalités familiales dans un village isolé, enserré par des montagnes enneigées, Emin Alper a trouvé le parfait équilibre entre la structure dramatique du théâtre et un cinéma ample où le conte fantastique épouse naturellement la chronique réaliste.
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A Touch Of Zen (1971)
King Hu
Taiwan
179′
Le jeune Ku Shen Chai, artiste dans la Chine de la dynastie Ming, vit près d'une forteresse abandonnée qui semble être hantée. Des sons mystérieux l'y attirent et il rencontre la belle Yang Hui Ching, qui vit là avec sa mère. Ce film féérique est le chef-d'œuvre fondateur du genre Wuxia. Il a inspiré des succès tels que «Crouching Tiger, Hidden Dragon» de Ang Lee.
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Abluka
Emin Alper
Turquie
119′
En liberté conditionnelle, Kadir cherche à reprendre contact avec son jeune frère Ahmet dès sa sortie de prison. Mais ce dernier ne semble pas intéressé à renouer avec son aîné. Autour d’eux, c’est le chaos total, les bruits de bottes succèdent aux explosions. C’est un Istanbul apocalyptique que nous montre Emin Alper dans un suspens haletant de bout en bout. De la suspicion à la folie Nous sommes dans un avenir à la fois proche et indéfini. Istanbul est secoué par des explosions presque quotidiennes. Des groupes armés se dissimulent dans les bidonvilles qui entourent la ville et que la police chasse sans ménagement. C’est ce climat de suspicion, de peur et de violence que découvre Kadir à sa libération. Il a été condamné à vingt ans de prison pour crime. Deux ans avant l’accomplissement de sa peine, on lui octroie une liberté conditionnelle pour autant qu’il intègre un groupe chargé de fouiller les ordures pour y trouver des objets qui pourraient servir ou avoir servi à la fabrication de bombes. Le premier geste de Kadir est de rendre visite à son jeune frère qu’il a quitté alors qu’il n’était qu’un enfant. Cependant, Ahmet ne semble pas enclin à renouer les contacts avec son aîné. Il est engagé par la municipalité pour tuer les chiens errants. Mais il en soigne un en cachette dans sa maison. Affolé à l’idée d’être découvert, il ne répond pas aux appels de son frère. Kadir est alors persuadé qu’il est retenu en otage ... Nul besoin de lourds et dispendieux effets spéciaux pour créer une atmosphère paranoïaque et anxiogène. Amin Alper a su choisir ses décors, user de la lumière, travailler la bande son et, surtout, diriger des acteurs hors pair pour créer un climat de suspens et de malaise qui scotche le spectateur à son fauteuil. Le réalisme des scènes de jour et d’extérieur, où Kadir et Ahmet vont travailler chacun de leur côté, s’opposent aux nuits solitaires et fantasmatiques des deux hommes dont le montage subtile entrelace les cauchemars et les hallucinations de l’un ou de l’autre au milieu du silence oppressant d’une ville où les vrombissements des lourds convois militaires répondent aux secousses des explosions nocturnes. Abluka démonte superbement le mécanisme qui, de la suspicion, mène à la folie.
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About Elly (2009)
Asghar Farhadi
Iran
114′
Ahmad, qui vit depuis longtemps en Allemagne, est de retour en Iran pour un bref séjour et ses anciens amis d’université décident de passer trois jours de vacances ensemble au bord de la mer Caspienne. Sepideh, une des femmes du groupe, de caractère très enjoué, a pris en charge l’organisation du séjour. Elle a également convié au voyage Elly, l’institutrice de sa fille qui est en maternelle, et ceci à l’insu des autres participants. Ahmad, qui sort d’un mariage malheureux avec une Allemande, est désireux de refaire sa vie avec une Iranienne et les amis se rendent compte peu à peu de la raison pour laquelle Sepideh a invité Elly. Elle va désormais capter toute leur attention, les uns et les autres lui trouvant mille qualités. Le second jour, alors que tout se passe bien et que la joie et l’harmonie sont au rendez-vous, un incident survient au cours duquel Elly s’éclipse dans la nature. L’ambiance joyeuse disparaît d’un seul coup et l’harmonie fait place aux diverses spéculations des amis sur le pourquoi et le comment de la disparition d’Elly. Ils contactent sa famille qui ne leur apprend rien de neuf ; l’inquiétude se transforme en panique. Les amis analysent alors de façon critique les entretiens du premier jour et les conversations téléphoniques avec la famille d’Elly. Finalement, Sepideh est même mise en cause pour avoir invité Elly, ce qui a perturbé leurs vacances. En deux jours, le jugement du groupe vis-à-vis d’Elly a viré du tout au tout - jusqu’au dernier jour de vacances où la réalité se révèle.
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About Kim Sohee
July Jung
Corée du Sud
138′
Après « A Girl at My Door » (2014), l’histoire d’une jeune commissaire qui prend sous son aile une collégienne martyrisée par son entourage, la réalisatrice sud-coréenne July Jung est de retour avec un long-métrage de la même eau rare. Tiré d’un fait réel, « About Kim Sohee » est un film porté par un magnifique duo d’actrices, qui oscille avec délicatesse entre drame et polar. Lycéenne passionnée de dance-pop, Sohee (Kim Si-eun) est une jeune femme courageuse, entourée d’amies qui se débattent pour gagner leur vie. Envoyée en stage par son école, elle se retrouve dans le call center d’une boîte de télécom, où elle est chargée de vendre des abonnements et surtout d’éviter coûte que coûte les résiliations. Sous pression comme toute l’équipe composée majoritairement de femmes, Sohee est coachée de manière insidieuse et jugée en permanence sur ses résultats, à tel point que le stage vire au cauchemar… Tandis que se multiplient les événements macabres, une inspectrice volontaire, Oh Yoo-jin (Bae Doo-na), enquête sur l’entreprise, mettant au jour ses pratiques oppressantes. Grâce à une mise en scène d’une intelligence lumineuse, July Jung laisse peu à peu affleurer la profondeur de ses deux personnages et exprime leur courage face au système ultralibéral qui broie non seulement les employées, mais aussi les managers et la basse hiérarchie. Passant du drame intime à l’enquête policière, la cinéaste atteint une dimension universelle en scrutant la complexité d’une chaîne de responsabilité guidée par les impératifs de rentabilité, qui n’hésite pas à se défausser et à recourir à l’humiliation. En résulte un film d’une grande beauté, féministe et révolté.
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Adam
Maryam Touzani
Maroc
101′
Dans l’une des petites ruelles de la vieille médina de Casablanca, Abla, veuve, possède une petite boulangerie fine. Ses journées sont bien remplies avec la fabrication et la vente de ses pains et pâtisseries, sans compter sa fille de huit ans, Warda, qui demande aussi sa part d’attention. Un après-midi, Samia, une jeune femme enceinte, frappe à la porte d’Abla. Elle cherche un endroit pour passer la nuit et propose de l’aider à la maison et à la boulangerie. Abla n’est pas intéressée, mais la petite Warda et son grand coeur adoptent Samia immédiatement… La réalisatrice Maryam Touzani raconte une histoire universelle, sur l’amitié entre deux femmes très différentes, sur la solidarité féminine, la maternité et l’art sensuel de travailler la pâte. Son film est porté par la beauté saisissante de ses images et par le jeu très inspiré des deux interprètes Lubna Azabal et Nisrin Erradi. Présenté en première mondiale au Festival de Cannes, « Adam » est le premier film réalisé par une femme que le Maroc a choisi pour le représenter aux Oscars. Une perle cinématographique, profonde et légère à la fois.
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Dès le 3 juin 2024
After Life (1998)
Hirokazu Kore-Eda
Japon
119′
Pour construire son scénario, Hirokazu Kore-eda invita plus de 500 gens ordinaires à raconter leur souvenir le plus important. Au final, il engagea un bon nombre d'entre eux pour relater leur propre histoire dans After Life. C'est l'esprit de ce film que d'entremêler, de transcender avec sensibilité et intelligence, réalité et fiction. A l'instar de son précédent film, Maboroshi no hikari, magnifique jeu d'ombres et de lumières, Hirokazu Kore-eda ouvre les âmes, explore les interstices entre mémoire et oubli, entre paradis perdu et sensation fugitive du bonheur. A sa manière, sereine, amusée, sans pathos ni effets esthétisants, Kore-eda nous livre des questions sur l'aspect chimérique de la mémoire: se souvenir, c'est quoi en fait? Un geste tendre? Une sensation de fraîcheur? Sommes-nous réellement capables de décrire avec précision et force détails le décor et les circonstances d'un instant heureux? N'est-ce pas le paradis de pouvoir tout oublier? Pour Kore-eda, nul doute que la mémoire est un phénomène évolutif et collectif, étroitement lié à l'identité de chacun. Mochizuki, l'un des anges-passeurs, ne reévalue-t-il pas sa propre vie en découvrant qu'il est au centre d'un souvenir heureux de quelqu'un d'autre? After Life est autant un film sur le cinéma que sur la mémoire.
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After the Curfew (1954)
Usmar Ismail
Indonesie
103′
Après la libération du régime colonial néerlandais, le héros révolutionnaire Iskandar retourne à la vie civile. Il doit se rendre compte que les idéaux pour lesquels il s'est battu ne sont pas vraiment vécus. «After the Curfew» est un ouvrage passionnant qui traite directement d'un moment décisif du conflit dans l'histoire indonésienne : les conséquences de la révolution républicaine de quatre ans qui a mis fin à la domination néerlandaise. C'est un film visuellement et dramatiquement obsédant sur la colère et la désillusion et sur le rêve d'une nouvelle société. Le réalisateur Usmar Ismail est largement considéré comme le père du cinéma indonésien. Il a commencé sa carrière en tant que dramaturge et fondateur de Maya, un collectif dramatique formé pendant les années d'occupation japonaise. Et c'est à cette époque qu'Ismail a développé un intérêt pour la réalisation de films. After the Curfew est le plus grand succès critique et commercial d'Ismail et est considéré comme un classique du cinéma indonésien.
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Aga
Milko Lazarov
Bulgarie
96′
Un vieux couple de Yakoutes de Sibérie vit isolé dans une des régions les plus désolées et les plus froides du monde. Nanook chasse et pêche, tandis que Sedna tanne les peaux et en fait des vêtements. Mais le gibier se fait rare alors que la glace fond chaque année plus tôt. Le Bulgare Milko Lazarov est allé à l’extrême nord de la Sibérie orientale pour rendre compte de la fin irréversible d’une civilisation. Cantate sibérienne Ils sont minuscules, perdus au loin, au milieu de ces étendues immenses et glacées, filmées en plans larges. Ils sont vieux et seuls: lui perd la mémoire, elle soigne une douleur sur le côté que Nanook ne remarque pas. Le scooter des neiges de Chena est leur seul lien avec le monde au-delà des steppes. Le jeune homme leur apporte du bois, pour le chauffage, et du pétrole, pour la lumière. Il donne aussi des nouvelles d’Ága, leur fille partie travailler au loin, abandonnant les traditions ancestrales. Ce que son père n’a toujours pas pardonné. Il y a cent ans, Robert Flaherty tournait son premier documentaire sur les «esquimaux», comme on les appelait à l’époque. Trois ans plus tard, il retournait dans le Grand Nord canadien pour filmer une famille Inuit dont le chef était Nanook, qui donnera le titre à son film Nanook of the North, marquant le début de l’histoire du documentaire filmé. Si c’est bien une fiction que Milko Lazarov est allé tourner dans la république russe de Sakha, avec des acteurs professionnels du cru, l’hommage rendu à Flaherty est évident, ne serait-ce que par le nom donné au vieil homme. La référence au cinéaste américain pourrait d’ailleurs être poursuivie à propos des frontières entre documentaire et fiction. Autant Flaherty introduisit plusieurs scènes «arrangées» dans son film - ce qui lui fut reproché longtemps -, autant Lazarov, avec Ága, donne des images mises en scène certes, mais fidèles au possible à la réalité, avec un rythme posé et une caméra respectueuse et précise, avec une musique discrète mais émouvante. Le résultat est à la hauteur de l’ambition: éviter le récit cataclysmique convenu pour exprimer la fin d’un monde, en proposant une cantate somptueuse qui rend honneur à toutes ces cultures, au nord comme au sud, qui disparaissent inexorablement. Martial Knaebel
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avec bonus
Air Doll (2009)
Hirokazu Kore-Eda
Japon
111′
Hideo est un employé modeste et ordinaire. De retour chez lui, chaque soir, il parle de ses journées à Nozomi qui l'écoute en silence. Et pour cause, Nozomi est une poupée gonflable, succédané de compagnie pour cet homme seul. Pourtant, Nozomi est plus que cela, car, Hideo une fois parti au travail, la poupée devient femme. Elle sort, découvre ce monde dont elle ignore tout, avec la naïveté d'une enfant. Elle trouvera même un travail dans une boutique de location de vidéo où elle pourra croire trouver une âme sœur, qui lui ressemble, dans la personne d'un jeune collègue qui lui avoue que, lui aussi, ressent un vide intérieur. Cette nouvelle parabole de Hirokazu Kore-eda décrit une société japonaise, monde industrieux et aseptisé, où les conventions sociales basées sur la réussite professionnelle poussent hommes et femmes dans une solitude que seuls les fantasmes peuvent encore briser. «J'ai appris que si vous voulez qu'une personne se livre, il faut la regarder bien en face. De cette façon, je recréais du naturel. C'est aussi une forme de politesse. Ça ne veut pas dire que je rejette les auteurs qui n'appliquent pas cette façon de faire. Prenez Hitchcock, que j'admire. Il procède différemment, et pourtant lui comme moi cherchons à créer du suspense. Le mien, c'est dans le quotidien qu'il se cache.» Hirokazu Kore-eda
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Ajami (2009)
Scandar Copti et Yaron Shani
Israël
120′
A Jaffa, le jeune Nasri, âgé de 13 ans, et son grand frère Omar vivent dans la peur depuis que leur oncle a tiré sur un membre important d’un autre clan. Malek, un jeune réfugié palestinien d’un camp de West Bank, travaille illégalement en Israël pour financer l'opération que sa mère doit subir. Binj, palestinien, rêve d’un futur agréable avec sa petite amie chrétienne. Dando, un policier juif, recherche désespérément son jeune frère disparu. Des destins croisés au coeur d’une ville déchirée. La réalité telle qu’elle se présente Le quartier d’Ajami, à Jaffa, est un lieu cosmopolite où cohabitent Juifs, Musulmans et Chrétiens. Depuis toujours, la situation est complexe et sensible. La tragique fragilité de l’existence humaine est expérimentée quoti-diennement dans cette communauté cloison-née, où les ennemis sont voisins. Véritable fiction-réalité, alliant la force du documentaire à la finesse de la narration fictive, travail magistral (7 ans ont été nécessaires à la fabrication du film), Ajami est une oeuvre puissante, dérou-tante et unique, qui tente de dépasser les clivages religieux afin de présenter la réalité telle qu’elle est, véritablement. Submergés par la violence de leur réalité respective, les deux réalisateurs, transformant leurs différences en ressources – l’un est un juif israélien, l’autre est un citoyen palestinien d’Israël – ont donc décidé de se plonger ensemble dans le quotidien des habitants d’Ajami, le plus grand quartier arabe de Jaffa. «Nous avons écrit Ajami car nous voulions raconter l’histoire de personnes que nous connaissons et, à travers elles, transmettre quelque chose que nous partageons tous: l’ambivalence tragique de la réalité humaine. Nous ne connaissons pas d’autre endroit exprimant mieux la collision de “mondes” différents que les rues d’Ajami. Ajami est un melting pot de cultures, de nationalités et de perspectives humaines opposées. Notre but était de montrer cette réalité avec la plus grande sincérité.» Yaron Shani & Scandar Copti
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Al asfour - Le moineau (1972)
Youssef Chahine
Egypte
102′
Un peu plus de quinze ans après Gare centrale, en 1974, Youssef Chahine réalise Al Asfour (Le moineau). Il y pousse à l'extrême une mise en scène éclatée qui semble partir dans tous les sens, où de multiples histoires débutent chaque fois qu'un nouveau personnage apparaît, où la compréhension de l'ensemble semble n'apparaître qu'à la fin. Il ne s'agit pas pour autant d'un film «à se prendre la tête», car Chahine n'abandonne pas son regard affectueux vis-à-vis des petites gens. Le récit se déroule au printemps 1967, le jeune officier Raouf est envoyé dans la campagne pour arrêter un voleur, Abou Kehder, qui se révèle n'être qu'un sous-fifre employé par un réseau mafieux dont les ramifications vont jusque dans les hautes sphères du pouvoir. Mais Raouf est un poète qui se pose des questions. Il veut arrêter le bandit alors que tout le monde veut le voir mort, dont Cheikh Ahmed qui veut venger la mort de son frère. Lorsqu'il rentre au Caire, sans avoir pu empêcher la mort de Kehder, la guerre des Six jours a commencé. Ces quelques ne reflètent pas l'ensemble de l'intrigue foisonnante, où les développements multiples donnent un aperçu presque documentaire, au-delà de la fiction, de l'atmosphère qui régnait à ce moment-là dans la population égyptienne, fière de son armée, sûre de pouvoir se défendre victorieusement contre l'ennemi israélien. Et c'est dans cette atmosphère et celle qui a frappé le peuple à l'annonce de la défaite, qu'on pourrait voir le personnage principal du film. Dans un très beau texte, le critique de cinéma tunisien Tahar Chikhaoui, évoque, à propos d'Al Asfour, d'une «esthétique de la défaite» découverte par Chahine. Une forme esthétique qui permette de rendre compte, et de porter à l'écran, des sentiments, et de la réalité, de cette défaite qui a consterné les populations du monde arabe. Le moment-clé du film, à la fin, quand la voix de Nasser annonçant sa démission (il s'agissait là de l'enregistrement véritable qu'on entendait) s'est tue. La caméra se promène dans un silence intégral dans les rues du Caire. Puis, un cri, celui d'une femme, et voici la rue qui se remplit, la rumeur qui enfle pour ne devenir qu'un cri: «Non!». Le peuple est dans la rue et refuse la démission du Raïs. Non par idolâtrie, ou par peur, simplement parce que, comme le disait Chahine dans une interview (qu'on trouvera dans le bonus du DVD), «après une telle défaite, on ne peut pas partir comme ça et simplement démissionner pour laisser le peuple tout seul». En raison de sa mise en cause directe du pouvoir dans la responsabilité de la défaite de 67, le film fut interdit et ne put être présenté qu'après la fin de la guerre d'octobre 73. Martial Knaebel
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Al Wadi - La vallée
Ghassan Salhab
Liban
134′
Errant sans but après avoir perdu la mémoire dans un accident de voiture, un homme est recueilli par les occupants d'une ferme de la vallée de la Bekaa, au Liban. Cette ferme se révèle être un lieu secret où ses habitants traitent de la drogue dans un laboratoire. La présence de cet étranger sans nom va entraîner des conséquences dramatiques pour cette communauté clandestine. Ici, bien peu sépare la beauté de l'horreur. Un sentiment de danger latent imprègne les contreforts d'un paysage sublime. La catastrophe guette. Les tensions montent dans les quartiers de la maison. L'identité de cet homme sans passé devient le sujet entêtant alors que les doutes s'insinuent concernant son amnésie. Est-il un docteur ou un mécanicien? Un ange ou un espion? Comme une page blanche, il se prête à tous les fantasmes et finit par devenir un prisonnier. A la fois concret et éthéré, avec une bande-son puissante et des images d'une grande intensité, le film montre un ensemble d'existences mélancoliques avant l'avénement de l'apocalypse alors que la radio annonce la crise politique à venir.
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Alive (2009)
Artan Minarolli
Albanie
90′
Koli s’est habitué à la vie de Tirana, où il étudie et a une relation amoureuse avec une jeune étudiante de la bonne société. A l’annonce de la mort de son père, il retourne dans sa province natale pour être confronté à une obscure affaire de dette de sang datant de son grand-père. Koli se retrouve alors au centre d’un tissu de relations sociales qui lui paraissent d’un autre âge, mais qui président toujours à la vie dans ces montagnes perdues d’Albanie. ******************* Deux mondes La vie de Koli à Tirana est celle de beaucoup d’étudiants de par le monde. Etudes, copains et fêtes. Même son retour dans la famille, pour les obsèques de son père, ne diffèrent pas vraiment des funérailles campagnardes auxquelles nous pourrions assister ici. Mais cette normalité se déglingue bien vite et le jeune homme se retrouve au centre d’une vendetta familiale à laquelle il ne comprend rien. Dès lors, les événements s’enchaînent et le jeune homme se fait ballotter, impuissant, par sa famille qui veut le protéger et par les rencontres que provoque sa fuite devant les conséquences mortelles d’une tradition qu’il avait oublié, pris qu’il était par ses études et la vie moderne de la capitale. On est d’ailleurs frappé par le nombre de personnages qui semblent fuir quelque chose ou quelqu’un dans ce film. Le grand mérite du réalisateur Artan Minarolli est d’avoir su éviter les poncifs sous-tendus par un tel sujet. En privilégiant une recherche quasi documentaire de son décor, il donne à la fois un accent de vérité à son histoire, tout en lui donnant une légèreté qui mêle l’humour au drame qui se déroule sur l’écran. En cela, il semble bien s’inspirer du cinéma néoréaliste italien. Il arrive surtout, en jouant sur la «normalité» de Koli, à permettre au jeune spectateur européen, qui verrait le film, de s’identifier au personnage. En fait, des Koli, nous pouvons en rencontrer tous les jours près de chez nous. On a là un autre grand mérite de ce film: celui de nous rendre plus proches d’une jeunesse dont on ignore trop souvent les raisons de sa présence ici, en Suisse, et surtout les conditions dans lesquelles elle est arrivée chez nous. Artan Minarolli a d’ailleurs dédié son film aux quatre-vingt six personnes mortes noyées en 1997 en essayant de fuir leur pays natal. Comme Koli, ils ne demandaient qu’à vivre mieux. Martial Knaebel
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Alouettes, le fil à la patte (1969)
Jiri Menzel
République Tchèque
94′
A Kladno, ville industrielle tchécoslovaque, au milieu des années cinquante, des travailleurs forcés, "ennemis du régime", sont occupés au broyage et à la fonderie de divers objets métalliques, machines à écrire, crucifix, et même saxophones ("instruments bourgeois"). L'affichage de slogans ("le travail est une affaire d'honneur") et la diffusion par haut-parleurs de polkas pour les fondeurs stakhanovistes sont là pour les encourager. Pourtant, un mouvement de grève se fait jour, contestant l'augmentation des normes. Bien que séparés, hommes et femmes parviennent à communiquer. Des sentiments se tissent entre certains. Le jeune gardien Angel, affecté à la surveillance des femmes, se marie avec une Tzigane. L'attend une vie conjugale compliquée, qui l'amène à davantage de compréhension. Un jour, des enfants vétus de chemises blanches et foulards rouges viennent visiter l'usine et ses travailleurs, tandis que leurs enseignantes désignent les femmes comme des suppôts de l'impérialisme: elles ont été condamnées pour avoir voulu fuir le pays. Un des hommes. le philosophe, profite de cette venue pour contester la disparition du laitier, emmené après avoir tenu de libres propos. Le philosophe est arrêté à son tour. Le jeune Pavel et la jolie Jitka, qui avaient été filmés comme symboles d'avenir par une équipe de télévision, ont fini par s'aimer au point de vouloir se marier. Mais ils ne sont pas réunis pour la cérémonie, qui a lieu en deux temps, avec chacun séparément. Une visite du numéro un du Parti est pour Pavel l'occasion de s'inquiéter publiquement du sort du laitier et du philosophe. Condamné à deux ans supplémentaires. il va donc les rejoindre au moment même où Jitka, elle, est libérée. "Marié à la vérité" et sachant que Jitka va l'attendre. il descend, avec les autres, au fond d'une mine.
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Alps
Yorgos Lanthimos
Grèce
93′
Une infirmière, un conducteur d'ambulance, une gymnaste et son entraîneur ont créé un service de location. Sur rendez-vous, ils remplacent des personnes décédées à la demande de proches, d'amis ou de collègues du défunt. La société est baptisée Alps alors que leur chef, le conducteur d'ambulance, se fait appeler Mont Blanc. Il dirige sa troupe d'une main de fer. Mais l'infirmière lui résiste.
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An Episode in the Life of an Iron Picker
Danis Tanović
Bosnie et Herzegovina
74′
Nazif, rentrant de son travail, voit sa femme Senada se tordre de douleur. Le médecin leur apprend que l'enfant à naître est mort et qu'elle doit absolument se faire opérer de toute urgence. Mais la clinique de la région refuse de pratiquer l'opération car le couple n'a ni argent, ni assurance. Lorsque Danis Tanovic lit un reportage sur cette histoire, il est emporté par l'indignation et décide d'en faire un film. Ainsi est né An Episode in the Life of an Iron Picker. Tanovic avait le choix de monter une véritable production, mais cela aurait pris du temps, au minimum une ou deux années. Au lieu de cela, le réalisateur se rappelle qu'il fut d'abord documentariste durant la guerre des Balkans. Ils contacte alors Nazif et Senada, leur proposant, et arrivant à les convaincre, de revivre, devant la caméra, les événements dramatiques qu'ils ont vécus. Avec eux, tous les témoins et les protagonistes des événements rejoueront leurs rôles. A l'exception notable - et on n'a aucune peine à comprendre pourquoi -, des médecins qui ont refusé de soigner Senada. Tanovic a donc pu tourner tout de suite, en neuf jours, avec une équipe restreinte, une caméra Canon toute simple. Il en ressort une énergie, et une émotion aussi, toute brutes qui emportent tout.
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Anina
Alfredo Soderguit
Uruguay
78′
Anina Yatay Salas est une petite rouquine rêveuse qui n'aime vraiment pas son nom dont chaque partie est un palindrome, c'est-à-dire qu'on peut lire indifféremment par le début ou par la fin. Ses camarades de classe la taquinent toujours à ce propos, particulièrement l'ennemie jurée d'Anina, Yisel. Lorsque les deux se mettent à se battre sur le terrain de jeux, elles sont envoyées chez la directrice de l'école qui veut les discipliner avec une punition qui mettra leurs nerfs à l'épreuve: celle-ci est scellée dans une enveloppe noire fermée qu'elles reçoivent chacune et qu'elles n'ont pas le droit d'ouvrir avant une semaine. Pour Anina, c'est cauchemardesque, avec ces journées qui n'en finissent pas. Elle essaie bien, avec sa meilleure amie, curieuse elle aussi, de trouver toutes sortes de moyens pour savoir ce que contient l'enveloppe, sans succès. Petit à petit, Anina réalise que Yisel ne fait pas que partager son sort: elle est confrontée à des problèmes bien plus importants qu'Anina. Les deux rivales apprennent ainsi à se connaître, non sans hésitation. Vu avec les yeux de l'héroïne, le monde des adultes prend parfois des dimensions fantastiques dans cette histoire à la fois ludique et joyeuse dans sa façon de rappeler quelques vérités.
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Anna Karenina
Karen Schachnasarow - Shakhnazarov
Russie
138′
L’adaptation cinématographique d’une oeuvre littéraire aussi monumentale que «Anna Karénine» de Léon Tolstoï se révèle toujours un exercice difficile. Le maître russe Karen Shakhnazarov a choisi de reprendre le récit à partir d’un point de vue original et iconoclaste: celui de l’amant de l’héroïne, le comte Vronski. Un hôpital de campagne, en 1904, en Mandchourie, en pleine guerre russo-japonaise. On amène un officier blessé au médecin commandant l’unité sanitaire, Sergueï Karénine. Celui-ci reconnaît le colonel Vronski qui fut l’amant de sa mère, Anna Karénine. Lorsque son malade est ranimé, Sergueï ne peut s’empêcher de lui demander des explications sur la mort de sa mère. Vronski raconte l’éclosion d’une passion amoureuse que rien ne pouvait empêcher, puis son étiolement inéluctable dans un monde qui les avait mis au ban. Tolstoï avait entrepris de décrire la société russe de son temps. Il développait aussi une réflexion sur la morale et la religion. Il ne recherchait pas les effets de style, mais s’attachait à décrire les situations de la façon la plus réaliste possible. Son récit s’appuyait en fait sur le traitement de plusieurs couples antinomiques. Karen Shakhnazarov s’est, lui, concentré sur la passion de Karénine et Vronski. Il a ainsi épuré sa mise en scène et, procédant par sauts dans le temps, a pu observer avec soin l’évolution de la relation entre les deux amants, et particulièrement les changements dans l’attitude de la jeune femme, se laissant aller à sa passion, mais se sachant en même temps coupable d’infidélité vis-à-vis de son mari. «Anna Karénine - L’histoire de Vronski» est ainsi une superbe étude de caractères placés dans une société figée et décadente. Martial Knaebel
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Antonio das mortes (1969)
Glauber Rocha
Brésil
99′
Antonio das Mortes est un célèbre tueur de cangaceiros. Il est chargé par un colonel propriétaire terrien de tuer un de ces rebelles, vivant sur ses terres au milieu des beatos, communauté mystique de paysans. Antonio le tue, puis prend la défense des beatos contre des tueurs à gages, les Jacungos, engagés par le colonel.
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Apples
Christos Nikou
Grèce
90′
Une étrange épidémie frappe la Grèce: hommes ou femmes, ils, ou elles, sont soudain frappés d’amnésie. Si aucun proche ne vient les réclamer et qu’aucun autre indice n’aide à retrouver leur identité, les «malades» se voient proposer un programme spécial qui leur permettrait de se construire une nouvelle personnalité.
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Aqui no ha pasado nada
Alejandro Fernández Almendras
Chili
96′
Vicente prend ses vacances dans la maison familiale du bord de mer, après une année d’études à Los Angeles. Il passe son temps à flirter dans des parties arrosées de la jeunesse dorée du coin. Lorsque l’une d’elles se termine tragiquement, Vicente devient un coupable tout trouvé. Tourné dans l’urgence, Aqui no ha pasado nada (qu’on pourrait traduire par: «Circulez, il n’y a rien à voir») relate un fait réel. Celui d’un accident ayant impliqué le fils d’un politicien influent, blanchi par la justice grâce aux relations politiques de son père. L’affaire fit la une des médias chiliens. Almendras décida de s’emparer du sujet pour en faire une critique sociale acide d’une bourgeoisie confortablement assise sur ses privilèges. Pour financer son projet, le réalisateur lança une campagne de dons et les acteurs, ainsi que l’équipe du tournage, mirent leurs émoluments en participation. Cependant, au-delà de cette dénonciation, Aqui no ha pasado nada est aussi intéressant par le traitement qu’il utilise pour décrire une jeunesse qui ressemble à s’y méprendre à celle d’Europe: une jeunesse qui essaie de combattre sa solitude, son ennui et la vacuité de son existence dans des rassemblements où les saouleries sont élevées au rang de happenings. Almendras use alors de focales rapprochées isolant ses protagonistes au milieu de la foule des fêtards. De la même manière, les smartphones et leurs messages courts vides de sens, soulignent encore plus le caractère amputé des relations des protagonistes, accentué par une bande son au caractère punk envahissant. Dénonciation politique, le film essaie surtout de s’adresser aux jeunes, utilisant leurs codes et leurs outils. Martial Knaebel
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Araf
Yesim Ustaoglu
Turquie
125′
Zehra est près de sortir de l’adolescence. Autour d’elle, tout ne semble que désolation, sentiment accentué par la grisaille de l’hiver. Le tempérament joyeux de Olgun, qui ne cache pas ses sentiments pour elle, ne lui suffit pas. Elle rêve de partir ailleurs, d’une vraie vie. Mahul, un chauffeur routier habitué de la cafétéria, pourrait être celui qui l’emmènerait au loin. Peu disert, la barbe grisonnante et le chapelet de prière toujours dans la main, il est l’«homme», alors qu’Olgun n’est encore qu’un compagnon de jeu. Le réveil sera dur. Araf signifie purgatoire ou limbes en turc. Un espace entre deux, Somewhere in Between, comme l’indique le titre anglais donné au film, symbolisé parfaitement par cette station-service qui semble se trouver dans un monde parallèle, d’où l’on voit se dérouler une autre vie sur l’autoroute si proche et si lointaine à la fois. Cet «entre deux», c’est aussi ce que vivent Zehra et Olgun, pas encore adultes, mais plus tout à fait enfants. Il y a aussi la bourgade qui périclite, comme ses industries, où le temps s’est arrêté. La caméra (tenue par Michael Hammon) de la réalisatrice Yesim Ustaoglu exprime magistralement ces atmosphères d’attentes. Elle sait saisir ces attitudes ambivalentes où les personnages cherchent à sortir de leurs limbes, mais, en même temps, sont effrayés à l’idée même de les quitter. Cependant, le véritable tour de force accompli par la cinéaste tient à ceci: malgré leur aspect souvent sombre et la froideur de l’hiver anatolien, les images n’ont rien de dépressif, bien au contraire. Car des moments lumineux parsèment le récit et ces images créent un entrelacs d’émotions visuelles sublimes. Et l’empathie de la cinéaste envers ses personnages est si évidente qu’on sent très bien qu’elle ne peut pas les abandonner ainsi. Ancré dans une réalité triste Araf est en fait un film d’espoir. Martial Knaebel
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Au Hasard Balthazar (1966)
Robert Bresson
France
95′
Les tribulations d'un âne dans les Landes des années 1960, prétexte à la peinture des travers humains. Les premières années de l'âne Balthazar ont été heureuses, en compagnie de Marie (Anne Wiazemsky), petite fille originaire du pays basque, et de Jacques (Walter Green), son compagnon de vacances parisien. Plus tard, des problèmes sont apparus entre les parents des deux enfants et tout le monde en souffre, y compris l'âne que Marie délaisse. Un boulanger achète Balthazar pour porter le pain que livre Gérard (François Lafarge), un jeune voyou qui n'a aucun mal à séduire Marie. Balthazar est maltraité par Gérard, puis par Arnold (Jean-Claude Guilbert), un vagabond soupçonné d'un assassinat dans lequel Gérard et sa bande ont peut-être trempé. L'âne s'enfuit et se réfugie dans un cirque où on le dresse. De retour avec Arnold, les maltraitances se poursuivent jusqu'au décès de cet alcoolique invétéré. Revenu auprès de Marie, ses souffrances se confondent avec celles de cette dernière qui disparaît. Repris par Gérard qui l'utilise pour la contrebande, il est blessé dans un échange de coups de feu et meurt au bout de son sang.
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Autobiography
Makbul Mubarak
Indonesie
115′
Comme toute sa famille avant lui, le jeune Rakib, dit «Kib», est au service de la famille de Purna, ancien général du clan Suharto qui dirigea l’Indonésie en usant d’une terreur sanglante de 1967 à 1998. Tandis que Purna se lance dans une campagne électorale et vante les constructions de centrales hydro-électriques à coup d’expropriations, Rakib est d’abord fasciné par le général qui le prend sous son aile, tel un père de substitution. Face aux agissements de cet homme capable des pires exactions comme de la plus grande tendresse paternelle, Rakib doit bientôt composer avec sa conscience et ses conflits de loyauté… En faisant ainsi ressurgir plus de trente ans de dictature dans le présent de l’Indonésie, le réalisateur Makbul Mubarak, lui-même fils de fonctionnaires qui ont servi Suharto, scrute avec précision les conséquences et l’héritage de ce passé trouble et violent sur la jeunesse d’aujourd’hui. Jouant avec les perspectives, les profondeurs de champ, les ombres et les effets miroirs, le cinéaste soutient un récit et des personnages en constante ambivalence, qui se parent de plus en plus d’une teinte sombre, noire et crasseuse. Notamment récompensé du Prix de la critique internationale FIPRESCI à la Mostra de Venise 2022 dans la section Orizzonti, Autobiography fait alors figure de thriller à la fois politique et intime, intense et glaçant, à l’image de tout un pays hanté par son passé trouble, où la jeunesse tente de se libérer mais se retrouve contrainte de transiger avec un système autoritaire sans fin.
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Avé
Konstantin Bojanov
Bulgarie
86′
Parti de Sofia, Kamen se rend en stop à Roussé, dans le nord de la Bulgarie. Sur la route, il rencontre Avé, une jeune fugueuse un peu paumée de 17 ans, qui lui impose rapidement sa compagnie. A travers cette rencontre, c’est le portrait d’une jeunesse en errance et d’une Bulgarie oubliée de la mondialisation que Konstantin Bojanov nous fait découvrir. Mais le film est également une fine métaphore du passage à l’âge adulte et des sentiments ambivalents que cette phase de vie génère. Etudiant en art, Kamen rencontre Avé alors qu’il se rend au nord du pays en autostop. La jeune fille de 17 ans s’agrippe alors à lui et ne va plus le lâcher. Très vite, Kamen se rend compte de la tendance compulsive au mensonge d’Avé. Elle mélange vérité et fantasmes, s’invente des personnages. Elle ment pour s’amuser, par provocation, pour pimenter sa vie et celle des autres, mais elle ment surtout pour mieux accepter sa propre existence. Avé est en fugue. Sa réalité, c’est une relation conflictuelle avec ses parents et un frère accro à l’héroïne qu’elle aime et qu’elle veut sauver. Si Avé ment et affabule pour agrémenter sa vie, Kamen, lui, prend la réalité de face. Taciturne et résigné, il semble ployer sous la gravité des événements. La réalité du monde qui les entoure, et que Konstantin Bojanov nous montre, c’est la Bulgarie des faubourgs, des petites villes de province oubliées, des stations-services glauques et du bitume. C’est également les gens qu’Avé et Kamen vont croiser tout au long de leur errance: pervers, violents et paumés en tout genre. Les nouveaux riches et le développement économique de la capitale semblent bien éloignés, tout comme la dolce vita des côtes de la mer Noire. Et lorsque les personnages pensent enfin arriver à Varna et ses côtes ensoleillées, ils se perdent chacun en route. A travers ce road movie sensible et pudique, le cinéaste bulgare nous propose une magnifique réflexion sur la jeunesse et la construction de l’identité sociale et personnelle. Il réussit brillamment à mettre en évidence les mécanismes propres à cette phase et en retranscrire la lumière, l’énergie, mais également la noirceur. Avec cette œuvre émouvante et personnelle, Bojanov prend date et pose les jalons d’un cinéma intime et réaliste à la fois, dont il conviendra de suivre l’évolution.
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Bab el-oued City (1994)
Merzak Allouache
Algérie
92′
Nous sommes à Bab el-Oued, quartier historique et populaire d'Alger. Boualem est employé dans une boulangerie du quartier. Il travaille dur la nuit et dort le jour. Un après-midi, alors qu'il se repose après une nuit de labeur, la voix amplifiée du prêche de l'imam Rabah, diffusée par un haut-parleur au volume sonore maximal, réveille Boualem en sursaut. Celui-ci, dans un accès de colère incontrôlable, grimpe sur la terrasse, arrache le haut-parleur, l'emporte et le jette à la mer. Ce geste, que Boualem ne peut expliquer véritablement, va mettre le quartier en émoi. Un groupe de jeunes, dirigé par Saïd, se met à la recherche du coupable pour lui infliger une punition exemplaire pour son acte provocateur. Ces péripéties nous font découvrir un quartier, Bab el-Oued, avec ses ambiances populaires, parfois attachantes et drôles. Il y a les femmes, vivant avec dérision leur quotidien routinier. Il y a les jeunes dans les rues, sans espoir ni travail, partagés entre la drogue et l'embrigadement, il y a les souvenirs nostalgiques d'une splendeur passée. Il y a l'amour, enfin, entre Boualem et Yamina, la jeune sceur de Saïd... Portrait d'une jeunesse perdue, à l'avenir obscurci par une crise économique et une montée de l'extrémisme. «Bab el-Oued City» donne une image universelle d'une génération. Les rêves de la jeunesse algéroise sont les mêmes que ceux de la jeunesse européenne, ce sont les mêmes que la jeunesse du monde entier. Comme partout, le désespoir et l'exclusion sont le terreau idéal pour les fondamentalismes de tout bord.
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Bab'Aziz - Le prince qui contemplait son âme (2005)
Nacer Khemir
Tunisie
100′
Ishtar, une petite fille, guide Bab’Aziz, un vieux derviche aveugle à travers le désert. Ils se rendent à la grande réunion des derviches. Tel un jeu de pistes, le voyage les mènera à la croisée des destins de plusieurs personnages.
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Bakushu - Early Summer (1951)
Yasujiro Ozu
Japon
125′
Noriko, 28 ans, est secrétaire dans une petite compagnie à Tokyo. C’est une jeune femme moderne mais elle vit encore chez ses parents, tout comme son frère, sa femme et ses deux enfants. Elle subit de fortes pressions de la part de sa famille ; en effet, il n’est pas raisonnable à cet âge de ne pas encore s’être mariée. Mais la jeune fille se réjouit de son indépendance et préfère trouver elle même son futur époux. Son patron lui propose un bon parti de sa connaissance mais Noriko refuse.
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avec bonus
Bal - miel
Semih Kaplanoglu
Turquie
100′
Le père du petit Yusuf est apiculteur. Il dépose ses ruches dans les branches hautes des arbres les plus grands de la forêt qui dévale de la montagne. Pour Yusuf, c'est un endroit empli de mystères où il aime suivre son père dans son travail. Lorsqu'il veut raconter son rêve à celui-ci, il est rembarré, car il ne faut jamais dire son rêve à voix haute, lui dit son père. Lorsque les abeilles se mettent à disparaître de manière incompréhensible, Yacup décide de porter ses ruches plus haut dans la montagne. Le petit Yusuf, lui, commence à bégayer à l'école, pour finalement garder le silence. Entre le père qui ne revient pas et le mutisme de Yusuf, l'inquiétude de la mère grandit. Ours d'Or 2010 au festival de Berlin, Bal (miel) est une plongée dans le monde de l'enfance où la beauté de la nature ne peut être que fantastique et mystérieuse. **** Dans la nature fantastique de l'enfance Il faut retrouver son âme d'enfant pour pleinement apprécier Bal, le cinquième film du jeune réalisateur Semih Kaplanoglu. Il faut la retrouver, car le film nous plonge dans le monde d'un petit garçon à l'imagination fertile, car la nature et les hommes sont filmés par le prisme du regard, des sentiments, de l'humeur et du moral du petit Yusuf. A cette condition, on pourra se laisser emporter par l'atmosphère magique que dégagent les images de ces montagnes turques, et de leurs habitants, aux abords de la Mer Noire. Celles-ci expriment aussi bien ce que Yusuf voit que ce qu'il ressent, donnant aux objets et aux personnages des dimensions parfois surhumaines, proches du fantastique des contes pour enfants. Et le jeune acteur Bora Altas - tout jeune puisqu'il a le même âge que Yusuf, 7 ans - a ainsi une présence imposante à l'écran, rarement vue pour un enfant, dans un registre où les sentiments peuvent apparaître dans toutes leurs nuances, qui nous renvoie à nos propres souvenirs, nous rappellent le monde que nous pouvions voir et ressentir quand nous étions enfants nous aussi. Cependant, il ne s'agit pas que de l'enfance, dans Bal. C'est aussi une ode à la nature, qui n'a rien à voir avec la nostalgie d'un monde perdu, mais au contraire d'un monde bien réel, où le destin des hommes et des plantes sont liés, où les méfaits des uns entraînant une réactions des autres. Une nature pourtant, dont la beauté rejaillit sur les êtres humains, sur le père Yacup, sur la mère, Zehra, et sur leurs gestes magnifiés. On a alors des couleurs intimistes de l'école hollandaise. Puis les plans, plus larges, s'emparent de la forêt, prennent l'ampleur de tableaux immenses, à la fois sonores et picturaux, où le peintre aurait su placer toutes les nuances du vert imaginables et qui habitent la nature, en fixer les mouvements les plus subtils et en saisir les moindres bruissements, jusqu'aux odeurs humides qui atteindraient nos narines. En ce sens, à l'image d'un Pourquoi Bodhi Dharma est-il parti vers l'Orient?, Bal est proche d'une expérience sensuelle totale. Exactement de celles que l'on pouvait avoir enfant.
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Banana Pancakes and the Lonely Planet
Daan Veldhuizen
Lao, République Démocratique Populaire
96′
Muang Ngoi, paisible petit village situé au nord du Laos, n’est pas encore envahi par un flot de touristes, mais ils commencent à venir - depuis que la bourgade est évoquée par le fameux guide des globe-trotters, the Lonely Planet. Le réalisateur néerlandais Daan Veldhuizen, routard lui-même, y est venu filmer les touristes vus par les habitants. Authenticité ou électricité? Muang Ngoi est un petit village isolé au bord de la rivière Ou. Celle-ci est la seule possibilité d’accès plus ou moins rapide et aisé à la bourgade. Routard lui-même, Daan Veldhuizen l’a découvert lors d’une de ses expéditions. Les touristes qui y viennent lors de la saison sèche sont encore peu nombreux et le réalisateur s’est intéressé aux interactions entre les autochtones, assoiffés de modernité, et les visiteurs à la recherche de traditions encore vierges et d’authenticité des modes de vie. Le voyage que nous propose le réalisateur va se dérouler en trois étapes. On arrive tout d’abord à Muang Ngoi durant la saison des pluies, et le spectateur fait la connaissance des deux personnages qui vont en quelque sorte le guider à travers le village et sa population. Shai a fait des études à la ville et rêve de faire fortune en commerçant avec les touristes. Khao est avant tout un paysan qui ne pense qu’à faire vivre sa famille. Ces jours d’observation sont interrompus par l’arrivée de la saison sèche et des touristes. À partir de là, la caméra semble se placer derrière les habitants du village, regardant les nouveaux arrivants depuis leur point de vue. Dans une évolution quasi naturelle, les habitants ignorent de moins en moins cette caméra, l’invitant à participer aux conversations, offrant à boire au cameraman. «Je voulais faire un documentaire où c’est le touriste qui est regardé par les gens du cru et non l’inverse», confiait le cinéaste. En procédant ainsi, son récit acquiert en fluidité, il mène à des situations et des dialogues parfois vraiment cocasses. Il nous montre aussi une population heureuse d’accueillir ces gens «bizarres» qui préfèrent le riz gluant alors qu’ils s’échinent à leur cuisiner des pancakes à la banane. Veldhuizen nous offre ainsi une observation légère et savoureuse des contradictions de chacun. Martial Knaebel
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Dès le 20 juin 2024
Banel & Adama
Ramata-Toulaye Sy
Sénégal
86′
Banel aime Adama et Adama aime Banel. Les amoureux aspirent à vivre libres dans leur propre maison à l’écart du village et à l’encontre des traditions. Hélas, la sécheresse menace. Sélectionné en compétition à Cannes, le premier long-métrage de Ramata-Toulaye Sy est un conte romantique aux accents mythologiques. Poétique, le film brille de mille feux sous un soleil de plomb.
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Banshun - Printemps tardif (1949)
Yasujiro Ozu
Japon
108′
Noriko approche de la trentaine et vit toujours avec son père, le Professeur Sonomiya, un universitaire sur le point de terminer un manuscrit avec son assistant Hattori. Sonomiya s'inquiète pour sa fille qu'il aimerait bien voir mariée. Mais Noriko ne veut rien savoir: sa vie avec son père la comble et elle ne voudrait pas le laisser seul. Le père use alors d'un subterfuge, annonçant que lui-même va se remarier et insistant pour que Noriko réponde aux avance de M. Satake, qui ne laisse pas la jeune femme indifférente. «Banshun se contente de décrire en détail les sentiments contradictoires et subtils qui existent entre les deux personnages dont la vie n'est troublée par aucun élément extérieur. Aucune autre œuvre d'art n'a mieux exprimé, quatre ans après la défaite, le retour à la paix, à l'ordre et à la tradition. À l'époque, même si les périodes de trouble et de privation sont enfin terminées, la population n'a toujours pas repris confiance en ses institutions. C'est dans ce contexte que sort le film qui évoque le déroulement paisible de la vie quotidienne à Kita-Kamakura: cérémonie du thé et nô, pèlerinage de temple en temple dans un Kyoto encore à l'abri du tourisme. Ainsi. dans ce cadre traditionnel. voit-on exprimées de manière subtile et délicate les préoccupations d'un père pour sa fille qui tarde à se marier et d'une fille qui se demande comment son père, veuf, pourra se débrouiller pour vivre si elle se marie. L 'esthétique épurée du réalisateur atteint son apogée dans ce film.» Tadao Sato
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Barakah Meets Barakah
Mahmoud Sabbagh
Arabie Saoudite
88′
Barakah est employé de la municipalité de Djeddah. A ce titre, il chasse les comportements «inadéquats». Bibi, vlogueuse sur Instagram avec de nombreux suivants, attire la clientèle pour la boutique de sa riche mère adoptive. Une rencontre fortuite et la vie de Barakah en est tourneboulée. Mais comment se rencontrer dans un pays où les règles sont très strictes? Une sympathique, et étonnante, comédie nous venant d’Arabie saoudite. Y a-t-il pays plus improbable que l’Arabie saoudite pour y situer, et y filmer, une comédie? Eh bien, tout à fait, semble nous ré-pondre Mahmoud Sabbagh, car le principe de la comédie joue justement la transgression des codes, les rencontres incongrues, les enchaînements insolites et les situations grotesques. Et il y a tout cela dans Barakah meets Barakah, avec de facétieux pieds de nez à la censure. Barakah surprend sur une plage un groupe faisant une séance de photos de mode pour un magazine. Il veut verbaliser - c’est sa tâche -, mais soudain bafouille et laisse faire en ayant vu la jeune femme photographiée. C’est Bibi, une belle jeune fille à l’esprit libre, célèbre pour son vidéo blog sur Instagram. Elle aussi a remarqué Barakah. Serait-ce le coup de foudre? Ils vont essayer de se revoir, une chose difficile dans un pays où les hommes seuls ne peuvent être vus avec une jeune femme et où la police veille jour et nuit. A cela s’ajoutent des origines sociales aux antipodes: celle de Barakah est modeste et il vit dans un quartier pauvre, Bibi est la fille adoptive d’une riche famille ayant pignon sur rue. Lui observe les règles strictes de la morale, elle vit dans un milieu occidentalisé. Elle est plutôt frivole, lui fait partie d’une troupe de théâtre amateur répétant «Hamlet». Barakah Meets Barakah est une comédie, dans un pays loin d’être drôle - un film pour tous qui vous montre l’Arabie saoudite sous un angle pour le moins inattendu. Sur un ton léger, il se permet de se moquer des travers de la rigueur religieuse qui font de la vie quotidienne un univers kafkaïen. Enfin, Mahmoud Sabbagh décrit une jeunesse ayant soif de liberté et d’ouverture au monde extérieur.
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Blind Dates
Levan Koguashvili
Géorgie
99′
Sandro vit encore chez ses parents qui n’arrêtent pas de le houspiller d’être encore célibataire. L’ami de Sandro, Iva, organise pour lui des rencontres à partir d’internet auxquelles le premier se rend sans enthousiasme. Tout change lorsque Sandro rencontre Manana, dont le mari est en prison. Comédie grinçante, tendre et poétique, Blind Dates exprime aussi très bien une société dans l’expectative. Trouvez la femme Sandro est un professeur dans la quarantaine qui vit toujours chez ses parents qui n’arrêtent pas de s’immiscer dans sa vie privée. Il ne montre que peu d’intérêt pour les rendez-vous «à l’aveugle» que son ami Iva le presse de suivre avec lui et qui se concluent toujours de façon abrupte et saugrenue. Enfin, à l’occasion une sortie sur la Mer Noire, Sandro tombe amoureux de Manana, coiffeuse de son état, dont le mari est en prison. C’est lorsque Tengo, le mari. est libéré inopinément, que la situation de Sandro prend une dimension incongrue, proche de l’absurde. Il se trouve pris dans des disputes familiales sauvages et se voit obligé de transférer Natia, employée de Manana et enceinte de Tengo, chez ses parents. Mauvaises conclusions, malentendus sont les moteurs de cette comédie mélancolique où chacun se mêle de tout mais personne n’écoute vraiment. Dans ce tohu-bohu, les hommes parlent fort - sauf Sandro qui n’en place jamais une -, mais ce sont les femmes qui montrent du caractère, résistent, s’imposent, Manana (lumineuse Ia Sukhitashvili) la première, mais aussi Natia, refusant l’argent offert pour avorter, et aussi celles des rendez-vous «aveugles» - Maka, entre autres, qui l’est vraiment, aveugle. Le second film de Levan Koguashvili est bien dans la tradition du cinéma géorgien avec son humour grinçant. Le regard sur la société géorgienne est décapant, la montrant comme à l’arrêt et dans l’attente que quelque chose se passe, mais ne faisant rien pour. Ainsi le ton de la narration reste impavide, alors que les événements s’accélèrent. Cette sorte de neutralité, avec une variété d’ellipses et d’allusions, tourné avec de superbes compositions de couleur et un sens incroyable de l’espace, de l’architecture et des paysages urbains, au bout du compte, donne au film une profondeur extraordinaire. Martial Knaebel
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Bodhi-Dharma (1989)
Yong-kyun Bae
Corée du Sud
137′
En Corée du Sud, au fond des montagnes recouvertes de forêts luxuriantes, trois êtres humains se rencontrent: un vieux maître du bouddhisme zen, un jeune moine encore peu sûr de lui et un orphelin. Autour d'eux, la nature dominatrice et ses éléments: l'eau, le feu, la terre, le vent et la lumière. Ce cadre tout simple suffit à Yong-kyun Bae pour faire ressentir la vie comme une aventure intérieure et collective. Toutefois, ces trois personnages pourraient aussi représenter les trois âges et phases de la vie d'un seul être humain, dans sa recherche de l'essence du soi, de l'harmonie parfaite et de la liberté intérieure. «Pourquoi nous faut-il toute une vie pour résoudre le problème de la vie dans le monde?» Pour répondre à cette question, le Coréen Yong-kyun Bae se plonge dans sa propre culture, créant une parabole universellement valable. Radicalement marginal, il a travaillé et retravaillé son oeuvre pendant huit ans, assumant lui-même scénario, dialogues, production, décors, lumière, prise de vue, son et montage. Véritable Hercule et Prométhée du film, il oppose au cinéma international qui, par sa soif d'action, rend aveugle et blasé, des touches de phrases d'une sérénité envoûtante et des images au rythme magique. Elles aiguisent l'esprit, permettent des découvertes à couper le souffle, sensibilisent l'oreille à une philosophie.
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Body
Malgorzata Szumowska
Pologne
92′
Janusz est un homme qui ne se choque pas facilement. Médecin légiste, il procède à des fouilles précises, analysant les lieux de crimes dans des rapports détaillés. En dépit des situations extrêmes auxquelles il est confronté, il travaille dur. Peut-être trop. Mais face à sa fille Olga, anorexique et toujours en deuil de sa mère, Janusz se trouve désarmé. Affolé à l’idée qu’elle pourrait se suicider, il l’inscrit dans une clinique où travaille la psychologue Anna. Des années auparavant, Anna a perdu son enfant dans une mort subite du nourrisson. Maintenant, elle se claquemure, avec son grand chien, dans un appartement lourdement barricadé et appelle les esprits qui communiquent avec les vivants au-delà de la mort. Malgorzata Szumowska use de la comédie noire pour parler des difficultés que rencontrent les gens à surmonter la perte d’êtres aimés. Le film explore la peur, en même temps le désir, de l’intimité, l’automutilation en raison de l’angoisse mentale et l’évasion dans l’ésotérisme. Une méditation complexe sur la solitude du coeur et le conflit entre le rationnel et la croyance en un univers surnaturel.
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Bombón - le chien (2004)
Carlos Sorin
Argentine
97′
Avec une infinie tendresse, Bombón nous conte les joies, les peines et les espoirs de personnages attachants, croisés au détour des routes interminables de Patagonie. Juan vient d'être licencié de la station-service où il travaillait depuis vingt ans. Confronté au chômage alors qu'il a 52 ans et pas de formation, il sculpte des manches de couteaux qu'il essaie de vendre, sans succès. Un jour, après être venu en aide à une jeune femme en panne au bord de la route, il se retrouve propriétaire d'un chien de race, un magnifique dogue argentin baptisé Bombón. Il semble que la chance lui sourie enfin: son chemin croise bientôt celui de Walter, entraîneur professionnel enthousiaste, qui n'a de cesse de présenter Bombón au prochain concours canin. L'objectif: monnayer les services du champion pour donner une descendance à des femelles. Mais l'animal semble peu enclin à faire ce que l'on attend de lui... Après Historias minimas, le réalisateur argentin Carlos Sorín revient avec d'autres « petites histoires », racontées dans le même esprit minimaliste, à la limite du documentaire. Les histoires simples de personnages simples? Le réalisateur s'en défend : «L'univers intérieur du plus humble paysan est aussi insondable que celui d'un professeur de philosophie », explique-t-il. « La différence est que le second communique principalement par la parole, tandis que le premier s'exprime par des gestes et des silences. Au cinéma, j'ai toujours préféré le geste au texte.» Un regard, une expression, un mouvement que l'on devine à peine: il n'en faut pas plus pour exprimer la vérité des personnages. Une démarche soutenue par des comédiens amateurs qui jouent avec un naturel confondant. Ou plutôt, qui n'ont pas besoin de « jouer », car ainsi que le souligne le réalisateur, « les interprètes du film sont, dans leur essence même, dans leur âme, identiques à leurs personnages.» Au final, des émotions réelles pour une fiction qui sonne extraordinairement juste.
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Borges - Los libros y la noche (2000)
Tristan Bauer
Argentine
82′
Allant et venant entre le documentaire et la fiction, le film aborde la vie et l'oeuvre de l'un des plus grands auteurs de langue espagnole: Jorge Luis Borges. La texture du film est une juxtaposition de documents d'archives et d'univers fascinants de labyrinthes infinis de bibliothèques et de livres. Walter Santa Ana incarne le personnage créé par l'écrivain argentin, qui n'est autre que Borges lui-même. Pour commémorer le centenaire de la naissance de Jorge Luis Borges, Tristán Bauer a réalisé un documentaire où se mêlent avec maîtrise, respect et poésie, des documents d'archives, des entretiens, des photographies retraçant les principaux moments de la vie de l'écrivain, de ses positions politiques et ses déboires avec le régime Perón à ses succès internationaux. Tristán Bauer ne se limite pas à un travail d'historien, mais restitue l'univers de l'écrivain avec sobriété et subtilité : puits infinis de l'étrange Bibliothèque de Babel, multiples couloirs, cercles, miroirs, escaliers et hexagones. Il part à la rencontre du monde de Borges, de sa fiction et parvient à évoquer l'atmosphère de ses poésies, de ses contes, de ses obsessions littéraires et métaphysiques.
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Bratan (1991)
Bachtiar Chudonasarow
Tadjikistan
98′
Un petit garçon et son frère aîné sont en route pour la ville. C'est là qu'habite le père des enfants qui, depuis le divorce de leurs parents, sont élevés par leur grand-mère. L'adolescent souhaite confier l'éducation de son petit frère à son père et tente de convaincre son entourage que le temps est mûr. Or, notre petit héros a déjà la tête dure. Il se rebiffe et finit par retourner avec son frère chez sa grand-mère. Voilà toute l'histoire du film. En fait, le film a pour seul thème le voyage aventureux à travers la steppe du Tadjikistan. Des images d'une étonnante fraîcheur emplissent l'écran, captant ici et là la réalité quotidienne des gens simples. Dans sa première oeuvre, Khudojnasarov nous conduit à travers la magie de la steppe, refusant le grand spectacle et les artifices. Le rythme très personnel du film s'accorde aux tambours de la musique folklorique tadjike, et le flot d'images laconique produit un effet magique et insolite. Le spectateur se carre dans son fauteuil et contemple ces images comme s'il redécouvrait le cinéma. «Bratan» l'emporte dans un monde sensuel où les détails quotidiens se transforment en véritables petits miracles.
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Burning Days
Emin Alper
Turquie
131′
Fraîchement nommé, un jeune procureur prend son poste dans une ville perdue en Anatolie, en proie à des pénuries d’eau. Découvrant l’engouement des notables locaux pour la chasse, il devient rapidement la cible de tentatives de séduction et d’intimidation... Par le prisme du polar tendu, le réalisateur turc Emin Alper restitue l’insidieuse mécanique des populismes et nous suspend au bord du gouffre!
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avec bonus
Cairo Station (1958)
Youssef Chahine
Egypte
73′
C'est avec Bab al-Hadid , son troisième film que Youssef Chahine frappera un grand coup, jetant aux orties toutes les conventions du cinéma populaire pour présenter un drame social dont le lieu unique sera la gare centrale du Caire et de ses dépendances. Un film dans la plus pure veine du néoréalisme, tourné en noir et blanc, dont le héros, qu'il interprètera lui-même, est un pauvre hère, Kenawi, recueilli par le tenancier du kiosque de la gare. Mais LE personnage principal en sera la gare, sa vie trépidante, chaotique, éclatée, ces foules qui la traversent, qui y travaillent pour une misère. 1958, date de la sortie du film, cela fait six ans que le roi Farouk a été déposé par le Mouvement des Officiers Libres composé de jeunes militaires emmené par Gamal Abn El Nasser, quatre ans que ce dernier a renversé le président en exercice, le général Naguib, pour gouverner sans partage. L'enthousiasme des jeunes progressistes, dont on peut dire que Youssef Chahine faisait partie, s'est assez vite refroidi, car beaucoup de travers qui caractérisaient la société égyptienne tardaient à disparaître. Bab al-Hadid exprime sans beaucoup d’ambiguïté que le réalisateur prend déjà ses distances par rapport au régime. La gare est en effet racontée comme le microcosme d'une société, où la corruption, le clientélisme et le mépris pour les plus faibles font office de «gouvernance». La gare, donc, c'est là où toutes sortes de gens essaient de glaner quelques pièces pour vivre. Il y a l'accorte et belle Hanouna qui vend des limonades à la sauvette aux voyageurs, sur les quais, dans les trains. Elle et ses compagnes doivent se cacher de la police et du gérant du buffet. Les formes généreuses de la belle attirent les regards, et elle sait en user pour accrocher le chaland. Le pauvre Kenawi, sale, difforme et boîteux, devenu vendeur de journaux à la criée, prisonnier de sa solitude, en tombera follement amoureux. Mais elle n'a d'yeux que pour le fort et beau Abou Serih, un porteur parlant haut et cherchant à fédérer ses camarades pour fonder un syndicat afin que cesse leur dépendance envers une espèce de maffia qui les sous-paie. Fou d'amour et de jalousie, Kenawi, voyant qu'elle lui échappe voudra la tuer. Tout ceci se déroule au milieu d'un maelström de scènes de la vie quotidienne trépidante de la gare, où nos personnages se fondent, où quelques fois le spectateur se noie, emporté par les courants qui se croisent, se bousculent sur les quais, au guichet. Avec Bab al-Hadid, Chahine a mis le cinéma égyptien cul par-dessus tête, se libérant de toutes les conventions régissant la mise en scène cairote de l'époque, la caméra s'attardant sur les formes généreuses d'Hanouna, osant parler de sexe sans fard, montrant que le Nassérisme n'avait rien réglé, en fait filmant la réalité telle qu'elle était - le film a d'ailleurs était tourné intégralement dans la gare et ses alentours. Le film a été d'abord rejeté dans son pays, mais la vitalité quasi explosive qui en jaillit, la capacité du cinéaste de diriger une mise en scène polyphonique, auront assis sa réputation internationale. Version restaurée.
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Camille
Boris Lojkine
Centrafricaine, République
92′
Jeune photojournaliste idéaliste, Camille part en Centrafrique couvrir la guerre civile. Ce qu’elle voit là-bas changera son destin. C’est avec dignité que Boris Lojkine raconte l’histoire vraie d’une jeune femme qui regarde et habite le monde avec une intensité rare, et tente désespérément de rendre compte des conflits et des drames d’une Afrique que l’Occident préfère ignorer. Prix du Public Piazza Grande au Festival de Loacarno.
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Canción sin nombre
Melina León
Pérou
97′
Pérou, au plus fort de la crise politique des années 80. Georgina attend son premier enfant. Sans ressources, elle répond à l’annonce d’une clinique qui propose des soins gratuits aux femmes enceintes. Mais après l’accouchement, on refuse de lui dire où est son bébé. Décidée à retrouver sa fille, elle sollicite l’aide du journaliste Pedro Campos qui accepte de mener l’enquête.
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Captains of Zaatari
Ali El Arabi
Egypte
77′
Fawzi et Mahmoud sont adolescents et réfugiés syriens dans le camp de Zaatari en Jordanie. Comme beaucoup de garçons de leur âge, ils jouent au foot et rêvent d’une carrière professionnelle. Un jour, l’équipe du camp est invitée à participer à un tournoi dans une académie de jeunes espoirs au Qatar. Le cinéaste égyptien Ali El Arabi suit le parcours de ces deux ados dans un documentaire aussi touchant que porteur d'espoir.
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Carajita
Silvina Schnicer et Ulises Porra Guardiola
Dominicaine, République
89′
Bonne à tout faire, Yarisa est entrée à l’âge de quinze ans au service d’un couple de nantis issus de la colonisation à Saint-Domingue, en République dominicaine. Elle a vu grandir Sara, la fille de ses patrons, et s’est occupée d’elle au point de devenir sa plus proche complice, sa seconde mère en quelques sortes. Tandis que Sara connaît les premiers émois de l’adolescence et suit son grand-frère Alvaro dans des virées endiablées, la riche famille quitte la capitale pour emménager sur la côte nord-est, à Las Terrenas. Probablement afin que Pedro, le patriarche, puisse y poursuivre ses activités lucratives et corrompues en toute tranquillité. C’est justement de cette région que vient Yarisa. Elle y a laissé grandir sa propre fille, Mallory, aujourd’hui adolescente, ne lui rendant visite qu’à de très rares occasions. Hélas, à la suite d’une fête arrosée, le fragile équilibre que Yarisa a construit au sein de sa «nouvelle» famille se brise brutalement… En débutant avec la relation forte qu’entretiennent Yarisa et Sara, puis leur confrontation avec Mallory faisant figure de fille déchue, «Carajita» (qui signifie «gamine») décrit tout d’abord avec sensibilité la situation des innombrables nourrices d’Amérique latine, qui alimentent leurs proches tout en les abandonnant. Dès lors que le drame se noue et passe de la simple rivalité à une âpre culpabilité, la dimension du film se décuple en venant refléter avec force les différences de classes et le racisme qui perdurent. Entre les colonisateurs décadents au pouvoir et les descendants des esclaves, il y a un fossé dont le duo hispano-argentin Silvina Schnicer et Ulises Porra Guardiola restitue l’abîme en reflétant deux mondes que tout oppose: d’une part celui des non-dits et des banquets huppés où l’on invite les députés et s’échange de faux sourires, d’autres part l’univers traditionnel de la culture caribéenne et son mélange de croyances, de superstitions et de fantômes… Partant, les cinéastes expriment la détresse de leurs protagonistes principales, victimes indirectes d’une injustice sociale qui n’en finit plus, en convoquant une bande-son étourdissante et des éléments de la nature environnante – la mer, la jungle, un troupeau de chèvres – atteignant ainsi à une symbolique et richesse d’interprétation magnifiques!
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Careless Crime
Shahram Mokri
Iran
136′
Il y a 40 ans, la révolution iranienne était sur le point de balayer la dictature du Shah. Mais son principal soutien, le monde occidental, et sa culture, furent aussi visés. Des cinémas furent brûlés et l’un de ces incendies fit 478 victimes. Ce drame va-t-il se reproduire dans le présent en pleine projection?
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Centaure
Aktan Abdykalykow - Arym Kubat
Kirghizistan
89′
Projectionniste dans un village des environs de Bichkek, la capitale du Kirghizistan, Centaur tente de s’opposer à ce qu’il estime être une perte des valeurs morales engendrée par le développement d’une société d’économie libérale. Aktan Arym Kubat propose encore une fois, après Le voleur de lumière, une émouvante élégie, hommage à une culture confrontée à une mutation paraissant irréversible. Centaur vit avec sa jeune femme sourde et muette et leur fils dans un village des en‑virons de Bichkek, la capitale du Kirghizistan. A Nurberdi, son fils, il raconte les légendes du temps passé, où les chevaux et les hommes ne faisaient qu’un, les premiers donnant des ailes aux seconds. Ailleurs dans le village, un mystérieux voleur s’introduit dans les écuries, y volant des chevaux, justement, pour leur rendre leur liberté. Ce geste va au-delà de la compréhension de Karabay, le riche parvenu du coin, pour qui le cheval n’a plus d’autre valeur que marchande... Qu’on ne s’y trompe pas, l’intrigue de Centaur ne tourne pas autour d’une simple opposition entre tradition, forcément bonne, et modernité, forcément mauvaise. Le propos de Arym Kubat est plus subtil, comme le sont sa mise en scène et les parcours de ses protagonistes. Centaur est lui-même projectionniste, il n’est pas fermé à la technique apportée par le progrès, sa femme est russe et Karabay, le nouveau riche, n’est pas insensible au discours de son frère de sang. Le film doit plutôt être pris comme un instantané poétique, évitant les clichés exotiques, traçant le portrait d’une société en pleine mutation, subissant des influences multiples dans une région du monde secouée par la guerre - en Afghanistan tout proche - où un Islam rigoriste tente de s’imposer. Le sérieux du propos n’empêche pourtant pas l’humour de s’immiscer dans le récit, lui donnant une légèreté bienvenue. En fait, Centaur, tourné au Kirghizistan, narrant une histoire caractéristique de la culture et de la situation politique kirghizes, développe une intrigue à la portée universelle menée de main de maître par un réalisateur qui s’impose aussi - encore une fois - comme un acteur de talent. Martial Knaebel
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Chaque jour est une fête (2009)
Dima El-Horr
Liban
77′
Beyrouth, de nos jours. Trois femmes qui ne se connaissent pas prennent le même bus pour aller à la prison des hommes, dans l’arrière-pays libanais. Au milieu de cette terre aride, elles vont être, à travers ce voyage, confrontées bien malgré elles à la quête de leur propre indépendance.... Diama El-Horr: «Trois femmes figées dans un contexte social et politique très tendu, où rien ne bouge, de peur d’une catastrophe imminente. Les différents événements ne révèlent que la rigidité de la situation, les empêchant de réagir, d’évoluer, de se développer. À l’instar des héroïnes de ce film, les libanais n'ont pas les moyens de changer, mais nous savons nous amuser dans un monde où notre vie ne pèse pas lourd. Nous vivons aujourd’hui dans une région dévastée par des guerres perpétuellement renouvelées, incapables de jouer un rôle efficace dans une vie politique défaillante. Nous ne pouvons que faire appel à notre imaginaire comme alternative à un paysage en noir et blanc. Pour nous le cinéma est une petite lucarne à travers laquelle nous exposons certaines de nos pensées, de nos obsessions et de nos craintes. Ces femmes ne sont ni optimistes ni pessimistes, elles attendent simplement un "miracle", comme nous... Mais les miracles existent-ils vraiment ?»
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Char - l'île
Sourav Sarangi
Inde
87′
Char est une île sur le fleuve qui trace la frontière entre l'Inde et le Bangladesh. Là, Rubel et sa famille vivent aux côtés d'autres ayant perdu leur maison. Cette île émargea comme un cadeau offert par le fleuve pour le donner aux gens comme un refuge après avoir noyé leur village lorsque le niveau de l'eau s'est élevé. Mais ce présent est fait de sable, une réaction géologique éphémère après la mise en route du barrage en amont. Poussés par la nécessité, les gens se sont appropriés ce nouveau territoire - comme les oiseaux - pour y monter une affaire de contrebande. Bétail, alcool, riz et autres biens sont passés en fraude, au nez des patrouilles des douaniers, avec une intelligence admirable: une bataille héroïque pour la survie qui rapporte à Rubel juste de quoi rêver à un meilleur futur, bien que (ou parce que) Char ne sera rien de plus qu'une étape de sa vie. Sourav Sarangi a observé ce microcosme détrempé pendant de nombreuses années, usant de différentes caméras pour saisir des images hétérogènes, parfois presque apocalyptiques. Son histoire d'un garçon qui grandit se termine par une fin ouverte, laissant un sentiment de stupéfaction curieusement merveilleuse.
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Chevalier
Athina Rachel Tsangari
Grèce
105′
Au milieu de la mer Egée, sur un yacht de luxe, six hommes partis pêcher décident de jouer à un jeu. Dans ce jeu, les choses seront comparées et mesurées, le sang sera testé. Les amis deviendront rivaux mais à la fin du voyage et du jeu, le vainqueur portera la bague de la victoire: le "Chevalier".
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Chikamatsu monogatari - A Story from Chikamatsu (1954)
Kenji Mizoguchi
Japon
102′
Le Japon en 1684. Ishun, le grand fabricant de calendriers de Kyoto, est un quinquagénaire vaniteux et arrogant. Il a épousé en secondes noces une jeune et jolie femme, Osan, fille d'un marchand drapier qui a eu des revers de fortune. Sa famille faisant appel à elle pour l'aider financièrement, Osan se trouve dans une situation difficile car elle sait qu'elle n'obtiendra rien de son mari. Elle s'adresse à Mohei, un jeune calligraphe talentueux de la fabrique, en qui elle a toute confiance. Celui-ci accepte de lui prêter de l'argent, en le prélevant sur la commande d'un client. Le soupçon d'adultère qui pèse sur eux – alors qu'ils n'ont encore rien fait, s'ajoutant à la crainte de voir découverte la malversation, les obligent à s'enfuir. Furieux, Ishun lance à leur poursuite la police du Shogun. Les fugitifs sont rattrapés et le châtiment sera terrible : selon la loi, ils seront ligotés ensemble, promenés à travers la ville et crucifiés sur la place publique. Mais les deux, devenus amants, marcheront joyeux, sachant qu'ils se retrouveront unis par delà la mort. Les amants crucifiés est un pur mélodrame, rare dans la filmographie de Mizoguchi. Le réalisateur vole ici au secours de la passion amoureuse et de la liberté individuelle. La tradition et les lois sociales montrent toujours leurs faiblesses et leur iniquité. Seule triomphe à la fin, mais à quel prix, l'amour que les deux jeunes gens se portent.
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Children of Sarajevo
Aida Begic
Bosnie et Herzegovina
89′
Rahima, 23 ans, travaille dans la cuisine d’un restaurant huppé de Sarajevo. Elle vit avec son frère Nedim, 14 ans. Elle a du mal à joindre les deux bouts avec son maigre salaire, mais elle essaie, envers et contre tout, de reconstruire une atmosphère familiale et de protéger Nedim. Dans une mise en scène superbement travaillée, Aida Begic laisse entrevoir une petite lueur dans une Sarajevo qui n’a pas fini de panser ses plaies dues à la guerre. Nedim et sa grande soeur Il y a les événements historiques, ceux qui font la une des journaux, les guerres, les coups d’Etat, les soulèvements. Puis, il y a l’«après», le plus souvent oublié car peu spectaculaire. Cet «après», ce sont les blessures psychiques et morales qui ne se cicatrisent pas, ou si mal, ce sont les sociétés exsangues où les repères se perdent. Et c’est de cet «après», dont nous parle Aida Begic, dans Sarajevo où les pétards des fêtes de fin d’année ont le son d’autres détonations de sinistre mémoire. Rien de lourd pourtant, ni de didactique, dans cette évocation. Les enfants de Sarajevo a trouvé sa propre respiration, en fait celle de Rahima que la caméra suit sans discontinuer. Nerveuse, sèche, comme la jeune femme qui cherche à se protéger, elle et son petit frère à qui elle voudrait offrir un semblant de cellule familiale. Nedim est en effet suivi par des services sociaux vaguement corrompus qui reprochent à Rahima, comme d’autres personnes de son entourage, son engagement religieux. Leur situation, déjà précaire, se compliquera encore lorsque Nedim se collettera avec le fils d’un personnage politique influent. Rahima devra vite trouver de l’argent pour rembourser la casse, découvrant au passage que l’adolescent se livre à de petits trafics. Des images d’archives, chaotiques, fuyant les balles des snipers, rappellent à quoi ont échappé les deux orphelins obligés de survivre envers et contre tous. La beauté de Rahima, hiératique dans ce voile qui lui enserre la tête, - magnifiquement incarnée par la jeune Serbe Marija Pikic - est comme un bras d’honneur fait à ce monde qui n’a pas su faire la paix. Car elle porte le film à bout de bras, l’adoucit et fait sourdre, malgré tout, une lueur d’espérance, à l’image de la complicité retrouvée entre Nedim et sa grande sœur. Martial Knaebel
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Chronique d'une disparition (1996)
Elia Suleiman
Palestine
88′
Un réalisateur (Elia Suleiman joue ici son propre rôle) revient en Israël pour faire un film. Etant à la fois dans le film et hors du film, il entreprend d'observer la perte d'identité de la population arabe d'Israël et organise son récit en deux parties: «Nazareth, Journal intime» et «Jérusalem, Journal politique». Dans «Nazareth, Journal intime», le réalisateur filme ses parents et amis dans leur vie quotidienne faite de routines, dont il souligne avec humour les paradoxes et les contradictions.
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Cinco dias sin Nora (2009)
Mariana Chenillo
Mexique
92′
Nora et José sont un couple d’âges mûrs. Divorcés depuis vingt ans, ils vivent dans deux appartements situés face à face dans une rue d'une ville mexicaine. Nora planifie sa mort et force son ex-mari à lui rendre un dernier service. Il devra s’occuper de l’enterrement qui, en raison d’une fête religieuse et de son suicide, va s’avérer compliqué. Jusqu’au moindre détail, son plan semble sans faille. Pourtant, une photo mystérieuse, retrouvée par José sous le lit de Nora, va alors faire surgir de l’ombre un vieux secret, nous rappelant que les plus grandes histoires d'amour se cachent souvent aux plus petits endroits. En même temps doux et cocasse, CINCO DIAS SIN NORA, le premier long métrage de Mariana Chenillo, raconte une histoire sur des moments importants de la vie, comme la mort, les relations interpersonnelles et l’absurde religieux. Une comédie aérienne pleine d'humour et d’amour, sur le doute, la foi et la famille, qui va droit au cœur et nous laisse en permanence le sourire aux lèvres.
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Clara sola
Nathalie Álvarez Mesén
Costa Rica
106′
Dans un village perdu au Costa Rica, Clara, une femme souffrant d’un handicap physique, vit sous l’emprise de sa mère qui la considère comme une émanation de la Sainte Vierge. À quarante ans, elle tente de se libérer des conventions religieuses et sociales oppressant son corps et son existence, ce qui la mène à un éveil sexuel. Une émancipation à la fois réaliste, magique, sensorielle et symbolique.
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Compañeros - La noche de 12 años
Álvaro Brechner
Uruguay
117′
Ils sont trois que les militaires enlèvent de leurs cellules, sans ménagement, après les avoir encagoulés. Pour les exécuter? Ou les faire disparaître? Le titre nous prévient déjà que non. Trois hommes partent pour une longue nuit de douze ans. Álvaro Brechner signe, avec une œuvre forte, émouvante et, étonnamment, tout de même optimiste. La réalité plus forte que la fiction Le spectateur au fait de l’Histoire et de la politique en Amérique latine aura certainement entendu parler de ce président uruguayen, José «Pepe» Mujica, qui fut un ancien guérillero Tupamaro. Président atypique qui ne changea pas son train de vie, modeste, et qui lança de vraies réformes sociales. Qu’il ait été emprisonné est connu, mais on ignore souvent qu’il fut détenu au secret pendant douze longues années. Compañeros - La noche de 12 años relate cette période dramatique. L’action démarre donc en 1973, lorsque les militaires prennent le pouvoir en Uruguay, et traite de l’emprisonnement de trois anciens Tupamaros dont celui de José «Pepe» Mujica. Álvaro Brechner ne s’est pas senti le besoin d’ajouter des scènes imaginaires pour créer de faux suspens ou susciter de l’émotion factice. Il fait le choix du réalisme et s’en tient aux souvenirs que lui ont raconté les trois protagonistes. Le soin apporté aux reconstitutions, les performances des acteurs, le montage, feront le reste. On est happé par les images dont la justesse permet de quasiment ressentir dans les tripes l’état psychique et physique des personnages. A certains moments, on en oublierait même que les prisonniers verront la fin de leur calvaire, tant les personnages sont à un doigt de craquer. Leur état de délabrement physique rend ces hommes si méconnaissables qu’on a de la peine à les distinguer les uns des autres. Et effectivement, nul besoin de faux suspens, car on se demande à chaque scène comment ces hommes arrivent à survivre à tant de souffrance, à quelles nouvelles avanies ils seront confrontés. Comme les personnages, on se surprend à chercher, avec eux, la moindre lueur dans cette nuit sans fin, à trouver de l’humour là où on s’y attend le moins. Tiens, un «feel-good movie», mais un vrai qui nous parle d’une belle idée de dignité humaine. Martial Knaebel
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Conducta
Ernesto Daranas
Cuba
108′
Chala est un gamin dont l’enfance a été volée. Sa mère alcoolique est incapable de s’occuper de son foyer et malgré le peu d’amour qu’elle lui montre, il prend soin d’elle et de la maisonnée. Il ne connaît pas son père qui ne veut pas le reconnaître. Pour ramener de l’argent à la maison, il élève et entraîne des chiens de combat. Ce serait un délinquant en puissance s’il n’existait Carmela et Yeni. La première est la vieille institutrice de l’école, la seconde est la première de la classe... Conducta (Comportement), ce sont de superbes histoires d’amour qui s’additionnent. Il y a celles de Chala pour sa mère, pour Carmela sa vieille institutrice, pour Yeni, la petite fille sage. Ensuite, celle de Carmela pour les enfants qui lui sont confiés. La vieille institutrice montre une volonté inébranlable pour les protéger et défendre l’avenir de «ses» enfants. Il y a enfin, l’amour qu’exprime le réalisateur pour son pays, ou plutôt pour les gens qui habitent son pays. Tout cela donne un film paradoxalement et incroyablement optimiste au regard de la misère humaine et de la rigidité sociale qu’il met en scène car le film exprime une chaleur humaine qui semble capable de tout emporter avec elle.
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Costa Brava, Lebanon
Mounia Akl
Liban
105′
La famille Badri a fui Beyrouth, devenue irrespirable, pour vivre isolée dans les montagnes. Lorsque le gouvernement fait construire une décharge devant leur maison, les tensions se multiplient. En écho aux récentes explosions et à la crise des déchets dans la capitale, la jeune réalisatrice libanaise Mounia Akl a réussi une allégorie sublime de l’engagement politique et de la décadence d’un monde corrompu.
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Crossing the Dust (2006)
Shawkat Amin Korki
Iraq
73′
2003, la statue de Saddam Hussein vient de tomber sur la place centrale de Bagdad. Asad et Rachid célèbre l’événement avec leurs camarades miliciens kurdes. Nous sommes au nord du pays, dans la partie kurde. Les deux compères ont pour mission de ramener de la nourriture d’un autre quartier de la ville. Sur le chemin du retour, le jovial Asad décide de recueillir un jeune garçon, qui semble perdu, et de le ramener chez ses parents. Rachid n’est pas très chaud, ayant toujours en tête le but de leur mission. Sa froideur tournera en quasi haine, presque par réflexe, lorsqu’il apprendra le prénom du gamin: Saddam. Dans le même temps, deux parents éplorés cherchent leur garçon qui se prénomme lui aussi Saddam. S’agit-il du même enfant ? Dans le même style qui a fait la réussite de Kick Off, le réalisateur kurde irakien Shawkat Amin Korki, traite sur un ton léger, ou le drame n’empêche pas l’humour, une histoire tirée d’un fait réel : sous Saddam Hussein, les parents donnant à leurs garçons le prénom du dictateur se voyaient récompensés en monnaies sonnantes et trébuchantes. Un prénom maintenant difficile à porter pour les enfants. Amin Korki entretient le suspens jusqu’au bout de ce road-movie urbain que l’on regarde avec beaucoup de plaisir.
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Daratt (2006)
Mahamat-Saleh Haroun
Tchad
92′
Peut-il y avoir réconciliation sans reconnaissance de l'autre? Non, bien sûr, et c'est ce que DARATT raconte avec brio. Mais cette reconnaissance ne vient qu'avec le temps qu'on se donne. Les nombreuses commissions «justice et réconciliation» africaines ont pour but que soient enfin brisés les cycles de violences. Réconciliation signifie reconnaissance de l'autre justice, que la faute soit reconnue. Tels sont les thèmes de DARATT. Et ce sera une des réussites du film de Mahamat Haroun Saleh que d'avoir su donner au temps l'«espace» nécessaire, en limitant les dialogues d'une sobriété toute bressonienne. L'absence de musique fait aussi partie de cette trame toute tournée vers la relation du jeune Atim avec Nasarra, le bourreau de son père. Il y a, enfin, ce ballet silencieux des corps au travail, qui marchent ou qui courent, mais qu'on sent toujours en attente. C'est donc une mise en scène superbe parce qu'intelligente et pertinente. Pour en arriver là, il fallait une maîtrise du discours. Mahamat Haroun Saleh est tchadien. Son pays est déchiré par les guerres civiles. Il sait donc de quoi il parle, mais il a surtout su approfondir une réflexion sur la situation de son pays. Pour faire comprendre, ou au moins saisir, ce que vivent ses compatriotes, il lui fallait dépasser les slogans faciles pour aller à la rencontre des hommes qui sont faits de chair, qui vivent avec leurs sentiments. DARATT est une belle histoire car elle nous parle de l'humanité à partir d'un homme. Mahamat Harou Saleh est un grand cinéaste car il sait nous raconter cette belle histoire.
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Delwende (2005)
S. Pierre Yameogo
Burkina Faso
86′
Au Burkina Faso, les coutumes ancestrales font souvent force de loi, dans un état confronté à la misère et au poids des traditions. Dans les campagnes, en effet certaines morts inexpliquées sont attribuées à des mangeuses d'âmes, c'est-à-dire des femmes qui en raison de leurs pouvoirs occultes et maléfiques sont selon les villageois responsables de ces disparitions. Ces femmes sont alors marginalisées et deviennent les boucs émissaires de toute une société.
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Demi-lune (2006)
Bahman Ghobadi
Iraq
108′
Mamo, un vieux chanteur kurde célèbre et têtu décide de se rendre au Kurdistan irakien avec ses dix fils, dans un vieux bus, pour y donner avec eux un concert dont il rêvait depuis longtemps. Pour cette musique, cependant, la voix d'une femme est fondamentalement importante, mais les femmes ne sont pas autorisées à chanter en Iran. Donc avec une femme à bord, ils doivent voyager illégalement en Irak. Bahman Ghobadi est l'un des réalisateurs iraniens les plus renommés et a courageusement confronté la réalité contemporaine de la vie kurde avec des films tels que A Time for Drunken Horses et Turtles Can Fly, se déplaçant souvent habilement entre la tragédie profonde et un humour chaud et crû. Half Moon (Demi-lune) est plus léger, même si le film touche encore et toujours la réalité de la lutte kurde pour son identité et sa culture. Inspiré par cette mission influencée par Mozart, Ghobadi a créé un film imprégné par l'amour de la musique et qui souligne le rôle des femmes dans la création de la beauté musicale. La musique du film a été créée par l'un des artistes et compositeurs les plus célèbres d'Iran: Hossein Alizadeh.
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Dersu Uzala (1975)
Akira Kurosawa
Japon
136′
Une nuit de 1902, alors qu’il bivouaque avec quelques soldats lors d’une expédition dans la région de l’Oussouri, le capitaine russe Vladimir Arseniev, grand explorateur de l’Extrême-Orient, voit arriver un petit homme trapu, Dersou Ouzala, habile chasseur d’origine mongole et familier de la région. Les deux hommes sympathisent immédiatement et Dersou accepte de servir de guide à l’expédition bientôt soumise à de terribles obstacles tels que le froid, la fatigue et la faim. Cinq ans plus tard, les deux hommes se retrouvent pour un nouveau périple. «Dodeskaden (1970), le précédent film du réalisateur japonais, fut un échec commercial. Ostracisé par les producteurs, malade, suicidaire, Akira Kurosawa s’enferma dans un long silence qu’il ne rompit qu’après avoir accepté la proposition de tourner en Russie. Kurosawa, féru de culture russe, se souvint alors de sa lecture des mémoires de l’écrivain et explorateur Vladimir Arseniev (Derzu Uzala, 1907, Dans la contrée de l’Oussouri, 1921), par ailleurs très appréciés par Maxime Gorki. L’humanisme généreux de Kurosawa avait été frappé par les qualités morales qui faisaient du chasseur mongol un vieux sage, ainsi que par la très forte amitié qui soudait deux hommes a priori très différents. Ayant obtenu carte blanche de la part des producteurs, le cinéaste put tourner sur les lieux mêmes explorés par Arseniev et donner ainsi le souffle nécessaire à la beauté de son sujet.» (CNDP)
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Downpour (1972)
Bahram Beyzaie
Iran
130′
Le premier long métrage de Bahram Beyzaie sur un instituteur bien intentionné de Téhéran assailli par les revers de fortune a connu un énorme succès en son temps, mais était tombé dans l'oubli dans l'Iran post-révolutionnaire. Cette version présente le film tel qu'il a été restauré en 2011 par la World Cinema Foundation de la Fondazione Cineteca di Bologna / Laboratoire L'immagine Ritrovata, avec la participation de Bahram Beyzaie lui-même.
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Dragon Inn (1971)
King Hu
Taiwan
116′
Le général Yu est exécuté par son opposant politique, le Grand œnuque Zhao, et ses enfants sont bannis de Chine. Mais ils restent une épine dans le pied de Zhao, qui fait tout son possible pour les tuer sur leur chemin vers l'exil. Il leur tend une embuscade dans l'auberge isolée de la Porte du Dragon. Mais les fidèles du général assassiné se précipitent pour aider les enfants. Un combat à la vie, à la mort est engagé.
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Dunia (2006)
Saab Jocelyne
Egypte
112′
Etudiant la poésie soufie et la danse orientale au Caire, Dunia est à la recherche d’elle même et aspire à devenir danseuse professionnelle, à l’instar de sa mère disparue. Lors d’un concours, elle rencontre le Dr. Beshir, homme de lettres et illustre penseur soufi. Elle goûtera avec lui au plaisir des mots dans ses recherches sur l’extase dans la poésie soufie et découvrira dans ses bras le plaisir des sens. Mais un autre prétendant fait pression. Dunia l’épousera sans aucun désir. Il lui faudra affronter la tradition, qui a détruit sa capacité au plaisir, pour pouvoir libérer son corps et danser avec son âme. L’histoire se déroule en Egypte au moment où «Les Mille et une Nuits» sont interdits pour cause de pornographie. Le film fait référence à la poésie, la danse et la musique, qui sont des racines partagées par tous les Etats arabes. Il parle du passage à l’âge adulte, de l’affirmation de l’identité, de la place de l’individu et de ses valeurs dans une société pré-moderne. Ce sont des expériences que connaissent aujourd’hui toutes les couches des diverses sociétés arabes. Le film fait aussi référence à la mutilation génitale féminine, autant pour la dénoncer que pour aborder la notion d’excision culturelle et intellectuelle. De ses acteurs immanquablement beaux à la manière de filmer privilégiée par la réalisatrice, le film dessine une Egypte qui campe à mi-chemin entre ses évidences crues et ses idéaux.
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Durak
Juri Bykow
Russie
121′
Avec Durak, Yuri Bykov nous dévoile tous les maux et toutes les tares dont souffre le monde politique russe. Cela part de la corruption, en passant par l’incompétence et la prévarication, et ça peut aller jusqu’au crime pour dissimuler les premières. Et cette situation déteint sur l’ensemble de la société russe, montrée elle aussi en pleine déliquescence. Ainsi Dmitri doit défendre ses convictions de justice jusqu’au sein de sa propre famille. Lorsqu’il arrive dans le locatif délabré, ses habitants l’accueillent avec une méfiance dont ils ne se départiront pas. Comment le pourraient-ils, puisqu’à chaque fois les visites d’officiels et de techniciens se sont soldées par de vagues promesses jamais tenues? Durak tire aussi sa force d’une grande finesse dans l’installation, puis l’évolution des personnages montrés dans toute leur humanité, avec leurs côtés sombres, mais aussi avec leurs qualités quand ils en ont. Ainsi, à cette dénonciation politique, portée par une narration fluide et nerveuse, s’ajoute une étude de caractères passionnante, ajoutant à chaque fois de nouveaux détails au tableau brossé par Bykov. Pas de portraits au carré, mais une profondeur qui enrichit le drame de ses retournements, qui souligne aussi l’ampleur de la corruption et la gravité des maux auxquels sont confrontés les Russes. Yuri Bykov instille du suspens dans un drame cousu de fil blanc, surprenant son public malgré tout et maintenant une tension dramatique de bout en bout de son récit. Durak est une performance dramatique extraordinaire et stupéfiante avec des scènes d’anthologie. Brûlot politique, performances d’acteurs et d’actrices, mise en scène en staccato qui ne nous laisse pas une minute de répit. Tous les critiques le disent, on en sort éreinté, mais on aura jamais été aussi heureux de l’être.
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Ecuador
Jacques Sarasin
Équateur
75′
Dans un monde à sens unique, où les pays du nord exportent leur modèle économique et politique dans le monde entier, il existe un pays d’Amérique latine qui s’est engagé dans une réforme profonde de ces modèles et invente une nouvelle gouvernance, pragmatique et humaniste.Ce pays est l’Equateur.Rafael Correa, économiste réputé, venu à la politique comme on part en mission, en est devenu le Président en 2006.Il a transformé un pays aux structures archaïques en une démocratie participative, sociale, indépendante et écologique.Aux équatoriens, il a apporté l'espoir que les vieilles structures figées n'étaient pas une fatalité, que tous les citoyens avaient leur mot à dire et qu'il y aurait enfin quelqu'un pour les écouter. Ce film est fait pour tous, habitants des pays riches et en développement ; il ouvre des perspectives concrètes vers une nouvelle façon de vivre la globalisation. Il montre que d’autres projets politiques, écologiques et économiques sont possibles.Ce film n’est pas un film sur l’Equateur, mais sur un projet politique, sur une utopie devenue réalité. Il est porteur d’idées, de réflexions et de solutions sur les crises actuelles, et il propose un vrai débat autour de l’avenir de nos sociétés.
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Eduardo Falú (2009)
Oliver Primus Arno Oehri
Argentine
81′
C'est un voyage poétique à travers la musique singulière du maître Argentin Eduardo Falú (1923 - 2013) et en même temps, un portrait intime de ce musicien exceptionnel. Partant de sa relation intense avec le paysage du nord-ouest argentin, sa chère ville de Salta, les vastes plaines de la Pampa, les majestueuses montagnes des Andes et leurs canyons, les vallées fertiles et les hauts plateaux désertiques. Le film suit pas à pas chaque étape de la vie et carrière de Falú.
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El abrazo de la serpiente
Ciro Guerra
Colombie
124′
Au début du XXe siècle, un ethnologue allemand s’enfonce dans la forêt amazonienne à la recherche d’une plante mythique, la yakruna. Il sera guidé par Karamakate, un jeune mais puissant chaman amazonien. 40 ans plus tard, c’est un Etats-Unien qui retrouve Karamakate pour la même recherche. Ciro Guerra nous propose une antithèse éloquente aux discours sur l’apport de la «civilisation» dans ces contrées perdues. Inverser les rôles Theo explore l’Amazonie depuis des années et il a entendu parler d’une plante miracle, la yakruna. Maintenant qu’il est malade et affaibli, la nécessité de la trouver se fait pressante. Son guide l’amène chez Karamakate, un jeune chaman seul capable, selon lui, de trouver le lieu mythique. Mais Karamakate ne voit en Theo que le complice des massacreurs de son peuple dont il est le seul survivant. Il accepte de les guider, mais à contre-coeur. Quarante ans plus tard, Evan rencontre un Karamakate âgé, lui demandant aussi de l’aider à retrouver cette yakruna et les traces de Theo disparu. Mais Karamakate ne se souvient plus bien. Qui donc va alors guider qui? El abrazo de la serpiente reprend le flambeau d’une tradition qui a longtemps défini le cinéma latinoaméricain: le réalisme magique, onirique, cher aux Fernando Solanas, Glauber Rocha et autres Fernando Birri. Alors ça foisonne de trouvailles esthétiques, de situations allant jusqu’au burlesque, cela joue aussi avec le temps et l’espace, car les deux époques se croisent et en quelque sorte se répondent. Evans suit les pas de Theodor, mais ce sont deux mondes qui n’ont rien de commun qu’ils visitent. Le chaos engendré par la présence envahissante des Blancs aura tout bouleversé - et pas pour le meilleur. Au détour d’une scène Ciro Guerra se moque ironiquement du Fitzcarraldo de Werner Herzog et du colonel Kurtz d’Apocalypse Now. On l’aura compris Ciro Guerra a voulu inverser le regard, tenté de d’imaginer un récit d’une expédition non pas raconté du point de vue de l’explorateur comme il est d’habitude, au contraire c’est le regard des «explorés» que veut transmettre la caméra et le film. Cette inversion pertinente et nécessaire des rôles donne une tonalité rafraîchissante et légère à un propos tout ce qu’il y a de plus sérieux. Martial Knaebel
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El boton de nacar
Patricio Guzmán
Chili
82′
Avec Nostalgia de la luz, Patricio Guzmán, nous emmenait dans le désert d’Atacama, à l’extrême nord du Chili. Là-bas, il y sondait le cosmos pour scruter les rocs et les sables du désert. El botón de nacár nous emporte, lui, à l’extrême sud du pays, 4000 km plus bas où c’est maintenant l’eau qu’on trouve dans les étoiles. Mais c’est encore sur l’histoire des hommes et de leur mémoire que revient Patricio Guzmán. Ces deux films, Nostalgie de la lumière et Le bouton de nacre, forment bien un diptyque cohérent. Au premier, illuminé par la lumière si pure et la sécheresse du désert du nord, répond le ciel chargé et la froide humidité de l’archipel du sud. Ici, ce sont l’eau et le froid qui ont formé les hommes et les civilisations. Car ces îles innombrables étaient habitées, bien avant que les colons n’arrivent et massacrent - ils étaient encore 8000 au 18e siècle, ils ne sont plus que 20 descendants directs aujourd’hui. C’est la première idéeforce: l’existence d’une civilisation capable de survivre dans des conditions extrêmes, de traverser le Cap en petit canoë, de compositions musicales sophistiquées. La deuxième idée-force: faire ressentir par le spectateur, physiquement, la géographie bizarre de ce pays qu’est le Chili - tout en longueur, ouvert sur la mer qui est sa plus grande frontière, et pourtant profondément terrien. Un pays si long, qu’on ne peut le représenter en un seul morceau. Enfin, il y a la mémoire de l’eau. Celle qui vient du cosmos - qui se compte en millions d’années - et celle, plus macabre et contemporaine, qui vient de l’océan - car ici, comme au nord, les militaires ont essayé d’effacer les traces de leurs crimes. Ces trois idées-forces sont exprimées dans de véritables mises en scène de cinéma qui offrent des moments sublimes: la musique jouée par le musicologue Claudio Mercado, ou la leçon de vocabulaire de Christina Calderon, descendante des Yagán. Emma Malig, artiste, déroule une étrange et longue bande de papier froissé, le Chili, en un seul morceau. Enfin, se déroule sous nos yeux la reconstitution du «travail» fastidieux et minutieux qu’impliquait cette volonté des militaires d’effacer des milliers d’individus des mémoires. C’était sans compter ce bouton de nacre ramené à la surface. Martial Knaebel
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El lado oscuro del corazón (1992)
Eliseo Subiela
Argentine
127′
A Buenos Aires, un jeune poète du nom de Oliverio mène une vie de bohême qui le contraint parfois à vendre ses idées à une agence de publicité. Le reste du temps, il échange des poèmes amoureux contre des steaks auprès du patron d'un resto populaire, ou bien demande l'aumône pour quelques stances déclamées à des automobilistes. Ce personnage représente une étape de la vie du réalisateur à l'heure où lui aussi était en quête de la partenaire idéale. Les femmes, Oliveiro les aime toutes et aime tout d'elles. Mais il lui est impossible d'excuser une incapacité, à ses yeux fondamentale chez une femme, celle de ne pouvoir voler ... s'envoler avec lui. Cette recherche le conduit à traverser le Rio de La Plata. Dans un bar, il rencontre Ana dont il finit par s'éprendre. Elle seule sera capable de lui faire découvrir le côté obscur de son coeur. Amour, érotisme, imagination, poésie: ils représentent la fureur de vivre, pour échapper à la mort et au néant. C'est pourquoi, «Le côté obscur du coeur» constitue, comme l'a écrit le 'Frankfurter Rundschau', «l'un des rares films qui admette les sentiments sans les remettre en question avec scepticisme». Un film d'amour moderne, donc, qui défend sa position avec opiniâtreté.
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El robo del siglo - Le braquage du siècle
Ariel Winograd
Argentine
114′
En 2006 eut lieu le hold-up «du siècle» dans une banque de Buenos Aires. Tout avait été préparé minutieusement et réussi de main de maître. Ils étaient six, ils furent finalement rattrapés, mais une grande partie du butin n’a jamais été retrouvée. On savait que la philosophie et l’art pouvaient mener à tout. Même au hold-up? El robo del siglo le prouve.
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Ema y Gastón
Pablo Larraín
Chili
107′
Pablo Larraín est l'un des plus grands réalisateurs du cinéma latino-américain. Sans compromis, il suit sa propre voie et réalise des films qui explorent et sondent les possibilités d'expression visuelle. Le dernier long-métrage de Larraín, Ema y Gastón, est un éblouissement. Le réalisateur n'y raconte pas simplement une histoire d'amour, non: il plonge dans une mer d'images, de sons et de mouvements et nous entraîne dans le maelström de ce qui s'appelle amour et comporte beaucoup d'éléments imprévisibles et inexplicables.
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En el nombre de la hija
Tania Hermida
Équateur
102′
En el Nombre de la Hija, c’est l’histoire d’une fille de neuf ans dont le nom est sujet à controverse. Manuela a été prénommée ainsi par son père socialiste et athée, mais sa grand-mère, catholique et conservatrice, insiste pour qu’elle porte le nom que les filles aînées de la famille portent depuis des générations: Dolores. Nous sommes dans une vallée des Andes équatoriennes, durant l’été de 76. Manuela et son petit frère Camilo passent leurs vacances avec leurs cousins et leurs grands-parents dans le domaine familial. Dans son enthousiasme à défendre les idées de son père, Manuela se confronte à ses cousins et ses grands-parents, mais une rencontre inattendue l’amène surtout à se faire face à elle-même. Tenu au secret dans la bibliothèque abandonnée de la famille, l’oncle Felipe, schizophrène, se voue à la libération des mots de la contrainte des dogmes. Sa sagesse libère Manuela de ses propres dogmes et change à jamais sa relation aux morts, y compris celle vis-à-vis de son propre nom.
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Euphoria (2006)
Ivan Vyrypaev
Russie
71′
Elle vit avec son mari. Elle est jeune et belle. Ils ont une petite fille et un chien fou. Mais qu'en est-il de l'amour? Lui aussi, il vit là. Il a les cheveux raides comme de l'herbe et des yeux bleus insondables. Ils ne se sont vus qu'une seule fois dans le passé. Au cours d'un mariage arrosé, les regards se sont croisés. C'était lui. Quelque chose qu'ils n'avaient jamais connu, quelque chose qu'ils ne parviennent pas à comprendre est arrivé. Maintenant ils ne peuvent ni vivre ni respirer l'un sans l'autre. Comme si le flot puissant du fleuve, magnétique, presque cosmique, les attirait avec une force irrésistible. Ils n'appartiennent plus à eux-mêmes. «Alors, qu'est-ce qu'on fait maintenant ?» - «Je ne sais pas.» Le mari, lui, sait. Il n'est ni fou ni idiot. Il vit selon ses propres règles. Que faire quand le chien mord le doigt de votre fille? On coupe le doigt et on tue le chien. Que faire lorsque son épouse vous abandonne pour un autre homme? A cette question, il a aussi une réponse. Et sous le soleil impitoyable, une barque glisse sur les profondeurs du fleuve en crue. EUPHORIA retranscrit avec intensité et humour l'atmosphère isolée et singulière d'une passion incontrôlable vécue dans les vastes étendues sauvagement belles de Sibérie. Une irrésistible bouffée d'oxygène.
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Familia sumergida
María Alché
Argentine
91′
Après la mort de sa sœur Rina, le petit monde de Marcela lui devient étrange et inconnu. Elle se sent perdue dans sa propre maison et ses relations avec son mari et ses enfants semblent en souffrir. Mais lorsque Nacho, un jeune ami de sa fille, leur rend visite à l’improviste, elle se met à lui parler et à se promener avec lui. Peu à peu, Marcela commence à avoir des conversations avec ses proches d’une autre dimension.
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avec bonus
Félicité
Alain Gomis
Congo, La République Démocratique du
124′
Félicité, libre et fière, est chanteuse le soir dans un bar de Kinshasa. Sa vie bascule quand son fils de 14 ans est victime d’un accident de moto. Pour le sauver et régler les coûts de l’hôpital, elle se lance dans une course effrénée à travers les rues d’une Kinshasa électrique, un monde de musique et de rêves. Ses chemins croisent ceux de Tabu. Primé avec le Grand Prix du Jury au Festival de Berlin, ce film fait plonger dans la pleine vie. Alain Gomis à propos de Félicité «J’ai le sentiment qu’un film se construit sur des années, en convoquant une multitude de choses différentes. À l’origine de celui-ci, il y a des personnages existants, des femmes dont je suis proche, au Sénégal principalement. Des femmes fortes. Qui n’acceptent pas la compromission, qui prennent tout de plein fouet et ne plient pas sous les coups. J’avais une admiration certaine pour cette droiture, tout en m’interrogeant sur le fait de vouloir à tout prix plier la vie à sa volonté. J’étais donc intéressé par cette dialectique de la lutte et de l’acceptation qui est une idée qui traverse mes films. Sur cela est venu se greffer l’accident d’un jeune cousin très proche qui a perdu sa jambe, après qu’elle ait été mal soignée. Je me souviendrai toujours de son regard de gosse de 17 ans qui a perdu la légèreté, pour qui la vie est comme finie. Son histoire était aussi liée à celle de sa mère que l’on soupçonnait de pratiques obscures. Cette réalité simple qui confronte l’invisible au quotidien est à la base du film. J’avais alors envisagé une sorte de Faust ... et puis j’ai rencontré la musique du Kasai Allstars qui contenait tout cela. Tshanda, qui joue Félicité, me disait que c’était une femme à moitié en vie, à moitié morte. Toute sa vie, elle s’était tenue droite, affrontant le monde, et avec l’accident de son fils arrivait la défaite. Tout ce qu’elle avait tenu à bout de bras jusque-là s’écroulait. Pour elle, la question était est-ce que cette vie vaut le coup, est-ce que je reste là ou est-ce que je repars là d’où je viens? C’est un personnage qui se tient à la frontière de ces deux options. Il était évident que Tshanda comprenait absolument cette possibilité de renoncement. Ensuite, moi je ne dis pas grand-chose du personnage à un comédien, j’essaie de rester très concret sur la situation, mais c’était cette espèce de ligne-là qu’on avait définie.»
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Finye (1982)
Souleymane Cissé
Mali
105′
Bah, jeune étudiant, est le petit-fils de Kansaye, un descendant des grands chefs traditionnels de la région. Il est l'ami de Batrou qui, elle, est la fille d'un des représentants du nouveau pouvoir. Bah et Batrou appartiennent à une génération qui rejette l'ordre établi, la société de leurs pères, sans bien savoir quoi mettre à la place. La falsification des résultats des examens sera l'étincelle qui déclenchera la confrontation avec les autorités. La répression voulue et organisée par le gouverneur Sangaré, exacerbera encore le mécontentement des jeunes étudiants... Le titre n'est pas seulement une trouvaille poétique, il constitue le véritable programme esthétique du film: c'est par ses changements de vitesse que le vent exprime sa présence, par l'intensité des mouvements qu'il fait subir à la nature et aux hommes qu'il se matérialise visuellement: c'est par le rythme des corps, les tempos de l'action, les impulsions produites sur les visages et les voix que Souleymane Cissé nous donne à lire une page importante de l'Afrique contemporaine.
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Fireworks Wednesday (2006)
Asghar Farhadi
Iran
102′
Le dernier mercredi avant le début du solstice de printemps, au Nouvel An persan, on tire des feux d'artifice selon une ancienne tradition zoroastrienne. Rouhi, qui passe son premier jour dans un nouvel emploi, se retrouve au milieu d'un autre type de feux d'artifice - une dispute entre son nouveau patron et sa femme.
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Fish & Cat
Shahram Mokri
Iran
135′
Carton: Des restaurateurs du nord de l’Iran condamnés pour avoir servi de la viande humaine à leurs clients. Image: Un groupe d’étudiant(e)s campent aux abords d’un lac à l’orée d’une forêt où rôdent deux hommes aux mines patibulaires et au comportement aussi étrange qu’inquiétant. Ceux-là sont venus participer à une compétition de cerfs-volants. Il a suffi de peu de choses à Shahram Mokri, jeune cinéaste iranien, pour créer une atmosphère troublante et instiller le doute et l’angoisse. Et qui plus est, en un seul plan. L’avènement du numérique a élargi l’éventail des possibilités techniques pour la fabrication d’un film. On aurait pu croire que Sokourov, avec son Russian Ark, après avoir fait le tour de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, aurait aussi fait le tour de la question de l’utilisation de ces possibilités technologiques en proposant un seul long plan séquence pour la durée d’un film. Fish and Cat et Shahram Mokri nous prouvent que nous n’avons encore rien vu. Chez le Russe, l’action était unique, se déroulait dans un espace clos, et la caméra suivait un couple de personnage faisant office de fil conducteur, les passages d’une salle à l’autre formant les chapitres de cette action. Tout cela permettait au spectateur de garder la maîtrise du temps. Avec l’Iranien, rien de tel. La scène n’a plus de limite physique, nous partons d’un restaurant avec deux hommes pour pénétrer dans une forêt, où discutent un père et son fils, et finalement arriver parmi un groupe d’étudiants campant au bord d’un lac, ayant perdu en chemin les deux personnages du début pour en retrouver d’autres. La caméra en suit un, l’abandonne pour un autre, change encore de direction avec un troisième... et, sans crier gare, nous revoilà au point de départ. En toute logique, l’utilisation d’un seul et unique plan pour mettre en scène une histoire impliquerait la linéarité du récit, et le déroulement de celui-ci en temps réel. Mokri se libère avec habileté de cette fausse contrainte et nous offre, l’air de rien, une superbe illustration de ce que signifie concrètement le fameux ruban de Moebius. Deux heures d’un ballet à la chorégraphie élégante et fluide, et cette fois-ci nous avons perdu la maîtrise du temps. Cette vivacité continuelle n’empêche pourtant pas que des tableaux d’une harmonie parfaite surgissent au détour d’un mouvement de caméra. Fish and Cats, c’est une nouvelle belle surprise du cinéma iranien qui n’en finit pas de nous étonner.
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Fremont
Babak Jalali
États-Unis
92′
Éxilée afghane à Fremont, en Californie, la jeune Donya travaille dans une fabrique de «fortune cookies». Après avoir dû fuir son pays, elle se sent seule. Pour trouver l’amour, elle décide d’envoyer un message au hasard dans un biscuit. Dans son quatrième long-métrage, Babak Jalali exprime ce qui rapproche les êtres avec un humour d’une grande tendresse. Un film poétique, doux et craquant.
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Fukushima - No Man's Zone
Toshi Fujiwara
Japon
105′
Fukushima. Un nom célèbre dans le monde entier après le 11 mars 2011, où la côte nord-est de l’île d’Honshu fut secouée par un séisme, puis submergée par un tsunami. C’est aussi la centrale nucléaire qui a subit des dommages équivalents à ceux de Tchernobyl. Quelques mois plus tard, le documentariste japonais Toshi Fujiwara s’est rendu sur place, dans la zone d’exclusion, la No Man’s Zone. Des rues couvertes de gravats, des bateaux échoués loin du rivage... et le silence. L’impact d’un tsunami est bien visible avec ses dégâts spectaculaires. Puis, plus rien. Ou plutôt un panorama champêtre avec un arbre en fleurs majestueux attestant de l’arrivée du printemps. Les suites les plus dramatiques du tsunami sont invisibles. Une voix neutre, où pointe pourtant une certaine émotion, nous en parle. Nous sommes dans la zone d’exclusion de la centrale nucléaire qui a cessé de fonctionner, lâchant dans l’atmosphère une énorme quantité de particules radioactives. Une zone interdite où nous rencontrons des gens qui essaient de sauver leur maison, ou qui simplement refusent de quitter leur foyer pour l’inconnu, organisé par un gouvernement dépassé par l’ampleur de la catastrophe, réagissant sans logique apparente, incapable d’informer correctement les populations, ballottées entre centres de réfugiés et hôtels, qui ne savent pas quand elles pourront retourner chez elles. Fujiwara ne dénonce pas, tel un Stalker - allusion pertinente d’un critique japonais au film de Tarkovski - il nous guide dans les recoins de cette zone interdite. No Man’s Zone nous propose et nous invite ainsi à une réflexion sur notre rapport à l’image et notre dépendance vis-à-vis d’elles.
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Gabriel and the Mountain
Fellipe Barbosa
Tanzanie, République-Unie de
131′
Gabriel est sur le point de clore un an de voyage à travers l’Asie puis l’Afrique de l’Est. Périple qu’il s’était promis de réaliser avant de poursuivre ses études dans une prestigieuse université californienne. A la fois témoignage plein de vie et hommage émouvant rendu à un ami disparu, Gabriel and the Mountain est un magnifique road-movie africain. Un globe-trotter brésilien En fait, Gabriel and the Mountain pourrait être considéré comme une suite du premier film de Fellipe Barbosa, Casa grande, dont le héros essayait déjà de surmonter les barrières sociales dans une école huppée de Rio. C’est d’ailleurs dans cette école que le réalisateur et Gabriel se sont rencontrés pour la première fois. Le temps a passé depuis et Gabriel, avant de poursuivre ses études aux Etats-Unis, a voulu découvrir le monde. Sur le point de terminer son périple, Gabriel débarque au Kenya où il ne veut pas être un touriste, mais un globe-trotter en contact étroit avec les gens du cru. Cet état d’esprit suscitera de belles rencontres - dont le spectateur profitera par la même occasion. L’ambiance changera quelque peu avec l’arrivée de son amie Cristina, venue le rejoindre pour quelques jours en Tanzanie, avant de connaître la Zambie, puis le Malawi. Fellipe Barbosa retrace le plus fidèlement possible les derniers jours de son ami Gabriel Buchmann. Pour cela, aux côtés des deux seuls acteurs professionnels João Pedro Zappa (Gabriel) et Caroline Abras (Cristina), ce sont les personnes réelles, qui ont rencontré le jeune Brésilien, qui jouent leur propre personnage, évoquant parfois en voix off leur expérience avec Gabriel. L’enthousiasme de Zappa à incarner Gabriel, la vivacité qu’il donne à son personnage, emporte l’adhésion et nous pousse même à oublier la fin tragique du héros, annoncée pourtant dès la première séquence. La richesse du récit et des rencontres tient aussi à l’ambivalence du personnage qui ne veut pas être un touriste, mais se comporte parfois comme tel. Et c’est peut-être la conscience de ce fait qui rend Gabriel plus fébrile et pressé de sortir des sentiers battus. Comme tous les road-movies réussis, c’est aussi à un cheminement intime que nous invite le film. Martial Knaebel
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Gente de bien
Franco Lolli
Argentine
86′
Eric, 10 ans, se retrouve à vivre du jour au lendemain avec Gabriel, son père qu’il connaît à peine. Voyant que l’homme a du mal à construire une relation avec son fils et à subvenir à leurs besoins, Maria Isabel, la femme pour laquelle Gabriel travaille comme menuisier, décide de prendre l’enfant sous son aile.
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Gilles Caron - Histoire d'un regard
Mariana Otero
France
94′
Gilles Caron, alors qu’il est au sommet d’une carrière de photojournaliste fulgurante, disparaît au Cambodge en 1970. En l’espace de six ans, il a été l’un des témoins majeurs de son époque, couvrant pour les plus grands magazines la guerre des Six Jours, mai 68, le conflit nord-irlandais ou encore la guerre du Vietnam. Un voyage à travers les temps.
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Gito, l'ingrat (1992)
Léonce Ngabo
Burundi
87′
Gito est un étudiant burundais qui vit à Paris. Après ses études, il rentre au pays et promet à sa compagne parisienne de la faire venir dès qu'il sera devenu ministre. Mais de retour au pays, il ne trouve pas de travail et se remet à fréquenter son amour d'enfance. Les deux femmes se rencontreront et décideront de donner une leçon à Gito.
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God Exists, Her Name Is Petrunya
Teona Strugar Mitevska
Macédoine du Nord
100′
Une jeune femme dans la trentaine s’immisce dans une célébration de l’Epiphanie jusque là exclusivement masculine. Ce «sacrilège» secoue la petite bourgade macédonienne où vit l’héroïne Petrunya. Comédie mordante et narquoise, Dieu existe, son nom est Petrunya nous plonge dans une société patriarcale et phallocrate, mais finalement impuissante pour peu qu’on lui résiste. Qui est le loup, qui est l’agneau? Petrunya a la trentaine, vit toujours chez ses parents et n’a toujours pas trouvé de travail. Au retour d’un x-ième entretien d’embauche qui, en plus d’être infructueux, fut humiliant pour la jeune femme, Petrunya croise la procession de l’Epiphanie et la suit jusqu’à la rivière où le prêtre jette une croix en bois que les jeunes gens du village vont chercher à récupérer en affrontant les flots glacés. Dans un geste spontané et irréfléchi, la jeune femme se jette à l’eau, elle aussi, et récupère la croix la première. Scandale chez les jeunes hommes frustrés qui veulent récupérer leur dû. Petrunya s’enfuit sous les quolibets et les menaces pour se réfugier chez elle. Pour le prêtre, non plus, elle n’avait pas le droit de participer à la cérémonie. Il fait appel à la police pour récupérer ce qu’il considère comme son bien. Dieu existe, son nom est Petrunya est d’abord le portrait d’une femme qui se révèle à nous et à elle-même. Entre la chipie paresseuse, réfugiée sous les draps, du début et la jeune femme à la fin, il y a un univers. Zorica Nusheva nous fait vivre, avec un talent phénoménal, cette évolution de Petrunya. Ou plutôt cette révélation, petit à petit, d’une femme éduquée, plus sûre d’elle-même à mesure qu’elle voit la faiblesse des représentants du sexe fort. La fable du loup déguisé en agneau est ici carrément inversée: Petrunya se dit l’agneau déguisé en loup... Mais le film, à un niveau plus général, est aussi une satire d’une société qui se voudrait moderne, mais qui n’arrive pas à se défaire d’oripeaux d’un autre âge. Une société où, d’ailleurs, l’histoire semble être juste utile à perpétuer des légendes. Pour mettre tout cela en scène, la réalisatrice Teona Strugar Mitevska use d’un ton humoristique qui ne déplairait pas à Ken Loach, entre ironie vis-à-vis des structures et empathie pour ses personnages. Martial Knaebel
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Goodbye South, Goodbye (1996)
Hsiao-hsien Hou
Taiwan
112′
Un rock lancinant nous transporte sur les rails d'un voyage en contrée inconnue. Le train traverse un tunnel, s'arrête et repart. Trois personnages en sont descendus: Kao, un petit truand suivi de Tête Plate et de sa copine, Patachou, chanteuse de bar. Leur histoire est simple: tirer des plans sur la comète et offrir une seconde chance à leur vie chaotique. Des projets, ils n'en manquent donc pas: ouvrir un restaurant-discothèque à Shangaï, devenu le nouvel Eldorado du Pacifique, ou se lancer dans un trafic de porcs au sud de Taiwan. La vie urbaine ronge leur énergie. Le sud les aspire pour des instants de pur bonheur que l'on souhaiterait interminables. Ces Pieds Nickelés « made in Taiwan » s'adonnent en toute nonchalance à l'art du farniente, des virées à moto dans les brumes tropicales de l'île ou dans des fiestas autour du karaoké et autres bonnes bouffes dans leur motel. Ce ballet incessant d'allers et retours en train, scooter, auto dans la campagne taïwanaise les ramène toujours au point de départ de leurs désirs, la ville et ses zones d'ombre. De ces trois jeunes antihéros modernes et urbains, Hou Hsiao-hsien dresse un portrait ironique et tendre à la fois. Les scènes les plus concrètes alternent avec des images d'une beauté renversante, d'une poésie inouïe. Hou Hsiao-hsien filme une génération en mal d'énergie pour sortir d'un monde saturé de bruit et de fureur. Un film qui exalte le vertige de la fuite en avant d'une jeunesse qui aurait pris le train de la modernité en marche sans trop savoir pourquoi et vers où.
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Gorod Zero (1989)
Karen Schachnasarow - Shakhnazarov
Russie
97′
Karen Shakhnazarov, le réalisateur d'Anna Karenina (2017), a fait partie, dans l'ex-Union soviétique des années 1980, des jeunes talents du cinéma du changement. Sa comédie GOROD ZERO (La Ville Zéro) est l'un des plus beaux exemples de ce mouvement. Elle montre sur un ton décapant les absurdités de la vie quotidienne des Soviétiques et indique clairement que le chemin, qu'on appelait à l'époque la perestroïka, serait long. Le film montre la vie comme un musée absurde.
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Grain
Semih Kaplanoglu
Turquie
128′
Dans un avenir proche, les récoltes permettant de nourrir les populations de villes ultra-protégées dépendent de semences OGM produites par des conglomérats privés. Mais ces graines ont un dramatique problème de reproduction. Pour tenter de le résoudre le professeur Erol Erin veut retrouver le généticien Cemil Akman, dont la thèse avançait une explication à cette énigme et fut pourtant censurée par les autorités. Pour le rencontrer, Erin devra quitter la ville protectrice pour les Terres Mortes. Après avoir remonté le temps avec sa trilogie de Yusuf magistralement conclue avec Bal (Miel, 2010, Ours d’or à Berlin), Semih Kaplanoglu s’aventure cette fois-ci dans le futur. Et, même si nous sommes loin des films catastrophes à la sauce Hollywood, cet avenir n’a rien d’engageant. D’autant plus que Kaplanoglu ne s’éloigne que de très peu de ce que vivent déjà certaines parties du monde. Cela est d’ailleurs si «vrai» que les décors choisis par le réalisateur sont directement filmés de la réalité: la ville en ruine, c’est Detroit. La barrière électrique, c’est celle dont rêvent certains hommes politiques. Cependant, là où le matérialisme occidental cherche des solutions techniques face à la destruction de la planète, Kaplanoglu préfère explorer des voies plus philosophiques. Comme l’avait fait avant lui Andreï Tarkovsky avec son Stalker. Dans ce film aussi, deux hommes pénètrent dans un no man’s land pollué et supposé mortel pour l’homme. C’est cette recherche philosophique - certains diront même mystique en pensant au cinéaste russe - qui intéresse Semih Kaplanoglu, qui guidera ses choix esthétiques. Comme le noir et blanc qui imprime une beauté austère aux images, qui souligne aussi le vide de ces plans larges, déserts de dunes ou de béton. La particule humaine est ainsi un film d’aventure - car de l’action, il y a - où le progrès scientifique est confronté à une barrière techniquement infranchissable, essaie de nous dire Kaplanoglu qui semble chercher une clé dans la philosophie soufie. Une pensée et des images nous semblent alors familières : Nacer Khemir, avec son instituteur dans Les Baliseurs du désert, cherchait lui aussi une réponse parmi les dunes d’une terre hostile. Martial Knaebel
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Hana (2006)
Hirokazu Kore-Eda
Japon
128′
Hirokazu Kore-eda sait surprendre son monde. Le spectateur cinéphile se souvient certainement de NOBODY KNOWS et de AFTER LIFE, réflexions poétiques et cinématographiques sur la vie et la mort. Si la poésie est toujours présente dans son dernier film HANA, le ton, lui, n'a plus rien de dramatique. Qu'on en juge: le héros, Soza, est un jeune samouraï qui n'a rien d'un spadassin, perdu dans une époque de paix où ces soldats ne trouvent plus de maître à servir. Plutôt que de venger son père, il lorgne sur une jeune veuve, sa voisine, et préfère mettre en scène (comique) des duels qu'il ne sait pas pratiquer ou enseigner l'écriture à la marmaille qui l'entoure. Il vit dans un taudis en compagnie de pleutres souillons et buveurs qui sauront pourtant l'aider à sauver la face devant sa famille impatiente de voir la vengeance s'accomplir. Aller voir HANA ne relève que du plaisir: celui de voir une farce où Soza nous rappelle le jeune Buster Keaton énamouré et gaffeur. L'atmosphère même du village est une référence amusée au chef d'oeuvre de Kurosawa, LES SEPT SAMOURAIS. Une musique endiablée à la viole de gambe ajoute au burlesque des scènes où respirent la joie de vivre, en dépit de la misère de l'époque décrite avec force détails. Ce film est le cadeau d'un réalisateur qui sait manier les genres, sautant de l'un à l'autre avec un égal bonheur. Il est aussi une délicatesse savoureuse, un pied de nez à une production cinématographique mondiale de plus en plus formatée, car il nous redonne le goût des belles choses.
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Heavenly Nomadic
Mirlan Abdykalykow
Kirghizistan
81′
Une histoire paisible, au milieu du décor sublime d’une vallée encore sauvage. Une famille qui perpétue des traditions et un mode de vie centenaire, mais consciente de leur fragilité. Cette sérénité n’est qu’apparente, les drames et les tensions affleurent. Premier film, Nomades célestes nous fait pénétrer simplement dans un monde en voie de disparition. La famille de la vallée perdue Trois générations d’une même famille vivent dans une yourte plutôt spacieuse au milieu d’une vallée herbeuse entourée de sommets enneigés. Shaiyr, veuve encore jeune et cavalière chevronnée, s’occupe du troupeau de chevaux, entourée des parents de son mari, mort noyé alors qu’il essayait de sauver un poulain, et de sa petite fille Umsunai. Son fils aîné, Ulan, étudie l’architecture à la ville et ne revient que pour les vacances. Une station météo se trouve également dans le voisinage, occupée par Ermek, célibataire dans la quarantaine. La grand-mère, Karachach, s’en méfie depuis qu’il montre un goût prononcé pour le lait de jument que trait Shaiyr. C’est que la veuve est toujours attirante et Ermek lui-même ne la laisse pas indifférente. Les journées s’écoulent dans ce vaste décor magnifiquement peint par Talant Akynbekov dont les cadres larges rendent bien le côté imposant. La caméra à hauteur d’homme souligne la symbiose des personnages avec le paysage, ils ne sont pas petits, ils sont. Peu de mots sont prononcés, mais les regards échangés en disent plus que de longs dialogues. Ce sont d’ailleurs eux qui expriment les tensions qui traversent le groupe, car tensions il y a - entre Shaiyr et sa belle-mère, entre la première et Ermek, mais pas pour les mêmes raisons. Par-dessus tout, la tension créée par la menace pesant sur un monde appelé inéluctablement à disparaître et qui se concrétise avec l’arrivée d’un bulldozer vorace balafrant le sol. Et cette fois, l’homme est minuscule et sans défense. Il n’y a pas de nostalgie dans Nomades célestes, juste une observation chaleureuse et empathique de la fin d’un mode de vie. Avec son premier film, Mirlan Abdykalikov nous offre une ode poétique qui subjugue par la beauté de ses images et la simplicité des émotions qui s’y expriment.
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Herencia (2001)
Paula Hernández
Argentine
92′
Peter arrive à Buenos Aires, venant d’Allemagne. Il espère retrouver une jeune femme avec laquelle il a eu une aventure, mais il fera la connaissance de Olinda, tenancière d’un petit restaurant de quartier qui était elle-même venue en Argentine retrouver son grand amour. Paula Hernández (Un amor) démontrait déjà dans ce premier film son talent de conteuse de l’amour et de créatrice d’ambiances chaleureuses. Une découverte tardive d’une belle histoire d’amour. Le jeune allemand qui arrive à Buenos Aires est à la recherche d’une jeune femme qu’il ne trouve pas. Il persuade une tenancière de gargote d’âge mûr et légèrement caractérielle de lui prêter le comptoir pour y dormir. Elle est d’origine italienne, et son amitié avec le jeune homme permettra de faire ressurgir des désirs de retour, alors que lui, déçu dans sa recherche, préférera au contraire rester. Les personnages secondaires sont les clients, un homme qui est amoureux de la patronne et dessine tous les jours ce qu’il voit sur la nappe en papier; une jeune femme qui se dispute avec son amoureux et finit par trouver le jeune Allemand bien sympathique et exotique, moins macho que son beau brun. Herencia (Héritage) est un film extrèmement sympathique, qui dessine avec une grande tendresse et sensibilité des gens ordinaires, avec leurs doutes et leurs tristesses et la vie d’un quartier de Buenos Aires. Tout est filmé de façon classique, mais en gardant les atouts pour le moment propice, afin de réserver de belles surprises. Les effets de la nostalgie et de l’exil volontaire sont bien vus et on s’y laisse prendre avec plaisir.
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Highway
Deepak Rauniyar
Nepal
72′
Un habitant de Katmandou et son épouse ont essayé sans succès d'avoir un enfant. L'homme se rend dans les montagnes de l'Est du Népal pour demander l'aide d'un miraculeux guérisseur. Celui-ci lui vend en effet une potion magique, mais dit à l'homme qu'il doit retourner voir sa femme dans les trente-six heures pour que le médicament fasse effet. Le bus qui serpente dans les rues étroites, les collines et les vallées du Népal est bondé de gens qui ont tous d'urgence besoin d'être ailleurs - pour retrouver une personne rencontrée sur Internet, pour apporter de l'argent pour des médicaments ou pour aller rendre visite à des parents. Mais les voyageurs sont obligés de s'arrêter encore et encore à cause des grèves générales, des embouteillages, des pannes et des villageois en colère. Certains de ces obstacles sont surmontés par les passagers eux-mêmes, qui apprennent à se connaître pendant le voyage - ils se déguisent même en fête de mariage pour pouvoir continuer à avancer. Entre temps, à la maison, tout a changé... Le premier long métrage de Deepak Rauniyar est un road movie plein de surprises et de passion; c'est aussi une représentation engagée de la vie contemporaine au Népal.
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Honeymoons (2009)
Goran Paskaljevic
Serbie
92′
Dans l’espoir d’une vie meilleure, deux jeunes couples quittent leurs pays respectifs. Melinda et Nik quittent l’Albanie en bateau pour l’Italie, afin de vivre leur amour interdit. Vera et Marko, quant à eux, quittent la Serbie, en train, pour l’Autriche, via la Hongrie. Marko, violoncelliste talentueux, a la chance d’entrer dans le fameux orchestre philharmonique de Vienne. Mais, à leur arrivée à la frontière, bien qu’ils aient des visas en règle, pour eux, les problèmes commencent .  En dépit du fait qu’ils n’ont rien à voir avec un grave incident qui s’est déroulé la veille au Kosovo, et à cause de coïncidences malheureuses, ils sont arrêtés. Leur espoir de réaliser leurs rêves dans cette Europe, synonyme de Terre Promise, s’évanouit. Comme c’est souvent le cas avec les jeunes des Balkans, ils payent les erreurs des générations précédentes. Deux histoires pour un seul film, pour un seul message qui invite à transcender les frontières, Goran Paskaljevic nous invite à partager une lune de miel avec nos voisins, ceux d’à côté qu’on ignore et qu’on craint dans un film à la psychologie pointue et au réalisme délicat. Adeptes de l’angélisme s’abstenir.
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Idade da terra (1980)
Glauber Rocha
Brésil
152′
Une vision personnelle du Brésil contemporain et de son évolution, traversée par un certain nombre d'archétypes qui renvoient parfois à des films précédents de Glauber Rocha : l'Indien, le Colonisateur, le Nordestin, l'Ouvrier, l'Amazone, le Bourgeois et un Christ noir, porteur d'une nouvelle espérance révolutionnaire pour le Tiers Monde. Dernier film du Glauber Rocha. Glauber Rocha fut né en 1938 dans la région de Bahia, au Brésil. Son éducation est religieuse, sa mère étant une presbytérienne pratiquante. Au lycée, il fait du théâtre; puis s’inscrit en droit à l’université de Bahia, où il restera trois ans. A partir des années 60, il se tourne vers le cinéma. Barravento fait bonne impression dans plusieurs festivals. En 64, Le dieu noir et le diable blond est ovationné à Cannes l’année suivante Antonio das Mortes gagne le Prix de la Mise en Scène. Rocha devient célèbre partout. Il tourne alors un grand nombre de films, du Lion à Sept Têtes, tourné en moins de trois semaines en Afrique, à Têtes Coupées, tourné en Espagne quelques mois plus tard. Journaliste, critique de cinéma, réalisateur, penseur, écrivain, agitateur culturel, polémique, controversé, Glauber Rocha devient aussi le nom le plus important du «Cinéma Novo» du Brésil. Il meurt en 1981, un ans après la première de son dernier film au Festival de Venise.
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Ikiru - vivre (1952)
Akira Kurosawa
Japon
137′
Kanji Watanabe, chef de la "Section des Citoyens" dans une administration publique, découvre qu'il est atteint d'un cancer et qu'il n'a que trois mois à vivre. Il décide alors de lutter contre la bureaucratie dont il est issu, et de financer et réaliser un projet d'aménagement pour un terrain de jeux dans un quartier déshérité. Malgré l'inertie des administrations, qui se renvoient toutes le projet sur le dos, il y parvient et viendra mourir sur une balançoire du parc à jeux, sous la neige, en chantant une vieille chanson. «Ikiru est l'expression cinématographique de la pensée existentialiste moderne. Il consiste dans l'affirmation mesurée dans un contexte de négation géante. Ce qu'il dit avec une frappante lucidité, c'est que la 'vie' n'a plus de sens lorsque tout est dit et fait; en même temps la vie d'un homme prend du sens quand il entreprend d'accomplir une certaine tâche qui, pour lui, a de la signification. Ce que pense quiconque de la vie de cet homme est complètement hors de propos, même ridicule. Le sens de sa vie, c'est ce qu'il s'engage à ce que sa vie ait un sens. Rien d'autre.» Richard Brown
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Il était une fois en Anatolie
Nuri Bilge Ceylan
Turquie
157′
Dans le noir, au loin, de petites lueurs apparaissent. Quelques secondes et on s’aperçoit qu’il s’agit d’une colonne de trois voitures. Policiers, gendarmes et procureur sont à la recherche du corps d’une victime d’un meurtre. Plusieurs haltes, plusieurs explorations seront nécessaires pour enfin trouver le cadavre dans un petit matin blême. Le temps pour le spectateur de faire connaissance avec les membres de ce cortège officiel: commissaire, procureur, médecin, plus ou moins loquaces sur leurs vies et leurs drames personnels. Il suffit à Nuri Bilge Ceylan de quelques phrases, de quelques plans même pas rapprochés, pour que ses personnages prennent corps et nous révèlent tout de leurs vies. Il était une fois en Anatolie représente une magistrale mise en scène de la comédie humaine, turque sûrement, universelle, tout aussi bien. * * * De l’ombre à la lumière Il était une fois... Cela sonne comme un conte ou comme une histoire vraie, que l’un des protagonistes nous relate. Et comme toutes les histoires qu’on raconte, Il était une fois en Anatolie est faite de digressions apparentes qui enrichissent, en fait, le récit par strates successives. Ici, la trame est composée de deux parties bien distinctes - on pourrait presque parler des deux actes d’une pièce classique, l’unité de temps, d’action et de lieux étant scrupuleusement respectée: la recherche la nuit dans la campagne, et le rapport le matin à l’hôpital. Entre-temps, nous aurons eu l’occasion de faire connaissance avec chacun: le commissaire de police dont l’enfant est malade chronique, le jeune médecin divorcé et le procureur d’Ankara pas très futé, à moins qu’il ne se cache la réalité à lui-même... Nous aurons eu aussi le temps de faire la connaissance de la région - pourtant plongée dans une nuit noire! On se rend alors compte de la magie du cinéma de Nuri Bilge Ceylan, dont les images et les dialogues suggestifs nous en disent bien plus qu’il n’y paraît. Ainsi, aucune nuit n’est totalement aveugle, avec le temps, nos yeux s’accommodent de l’obscurité la plus totale et les détails du paysage se révèlent. Et la caméra de Gökhan Tiryaki - qui semble être devenu le chef opérateur attitré du réalisateur - prend son temps, ou plutôt nous laisse prendre le nôtre à distinguer les lignes et les courbes d’une campagne bien moins monotone qu’elle n’en a l’air, réservant même quelques fois des surprises et des sursauts. De la même manière, les paroles ou les phrases suspenduesdans le silence de la nuit se laissent ingurgiter tranquillement. Là aussi, des phrases anodines que les personnages se disent, mais qui se révèlent détenir un double sens ou un secret qui se dévoile petit à petit, au détour d’un mot, d’un point de suspension. Au lever du jour, de retour à la bourgade, les visages blêmes et fatigués se révèlent, un peu des âmes aussi, le procureur perd de son assurance, le commissaire ne cache plus ses sentiments, alors que le jeune médecin semble prendre la direction des opérations. L’économie des gestes et des mots préside toujours à la narration et la mise en scène, mais, encore une fois, avec des moments surprenants, parce qu’inattendus : finalement, les personnages sont-ils bien ceux qu’ils montrent? La magie du cinéma de Nuri Bilge Ceylan tient à cette faculté qu’il a de sonder, au sens premier du terme, une communauté, des individus, des sentiments et des attitudes, et d’en enregistrer les échos, puis de nous les mettre en scène, avec la virtuosité, le rendu des nuances et des tonalités, qui donnent le relief à son récit. Martial Knaebel
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Ilo Ilo
Anthony Chen
Singapur
99′
Parce que leur fils Jiale est intenable, aussi bien à l’école qu’à la maison, Keng Teck Lim et sa femme Hwee Leng décident d’engager une «nanny» pour s’occuper du ménage et de leur fils. Ce sera Teresa, venue des Philippines. Mais Jiale refuse celle qu’il considère une intruse. Teresa saura pourtant conquérir le cœur du garçon. Auréolé de la Caméra d’or au dernier festival de Cannes, Anthony Chen mise en toute simplicité sur ce qui fait le bon cinéma: l’humour, l’émotion et le suspens.
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In Her Eyes
Xiaolu Guo
Chine
109′
Kwok Yun vit dans un village reculé, où elle passe inaperçue. Elle y vit avec son père qui se désespère de ne pas la voir mariée alors qu’elle a dépassé la trentaine. Une vie monotone, entre son travail à la mine et les quelques étreintes qu’elle a avec l’instituteur du village. Mais tout bascule, pour elle, comme pour le village, lorsqu’elle croit avoir vu un OVNI. Tous deux vont sortir de leur anonymat, pour le meilleur et pour le pire, car la cheffe du village perçoit tout de suite les bénéfices que la bourgade va pouvoir tirer de cette célébrité soudaine. La jeune réalisatrice Xiaolu Guo nous propose un portrait, sous forme d’une satire noire, d’une communauté ordinaire confrontée aux changements radicaux d’une société chinoise contemporaine chaotique, prise dans le maëlstrom de la mondialisation de l’économie. OVNI et autres curiosités Avec cette adaptation de son propre roman éponyme, Xiaolu Guo continue de s’intéresser aux petites gens, ces hommes et ces femmes laissés de côté par le développement économique frénétique de la Chine, qui se contentent de leur horizon limité, autant par tradition que par manque d’ambition. L’aventure de Kwok Yun, sa vision d’un OVNI - à laquelle s’ajoute, le même jour, son sauvetage d’un Américain égaré et mordu par un serpent - va donc secouer la tranquille quiétude du lieu. D’abord en raison des ambitions de Cheffe Chang (sorte de Peppone au féminin, autant par le bagout et la rondeur, que par le discours très «parti communiste» des années cinquante), qui rêve de faire du village de l’Oiseau-Aux- Trois-Têtes un haut-lieu touristique, avec des visiteurs arrivant du monde entier. Ce décalage entre le discours et la réalité contemporaine donne des scènes du plus haut comique (Cheffe Chang en professeur d’astronomie, ou introduisant un millionnaire venu expliquer aux villageois comme s’enrichir rapidement). L’arrivée d’un policier enquêteur, envoyé par la capitale, illustre bien, aussi, le fossé existant entre la métropole et les campagnes de l’intérieur (images dont le noir et blanc correspond tout à fait à la description signalétique schématique faite des habitants). Mais le ton de la comédie s’efface petit à petit, car le bonheur mondialisé promis est d’abord précédé de destructions : plan d’eau du pêcheur du village, champs et rizières sacrifiés pour faire place à des constructions modernes, migrant dont la masure est démolie parce qu’elle ne fait pas «bien» dans le paysage. Yun sera, elle aussi, une victime, de la jalousie, des ambitions de Cheffe Chang. En fait, c’est tout le fragile équilibre de la communauté qui se voit mis en cause, où, ici comme ailleurs, ceux qui sont à la marge deviennent des victimes expiatoires. La réalisatrice Xiaolu Guo a gagné le Léopard d’Or à Locarno en 2009 avec son dernier film She A Chinese. Elle se proclame elle-même comme surréaliste et, de fait, c’est un portrait expressionniste de la Chine contemporaine, écartelée entre la rigidité d’une idéologie de plus en plus anachronique et le chaos d’un capitalisme débridé qu’elle nous propose. Le point commun entre ces deux extrêmes étant que les droits individuels n’y ont que peu d’importance pour l’un comme pour l’autre. La mise en scène est admirablement servie par les images splendides du caméraman Michal Tywoniuk et une musique, subtile mélange de mélodies tirées du folklore traditionnel et de compositions modernes plus abstraites, qui est en parfaite résonance avec le récit. Martial Knaebel
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In the Fog
Sergei Loznitsa
Belarus
123′
Sushenya n’a pas été exécuté avec ses compagnons, accusés de sabotage par l’occupant allemand. La résistance l’accuse alors de collaboration et le condamne à mort, refusant d’envisager l’éventualité d’un guet-apens. Lorsque deux partisans viennent le chercher pour l’exécuter, ils seront effectivement attaqués par la police.. Une mise en scène sobre pour une sublime apologie de ce qui reste de dignité dans l’homme confronté aux tragédies de l’Histoire. Sushenya est un humble cheminot, travaillant aux chemins de fer biélorusses. Le pays est occupé par larmée allemande. Les collègues de Sushenya sabotent les rails, plus par rancœur contre leur chef que par esprit patriotique. Ils seront pris et exécutés. Cependant lofficier allemand épargne Sushenya, lui proposant de collaborer. Celui-ci refuse, non par courage, simplement parce quil ne le pourrait pas. Pour la résistance, sa vie sauve ne peut que venir de sa trahison et elle envoie deux partisans pour lexécuter, ne voulant pas comprendre quil pouvait sagir dun piège. Les trois hommes seront effectivement interceptés par la police au moment fatidique, blessant un des résistants. Au lieu de senfuir, Sushenya prend soin du blessé, alors que le troisième va chercher du secours, quil ne trouvera pas car ils sont perdus dans la forêt immense. Véritable tragédie, au sens le plus classique du terme, Dans la brume nous montre des personnages impuissants à empêcher lenchaînement implacable dun destin décidé par une force immanente. Pour Serguei Loznitsa, le réalisateur, personne ne peut sortir indemne dune guerre qui broie autant les âmes que les chairs. Laction héroïque ne peut se situer que dans lintime. La grandeur du personnage de Sushenya tient justement à la compréhension de ce fait terrible dans sa simplicité: il sait, ou il pressent, quil ne peut échapper à la mort. Il ne lui reste alors quà lutter pour que limage quil laissera derrière lui, à ses enfants et à sa femme, soit celle dun homme digne. Loznitsa magnifie ce combat intérieur par une mise en scène épurée de tout effet inutile: musique absente, présence imposante dune nature indifférente au drame qui sy déroule, filmée avec une précision extraordinaire. Il se dégage alors de chaque plan une beauté transcendante et prodigieuse.
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Iniciales S.G.
Rania Attieh et Daniel Garcia
Argentine
97′
Que la chance ne poursuive pas Sergio Garcés est une évidence: les tuiles ne cessent de tomber sur cet acteur pourtant promis à une belle carrière. Enfin, c’est ce dont Sergio est persuadé, sûr d’avoir le talent pour percer. Mais que faire lorsque le sort s’acharne sur vous? Le duo Attieh et García nous propose une tragi-comédie enlevée, où l’humour plus que noir accentue une logique absurde. L’anti-héros parfait.
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Intervention divine (2002)
Elia Suleiman
Palestine
89′
A Nazareth, sous l'apparence d'une banale normalité, la ville est prise de folie. Alors que son entreprise périclite, un homme tente de prendre les choses en main pour briser le cercle des petites querelles. Il ne parvient qu'à se détruire lui-même. Cet homme est le père de E.S. Pendant ce temps, une histoire d'amour se déroule entre un Palestinien qui vit à Jérusalem et une Palestinienne de Ramallah. L'homme, - E.S. - , évolue entre son père malade et cet amour, en s'efforçant de maintenir en vie l'un et l'autre. Du fait de la situation politique, la liberté de mouvement de la femme s'arrête au poste de contrôle militaire israélien situé entre les deux villes. Il est interdit aux amants de le passer, et ils ne peuvent trouver d'intimité que dans un parking désert, juste à côté du check point. Dans l'incapacité d'échapper à la réalité de l'occupation, leur désir complice va engendrer des répercussions violentes. Contre toute attente, leurs cœurs blessés ripostent par des fantasmes qui se traduisent en prouesses étourdissantes.
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It Must Be Heaven
Elia Suleiman
Palestine
102′
Elia Suleiman vit à Nazareth, seul dans une grande maison. Son voisin s’occupe avec dévotion de son citronnier. Même s’il le fait sans qu’on le lui ait demandé, et qu’en plus il empoche les citrons. Mais le réalisateur va de toute façon partir à l’étranger pour la promotion de son nouveau projet de film… que nous sommes justement en train de regarder. Il va à Paris et New York, visite ces mégapoles étrangères et observe avec attention ce qui s’y passe. Mais le fait est là: son origine le suit comme une ombre à chaque pas qu’il fait. Dix ans après son dernier film, le réalisateur palestinien Elia Suleiman a présenté son nouvel opus en compétition du Festival de Cannes où il a reçu une Mention spéciale. Cette fois, il dirige son regard politique par-delà les frontières de son pays d’origine – pour comprendre, comme il le dit dans ses interviews, que le monde est en fait un «microcosme de la Palestine». Partout l’État policier gagne du terrain, partout l’absurde gagne en force. Ainsi, Suleiman se transforme en observateur muet et étonné. La force comique de ce film émane de cette source. Ce n’est pas pour rien que le réalisateur palestinien est souvent comparé à Buster Keaton et Jacques Tati. Une comédie politique sur l’identité, la nationalité et la patrie qui combine divertissement, intelligence et poésie.
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Ixcanul Volcano
Jayro Bustamante
Guatemala
91′
María est promise à Ignacio, le contremaître de la plantation de café. Pour la famille, c’est l’assurance d’un logement et d’un travail pour le père. Mais pour la jeune fille, tout juste sortie de l’adolescence, cela signifierait la fin d’un rêve: celui d’aller voir au-delà du volcan. Le jeune réalisateur Jayro Bustamante est revenu sur sa terre natale filmer une histoire profondément enracinée dans les traditions mayas tout en étant radicalement d’actualité. María est belle, elle le sait. A 17 ans, elle voudrait aussi pouvoir embrasser le monde, celui qui se trouve derrière le volcan. Pepe, un jeune ouvrier qui ne pense qu’à partir aux Etats-Unis où se trouvent argent, voitures et maisons. En séduisant Pepe, María espère donc pouvoir partir avec lui vers le Nord. Mais le jeune homme partira sans elle et María, enceinte, n’aura plus que ses parents vers qui se tourner. Et ceux-ci, malgré cette tocade qui risque de les mettre tous sur la paille, vont montrer une solidarité sans faille. Mais la leçon pour María sera terrible.Les premiers plans nous montrent en détail les traditions mayas qui perdurent dans cette région du Guatemala, d’où Jayro Bustamante est lui-même originaire. On aurait tort pour-tant de confiner cette œuvre à son côté ethnologique, déjà passionnant, car il en déborde très vite pour mettre en scène les rapports de classe existant dans le Guatemala rural. Ce seront eux qui seront le moteur de la deuxième partie du récit. Traitement de l’image et montage s’allient pour exprimer la dureté implacable des relations entre les Mayas et les métis ou les blancs - passant de plans le plus souvent fixes, presque tranquilles, à des images de plus en plus mouvementées, caméra presque collée aux protagonistes. On réalise alors la misère dans laquelle sont maintenus les Indiens: logement et travail dépendant du bon vouloir du maître - et du contremaître, pas de scolarité pour les enfants, entraînant l’impossibilité de se faire comprendre, donc de se défendre, car ne parlant pas l’espagnol, langue de l’admini-stration. Et celle-ci, face à la mère de María, ne se souciant pas de la comprendre quand elle essaie de s’expliquer. Ils ne l’écoutent pas et voilà le drame des familles comme celle de María. Pour le pouvoir, elles n’existent pas. Le grand mérite de Ixcanul: elles vivent devant nous grâce à lui. Martial Knaebel
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Jazz on a Summer's Day (1958)
Bert Stern
États-Unis
83′
Filmé au Festival de jazz de Newport, dans le Rhode Island, en 1958, et réalisé par le grand photographe Bert Stern, Jazz on a Summer’s Day réunit dans un cadre intime des légendes musicales, dont Louis Armstrong, Thelonious Monk, Anita O’Day et Chuck Berry. «Jazz on a Summer’s Day» prend l’affiche 60 ans plus tard, car le film a été restauré en haute définition numérique (4k).
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Jiri Menzel - To Make A Comedy Is No Fun
Robert Kolinsky
République Tchèque
79′
La vraie passion de Jiří Menzel est le théâtre. Sa carrière cinématographie doit, elle, beaucoup au hasard. Pourtant, le Tchèque de 77 ans a gagné un Oscar et ses fans et amis s'appellent notamment Miloš Forman, Ken Loach, Emir Kusturica et Julia Jentsch. István Szabo affirme même être son plus grand fan. Pour la première fois, le film raconte l'histoire de cet extraordinaire réalisateur, metteur en scène de théâtre et homme du XXe et XXIe siècle.
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Kasaba - The Small Town (1997)
Nuri Bilge Ceylan
Turquie
84′
Un village de la Turquie profonde, dans les années 1970. Au fil des saisons, deux enfants se frottent au monde adulte, à sa complexité et à sa cruauté. En quatre chapitres et du point de vue des enfants, Nuri Bilge Ceylan raconte l’histoire d’une famille élargie dans une petite ville perdue de Turquie et son enfance à la campagne.
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Ken Bugul
Silvia Voser
Sénégal
64′
Ken Bugul est une écrivaine sénégalaise qui vit là où son âme est ancrée, en Afrique. Et sa vie est exceptionnelle. Le film que lui consacre Silvia Voser en fait une existence emblématique de la condition de toutes les femmes et de tous les rapports entre l’Afrique et l’Occident. Ken Bugul est considérée comme l’un des plus brillants écrivains sénégalais et de la littérature en langue française de ces dernières décennies. Au fil des ans, empreint d’une grande maîtrise de la langue française et d’une intransigeante attention apportée au respect de l’énoncé des signifiés de sa langue originelle, le wolof, ses romans sont devenus de véritables points de référence dans le domaine des études de linguistique. "Ce que vous lisez en français dans mes romans, c’est la façon dont on pense et parle, en wolof, dans mon village". L’histoire personnelle de Ken Bugul est assombrie par l’histoire mouvementée de l’Afrique. Elle naît en 1947 dans un village isolé du Sénégal alors colonie française. Son père a déjà 85 ans et sa mère les quittera quand elle n’aura que cinq ans. Cette expérience est fondamentale pour Ken Bugul. Mal aimée mais pleine d’énergie et de goût pour la liberté, elle fait d’exceptionnelles études pour une fille villageoise, à cette époque. En 1971, elle part en Europe poursuivre des études supérieures, elle y fréquente la haute bourgeoisie, y découvre de nouvelles idéologies et libertés, l’art moderne, la drogue, l’alcool, la solitude, l’incompréhension et le mépris, la prostitution par besoin d’affection. Comme elle écrit dans « Le baobab fou » : « Pendant vingt ans je n’avais appris que leurs pensées et leurs émotions. Je pensais m’amuser avec eux, mais en fait j’étais plus frustrée encore : je m’identifiais en eux, ils ne s’identifiaient pas en moi." C’est une jeune femme brisée qui rentrera, seule et pauvre, au Sénégal. Considérée comme folle, rejetée par sa famille et la société. Durant deux ans, elle dort dans les rues de Dakar, fréquente les marginaux, les mendiants, les prostituées et les artistes. C’est dans ces conditions, sale, affamée, presque dénudée, qu’elle commence l’ébauche de son premier roman « Le baobab fou ». Epuisée, elle rentre dans sa famille. Elle trouvera refuge, écoute et réconfort chez le Sérigne, un homme sage et vénéré. Il la prendra comme 28ème épouse, lui permettant ainsi de se réintégrer dans sa société et la soutiendra dans son désir d’écriture et de liberté. Il décède en 1981, un an avant la sortie de son premier roman « Le baobab fou ». C’est un succès. Ken Bugul est invitée à présenter son livre de par le monde, rencontre un médecin béninois avec lequel elle se marie et s’installe au Bénin. Ils ont une fille Yasmina. Il décède quatre ans plus tard. Depuis près de trente ans, roman après roman, Ken Bugul compose une peinture de sa vie de femme, de ses amours, des rapports entre son continent et l’occident. « Ecrire, dit Ken Bugul, c’est éblouir les sens, et les sens n’ont pas de couleurs ». Silvia Voser nous introduit avec délicatesse dans ce monde secret et tourmenté, celui d’une artiste dont l’œuvre nous projette vers une compréhension du monde rarement atteinte.
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Khook
Mani Haghighi
Iran
108′
Hasan, cinéaste iranien, est sur une liste noire et ne peut plus tourner. Situation déjà pénible pour quelqu’un sûr de son talent. Et voilà qu’un psychopathe se met à décapiter ses collègues, semblant l’ignorer, lui, qui est le meilleur... Et moi, et moi? Maniant l’humour avec un sens certain de l’absurde, Mani Haghighi occupe définitivement une place à part dans le cinéma iranien, pour le plus grand plaisir du spectateur, de la spectatrice. Surréalisme à l’Iranienne. Lorsqu’on évoque le cinéma iranien en Europe, c’est le plus souvent le réalisme et un cinéma minimaliste qui vient à l’esprit des critiques. Eh bien, Mani Haghighi est en train, film après film, de casser toutes ces conventions associées au cinéma de son pays. On rencontre le ventripotent Hasan, accoutré d’un agressif t-shirt à la gloire d’AC/DC, lors du vernissage d’une exposition. Il vient d’apprendre qu’un quatrième cinéaste vient d’être assassiné, un ami à lui. Mais ce n’est pas là son problème immédiat: Shiva, son actrice fétiche et sa maîtresse, lassée d’attendre, va le «trahir» en allant jouer dans un film du bellâtre Saïdi. Pour Hasan, c’en est trop: son bannissement qui n’en finit pas, le psychopathe qui continue de l’ignorer, et maintenant Shiva... Il retourne chez sa mère qui le consolera en lui promettant que l’assassin, en fait, garde le meilleur pour la fin! Des scènes ubuesques à la Buñuel, des dialogues et des situations qu’on pourrait croire sortir d’un film de Woody Allen et, pour couronner le tout, des répliques à la logique très «Monty Pythonienne». C’est un véritable festival que nous propose Mani Haghighi - qui n’hésite d’ailleurs pas à «s’exécuter» lui-même. Khook (Cochon en farsi) est une comédie surréaliste qui tire sur tout ce qui bouge autour de la caméra. Bien sûr, les autorités de censure en prennent pour leur grade et sont défiées - relations hommes-femmes libérales, bals costumés, musique de hard rock, etc., mais les milieux artistiques de Téhéran, du cinéma en particulier, ne sont pas épargnés non plus: ainsi le tournage ubuesque d’un spot publicitaire, dirigé par un Hasan qui y voit une occasion de remontrer son talent, pour une marque d’insecticide. C’est jouissif, drôle et ici le charme de la bourgeoisie (du cinéma) n’est pas du tout discret. Martial Knaebel
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Kick Off (2009)
Shawkat Amin Korki
Iraq
81′
Des réfugiés occupent le stade de Kirkouk, n’ayant toujours pas trouvé de lieu où vivre. Deux amis passionnés de football veulent monter, après la victoire de l’Irak à la coupe asiatique, un tournoi entre Turcs, Arabes, Kurdes et Assyriens. Mais rien n’est simple en Irak. Dans un style enlevé, Shawkat Amin Korki livre une comédie dont la fraîcheur et l’humour soulignent d’autant plus le destin tragique de ces réfugiés dans leur pays. * * * * * * La joie de jouer En réalisant Kick Off, le jeune cinéaste kurde Shawkat Amin Korki réussit, avec peu de moyens et, surtout - car leur présence crève l’écran -, des acteurs nonprofessionnels, à exprimer la réalité d’une situation où la nécessité de la survie n’empêche pas de vouloir vivre. C’est-à-dire aussi aimer et jouer. Et ces acteurs le démontrent eux-mêmes, laissant voir leur propre joie de jouer, en faisant parfois des tonnes, pour notre plus grand plaisir. Aucun artifice pourtant, pour nous faire oublier la guerre et l’occupation: le bruit récurrent d’un rotor d’hélicoptère, le son des bombes, au loin, le petit frère d’Asu qui se traîne sur une jambe, une mine lui ayant enlevé l’autre, la situation précaire de ces réfugiés dans le stade. C’est ce stade qui sera d’ailleurs le lieu unique de l’action, dont les tribunes sont les remparts, protection hypothétique contre les agressions du monde extérieur. Le réalisateur nous en fera découvrir quasiment tous les recoins, montrant l’ingéniosité de leurs occupants à les utiliser. Korki ne nous cachera pas non plus les difficultés de coexistence entre les différentes nationalités, au moment de trouver un arbitre pour le tournoi d’Asu et Sako. Mais, là encore, il usera du ton de l’humour. Le choix du noir et blanc à la fois apporte une touche vériste, proche du documentaire - certaines scènes donnent l’impression du « direct », accentué par le sentiment d’improvisation qu’elles laissent - sentiment qu’il faut prendre ici dans un sens positif: car il apporte une telle vie au récit. Paradoxalement, cette absence de la couleur rappelle également certaines vieilles comédies italiennes des années cinquante avec leurs personnages haut en couleurs. S’il fallait trouver un film pour nous faire aimer l’Irak et les Irakiens, ce serait Kick Off qu’il faudrait choisir. Sans discussion. Martial Knaebel
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Kosh ba Kosh (1990)
Bachtiar Chudonasarow
Tadjikistan
92′
Mira arrive de Russie à Douchanbe, capitale du Tadjikistan, pour revoir son père, un joueur invétéré. Il perd souvent, et à la dernière mise, il perd tout, jusqu'à sa fille, qu'il doit donner en gage, qui plus est à un vieux joueur. Heureusement, Daler, un jeune joueur, tombe amoureux de Mira et l'aide à s'évader. Il l'emmène dans son monde à lui. Daler est le responsable d'un téléphérique quelque peu déglingué. Ses cabines transportent de tout: des touristes, du foin, des caisses de bière, le butin de divers «casses». Elles servent aussi de havre à de fugitifs rendez-vous amoureux. C'est là qu'il arrange pour Mira un inoubliable repas entre ciel et terre. Ainsi commence l'histoire d'amour de Mira et Daler. A la fin du film (mais pas de l'amour), Mira aura découvert un monde étranger, parfois exotique. Elle aura entrevu une guerre civile. Elle aura accompagné son père dans son agonie et Daler sur le chemin d'une vi nouvelle. «Kosh ba kosh» raconte une histoire merveilleuse, drôle et généreuse, une histoire d'amour passionné. C'est une allégorie de la séparation entre des êtres, de la perte de repères, de la rupture avec des pays, avec un univers social et politique. Et plus important encore, c'est le récit de la plus vraie des séparations, celle qui s'ouvre sur l'avenir.
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Kuessipan
Myriam Verreault
Canada
117′
Mikuan et Shaniss sont amies depuis l’enfance. Elles s’étaient promises de ne jamais se quitter. La vie se chargera de les séparer. Elles se retrouveront, mais différemment. C’est le deuxième film de Myriam Verreault, une immersion dans la communauté Innue des alentours de Sept-Iles, au Québec, et une expérience extraordinaire pour elle, comme elle le sera pour les spectateurs et les spectatrices. Une découverte.
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L'ami allemand - El amigo alemán
Jeanine Meerapfel
Argentine
103′
Sulamit Löwenstein et Friedrich Burg, enfants d'immigrés allemands, ont grandi ensemble dans le Buenos Aires des années 1950. La famille de Sulamit est une famille juive qui s'est exilée en Amérique du Sud pour échapper à l'holocauste ; le père de Friedrich a fait partie des SS et est recherché en tant que criminel de guerre. Dans sa fuite, il a changé de nom. Sulamit et Friedrich deviennent amis et tombent amoureux l'un de l'autre. Quand Friedrich découvre le passé de son père, il décide de rompre tout lien avec sa famille et de partir en Allemagne. Là-bas, il rejoint les mouvements étudiants des années 1960. Sulamit le suit à Francfort grâce à une bourse. Mais l'engagement politique de Friedrich ne laisse pas de place à une relation amoureuse. Sulamit rencontre alors Michael, un professeur, et tombe amoureuse de lui. Elle continue cependant de prendre des nouvelles de Friedrich. Friedrich retourne en Argentine pour lutter contre la dictature militaire et est arrêté et emprisonné lors d'une action armée. Sulamit, informée de la disparition de Friedrich, part en Argentine et retrouve l'endroit où il est détenu. Elle réussit à lui rendre visite en prison grâce à l'aide d'un groupe de soutien des disparus politiques qui lui procure un faux passeport. Elle se rend compte alors qu'elle aime Friedrich par-dessus tout et se sépare de Michael à son retour en Allemagne. À la suite du changement de gouvernement en Argentine en 1983, Friedrich est libéré. Il se rend en Patagonie pour soutenir les Mapuches qui luttent pour garder leur territoire. Sulamit revient en Argentine pour rejoindre l'homme qu'elle a toujours aimé. L'intrigue du film s'inspire de la vie de la réalisatrice elle-même, dont la famille juive allemande s'était réfugiée en Argentine durant la 2e guerre mondiale.
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L'apiculteur - O melissokomos (1986)
Theo Angelopoulos
Grèce
122′
Le dernier voyage Après avoir assisté au mariage de sa fille, Spyros prend la route avec son camion chargé de ruches. Il est apiculteur et, à chaque début de printemps, il part à la recherche de champs de fleurs où ses abeilles pourront butiner. Mais d'étranges rencontres vont émailler son voyage. Une jeune auto-stoppeuse qui s'offre à lui dans une chambre d'hôtel, et qu'il repousse tandis qu'il va faire l'amour, sous ses yeux, avec un jeune garçon. Un vieil ami hospi-talisé avec qui il va évoquer leurs souvenirs de la Résistance et de l'époque où ils croyaient tous deux pouvoir «changer le monde»! Il revoit aussi sa femme dont il est séparé, puis sa seconde fille qui avait quitté le foyer familial pour se marier. Et l’auto-stoppeuse revient dans ce périple. Film inracontable, car Theo Angelopoulos sait nous entraîner, avec sa lenteur habituelle, fascinante, renouant, après une longue méditation sur l'histoire et ses mythes, avec un certain réalisme intimiste. Spyros, magnifiquement incarné par Mastroianni, est un être mal dans sa peau, et qui, de rencontre en rencontre, ira jusqu'au bout de sa tragédie. Les abeilles veillent!
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L'as de pique (1963)
Milos Forman
République Tchèque
90′
Même si la Nouvelle Vague de la République socialiste tchécoslovaque (CSSR) a vraiment commencé dans la partie slovaque avec Slnko v sieti (Le Soleil dans le filet, 1962) de Štefan Uher, le plus célèbre de tous les «nouveaux cinémas» d'Europe centrale et orientale n'est devenu un phénomène international que grâce à des contributions tchèques, surtout les premières œuvres de Miloš Forman. L'As de pique (Černý Petr), son deuxième long métrage, est le travail le plus libre et le plus fluide de Forman: des moments de la vie quotidienne d'un jeune homme qui se débat avec les injustices de son environnement ainsi qu'avec les embûches de son âge auxquelles il est en général soumis, mais qui garde le sourire. La devise du film pourrait être: chaque nuit de beuverie est suivie d'une matinée gueule de bois. La scène dans laquelle, imbibé de bière, il s'agit de dire oiil! (salut!), est absolument fantastique, source d'une dynamique et d'une énergie complètement absurdes - il ne s'agit de rien de plus, mais avec une ardeur qui pourrait déplacer les montagnes. (Filmmuseum Wien)
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L'empire des sens (1976)
Nagisa Oshima
Japon
102′
1936, dans les quartiers bourgeois de Tokyo. Sada Abe, ancienne prostituée devenue domestique, aime épier les ébats amoureux de ses maîtres et soulager de temps à autre les vieillards vicieux. Son patron Kichizo, bien que marié, va bientôt manifester son attirance pour elle et va l'entraîner dans une escalade érotique qui ne connaîtra plus de bornes. Kichizo a désormais deux maisons : celle qu'il partage avec son épouse et celle qu'il partage avec Sada. Les rapports amoureux et sexuels entre Sada et Kichizo sont désormais épicés par des relations annexes, qui sont pour eux autant de célébrations initiatiques. Progressivement, ils vont avoir de plus en plus de mal à se passer l'un de l'autre, et Sada va de moins en moins tolérer l'idée qu'il puisse y avoir une autre femme dans la vie de son compagnon. Kichizo demande finalement à Sada, pendant un de leurs rapports sexuels, de l'étrangler sans s'arrêter, quitte à le tuer. Sada accepte, l'étrangle jusqu'à ce qu'il meure, avant de l'émasculer, dans un geste ultime de mortification ; puis elle écrit sur la poitrine de Kichizo, avec le sang de ce dernier : «Sada et Kichi, maintenant unis».
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L'enfance d'Ivan (1962)
Andrei Tarkowski
Russie
95′
Témoin de l'exécution de ses parents par les troupes allemandes, Ivan, encore gamin, veut se battre. Il développe un talent certain pour se glisser au travers des lignes ennemies et glaner des informations. Mais l'état-major veut le transférer à l'arrière pour qu'il rejoigne l'académie militaire. Ivan refuse et part rejoindre les partisans... Le premier film de Andreï Tarkovski, tout juste sorti diplômé du VGIK, fut mondialement salué comme un chef d'oeuvre. Il reçut le lion d'or de Venise, ainsi que de nombreux prix dans le monde entier. On y retrouve déjà l'écriture du maître, mêlant le réalisme objectif à la contemplation subjective. Malgré son succès mondial, le film fut mis au placard en URSS pour des raisons de politiques internes qui tenaient à la version officielle de la deuxième guerre mondiale de l'époque. A l'inverse de «Requiem pour un massacre» d'Elem Klimov (1985), mettant en scène lui aussi un enfant, mais qui montra la guerre en Biélorussie avec un réalisme quasi insoutenable, Tarkovski laisse une grande place aux rêves d'Ivan, mondes poétiques de son enfance et de sa famille perdues, qui s'opposent à la réalité crue de la guerre et à son désir de vengeance qui conduira Ivan à la mort.
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L'éternité et un jour (1998)
Theo Angelopoulos
Grèce
133′
Écrivain renommé, Alexandre retrouve une lettre de sa femme Anna alors qu'il est sur le point de quitter la maison dans laquelle il a toujours vécu. Lui reviennent alors en mémoire des souvenirs, des bonheurs, des moments à côté desquels il pense parfois être passés et qu'il aimerait faire revivre pour l'éternité.
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avec bonus
L'homme le plus heureux du monde
Teona Strugar Mitevska
Macédoine du Nord
95′
Arrivée dans un grand bâtiment au style impersonnel, Asja est accueillie par Marta et Mersiha, cordiales animatrices habillées en robes léopard. Comme les autres prétendantes et prétendants, Asja doit revêtir une blouse rose pâle et prendre place dans une salle de conférence malicieusement nommée le « Salon Zurich », à une table pour deux. Elle rencontre Zoran, maigre quadragénaire, et les animatrices lancent une série de questions sur la vie, les hobbys et la religion, auxquelles chaque couple doit répondre pour apprendre à se connaître. Avec le concours d’actrices et acteurs d’une justesse rare, Teona Strugar Mitevska nous immerge ainsi dans un microcosme de la société bosnienne actuelle, dont elle fait miroiter le passé dramatique. Grâce à une mise en scène toujours en mouvement guidée par les interactions de ses personnages et leur immédiateté, la cinéaste fait imploser son assemblée d’âmes esseulées à mesure que ressurgissent les traumatismes, en faisant preuve d’une ironie qui permet la bonne distance et n’empêche jamais l’émotion. Après « God Exists, Her Name is Petrunya », récit d’une jeune femme qui s’empare d’une croix religieuse réservée aux hommes, la cinéaste nord-macédonienne Teona Strugar Mitevska a réussi un film aussi intense que piquant. Coécrit avec sa fidèle scénariste Elma Tataragić, elle-même blessée durant le siège de Sarajevo, « The Happiest Man in the World » révèle non seulement les plaies ouvertes des Balkans, mais aussi les aléas de l’amour, par le prisme d’une session de speed dating mouvementée à Sarajevo.
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L'Homme qui a vendu sa peau
Kaouther Ben Hania
Tunisie
103′
Sam est un réfugié syrien au Liban. La femme qu’il aime est partie en Belgique. Comment la rejoindre? L’artiste en vogue, Jeffrey Godefroy, lui offre de l’aider: devenir un tableau vivant lui permettrait de voyager librement. Les marchandises circulent plus aisément que les hommes. Pour son troisième film, Kaouther Ben Hania offre une satire décapante du monde de l’art et de la politique.
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L'intrepido
Gianni Amelio
Italie
111′
Antonio Pane est un homme apaisé. On pourrait presque dire qu’il vole à la façon dont il avance dans le quotidien d’une Italie qui va mal. Nous le suivons dans l’exercice des nombreuses professions qu’il exerce car Antonio a inventé une occupation particulière: il remplace qui le lui demande, pour quelques heures ou plus, pour un mariage, une visite chez le médecin, une conversation avec sa fille. Voici Antonio, l’Intrepido, l’inébranlable. Comment réaliser un film sur un pays en crise profonde? Comment parler du bonheur alors que tout va mal? Comment passer entre les écueils du récit à l’eau de rose ou au contraire noir et désespéré? Comment surtout rendre justice aux sans-grades, aux victimes d’un système mondialisé sans tomber dans la démagogie facile? Partant de là, on ne peut qu’apprécier le tour de force réalisé par Gianni Amelio nous livrant une histoire ciselée, sensible, émouvante. Antonio fait des remplacements quel que soit le travail, maçon, livreur, cuisinier et même conducteur de tram. Il traverse une Milan revêtue d’un costume futuriste où tours et grattes-ciel s’élèvent parmi les fourmis qui les montent (travail fantastique du décorateur Giancarlo Basili). Il émane de cet homme solitaire une aura étrange: une sorte de paix intérieure, le sentiment qu’il voit et ressent ce que les autres qu’il côtoie ne voient et ne ressentent pas. Elle lui permet d’entrer en contact avec les êtres les plus désespérés, comme Lucia par exemple. Il se dégage une sensibilité d’une force irrésistible de la mise en scène d’Amelio, dans la façon qu’il a de filmer Antonio (Antonio Albanese qui nous offre une composition sublime) et ses rencontres improbables, sa solitude, les gestes les plus banals de son quotidien. On voit bien que le regard d’Amelio est des plus désespérés, que le Miracle à Milan de de Sica ne serait plus possible aujourd’hui, ou alors il serait factice, pas crédible. Ainsi L’Intrepido n’est pas un héros qui arrive à bout de tout. Il ne sauve rien, ni personne. Et pourtant... Malgré les échecs, les avanies, les pertes, Antonio l’inébranlable continue de chercher ce que ses protagonistes ne voient plus depuis longtemps, le bonheur. Et c’est cette attitude que l’on retient de tout le film: Antonio, envers et contre tout, ne survit pas, il vit.
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La ballade de Narayama (1982)
Shohei IMAMURA
Japon
130′
Inspirée d'un texte de Fukazwa Shichirò écrit en 1956, "La ballade de Narayama" est probablement le plus beau film du maître japonais Shohei Imamura, une histoire émouvante sur les questions primordiales de l'existence, mise en scène dans un paysage d'une extraordinaire beauté, dans une nature à laquelle l'homme appartient. Si le vieux maître japonais Shohei Imamura a situé son film dans le passé, c'est afin de souligner que notre société actuelle perd, ou a perdu en partie depuis longtemps déjà les vraies valeur de la vie. La ballade de Narayama est un livre d'images opulent, venu d'une époque où l'existence se rattachait à la terre, où la nature dominait chaque événement, de l'ivresse amoureuse à la mort. Nous pénétrons dès les premières images dans le paysage hivernal d'une vallée de montagne retirée, aspirant à la chaleur que promettent les petites cabanes nichées en son creux. Bientôt le printemps fera fondre la neige, et la vie se déploiera dans toute sa munificence. C'est dans le temps compris entre deux hivers que s'accomplit cette ballade, dont l'histoire est la vie même, dans la profusion de ses manifestations. Au cours de la narration, on verra peu à peu se détacher une figure centrale, celle de la grand-mère Orin. Nous la suivrons en automne dans la montagne, où selon la tradition elle se rend pour mourir. En paix avec elle-même, son existence terrestre achevée dans une sérénité reconnaissante, la septuagénaire se fait porter par son fils sur le mont de la mort et on ne peut guère imaginer évocation plus saisissante prend congé de la vie. Venir et partir en sont deux des composantes, et c'est d'elles que traite le film, de ces deux pôles entre lesquels se dessine l'existence.
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La belle et la meute
Kaouther Ben Hania
Tunisie
100′
Mariam, jeune étudiante à l’université de Tunis, est violée au sortir d’une fête organisée dans un hôtel. Elle veut porter plainte, mais elle se heurte à la suspicion, voire au déni, quand ce ne sont pas carrément des menaces. Kaouther Ben Hania s’inspire d’un fait réel et d'un livre pour filmer, caméra au poing, les démarches d’une jeune femme qui réclame justice. Et la réalisatrice tunisienne frappe fort. Kaouther Ben Hania n’est pas une inconnue pour ceux qui s’intéressent au cinéma tunisien. On doit en effet à la jeune réalisatrice cet objet filmique non identifié, Le Challat de Tunis, mi-documentaire, mi-fiction, qui s’essayait à enquêter sur une légende urbaine d’un jeune Tunisois balafrant les fesses des jeunes femmes. Avec La belle et la meute, Kaouther Ben Hania, paradoxalement, entre résolument dans la fiction pour mieux s’approcher de la réalité. C’est une Mariam hagarde, courant et trébuchant dans la rue, que nous retrouvons après la fête après l’avoir quittée au bas des marches de la salle de danse. Mais cette fois-ci, la caméra ne la quittera plus, se collant à elle, épousant ses moindres gestes, ses moindres faux-pas, donnant le sentiment de suivre chaque plan-séquence en temps réel. La réalisatrice place également des balises, marquant autant de stations du «chemin de croix» de Mariam, donnant à chaque chapitre sa propre tension, sa propre force. Hôpital, poste de police, hôpital de nouveau. Mariam Al Ferjani (Mariam) donne à son personnage une présence immense, sa détresse nous atteint sans crier gare, les regards de commisération, de mépris, menaçants que lui jettent les femmes et les hommes qu’elle doit croiser à l’hôpital ou au commissariat de police, ont de quoi ébranler le spectateur le plus endurci. En ne montrant aucune violence physique et uniquement la détresse de la jeune femme, Kaouther Ben Hania la décuple et fait de chaque coin de couloir le lieu d’une nouvelle embuscade et maintient ainsi une tension qui ne se libérera qu’à la dernière séquence. Véritable thriller politique, La belle et la meute livre un instantané, presque allégorique, d’un pays et d’une société sur le fil du rasoir auquel s’ajoute un superbe portrait de femme.
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La charge
Ognjen Glavonić
Serbie
98′
En route Vlada travaille comme chauffeur de poids lourds durant les bombardements de la Serbie par l'OTAN, en 1999. Chargé de conduire un mystérieux chargement du Kosovo jusqu'à Belgrade, il traverse un territoire marqué par la guerre. Alors que sa tâche touche à sa fin, Vlada doit rentrer chez lui, faire face aux conséquences. «La Charge» retrace l’histoire de Vlada, un homme qui vient de perdre son poste de chauffeur. L’armée lui propose une mission bien rémunérée qu’il accepte malgré ses suspicions. Le film le suit au cours de cette journée durant laquelle il conduit un camion à travers la Serbie. Au cours, aussi, de son cheminement intérieur - dans une plongée métaphysique qui le confronte à lui même et à la société dans un sombre moment de déchéance. C’est de là que naît la tension du film: du sentiment d’angoisse lié à cette vérité que Vlada ne veut pas regarder mais qui peut surgir à tout moment, au détour d’un carrefour. La pression imposée au spectateur est celle que notre protagoniste génère et supporte.
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La cordillère des songes
Patricio Guzmán
Chili
85′
Au Chili, quand le soleil se lève, il a dû gravir des collines, des parois, des sommets avant d’atteindre la dernière pierre des Andes. Dans ce pays, la cordillère est partout mais pour les Chiliens, c’est une terre inconnue. Après être allé au nord pour «Nostalgie de la lumière» et au sud pour «Le bouton de nacre», Patricio Guzmán a voulu filmer de près cette immense colonne vertébrale pour en dévoiler les mystères, révélateurs puissants de l’Histoire.
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La Couleur de la grenade (1969)
Sergej Paradschanow
Arménie
80′
Un captivant portrait du poète arménien du 18e siècle Sayat-Nova, débordant de métaphores et de rêves. Parajanov a créé un melting-pot basé sur les traditions culturelles arméniennes et géorgiennes avec leur riche symbolisme religieux et sur les puissances expressives du cinéma, l'art populaire moderniste du 20e siècle.
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La dignité du peuple (2005)
Fernando Solanas
Argentine
116′
Dans la foulée de Mémoire d'un saccage, qui dénonçait les mécanismes politiques ayant conduit l'Argentine à la crise économique, La Dignité du peuple montre comment les organisations sociales et les populations les plus démunies ont fait face au chômage et à la misère qui sévissent depuis 2001.
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La Flor
Mariano Llinás
Argentine
835′
4 femmes, 6 épisodes, 6 genres, 14 heures de cinéma: un film qui, avec six épisodes inspirés de différents genres, rend hommage à l'histoire du cinéma. Soutenu par l'excellent quatuor d'actrices «Piel de Lava», une troupe de théâtre composée de Pilar Gamboa, Elisa Carricajo, Laura Paredes et Valeria Correa. Episode 1: Série B (80 minutes) Au milieu de nulle part, une précieuse momie est livrée à un laboratoire d'archéologie. Peu de temps après, des choses étranges se produisent. Episode 2: La comédie musicale (133 minutes) Un duo de renommée mondiale va enregistrer une nouvelle chanson. Ils sont un couple depuis des années - mais les apparences sont trompeuses, leur relation est en miettes. Episode 3: Le thriller d'espionnage (344 minutes) Les quatre femmes incarnent quatre espionnes et tueuses à gages. Elles sont censées emmener le professeur Dreyfuss dans un aéroport abandonné, mais les choses tournent mal. Au cours du film, nous en apprenons davantage sur les histoires de chacune - toutes sont tombées en disgrâce à un moment donné et ont dû se cacher. Les voici sous la responsabilité du mystérieux patron Casterman, qui veut en fait les mettre à l'abri... Prodigieusement captivant! Episode 4: Making-of (239 minutes) Un réalisateur un peu confus et très colérique (Mariano Llinás) en a assez des femmes et du long tournage, il aimerait pour une fois se consacrer aux arbres - après quoi les femmes prennent l'histoire en main. Episode 5: Film muet (41 minutes) Le seul épisode avec d'autres interprètes. Un remake de «Partie de campagne» de Jean Renoir (1946), un merveilleux classique du cinéma français. Episode 6: Les prisonnières (22 minutes) Dans le dernier récit, Mariano Llinás nous ramène au 19e siècle et au cœur de l'évasion de quatre femmes qui, après dix ans de captivité dans le désert, ont réussi à échapper à leurs bourreaux.
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La hora de los hornos (1968)
Fernando Solanas
Argentine
88′
«Notre film est un film d'agitation et de propagande. C'est encore plus: un film d'action, un film-acto», a dit Fernando Solanas à propos de l'œuvre clé du nouveau cinéma latino-américain. Réalisé dans la seconde moitié des années soixante, La hora de los hornos est clairement un film destiné à un public averti et engagé. Dans une véritable orgie de montages de sons, d'images et de textes, les auteurs compilent des images qui ont façonné et déterminé l'histoire et la vie sur le continent latino-américain. L'attitude est clairement et sans équivoque celle d'un éclairage politique: «Le film n'est pas encore terminé, si l'on considère qu'un film historique actuel ne peut pas avoir de fin. Il ne se terminera que lorsque nous aurons le pouvoir, lorsque la révolution aura eu lieu», a dit Solanas à l'époque. Entre-temps, au moins deux choses sont claires: le processus décrit et dénoncé dans le film se poursuit avec l'évolution de la géographie. Et Solanas lui-même a repris en 2001 le travail de l'époque et réalisés deux suites, Memoria del saqueo et La dignidad de los nadies. La hora de los hornos fascine aujourd'hui encore comme document contemporain et par sa force.
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La memoire de l'eau
Matias Bize
Chili
84′
Une seconde d’inattention peut bouleverser toute une vie et assécher une relation. Javier et Amanda ont perdu leur enfant lors d’un stupide accident dans leur propre jardin. Et elle ne supporte plus de partager sa douleur avec celui qui lui rappelle trop l’enfant disparu. La memoria del agua touche par sa sobriété pour décrire les peines qu’engendre la perte d’un être cher et pour en faire un drame universel. Amanda et Javier pleurent leur enfant de quatre ans. La jeune femme décide de quitter la maison et le mari qui lui rappellent trop le petit Pedro. Lui voudrait bien qu’ils puissent faire face ensemble, mais, pour elle, c’est au-dessus de ses forces et sa décision est prise. Elle part, et commence par se noyer dans son travail d’interprète. Javier se retrouve seul dans leur foyer maintenant vide avec sa douleur alors qu’architecte, il doit construire une maison pour un jeune couple qui, lui, rayonne de bonheur. Leur relation n’est pourtant pas totalement rompue. Ils se revoient à l’occasion mais, à chaque fois, c’est leur peine commune qui remonte à la surface. Ce drame qui les lie et les sépare à la fois. Si Amanda essaie de refaire sa vie avec un ami de jeunesse - Marcos, Javier espère encore son retour et qu’ils puissent se reconstruire ensemble. Et il lui propose une ultime sortie, une virée vers le sud qu’ils s’étaient promis de faire, avant. Memoria del agua ne traite pas de la séparation, du moins pas que de cela. Le Chilien Matías Bize, dont c’est le cinquième film, s’attache surtout à observer, avec précision et aussi empathie, les cheminements différents de ses deux protagonistes. Il nous montre, avec une grande délicatesse et sobriété, combien sont fragiles les édifices que se bâtissent Amanda et Javier pour essayer de continuer à vivre et de surmonter leur épreuve. Amanda semble la plus solide, malgré ses larmes, elle avance, travaille, entame une nouvelle vie avec Marcos. Pourtant, il suffira d’un événement anodin pour que tout s’écroule. Javier, lui, ne fait qu’attendre, espérant son retour, incapable de se refaire tout seul. Tout ceci se déroule au Chili, mais la simplicité de la mise en scène et des dialogues donne au récit une portée universelle.
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La mirada invisible
Diego Lerman
Argentine
93′
Buenos Aires, mars 1982. Dans les rues de la capitale argentine, la dictature militaire est contestée. Marita est surveillante au Lycée National de Buenos Aires, l’école qui forme les futures classes dirigeantes du pays. Elle a 23 ans et veut bien faire. Monsieur Biasutto, le surveillant en chef, décèle tout de suite chez elle l'employée zélée qu'il attendait. Il lui apprend à être l’oeil qui voit tout, mais qui échappe aux regards des autres: l’oeil invisible. Marita se lance alors dans une surveillance acharnée de ce petit monde clos, imaginant, décelant, traquant ... Un film plein de force, qui observe la vie quotidienne sous un régime qui ne laisse aucune place à la vie. Une des grandes découvertes de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes cette année. Lerman a réussi, entouré d’excellents acteurs, à identifier les mécanismes inhumains de la dictature, la méfiance croissante envers tout le monde et les dangers qui entourent cette spirale de la perversion. Un film qui rappelle dans son intensité les débuts de Bertolucci; un cinéma qui entend graver la politique dans ses images.
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La muerte de un burócrata (1966)
Tomás Gutiérrez Alea
Cuba
84′
Paco, un ouvrier cubain émérite, meurt broyé par sa machine à fabriquer des bustes mortuaires. Selon ses voeux, on l'enterre avec son livret de travail. Malheureusement, sa veuve, pour recevoir sa pension, est obligée de fournir ce fameux livret. Le neveu du défunt entreprend alors les démarches nécessaires pour le récupérer. Une comédie sur la logique kafkaienne des bureaucrates.
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La naissance (1988)
Shaji N. Karun
Inde
108′
Un petit village du sud-ouest de l'Inde. Sous un arbre, un vieil homme qui attend son fils de retour de Trivandrum où il étudie. A la nuit tombée, le bus arrive enfin. Le vieux cherche interroge les passagers, en vain. Son fils n'est pas là. Il reprend alors le bateau pour rentrer chez lui. Les jours qui suivent, c'est le même manège qui recommence: le vieil homme attend le fils aimé, une attente où l'angoisse pénètre, de plus en plus. Jusqu'au jour où il apprend que son fils a été arrêté lors d'une manifestation d'étudiants. Il part alors à Trivandrum. Il s'en suit une longue quête à travers les méandres de la bureaucratie dont il revient bredouille, mais vaguement rassuré par quelques fonctionnaires marrons. Ce sera au tour de la soeur de partir à la recherche du fils et les choses se précisent. Le pire, la mort du jeune homme à la suite de tortures de la police semble de plus en plus évident. De retour, la fille ne sait comment annoncer la nouvelle à son père. Celui-ci n'est de toute façon plus en état de l'appréhender. Il retourne attendre le bus. C'est en revenant sur ses pas qu'il tombe. La folie, la mort sont son ultime refuge.
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La nostalgie de la campagne (1995)
Dang Nhat Minh
Vietnam
112′
«Un Lieu dans le monde», le succès de l'Argentin Adolfo Aristarain, pourrait être également le titre de ce superbe poème visuel vietnamien tant les deux films partagent ce même regard de tendresse porté sur les êtres, cette même force des sentiments, ce même éveil d'un jeune de 17 ans à la vie adulte. La silhouette des montagnes à l'horizon et les rizières toutes proches imprègnent de leur douceur et de leur luminosité un illàge reculé où vivent Nham, un jeune passioné de poésie, sa mère et Ngu, sa belle-soeur. Nham est l'unique homme de la famille: son père est mort et son frère est parti gagner son pain loin du village et loin aussi de Ngu. Les trois travaillent jour après jour dans le rizières. Entre Nham et Ngu, naît un calme et profond sentiment d'une intensité érotique souvent saisissante. Dans ce monde de labeurs et de plaisirs simples, arrive Quyen, une jeune femme, de retour pour une brève période dans son village natal après de longues années passées aux Etats-Unis. Nham est fasciné par sa beauté et son style - elle porte des jeans et des lunettes de soleil. Ouyeri ne semble pas se rendre compte tout de suite de la vive admiration que Nham lui voue et de la jalousie silencieuse de Ngu. Quyen retrouve avec sa terre natale et ses souvenirs idéalisés avec lesquels elle finit par prendre quelque distance. De par son réalisme poétique et sa force sensuelle, «Nostalgie de la campagne» n'a pas son égal dans le cinema actuel. Dang Nhat Minh, figur de proue de l'actuel cinéma vietnamien, se refuse à nous exposer une prétendue misère. C'est beaucoup plus un regard tendre sur la richesse humaine de ses personnages denses et sensibles qu'il nous offre. Les images pleines de fantaisie et d'émotions contrastent vivement avec une critique étonnement ouverte de la société toujours matérialiste. Dang Nhat Minh fait preuve d'une rare générosité. Il prend les gens et leurs sentiments avec sérieux, respect et compréhension. Il peut ainsi - comme cela est si bien dit dans le film - même faire d'un neuf un dix. «Nostalgie de la campagne» enthousiasme par son large éventail de portraits nuancés auxquels on attache naturellement. Le film ne traite pas seulement de l'entrée dans la vie adulte mais aussi de la fragilité du sentiment amoureux, de la force du désir, de la valeur de la vie en commun et surtout, de la nostalgie d'un peu de bonheur dans une vie imprévisible. Autant d'êléments qui imprègnent le climat général de ce film, en partie autobiographique, qui, dans presque tous les festivals européens et nord-américains où il est passé, à été le préféré du public.
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La Pantalla Desnuda
Florence Jaugey
Nicaragua
92′
Matagalpa, nord du Nicaragua: Octavio, étudiant pauvre, se lie d'amitié avec Alex, fils d'une des plus riches familles de la région. Il est fasciné par le mode de vie de la famille de son ami, qui l'accueille chaleureusement. Lorsqu'Alex tombe amoureux d'Esperanza, une copine étudiante, Octavio se sent mis à l'écart. Il découvre par hasard, dans le téléphone portable d'Alex, une vidéo très intime des deux amoureux. Pour se venger, il la publie sur internet.
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La reconstitution - Anaparastasi (1970)
Theo Angelopoulos
Grèce
101′
Avec la complicité de son amant, une femme assassine son mari de retour au foyer après une longue absence. Soupçonnés, les criminels finissent par avouer. Un juge procède à la reconstitution du meurtre à laquelle assistent des journalistes et Theo Angelopoulos qui prépare un film sur le sujet. Le film s'inspire d'un fait divers sur lequel Angelopoulos a brodé un canevas de film policier qu'il désamorce aussitôt pour s'intéresser au traitement du fait divers lui-même.
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La rivière Titash (1973)
Ritwik Ghatak
Inde
157′
La rivière en tant qu'allégorie, en tant que source de toute forme de vie. Par ses innombrables affluents et ramifications, c'est elle qui unit - et sépare - les hommes. Aussi, le rythme lyrique et poétique du film est-il ponctué par le courant de la rivière, le flux et le reflux, les inondations et la sécheresse. C'est par des images d'une force épique prodigieuse que Ghatak dépeint le destin d'un village de pêcheurs. Il nous montre des êtres humains qui, en raison du dessèchement lent mais constant du lit de la rivière, perdent non seulement leur source de vie, mais encore leur identité culturelle. Ainsi, ils tombent sous le joug des représentants de l'Etat qui veulent transformer cette nouvelle terre en rizières. La façon dont Ghatak essaie, par une espèce d'élégie, d'assimiler son profond abattement face à la perte des valeurs traditionnelles et de leurs formes, témoigne de sa souffrance et de son désespoir à la suite de la séparation imposée en 1947 au peuple bengali. Son coeur, en effet, était profondément enraciné dans la partie du Bengale déclarée étrangère. La lutte de tout un peuple pour sa survie constitue le thème de cette oeuvre qui se consacre comme nulle autre à la misère et aux espoirs des Bengalis. Une femme de pêcheur mourante, dans un lit de rivière désertique, cherche de l'eau en creusant un trou dans le sable: une image qui prouve que si la mort est inévitable, la vie finit toujours par avoir le dessus. Chaque fin est à la fois un nouveau commencement.
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La terre (Al Ard) (1969)
Youssef Chahine
Egypte
129′
Dans l'Egypte des années trente, alors sous domination britannique, les paysans d'un village du delta du Nil voient leurs permis d'irriguer arbitrairement réduits alors que les champs de coton souffrent de la sécheresse et que la récolte est proche. Abou Suelam est l'un d'eux, il est aussi le père d'une jolie jeune fille que plusieurs hommes voudraient épouser. Il va mener la révolte contre cette décision prise uniquement pour favoriser les gros propriétaires terriens de la région qui voudraient accaparer les terres. Ils ont eu vent de la décision du gouvernement du Caire de construire une route sur les terrains des petits paysans. L'un des héros de la lutte contre l'empire ottoman sera envoyer à la capitale pour plaider la cause des petits paysans. Leur confiance sera trahie. Al-Ard est considéré comme le meilleur film égyptien de tous les temps. Adapté d'un roman écrit par l'écrivain et dramaturge Abdel Rahman El Sharkawi. Au moment du tournage, la situation politique égyptienne était à un tournant historique, la santé du président Nasser était déjà déclinante. Pour contourner la censure, Chahine plaça son film dans les années trente, mais ce sont bien la bourgeoisie et l'administration contemporaines qui étaient visées par La Terre, où le réalisateur réunit les meilleurs acteurs du moment dans une épopée haletante justement remarquée au festival de Cannes la même année.
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La tierra y la sombra
Acevedo César Augusto
Colombie
98′
Alfonso est un vieux paysan qui revient au pays pour se porter au chevet de son fils malade. Il retrouve son ancienne maison, où vivent encore celle qui fut sa femme, sa belle-fille et son petit-fils. Il découvre un paysage apocalyptique. Le foyer est cerné par d'immenses plantations de cannes à sucre dont l’exploitation provoque une pluie de cendres continue. 17 ans après avoir abandonné les siens, Alfonso va tenter de retrouver sa place et de sauver sa famille.
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La troupe de cirque ambulant (1992)
Viêt Linh Nguyen
Vietnam
75′
Dans un village perdu des montagnes vietnamiennes, les habitants voient avec angoisse la sécheresse détruire leur espoir d'une bonne récolte. Ils sont aussi chercheurs d'or, mais que faire de ce métal dans cette région désertique? Sur ces entrefaites, arrive une petite troupe de cirque. Les villageois n'ont que faire de tours de passe-passe, ils ont d'autres soucis en tête et s'ennuient pendant la représentation. Le lendemain, les baladins proposent un nouveau tour: ils font apparaître du riz au fond d'un panier. Les gosses du village sont enthousiastes, le petit Dat veut à tout prix percer le secret de ce miracle pour aider son grand-père, sans succès. Cette magie éloigne les gens des travaux des champs malgré les avertissements des anciens et du chef du village. Lors de sa présentation au dernier festival de Fribourg, un critique bien connu a comparé l'impressionnant «Troupe de cirque ambulant» à la «Strada» de Fellini par sa forme, sa sensibilité etson humanité. Un sentiment partagé par le jury international qui lui décerna le grand Prix pour «la profondeur de l'allégorie, la maîtrise de la mise en scène et la force du regard». En effet, le parti pris de la simplicité, l'utilisation du noir et blanc, accentue encore la profonde atmosphère qui se dégage du film. Les petits héros, de jeunes enfants, laissent aller leur imagination. Leur fraîcheur est celle de «Troupe de cirque ambulant» qui allie avec une rare légèreté le rêve de l'enfance et le réalisme «naturaliste». La morale de l'histoire, enfin, est universelle: sur les illusions idéologiques et les peuples qui se laissent aveugler par de fausses promesses.
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avec bonus
La vida es silbar & Schwerelos (1998)
Fernando Pérez
Cuba
106′
La Havane, aujourd'hui, avec trois personnages en quête de bonheur, qui doivent prendre d'importantes décisions, tentent d'affronter la peur de la vérité, des mots et des idées pour se lancer dans un nouveau départ. Mariana souhaiterait vivement danser le rôle-titre de Giselle et désire avec la même ardeur les corps masculins. Elpidio le musicien a été abandonné par sa mère, Cuba. Il ne correspondait pas à ses attentes. Julia, aide-soignante, est sujette à des évanouissements, notamment dès qu'elle entend le mot "sexe". Il est fantastique de voir comment ce film conjugue ces trois parcours de vie avec le bonheur comme destination, ce bonheur à portée de main. Il suffirait de le saisir, de cesser de s'en remettre au seul destin, de prendre l'initiative, de se réjouir, de danser, de se rapprocher, de siffler les conventions étriquées de la vie, autrement dit de s'en moquer. BONUS: Als Zugabe gibt's den Bergsteiger-Dokumentarfilm mit Daniel Anker, der in den 1990er Jahren eine neue Route durch die Eiger-Nordwand gelegt hat und sie als Liebhaber des Films «La vida es silbar» nannte. Sie erfreut sich bei jenen, die gerne Klettern, als beliebt.
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La vie invisible d'Eurídice Gusmão
Karim Aïnouz
Brésil
139′
Deux soeurs inséparables et pourtant séparées. Tel fut le destin de Guida et Eurídice, coupées l’une de l’autre par une société patriarcale et un père autoritaire et conservateur. Bien que l’histoire se situe dans les années cinquante, Karim Aïnouz offre une oeuvre profondément contemporaine, riche en émotions, avec ces héroïnes dignes, au courage jamais pris en défaut.
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La Yuma
Florence Jaugey
Nicaragua
84′
Yuma vit dans un quartier pauvre de Managua, où une jeunesse sans avenir n’a que les combines pour essayer de survivre. Yuma, elle, a choisi la boxe comme porte de sortie. Elle s’entraîne chaque jour, rêvant de devenir professionnelle. Une rencontre fortuite avec Ernesto, étudiant en journalisme, lui ouvre de nouveaux horizons. La Yuma, première fiction nicaraguayenne en 20 ans, impressionne grâce à la performance époustouflante d’Alma Blanco.
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Laafi - Tout va bien (1991)
S. Pierre Yameogo
Sénégal
99′
Jour faste pour Joe : il a obtenu son bac C avec mention bien. Il veut étudier la médecine en France. Mais l’accord des autorités dépend des places disponibles. Faute de pouvoir satisfaire sa demande, on lui suggère de s’adresser au ministère… S’ensuivent moult démarches administratives d’où ressort le fait qu’au Burkina Faso, comme ailleurs, c’est parfois le piston qui fait marcher la machine bureaucratique.
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Lamb
Yared Zeleke
Ethiopie
94′
Pour échapper à la sécheresse, le père d’Ephraïm décide de chercher du travail à la ville. Il confie alors son fils à un cousin éloigné, habitant une zone épargnée par le désastre. Pour le jeune garçon, une nouvelle vie commence qu’il n’aime pas et il fera tout pour repartir dans sa région natale. Premier film de Yared Zeleke, Lamb nous fait découvrir la vie des cam-pagnes éthiopiennes au travers du regard d’un enfant. Ephraïm et son père pleurent la mère qui vient de mourir, une parmi les milliers de victimes de la sécheresse. Chuni, le mouton du gamin reçoit ses confidences et, pour lui, Ephraïm va jusqu’à voler quelques épis de maïs. Le père, à bout de ressources, décide de chercher du travail à la ville. En chemin, il confie son fils à la famille de Solomon, un cousin éloigné, en attendant son retour. Ephraïm a du mal à s’intégrer dans cette nouvelle famille où il semble ne rien faire correctement: les travaux des hommes (les champs) ne l’attirent pas, alors qu’il montre un talent certain pour la cuisine, ce qui choque Salomon. Pour cou-ronner le tout, ce dernier veut sacrifier Chuni, le mouton, pour les prochaines fêtes. Ephraïm décide alors de trouver un moyen de s’enfuir avec Chuni son seul ami.Yared Zeleke et sa caméra adoptent le point de vue du jeune héros. Le jeune réalisateur avoue d’ailleurs volontiers que son premier film, par bien des aspects, a des côtés autobiographiques. Cependant, les ambitions de Zeleke vont bien au-delà: les rencontres et les aventures d’Ephraïm lui offrent l’occasion de traiter des défis et des espoirs auxquels est confronté l’Ethiopie. On ne peut alors s’empêcher de penser à La moisson des trois mille ans, le chef d’oeuvre de Haile Gerima, qui se déroulait lui aussi dans les mêmes décors majestueux. Les points de comparaison possibles sont en effet assez nombreux, bien que les époques ne soient plus les mêmes. Zeleke a ainsi changé le discours révolution-naire par des arguments liés à aujourd’hui: combattre la sécheresse comme première étape d’un progrès social. C’est quelques fois simplement exprimé, puisque c’est le gamin qui parle ou à qui on parle, et cette fausse naïveté donne une certaine légèreté au récit dont la leçon est encore une fois que la femme reste l’avenir de l’homme.
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Las aventuras de dios (2001)
Eliseo Subiela
Argentine
82′
Le cinéma est l'art du souvenir et Eliseo Subiela est l'un des artistes du souvenir au cinéma les plus doués. Dans ce film qui renoue particulièrement avec ses premiers films et d'une très belle manière avec les films majeurs du cinéma d'auteur européen des années 60 - des chefs-d'oeuvre comme «L'Année dernière à Marienbad» ou «Le Silence» - Subiela nous fait planer entre les réalités, entre le dedans et le dehors, entre l'ici et l'au-delà, entre l'amour et l'abandon. Subiela qualifie de «thriller métaphysique» l'histoire de cet homme semblant pénétrer dans sa propre tête pour émerger des flots de la mer et réapparaître dans un hôtel apparemment inhabité. Là, il rencontre une série de personnages qui éveillent en lui le souvenir de moments de la vie, de l'existence humaine et de ses ingrédients. Cet homme est en compagnie d'une femme et tous deux sont prisonniers dans un espace onirique; ils traversent des bâtiments des années 30 semblables à des labyrinthes et se retrouvent dans le présent comme dans un espace intemporel. Pourra-t-il en sortir ou est-il prisonnier à jamais? La réalité existe-t-elle ou tout est-il le fruit de l'imagination, de l'invention, du mensonge, du rêve, de l'espoir, du désir? Eliseo Subiela nous invite à un merveilleux voyage dans des sphères philosophiques
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Le challat de Tunis
Kaouther Ben Hania
Tunisie
89′
Tunis, avant la révolution. Une rumeur court dans les quartiers populaires, selon laquelle un homme à moto balafrerait les fesses des femmes aux arrière-trains trop aguichants qu’il croiserait sur son chemin. Après la révolution, la jeune réalisatrice Kaouther Ben Hania se lance à sa recherche pour connaître ses motivations. Vrai ou faux documentaire? Ce Challat, existe-t-il vraiment? Très vite, on ne se pose plus la question. Les scènes d’interviews ou d’interventions s’enchaînent à un tel rythme, chacune apportant sa contradiction à la précédente, qu’on renonce à vouloir percer le mystère pour admirer l’exercice d’équilibriste que nous propose à voir la réalisatrice. Kaouther Ben Hania nous promène ainsi (au sens propre, comme au figuré) dans les quartiers de Tunis. De même, on n’essaie plus de savoir quel personnage est bien réel ou fictionnel car, au bout du compte, tout le monde y joue un rôle, qu’il soit assigné par la société ou par la réalisatrice. La verve de tous ces gens ne cesse de nous prendre au dépourvu avec son langage truculent et sa capacité d’autodérision, les hommes se moquant à leur manière de leur propre machisme. Alors, documentaire ou fiction? Un mélange des deux, c’est sûr. Et ce n’est qu’au générique de fin qu’on peut (un tout petit peu) faire la différence. Par contre, il y a une chose de sûr et de vrai: la plongée dans la réalité de société tunisienne d’après la révolution que nous propose la jeune réalisatrice est révélatrice car on y voit bien qu’elle n’a, de loin, pas résolu tous ses problèmes qui apparaissent à tout moment en pointillés. Martial Knaebel
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Le cuirassé Potemkine (1925)
Sergej M. Eisenstein
Russie
49′
Le film révolutionnaire par excellence. Celui qui déclare que Le cuirassé Potemkine est le «meilleur film de tous les temps» ne doit pas oublier que ce «classique» se distingue aussi en restant une œuvre de renversement politique et d'enthousiasme.
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Le Miracle du Saint Inconnu
Alaa Eddine Aljem
Maroc
100′
L’économie de moyens utilisés pour réaliser un film cache souvent des richesses insoupçonnées. Ce pourrait être là le miracle du Saint inconnu. A l’instar du Finlandais Aki Kaurimaski, Alaa Eddine Aljem ne s’embarrasse pas en portraiturant ses personnages en profondeur. Ils sont là, tout simplement, mais bien là, et leur présence emplit l’écran, donne du corps à un récit qui n’arrête pas de nous surprendre. Voici donc le malfrat Amine de retour au pied de la colline pour voir sa cache cachée par un monument. Le coin désertique est maintenant occupé par un village qui attend les touristes et les pèlerins. Habité par des personnages qu’on croirait sortis d’un cartoon signé Tex Avery – coiffeur faisant office de dentiste, un couple médecin-infirmier des plus improbables, sans oublier le gardien du mausolée et son chien aux dents d’or. Burlesques souvent, ces personnages sont empreints d’une profonde humanité. Même Amine laisse entrevoir des sentiments. On ne s’étonne pas, alors, de l’apparition,de deux personnages tragiques – Brahim et son fils. Le père persiste à cultiver une terre aride sous un soleil de plomb, persuadé que la pluie reviendra, mais le seul tonnerre qu’on entende vient de la dynamite utilisée pour ouvrir une route. Le fils aimerait bien qu’il abandonne cette terre ingrate. Alaa Eddine Aljem manie la dérision, dynamitant, au sens propre comme au figuré, les croyances d’une époque tourmentée. Métaphore pertinente de notre temps, que ce mausolée en fait construit sur de l’argent, lui-même le produit d’un vol. Si l'on rit beaucoup, on est aussi touché par le destin de ces petites gens. Ici, comme chez Kaurimäski, l’absurde et le burlesque sont au service de l’émotion et de la réflexion. Un vrai «think good movie».
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Le pas suspendu de la cigogne (1991)
Theo Angelopoulos
Grèce
136′
Dans une ville du nord de la Grèce, des réfugiés de diverses nationalités attendent de pouvoir traverser le fleuve qui sert de frontière. Alexandre, journaliste de télévision, croit reconnaître parmi eux un ancien homme politique disparu mystérieusement dix années plus tôt. Quittant la tension toujours plus vive entre les réfugiés, il revient à Athènes et enquête sur le politicien. Il rencontre ainsi son ancienne épouse, qui veut oublier et assure que son mari est mort. Il parvient à la convaincre de l'accompagner jusqu'à la frontière. «Œuvre majeure, d’une beauté sombre et mélancolique (...), ce film qui traite des frontières, de l’exode, de l’intolérance, était brûlant d’actualité, prophétique même, vu les événements qui allaient ébranler les Balkans, mais rien ne laissait présager que le tournage en serait aussi mouvementé qu’il le fut.» (Jean-Claude Moireau) En effet, l’évêque orthodoxe de la ville avait mis tout en œuvre pour empêcher le projet du cinéaste, accusé d’indécence et d’antirationalisme: musique et discours militaires scandés toute la journée par des hauts-parleurs, excommunication des vedettes... Trente ans après La Notte, Theo Angelopoulos recrée le couple mythique formé par Jeanne Moreau et Marcello Mastroianni.
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Le poulet noir
Min Bahadur Bham
Nepal
91′
En 2001, à Muru, une circonscription au nord-ouest du Népal, un cessez-le-feu interrompt temporairement la guerre civile et permet aux habitants d’un petit village népalais, enfin soulagés, de respirer. Prakash et Kiran, deux garçonnets de castes différentes, se lient d’amitié en cherchant une poule disparue dont ils espèrent vendre les œufs.
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Le regard d'Ulysse - To vlemma tou Odyssea (1995)
Theo Angelopoulos
Grèce
169′
Un cinéaste grec exilé aux États-Unis revient chez lui pour la projection de son dernier film. C'est l'occasion d'un voyage initiatique à la recherche du mythique premier film à avoir jamais été tourné en Grèce.
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Le retour de l'enfant prodigue (1976)
Youssef Chahine
Egypte
124′
Ali est attendu dans le village de Mitchaboura par les siens, les Madbouly, propriétaires d’une petite entreprise et par les ouvriers, pour qui il représente l’espoir. Pour Ibrahim, le retour d’Ali, son oncle, doit lui permettre d’aller étudier à l’étranger, ce à quoi s’oppose son père. Pour Fatma, qui a tout sacrifié au nom de l’amour qu’elle vouait à Ali absent, c’est la grande désillusion.
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Le retour des hirondelles
Li Ruijun
Chine
134′
Ma, un paysan chinois âgé, cultive la terre avec son âne et sa charrue. Comme il est le dernier de sa famille à ne pas être marié, on lui fait épouser Guiying, une femme à la santé fragile. Tous deux vont se lier d’amour… Le sixième film de Li Ruijun est une romance d’une grande tendresse et d’une beauté stupéfiante, qui reflète par la bande les contrastes de la Chine d’hier et d’aujourd’hui.
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avec bonus
Le sel de la mer (2008)
Annemarie Jacir
Palestine
105′
Soraya, née et élevée à Brooklyn, décide d’aller vivre en Palestine, le pays de ses ancêtres. Dès son arrivée à Ramallah, elle cherche à récupérer l’argent de ses grands-parents, gelé sur un compte après leur exil, mais se heurte au refus de la banque. Sa route va alors croiser celle d’Emad, un jeune Palestinien qui rêve de s’en aller. Ce road movie intense, guidé par l’urgence, revient avec force et sincérité sur les traces d’un passé évanoui. Chassés de leur foyer lors de la guerre de 48, les parents de Soraya ont subi l’exil dans des camps au Liban, avant de finalement pouvoir partir s’installer aux Etats-Unis. Soraya est donc née à Brooklyn, même si, depuis qu’elle est petite, elle fait le même rêve, celui d’une réfugiée: retrouver ses racines, retourner sur sa terre d’origine, la Palestine. Son père vient de mourir, elle a 28 ans. Elle décide de faire le grand saut, s’achète un billet d’avion et traverse l’atlantique. Dès son arrivée, pleine d’espoir, elle découvre une facette qu’elle ignorait. Au contrôle de l’aéroport, une fois ses origines dévoilées, elle est mise de côté et subit plusieurs interrogatoires, de rigueur.Un dérisoire visa de deux semaines en poche, Soraya rencontre Emad, qui a connu l’occupation et la réalité de la Palestine, qu’il rêve, contrairement à elle, de quitter. Après le refus de la banque de lui rendre l’argent que ses grands-parents avaient laissé sur un compte à Jaffa, Soraya décide de la braquer. S’ensuit une fuite à travers Israël, clandestinement, avec en filigrane, à travers les paysages et les vestiges d’une terre désormais interdite, l’histoire de la Palestine. Proche du réel, Salt of this Sea a eu une genèse difficile. Outre les difficultés propres au financement, le tournage a souffert de multiples difficultés: contrôles répétées, check points, interdictions de passage, circulation du matériel complexe. Au final, le film est là, somptueusement interprété par un duo de comédiens bouleversant de sincérité: Suheir Hammad, par ailleurs aussi poète, et Saleh Bakri, qui a reçu le Prix du Meilleur Acteur en Israël pour son rôle dans La visite de la fanfare. Pour ces raisons, Salt of this Sea n’est pas seulement une oeuvre puissante, saisissante, elle est aussi le témoignage d’une réalisatrice qui veut combattre le silence, l’invisibilité et l’oubli.
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Le serviteur de Kali (2002)
Adoor Gopalakrishnan
Inde
88′
Kaliyappan est le bourreau officiel de la principauté de Travancore. Il réside à l'écart d'un petit village situé dans les paysages somptueux du Kerala, car le bourreau ne doit avoir aucune relation avec les personnes susceptibles d'être jugées. Depuis des générations, la famille de Kaliyappan vit des privilèges que lui accorde le Maharadjah après chaque exécution. Mais ces privilèges se font de plus en plus rares, et le vieux bourreau est fatigué d'accomplir une besogne devenue malédiction. «Je travaillais sur un autre projet, en 1989, lorsque j'ai eu envie de faire un film sur les thèmes du crime et du châtiment. Ce n'est que beaucoup plus tard que j'ai lu dans un journal un entretien avec le dernier bourreau du Kerala. J'ai conservé ce texte et un jour tout ce que j'avais lu m'est revenu à l'esprit. Pour ce film qui aborde un sujet un peu particulier, les recherches ont été plus longues que d'habitude. Je n'ai pas voulu commencer à filmer avant d'être entièrement satisfait. Le film soulève la question de la responsabilité. Quand les lois humaines sont incapables d'atteindre la vérité, de désigner le coupable, de le punir, alors que tous savent qu'un innocent est condamné à sa place, qui est responsable? La magistrature, les législateurs, le système gouvernemental, le bourreau ou l'Etat lui-même? À ma connaissance, toutes les sociétés, mêmes les plus avancées, ont été incapables jusqu'à ce jour de répondre à ces questions. 'Le serviteur de Kali' aborde également un problème de société. Initialement concentré sur le crime et le châtiment, le film est devenu plus que cela au fil de l'écriture. Je dirais qu'il traite de la responsabilité individuelle et collective; du péché et du rachat, de la liberté, à la fois réelle et ressentie. Il me permet d'évoquer ma frustration personnelle comme «être social». C'est aussi un film dans lequel je parle de ma terre, le Kerala.» Adoor Gopalakrishnan
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Le voleur de lumière
Aktan Abdykalykow - Arym Kubat
Kirghizistan
79′
Svet-Ake, c'est d'abord une belle fable, qui nous émeut avec ce personnage attachant qu'est ce «Monsieur Lumière», sorte de Robin des plaines kirghizes. Une belle fable, parce qu'elle est simple et met en scène des personnages emblématiques, parce qu'elle nous parle de morale, presque à chaque séquence. Il y a, bien sûr, le héros, le «voleur» de lumière, qui estime que celle-ci devrait être à la portée de tous, même des plus pauvres. Il y a aussi Esen, le maire du village qui s'arcboute à défendre sa communauté contre les appétits des nouveaux riches venus de la ville. En face d'eux, on trouve ceux qu'on pour-rait définir comme les tenants de la «marche vers le progrès», entendez par là vers le libéralisme économique où ceux qui ne peuvent, ou ne veulent, payer sont laissés de côté, voire bastonnés. Beksat, le candidat nouveau riche est de ces partisans du progrès, arrivant vertueux et la main sur le coeur, mais escorté d'assistants qui ressemblent plus à des mafiosi qu'à autre chose. Mansur, un ami d'enfance de Svet-Ake, cousin de Beksat, est nommé maire, à la mort d'Esen, alors que ses qualités sont plus spor-tives, c'est un cavalier émérite, que politiques. Sa naïveté serviront les desseins de son cousin. Ainsi, Aktan Arym Kubat nous brosse, en quelques traits, le paysage d'une communauté qui pourrait bien être le Kirghizistan. Le réalisateur a su, en effet, exprimer en quelques plans épurés la réalité des campagnes de là-bas, donnant aux personnages une existence véritable qui permet aux spectateurs d'avoir une idée de la vie au Kirghizstan aujourd'hui. Cependant, on aurait tort de limiter le propos du film au seul Kirghizistan. Ne parle-t-il pas aussi d'énergie renouvelable, débat qui occupe aussi nos sociétés occidentales? Une petite perle cinématographique. Martial Knaebel
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Le voyage à Cythère - Taxidi sta Kythira (1984)
Theo Angelopoulos
Grèce
139′
La rentrée de Spiros Alexandre, metteur en scène, accueille son père Spiros, ancien résistant, de retour d’URSS après 32 années d’exil forcé. Spiros retrouve son village, sa maison et quelques anciens camarades. Mais il a beaucoup de mal à comprendre le temps écoulé. L’idée même du retour qu’il a chérie durant 32 ans est devenue intangible. Un chef d'oeuvre sur la lutte pour un pays, l'abscence et la seule chose qui reste: L'amour.
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Le voyage des comédiens - O Thiasos (1975)
Theo Angelopoulos
Grèce
232′
De 1939 à 1952, une troupe de comédiens itinérante présente un spectacle à travers la Grèce. En Grèce, à l'aube de la seconde guerre mondiale, une troupe de comédiens balade de village en village une pièce gentillette et fanée, Golfo la bergère. Lorsque la guerre éclate, le pays tombe sous le joug de l'occupation et la pâle comédie vire à la tragédie … Entièrement tourné en plansséquences, Le Voyage des comédiens est le chef-d'œuvre d’un réalisateur qui a donné au cinéma grec une stature internationale. Cette histoire de résistance et d'oppression, de bruit et de fureur, de silence et de chansons, convoque la tragédie antique et laisse exploser la violence pour réveiller les heures les plus sombres de la Grèce. En fournissant à la censure un faux scénario, Theo Angelopoulos est parvenu à tourner l’essentiel du film sous la dictature des colonels. Après la chute du régime, le gouvernement grec de l'époque refusera de laisser le film concourir en compétition officielle au Festival de Cannes.
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Les baliseurs du désert (1984)
Nacer Khemir
Tunisie
95′
Un jeune instituteur arrive dans un village aux confins du désert, perdu dans les sables qui le mangent pierre par pierre. Il n'y a pas d'école, des enfants courent dans les ruelles sombres, construisent un jardin de miroirs brisés à l'orée du village, tandis que d'autres dialoguent avec un esprit caché dans un puits ou creusent le sol à la recherche d'un trésor. Dans ce village, en plus des enfants, ne restent que les vieillards, les femmes, et une jeune fille très belle et très secrète. Les hommes sont partis dans le désert pour en chercher les limites. On les entend parfois, le vent portant jusqu'au village leur mélopée triste et envoûtante d'une Andalousie passée. On les aperçoit aussi, comme un mirage, au loin, au travers des nuages de sable flottant sur le désert infini. Sont-ils un rêve? Ou les gardiens d'un «autre» monde? L'instituteur, attendu pour rompre le charme, se laissera envoûter, reprendre par le monde du désert et rien ne pourra l'empêcher de rejoindre les arpenteurs de l'infini. Couronné dans de nombreux festivals, il s'agit là du premier film de l'auteur du fameux «Collier perdu de la colombe». Un début où déjà flotte cet air des Mille et Une Nuits, où le réel et la magie s'imbriquent, se fondent à la surface des choses et des êtres. La culture arabe, pour Nacer Khemir, essaime entre l'Andalousie et la Sogdiane, entre Cordoue et Samarcande. Il tire de cette culture toute son inspiration. Les images lumineuses éclairent des visages à la beauté mystérieuse. La poésie des gestes et des objets nous entraîne dans un monde fabuleux, dans une quête vers un temps perdu d'amour et de liberté, tels ces baliseurs dans leur impossible recherche des limites de l'espace et du temps.
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Les chasseurs - Oi kynigoi (1977)
Theo Angelopoulos
Grèce
149′
Oi kynigoi clôt la trilogie historique de Theo Angelopoulos. Il s’agit peut-être du film le plus directement politique de la série: en 1976, un groupe de chasseurs de la haute bourgeoisie découvre le cadavre d'un maquisard de l'époque de la guerre civile. Pourtant, la mort semble récente. Réfugiés dans un pavillon de chasse, les hommes appellent la police, mais leurs témoignages oublient le corps pour ne parler que du passé qu’ils tentent de justifier. Encore une fois, l'utilisation des plansséquences pour voyager à travers le temps est prodigieuse. La virtuosité du réalisateur et de son chef opérateur Yorgos Arvanitis est époustouflante. C'est aussi une évocation impitoyable des comportements prédateurs de la bourgeoisie grecque, qui gouverne toujours aujourd’hui, dans les faits. Dans les trois films, le récit n’est ni au-dessus, ni en-dessous, des événements, mais se place au même niveau, à distance, provoquant l'effacement remarquable de personnages individuels pour situer l'action toujours au niveau d’un groupe ou d'une société.
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Les climates (2006)
Nuri Bilge Ceylan
Turquie
98′
L’homme est fait pour être heureux pour des raisons simples et malheureux pour des raisons encore plus simples – tout comme il est né pour des raisons simples et qu’il meurt pour des raisons plus simples encore. Isa et Bahar sont deux êtres seuls, entraînés par les climats changeants de leur vie intérieure, à la poursuite d’un bonheur qui ne leur appartient plus.
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Les Filles d'Olfa
Kaouther Ben Hania
Tunisie
107′
Présenté en compétition et primé à Cannes, nominé pour un Oscar dans la catégorie "Meilleur documentaire": «Les Filles d’Olfa» est un film d’une extraordinaire richesse sur l’adolescence, l’émancipation et la place des femmes. Grâce à un dispositif génial, toujours à la bonne distance, on y découvre les drames et espoirs d’une famille, celle d’Olfa et ses filles.
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Les herbes sèches
Nuri Bilge Ceylan
Turquie
198′
Samet enseigne dans un village perdu en Anatolie, mais espère être muté à Istanbul. Alors qu’il se retrouve en mauvaise posture à la suite d’une plainte, il rencontre Nuray, une jeune professeure engagée. Dans Les Herbes sèches, pour lequel l’actrice Merve Dizdar a reçu le Prix d’interprétation à Cannes, Nuri Bilge Ceylan sonde les tréfonds de l’humanité grâce à sa mise en scène sertie de génie.
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